‹ La philosophie pratique de KantChapitre 227 sur 361 · V. p. i/|8, note · texte numérisé non relu

V. p. i/|8, note

3. V. p. 12-. — Cf. Giundlegung,\y ,^. aSg. — Prolegomena,\\ ,^. iii.

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une raison pure pratique capable de déterminer immédiatement à son point de vue l'Inconditionné : l'intérêt de la raison théorique doit donc le céder à l'intérêt de la raison pratique. Ainsi se justifie ce que Kant appelle le primat de la raison pure pratique dans son union avec la raison pure spéculative' : primat qui établit entre les deux raisons un rapport de hiérarchie, non de causaHté, et qui n'autorise en aucune façon l'esprit dogmatique à tenter par quelque voie que ce soit la réduction de la raison spéculative à la raison pratique ^

La connaissance des limites de la raison spéculative, l'aveu de la suprématie de la raison pratique, loin de marquer un défaut dans l'ordre de la nature, expriment au contraire la plus sage appropriation de nos facultés à notre destinée. Serions-nous tentés de traiter la nature de marâtre, parce qu'elle ne nous a pas donné en partage la puissance d'esprit et les lumières que réclame notre inépuisable curiosité 1? Mais admettons qu'elle nous ait servis à souhait: douée d'une vue infiniment plus pénétrante, notre raison n'appliquerait plus tout son savoir, d'une part qu'à calculer les plus sûrs moyens de satisfaire à nos inclinations, d autre part qu'à nous représenter avec une certitude qui les ferait comme tomber sous nos yeux Dieu et l'éternité dans toute leur majesté redoutable : la loi morale, si elle méritait encore ce nom, ne serait plus que la traduction d'intérêts liés, soit à la prudente administration de notre nature sensible, soit à l'extatique contemplation d'objets supra-sensibles. Au lieu d'agir directement par elle-même sur nous, de nous pousser à la lutte et à l'effort nécessaires, notre raison laisserait agir les mobiles extérieurs de la crainte et de l'espérance, elle laisserait se perdre cette valeur morale

2. On sait comment Kant désavoua plus tard la filiation que Fichte prétendait établir entre la Critique et la Doctrine de la science ; il demandait que son système fût compris selon ce qu'il était réellement et à la lettre, non selon le contresens que Fichte lui imposait en prétendant mieux en saisir, à travers la lettre, l'esprit. VIII, p. 600.

des actions qui seule fait le prix de la personne et même le prix du monde au regard de la suprême sagesse. (( La conduite des hommes, aussi longtemps que leur nature resterait ce qu'elle est actuellement, serait donc changée en un simple mécanisme, où, comme dans un jeu de marionnettes, tout gesticulerait bien, mais où l'on chercherait en vain la moindre vie sur les figures. Or, comme il en est tout •autrement pour nous, comme avec tous les efforts de notre raison, nous n'avons sur l'avenir qu'une perspective fort obscure et incertaine, comme Celui qui gouverne le monde nous laisse seulement conjecturer et non apercevoir, ni prouver clairement son existence et sa majesté; comme au contraire la loi morale qui est en nous, sans nous faire avec certitude aucune promesse ni aucune menace, réclame de nous un respect désintéressé, sauf d'ailleurs à nous permettre, une fois que le respect est devenu actif et dominant, alors seulement et seulement par ce moyen, des perspectives tout de même assez voilées sur le royaume du supra-sensible, il peut y avoirplace pour une intention véritablement morale, ayant immédiatement la loi pour objet, et la créature raisonnable peut se rendre digne de participer au souverain bien, qui correspond à la valeur morale de sa personne et non pas seulement à ses actions. Ainsi ce que nous enseigne d'ailleurs suffisamment l'étude de la nature et de l'homme pourrait bien encore ici se trouver exact, à savoir que la sagesse impénétrable, par laquelle nous existons, n'est pas moins digne de vénération pour ce qu'elle nous a refusé que pour ce qu'elle nous a donné en partage*. »

Comme la Critique de In raison pure, la Critique de la raison pratique a une Méthodologie. Cette méthodologie consiste à déterminer ici, non plus les procédés à suivre

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pour constituer un système complet de la connaissance scientifique, mais l'ensemble des moyens à employer pour préparer aux lois morales un accès dans l'âme humaine et leur assurer une inlluence efficace sur les maximes de la volonté, c'est-à-dire pour rendre pratique subjectivement la raison objectivement pratique.

C'est le problème de la culture morale qui se pose par là, et il n'y a pas d'autre façon de le résoudre que celle qui se réfère strictement aux caractères de la loi. Ce qu'il faut toujours représenter en principe, sans faire appel à d'autres motifs, c'est la nécessité d'obéir à la loi uniquement par respect pour elle. Si pour tâcher d'amener au bien une âme inculte ou dégradée, il est parfois permis de recourir à l'action des mobiles sensibles, il faut, dès que ce moyen provisoire et exceptionnel a produit quelque effet, ne plus jamais évoquer que le motif moral dans toute sa pureté. Dira-t-on que la simple exhibition de la seule vertu est destinée à rester sans puissance P Si cela était, il faudrait désespérer de la moralité ; mais cela n'est point. Que l'on observe la finesse d'esprit et la compétence indiscutable avec lesquelles des hommes d'intelligence, d'éducation et de condition très différentes savent répondre à toute question qui se pose sur la valeur de telle action, sur le caractère de telle personne. Egalement sincères, les uns peuvent se montrer indulgents, les autres sévères dans leurs jugements ; mais qu'est-ce donc que la sévérité, sinon un hommage rendu à l'absolue pureté de la vertu qui ne doit souffrir aucune concession déguisée à des motifs inférieurs ? Et qu'est-ce que l'indulgence, sinon la confiance extrême dans la possibilité de la vertu, inévitablement compromise si l'on découvrait toujours dans^tout bon exemple quelque secrète malice. Preuve certaine, que si notre esprit n'est pas fait en général pour les raffinements et les subtilités de la théorie, il l'est admirablement pour l'exactitude et la pénétration des jugements pratiques. La moralité aura d'autant plus d'empire sur le cœur humain

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qu'on la montrera jdIus pure. Et là où elle apparaît la plus pure, c'est dans ces cas, comme l'histoire en rapporte, oii le devoir ne peut être accompli qu'au prix des plus grandes tortures physiques et morales, où toutes les circonstances qui peuvent le rendre cruel à remplir semblent conjurées contre la vaillance d'une âme, qui demeure malgré tout inébranlable. C'est par de tels exemples que le jugement des enfants apprend à s'exercer, et selon sa direction naturelle. Mais qu'on n'aille pas le fausser en représentant de bonnes et grandes actions sous la forme séduisante qui peut provoquer un enlhousiasme passager, mais qui n'assure pas la fermeté des principes et la constante égalité avec soimême. Les actions que l'on dit supérieures au devoir deviennent par là dépendantes de motifs inférieurs au devoir, et le fait de paraître réservées à une élite ne peut que les rendre suspectes. Ce n'est pas au-dessus du devoir que nous devons nous élever, mais au-dessus des mobiles sensibles ; du moment que nous avons conscience que nous le devons, nous le pouvons. On sera peut-être tenté de dire qu'une si sévère représentation de la loi morale n'est pas propre à rendre meilleures de jeunes âmes. La vérité est que l'expérience n'en a jamais été faite.

Dans l'œuvre de l'éducation morale, il conviendrait donc de procéder de la sorte : d'abord provoquer pour toutes les actions que le sujet accomplit ou qu'il voit accomplir autour de lui l'exercice de son jugement moral, de façon à le faire discerner si elles sont objectivement conformes à la loi, et à quelle espèce de devoirs elles se rapportent ; ensuite l'inviter à examiner si les actions sont aussi subjectivement d'accord avec la loi, c'est-à-dire si elles ne sont pas seulement de fait moralement correctes, mais encore d'intention moralement bonnes. Or il n'est pas douteux que cette occupation du jugement ne nous fasse prendre goût de plus en plus à la loi morale d'après laquelle nous jugeons ; seulement elle n'est pas encore l'intérêt qui s'attache aux actions pour elle-même et pour leur moralité. « Elle fait seu-

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lemcnt qu'on se plail à une telle action de juger, et elle donne à la vertu ou à la manière de penser d'après des lois morales une forme de beauté que l'on admire, mais que l'on ne recherche pas encore pour cela (laudahir et alget); c'est ainsi que tout ce dont la contemplation produit subjectiAcment une conscience de l'harmonie de nos facultés rejjrésentatives, ce par quoi nous sentons fortifié tout notre pouvoir de connaître (entendement et imagination) produit une satisfaction qui jieut aussi être communiquée à d'autres, quoique pourtant l'existence de l'objet nous laisse indilTérents, parce que cet objet n'est considéré que comme une manière de découvrir en nous la disposition à des talents qui nous élèvent au-dessus de l'animalité ^ » A cette éducation pré23aratoire il faut ajouter une éducation plus décisive, dont l'objet est de montrer, par des exemples où l'intention se manifeste parfaitement pure, d'abord la perfection négative de la volonté, qui consiste à s'affranchir de la tyrannie des besoins et des inclinations et nous procure ainsi le sentiment de nous suffire, puis sa perfection positive cpii consiste dans le devoir d'agir selon la loi. et qui nous procure ainsi par la conscience de la liberté le respect de nous-mêmes. Telles sont les maximes les plus générales delà Méthodologie".

Elles se fondent sur cette idée, que nous faisons partie de deux mondes, dont l'un, le monde sensible, quand nous le saisissons dans son immensité matérielle, anéantit la créature animale que nous sommes, dont l'autre, le monde intelligible, quand nous nous y rapportons par notre raison, nous relève infiniment et nous assure la destinée qui convient à une personne. La contemplation de l'univers visible, surtout éclairé par la science, en nous découvrant notre

1 . ^ , p. i66. — Nous avons là une des théories qui seront bientôt développées dans la Critique de la faculté déjuger. Kant se mit à préparer celle-ci, aussitôt la Critique de la raison pratique terminée. \. lettre à Schiitz du 25 juin 1787 {Briefwechsel, I, p. 467); lettre à Jacob de la fin de 1787 (Ibid., P ^TO-

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