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/i/| LA PIIILOSni'TIIE PRATiniE DE RA>T
Et la raison de vivre, il la trouvait dans la raison même. La raison, ce n'est pas seulement pour lui le concept dune faculté à analyser : la raison, c'est une conviction, c'est la conviction absolue. Donnant aux espérances optimistes de son siècle leur expression la plus profonde, il entend que la raison soit pratique, qu'elle soit capable à la fois de déterminer les lois du vouloir et d'établir la société des êtres raisonnables : de là l'entliousiasmc avec lequel il salue -dans la Révolution française le plus grand effort qui ait été tenté pour constituer l'Etat selon un idéal rationnel '. Mais comme en lui l'esprit jiatriotique s'unit à l'esprit cosmopolitique, l'esprit d'ordre s'unit à l'esprit de liberté. Il s'efforce de poser en principe l'inviolabilité du pouvoir établi ; avec l'apôtre, il recommande la soumission à l'autorité existante". Il tempère donc sa conception idéaliste des droits de la personne par un sentiment réaliste de la puissance de l'Etat, qui concourut sans doute, avec des motifs de prudence avisée, à lui tracer sa conduite lors de ses démêlés avec la censure berlinoise. Il croit d'ailleurs que les réalités positives de riiistoire doivent, non pas directement peut-être, mais au moins par détour, aboutir au triomphe de la raison ^ et il réserve cette croyance intime à l'encontre des circonstances qui ont un moment troublé le cours de ses réflexions et de sa sagesse.
Les qualités de son intelligence tiennent de très près à celles de son caractère. La règle de son silencieux et per-
I. .Tacliinaiin, p. i3o. — Schubert, p. laS. — Cf. Dcr Strcit der Fncultàten, VII, p. 399-/I00.
a. Borowski, p. i44. — Jaclimann, p. i3i. — Schuhcii, p. i83. — Cf. Uehcr den Gemeinspruch: J)as mag in Théorie riclitig sein, elc, \l. p. 32(j sq. ; Melaphysiscke Anfangsgriinde der Rechtslehre, Vit, p. i3S-
3. Cf. Idée zit einer nllgemeinen Ceschichte in ivelthiirgerliclier Jhsirlif. IV. p. i',3 sq.
LA Pl-USO.NNALITK UE KAM' '( O
sévérant labeur est la sincérité. Il écrivait le 8 avril 1766 à .Moïse Mendelssohn qui avait du se plaindre de ce qu'il y avait d'équivoque dans les Rêves dan visionnaire : a L'étonnement que vous me manifestez sur le ton de ce petit écrit est pour moi la preuve de la bonne opinion que vous vous êtes faite de mon caractère de sincérité, et même le vif déplaisir que vous avez à ne le voir s'exprimer ici qu'avec ambiguïté m'est précieux et agréable. En vérité, vous n'aurez jamais lieu de modifier cette opinion que vous avez sur mon compte; car quelles que soient les défaillances dont il est possible que la plus ferme résolution ne puisse pas toujours entièrement se préserver, cependant il est certain que la versatilité dans la façon de penser et la recherche de ce qui n'est que spécieux sont les défauts dans lesquels je ne tomberai jamais. Il est, en effet, une chose que j'ai jusqu'à présent consacré la plus grande partie de ma vie à apprendre, c'est de laisser de coté et de mépriser dans la plus large mesure ce qui corrompt ordinairement le caractère : aussi perdre cette estime de soi, qui vient de la conscience d'une disposition d'à me sans mensonge, ce serait le plus grand mal qui pût m'arriver, mais qui ne m'arrivera certainement jamais. Je pense assurément avec la plus entière conviction qui soit, et à ma grande satisfaction, bien des choses que je n'aurai jamais la hardiesse de dire ; mais je ne dirai jamais rien, que je ne le pense'. » C'est un amour de la vérité, très simple et très fort, qui gouverne en elïet les curiosités de son esprit, et cet amour de la vérité domine de très haut chez lui la joie de découvrir et d'inventer. Aucune virtuosité, aucun besoin de paradoxe, même dans l'intérêt de l'idée à répandre, aucune façon d'éluder par art les problèmes, mais un attachement direct à l'objet qu'il s'agit d'expliquer, une censure toujours prête à s'exercer sur la notion qui n'a pas fourni ses preuves, un constant souci de méthode et de définition rigoureuse,