‹ La philosophie pratique de KantChapitre 243 sur 361 · Schlapp, op. cit., p · texte numérisé non relu

Schlapp, op. cit., p

4. V. notamment Pôlitz, Kants Vorlesiingen iiber die Metaphysik, p. 171- 179. — Starke, Kants Menschenkunde, p. 279 sq. — Dans la Critique de la faculté de /u-j^er l'existence de ce sens commun (Gemein.iinn) sera fondée sur la nécessité a priori propre au jugement de goût, V, p. 2ii3-

t)2 2 LA PHILOSOPHIE PRVTIQLE DE RANT

soient point toujours chargés d'établir démonstrativement la vérité de leur objet, c'est que d'autre part il ne s explique pas comment un sentiment de plaisir, si intellectualisé qu'il soit, pourrait dépendre d'autre chose que, de la sensibilité. Il posséda au contraire la solution de son problème le jour oi^i il aperçut qu'il pouvait y avoir un a priori de nos facidtés de représentation conçues dans leur rapport, non plus à l'existence d'objets, mais à l'activité du sujet, et que par suite le plaisir attaché au beau reposait sur la juste appropriation des objets, considérés dans leur seule forme, à l'exercice de ces facultés.

On voit par là pourquoi Kant, dans la lettre à Reinhold où il annonçait sa découverte de principes a priori pour le sentiment du plaisir et de la peine, faisait rentrer la Critique du goût dans la Téléologie. De bonne heure d'ailleurs il avait reconnu dans la beauté une Zweckmassigkeit, sans réussir toutefois à lentendre d'une manière ferme. Les traces de ses hésitations se retrouvent notamment dans des passages contradictoires de ses diverses leçons d'Anthropologie ; après avoir déclaré que le beau est la plupart du temps désintéressé, que le goût exclut toute considération d'utilité ', il se montre plus disposé à lier la beauté et l'utilité, avec celte réserve cependant que dans ce cas l'utilité est, non point aperçue intellectuellement, mais simplement sentie". Pour dégager la notion de la finalité esthétique de celle de l'utilité, il fallait délier la première de toute obligation de se laisser déterminer par des concepts. Or c'est par le développement d'une autre idée, par l'idée du libre jeu de nos facultés, que Kant est arrivé à spécifier le genre de linalité propre au goût. Cette idée, il paraît d'abord l'avoir empruntée au fonds des pensées leibni/iennes sur la tendance spontanée de l'Ame au déploiement de son acti-

I. V. clans les leroiis d' Viitliropologic recueillies [lar iîraucr, 1770 ^ Ollo Sclilapp, p. 181 .

3. Slarke, Kants Mcnsclien/aiiidc, p. 286 sq. — Cl'. Otto Sclilapp, o/;. cit., p. 281, p. 38i sq.

vite ' : il l'a définie de plus en plus nettement dans la suite comme un accord des sensations et des concepts qui produit un plaisir intellectuellement désintéressé, cest-à-dire indépendant de l'existence de l'objet", et, se souvenant sans doute de la ratio vel proportio determinata de Baumgarten, comme une proportion harmonieuse de l'imaginalion et de l'entendement. Un tel jeu est tout à fait distinct de toute occupation sérieuse et des applications utiles de l'esprit ; le contentement qu'il procure est immédiat, sans relation à une fin ultérieure ' : cependant le mouvement qu'il imprime aux facultés de l'âme est conforme à une certaine ï\i\dX\{é (zweckmdssig \ Ainsi pouvait être assurée une coordination de l'Esthétique et de la Téléologie, sans détriment aucun pour les caractères spécifiques du goût.

Mais comment Kant a-t-il été conduit à établir un rapport entre ce jeu des facultés représentatives, d'oîi dérive le goût, et ïlrtheilskraft? La justification rationnelle de ce rapport fut assurément ce qui transforma en Critique de la faculté de juger la Critique du goût primitivement entreprise", ce qui réduisit l'esthétique à n'être plus qu'une parlie de l'œuvre nouvelle, ce qui, par suite, amena Kant à examiner dans toute son extension le problème de lunion entre la raison théorique et la raison pratique. Ce fut encore ici une conception systématique formelle qui produisit ou tout au moins régularisa le rapprochement. Du moment qu'il y avait d'une part trois facultés essentielles de l'ame, faculté de connaître, sentiment du plaisir et de la peine, faculté de désirer, d'autre part trois fonctions essentielles

1. V. dans les leçons de Logique recueillies par Blomberg, 17-1?: Otto Schlapp, p. 07.

2. V. dans les leçons d'Anthropologie recueillies par Nicolaï, 1775-1776, ihid., p. i3i.

3. Ibid., p. 282, p. 263. — Starke, Kants Menschenkunde, p. 3o/4-3o6. 4- Otto Schlapp, op. cit., p. 335. — Cf. Kritik der praktischen Ver-

nitnft. V, p. 166. V. plus haut, p. 5o5.

5. D'après les lettres à Reinhold citées plus haut, cette transformation s'opéra entre mars 1788 et mai 1789.

de la pensée, entendement, faculté déjuger, raison', étant donné en outre qu'il y avait une correspondance exacte entre la faculté de connaître et l'entendement, entre la faculté de désirer et la raison, n'était-il pas naturel de concevoir par analogie la même correspondance entre le sentiment du plaisir, sous sa forme supérieure, qui est le goût, et la faculté de juger " ?

On s'expliquera peut-être que cette correspondance ait été due tout de même un peu plus qu'à cette analogie formelle, si l'on prend garde que dans ses Leçons Kant avait maintes fois insisté sur la relation qu'il y a entre YLr- Iheilskrajl et le goût ou le génie. Il ne tenait pas sans doute alors VUrlhellskraft pour une fonction a priori de la pensée ; mais lui-même a pris soin, dans la Préface de la Critique de la faculté de juger, de rappeler la parenté de VUrtheilskraft a\cc le sens commun ou le bon sens ^ ; et nous savons aussi que fréquemment il a dégagé certaines conceptions de la forme psychologique qu'elles avaient d'abord revêtue chez lui pour leur assigner une portée transcendantale. Toujours est-il qu'ayant de bonne heure distingué le goût du sentiment en général', il a vu dans VUrtheilskraft qui accompagne le goût le principe de cette distinction " ; elle est, en même temps que la cause spécifique du goût, l'un des éléments du génie'' : elle est aussi la puissance critique qui limite et contrôle riinagination '. Elle

1. Les deux séries de facultés ou de fonctions sont indiquées dans les Leçons antérieures de Kant, mais indépendamment l'une de lautre. V. Pôlitz, Kants

Vorlesiingen ùher die Melaphysil;, p. i3--i4o, p. iGo-i04- — Starko, Kants Mensclwtiliundc, p. aoq. — Cf. Kiltil,- der reinen Vevnunft, III, p. 187.

2. Ueher Pltilosophie ilberhaupt, \i, p. .î-q-SSi, p. '\0\^o?t. — Krilik der Urtheilskvaft, V, p. 173-17'!, p. iSa-if^f), [>. 2o'|. — Cf. Adickcs, Kants Systematik, p. i53-i57.

a. V. p. 175. — Cf. Kiitik der reinen Vernunft, III, p. iSg. /(. V. la lettre à Marcus Ilerz, du 21 février 1772, Brief\vechsel,\, p. i^.'i- .). Otto Schlapp, ]). 183, p. 281. — « Der Gcschniack ist also die Urllieilskraft der Siniie. » — Politz, Kants Vorlesungcn itber die Metaphysik, p. 175. — Cf. Kritik der praktischen Vernunft, V, p. iGG.

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