Y, p. 288, p. 3oi
se définit par leur type spécifique. Plus et mieux le type de l'espèce se réalise dans l'individu, plus la beauté de l'individu est achevée. Il entre donc ici dans le jugement de goût un élément intellectuel qui en altère sans doute la pureté esthétique \ mais qui, à un autre point de vue, en rehausse la portée. L'espèce qui fournit le type n'est pas une donnée empirique ; c'est un concept de la raison, qui devient, selon la déllnition kantienne, un idéal, dès qu'il est incorporé dans un individu qui le représente adéquatement ^ Quel est donc l'idéal qui permet de mesurer les divers degrés de satisfaction esthétique ? Cet idéal ne peut se trouver dans les choses qui n'ont pas de finalité externe, ni dans celles qui n'ont qu'une finalité interne relative et subordonnée. Il ne peut donc en définitive se trouver que dans l'homme. « Il n'y a que ce qui a en soi-même la fin de son existence, c'est-à-dire Vhomme, qui, par sa raison, peut se déterminer à lui-même ses fins, ou qui, lorsqu'il doit les tirer de la perception extérieure, peut cependant les accorder avec des fins essentielles et universelles, et alors aussi juger esthétiquement de cet accord : il n'y a, dis-je, que Vhomme, parmi tous les objets du monde, qui soit capable d'un idéal de la beauté, de même que l'humanité en sa personne, comme intelligence, est capable de lidéal de la perfection^. » Au fond c'est parce qu'à titre d'être' moral, il est, comme le dira Ivant ailleurs, le but final du
1. Lotzo, dans l'exposé critique qu'il fait de l'esthétique kantienne, observe contre Kant que la beauté adhérente, en supposant un accord entre la forme de l'objet représenté et son essence, n'est pas moins pure, mais seulement plus complexe (pie la beauté libre. Geschichte der /Estlietik in Deutschland, 1868, p. 57-58.
2. V. dans la Critique de la raison pure (III, p. Sgi-SgS) ce que Kant dit de l'idéal en général; il y envisage l'idéal humain surtout comme idéal pratique.
3. Kant dans ses Leçons avait à maintes reprises développé cette pensée, que l'idéal esthétique est exclusivement humain ; sous cette forme, il la devait sans doute à VVinckelmann et peut-être aussi aux « Gedanken von der Schônheit » du « célèbre peintre Mengs » ; ce qui lui était bien propre, c'était la raison qu'il en donnait, à savoir la capacité qu'a l'homme de se poser ses fins pratiques et de se perfectionner moralement. V. Otto Schlapp, op. cit., p. 172-173, et en outre p. i54. p- 167, p. 171-172, p. 201, p. 209, p. 296.
monde, que l'iiomme seul comporte l'idéal esthétique de la faculté de juger.
Cette théorie de l'idéal, étroitement liée, comme nous l'avons vu, à la conception de la beauté adhérente semble faire prévaloir, au détriment des thèses qui considéraient le beau comme absolument formel et désintéressé, les vues selon lesquelles le beau exprime une réalité supra-sensible et offre, au moins indirectement, un intérêt rationnel, pour mieux dire, un intérêt moral. Elle tend à effacer des distinctions qui paraissaient justifiées ou imposées par les prémisses de la nouvelle Critique : la distinction du beau et du sublime, la distinction du beau et de l'art, par-dessus tout la distinction du beau et du bien moral. S'il est vrai, en effet, d'après Kant, qu'en vertu de la loi de l'association nous tirons de la nature la matière sensible qui nous est nécessaire pour nous représenter le beau, et que même nous ordonnons cette matière selon des types moyens et normaux, là n'est pas cependant la condition suprême qui nous permet de juger le beau et de le produire : elle est dans une action de la raison qui s'ajoute à cette matière pour se l'approprier, qui suscite par delà les données de la nature les idées esthétiques. Le propre des idées esthétiques, c'est de rapporter les représentations d'un objet à une intuition, suivant le principe purement subjectif d'une concordance entre l'imagination et l'entendement ; elles ressemblent aux idées proprement rationnelles, d'abord en ce qu'elles tendent à quelque chose qui est placé hors des limites de l'expérience, puis en ce qu'elles ne peuvent fournir aucune connaissance. Elles en diffèrent par ceci, que pour elles c est le concept qui reste inadéquat à l'intuition, tandis que pour les idées rationnelles c'est l'intuition qui reste inadéquate au concept. D'une façon générale, les idées esthétiques et les idées rationnelles ont également leurs principes dans la raison ; seulement, pour ce qui est des premières, ce sont des principes objectifs, du moins au point de vue pratique; pour ce qui est des secondes, ce sont
des principes purement subjectifs de l'usage de cette faculté '.
C'est au génie que Kant attribue avant tout le pouvoir de produire les idées esthétiques", et il insiste sur l'originalité de ce pouvoir par lequel la nature donne à l'art sa règle': mais il jjaraît réclamer pour le goût même un semblable pouvoir, quand il reconnaît que la beauté de la nature est aussi bien que celle de l'art une expression d'idées esthétiques, seulement d'idées provoquées par la simple réflexion que nous faisons sur une intuition donnée, sans être nécessairement rattachées au concept de ce que doit être l'objet'. Ce qui est vrai, et ce qui apparaît bien par l'explication que Kant donne du génie", c'est que le jugement de goût a été doté par lui des attributs que le génie d'abord lui avait paru comporter, notamment de cette aptitude à unir dans un libre et heureux accord l'imagination et l'entendement". La seule ou la principale différence qu'il avait dans son ouvrage marquée en quelque sorte d'avance, c'est que le jugement de goût est, quand il est absolument pur, indépendant de tout concept ; mais un tel jugement porte sur des objets trop situés en deçà de l'humanité. Qu'il doive renoncer pour une part à sa pureté afin de conquérir une signification et une portée humaines, Kant le reconnaît, et c'est dans ce sens qu'il incline volontiers sa critique du beau. Il tend donc à une conception de la beauté moins formaliste, plus objectiviste. Les idées esthétiques, dit-il, (( clierchent à se rapprocher de l'exhibition des concepts de la raison (des idées intellectuelles), ce qui leur donne l'apparence d'une réalité objective ' ». A vrai dire, Kant veut parfois
I. V, p. 239-2/ji, p. 324-327. — Cf. Otlo Schlapp, op. cit., p. 60. •2. V, p. 323, p. 355.
6. Basch, Essai critique sur l'fisthétif/ue de Kant, 1896, p. 337. Otto Schlapp, op. cit., p. 382-383.
en limiter le rôle ou les effets à une sorte d'enrichissement de l'esprit, indépendant de toute finalité morale ; il montre comment elles éveillent par occasion ou par analogie une foule dépensées, impossibles à resserrer dans des concepts déterminés et à traduire dans des mots. Mais ailleurs il reconnaît en elles, pour ainsi dire, une tendance immanente à se définir, et à se définir par l'idéal humain. L'idéal du beau, qu'on ne peut attendre que de la forme humaine, « consiste, dit-il, dans l'expression du moral, sans quoi l'objet ne plairait pas universellement et en outre positivement (et non pas seulement d'une façon négative dans une exhibition selon les règles de l'école). L'expression visible d'idées morales gouvernant intérieurement l'homme peut bien sans doute être tirée de la seule expérience ; mais pour rendre en quelque sorte visible leur union avec ce que notre raison rattache au bien moral dans l'idée de la suprême finalité, la bonté d âme, ou la pureté, ou la force, ou le calme, etc., il faut que les idées pures de la raison et une grande puissance de l'imagination s'allient dans celui qui veut seulement en juger, à plus forte raison dans celui qui veut en produire une exhibition ' . »
Si donc le jugement esthétique n'a aucun intérêt pour motif, il peut cependant souffrir qu'un intérêt se rattache à lui indirectement; il peut comporter un plaisir qui soit lié, non pas seulement à la représentation, mais à l'existence même de l'objet. Or l'existence d'un objet ne peut se rapporter à notre faculté de désirer que par une inclination sensible ou par une détermination a priori de la volonté : d'oîi un double genre d'intérêt, un intérêt empirique et un intérêt intellectuel. Le beau présente d'abord un intérêt empirique qui consiste, grâce à la communauté des sentiments qu'il engendre, dans le développement de la sociabilité humaine ; en outre, ce qui est beaucoup plus important que ce passage encore douteux qu'il favorise de l'agréable au bien,
Delbos. 35
il a un intérêt intellectuel pratique'. C'est un signe, semble-t-il, de bonnes dispositions morales que l'aptitude à goûter le beau en général. A quoi l'on objecte qu'il y a des virtuoses du goût qui ne montrent que trop la frivolité ou la dépravation de leur caractère ; a et par conséquent il semble que le sentiment pour le beau n'est pas seulement (comme il l'est en effet) spécifiquement distinct du sentiment moral, mais aussi que l'intérêt qu'on y peut attacher s'accorde difficilement avec l'intérct moral, loin qu'il y ait entre eux une affinité interne". » Mais ce ne sont que les beautés de l'art ou que des façons artificielles de traiter les beautés de la nature qui s'accommodent d'une telle insouciance ou d'un tel mépris de la moralité. Au contraire, prendre un intérêt immédiat à la beauté de la nature, éprouver naïvement et pleinement du plaisir au spectacle de certaines de ses productions, avec la pensée que ces productions viennent bien d'elle, c'est la preuve d'un sentiment moral très pur ou très cultivé. Il faut toute la délicatesse et toute la richesse de ce sentiment pour comprendre le langage symbolique que la nature nous parle dans ses belles formes. D'ailleurs, puisque nous avons d'une part une faculté de juger esthétique, d'autre part une faculté de juger intellectuelle qui engendrent l'une et l'autre une satisfaction a priori, la première sans être fondée sur aucun intérêt, ni en produire aucun, la seconde sans être fondée sur aucun intérêt, mais en en produisant un, on conçoit que la raison s'attache à tout ce qui dans les œuvres de la nature est la trace ou le signe d'un principe d'accord entre ses diverses facultés. «L'àme ne peut rélléchir sur la beauté de la nature, sans s'y trouver en même temps intéressée. Or cet intérêt est moral par alliance ; et celui qui prend de l'intérêt au beau de la nature ne le peut faire qu'à la condition d'avoir d'abord dans le fond
t. V. p. 3o5-3o7. — ^- p'"^ Iiaul, p. 5o4-5o5. 2. V. p. 3o8.
attaché son intérêt au bien moral... L'analogie qu'il y a entre le pur jugement de goût qui, sans dépendre d'aucun intérêt, nous fait éprouver une satisfaction et la représente en même temps a priori comme convenant à l'humanité en général, et le jugement moral qui produit juste le même effet par des concepts, môme sans une réflexion distincte, subtile et préméditée, cette analogie communique à l'objet du premier jugement un intérêt immédiat égal à celui que présente l'objet du second: avec cette seule ditférence, que dans le premier cas l'intérêt est libre, tandis que dans le second il est fondé sur des lois objectives. Ajoutez à cela l'admiration de la nature qui dans ses belles productions se révèle comme un art, non pas par un simple hasard, mais avec intention pour ainsi dire, suivant une ordonnance régulière, et comme finalité sans fin ; étant donné que nous ne trouvons jamais cette dernière fin hors de nous, il est naturel que nous la cherchions en nous, et à la vérité dans ce qui constitue la fin dernière de notre existence, à savoir dans la destination morale (cette recherche sur le principe de la possibihté d'une telle finalité de la nature interviendra avant tout dans la téléologie)'. »
Ainsi au jugement de goût, malgré les caractères irréductibles qu'il manifeste, est lié indirectement a priori un intérêt moral. La déduction de cette espèce de jugement, telle que Kant l'expose, confirme à la fois cette indépendance et ce lien. Les jugements esthétiques prétendent à lassentiment universel comme s'ils étaient objectifs ; ils échappent cependant à toute démonstration régulière comme s'ils n'étaient que subjectifs. Cette contradiction apparente vient de ce qu'étant des jugements ils se décla-
rent à ce titre universellement valables, et de ce qu'ils sont toutefois des jugements dans lesquels le prédicat est un sentiment. Or il semble qu'une représentation ne puisse produire a priori un sentiment que lorsqu'elle repose, comme dans le cas de la loi morale, sur un principe rationnel déterminant la volonté ; ici au contraire le sentiment est indépendant de tout concept défini. Comment donc est possible un jugement, qui d'après le seul sentiment particulier de jjlaisir qu'il attache à un objet, prononce a priori, sans recourir au concept de cet objet, que ce plaisir doit être lié chez tous les autres à la même représentation? Un tel jugement n'est possible que si l'on suppose une finalité formelle de l'objet par rapport à la faculté de juger conçue dans son exercice simplement subjectif, c'est-à-dire dans l'activité interne concordante de la puissance pure d'imaginer et de la puissance pure de connaître : l'union de ces deux puissances dans le sujet sert de fondement à l'universalité du plaisir causé par une représentation. Ainsi les jugements de goût établissent en droit, sans attendre l'assentiment d'autrui, un lien entre une représentation et un sentiment ; ils sont donc fondés comme jugements synthétiques a priori. En prononçant qu'un sentiment de plaisir éprouvé par un sujet doit être éprouvé par tous, ils impliquent et justifient l'existence de ce sensus commuiiis par lequel chaque homme, pour comparer son propre jugement avec toute la raison, le compare avec les jugements de ses semblables, c'est-à-dire tente de s'afiFranchir des obstacles qui en limitent accidentellement la portée. En tout cas l'aptitude à éprouver par communication le sentiment de plaisir lié à la représentation d'un objet beau est l'elTet de la faculté de juger esthétique, et quand elle s'associe indirectement, comme il arrive, à un intérêt moral, elle apparaît en quelque sorte comme un « devoir »' .
Cette déduction des jugements esthétiques achemine tout droit à la solution de l'antinomie du ffoùt, dont traite, se- Ion un besoin d'exposition symétrique, la dialectique de la faculté de juger esthétique. Cette antinomie ne porte pas sur l'opposition que manifestent entre eux les jugements de goût, mais sur la contradiction qu'engendrent inévitablement nos concepts touchant le principe de la possibilité de pareils jugements. Elle est du reste l'expression d'un problème que Kant s'était maintes fois posé, sans le résoudre toujours très nettement, ni dans le même sens '. On ne dispute pas du goût, dit-on, et ce proverbe signifie que le jugement esthétique ne saurait prétendre à l'assentiment d'autrui, qu'il est exclusivement individuel ; et cependant sans cesse on se conteste l'un à lautre la valeur de son goût, ce qui implique dans le conflit même une foi dans l'accord possible". Voici donc la thèse : « Le jugement de goût ne se fonde pas sur des concepts, car autrement on pourrait disputer sur ce jugement (décider par des démonstrations). » Voici l'antithèse: a Le jugement de goût se fonde sur des concepts, car autrement on ne pourrait jamais y rien contester quelle que fût sa diversité (c est-à-dire prétendre avec un tel jugement à l'assentiment nécessaire d'autrui)'. » Kant estime que la thèse et l'antithèse sont vraies toutes les deux et qu'elles ne se contredisent que par le double sens donné au mot «concept»: il est parfaitement exact, comme l'énonce la thèse, que le jugement de goût ne se
1. Politz. Rants Vorlesungen liber die Metapliysik, p. 176. — Slarke, Kant's Menschenkiinde, p. 282. — Cf. Otto Schlapp, oyy. cit., p. 81, p. io4, p. 107, p. 161, p. i85-i86, p. igi. p. 2S1, p. 28g.
2. C'est par là que « slreiten » diffère de « disputireii » dans les deux formules qui résument ces vues opposées sur le goût. Ueber den Gesciimack làsst sicfi niclit disputiren. — Uel)er den Gcscliniack làsst sicli slreiten, V,p.3/i9.
55o LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KAÎNT
fonde pas sur des concepts, entendons par là des concepts déterminés comme ceux auquels correspondent des prédicats fournis par l'intuition sensible : nous savons du reste que le jugement de goût n'est pas un jugement de connaissance ; d'autre part, il est parfaitement exact, comme l'énonce l'antithèse, que le jugement de goût repose sur des concepts, entendons par là des concepts indéterminés, comme est le concept que la raison nous donne du suprasensible, fondement de l'objet et du sujet, considérés l'un et l'autre comme des phénomènes ; par où nous sommes autorisés à admettre, en même temps que l'existence d'un ordre irréductible de la sensibilité esthétique, l'universalité intelligible des jugements de goût, La thèse et l'antithèse ne seraient fausses toutes les deux que si le principe du goût était placé soit dans l'agréable, soit dans la perfection. (( On voit donc que la solution de l'antinomie de la faculté déjuger esthétique procède par une voie semblable à celle qu'a suivie la Critique dans la solution des antinomies de la raison pure théorique, et que les antinomies, ici comme dans la Critique de la raison pratique, nous contraignent malgré nous à voir au delà du sensible et à chercher dans le supra sensible le point de réunion de toutes nos facultés j a priori, puisqu'il ne reste pas d'aulre moyen de mettre la raison d'accord avec elle-même'. » Le concept du suprasensible intervient ici d'abord pour empêcher que la finalité de la nature, dans son rapport avec notre faculté de juger esthétique, ne soit regardée comme une propriété de choses en soi, pour défendre par suite l'autonomie du jugemeni de goût'; il intervient en outre comme principe, assurément indéterminable pour le savoir, mais très jDositif cependant, de l'accord de toutes nos facultés a priori^ ; par le libre exercice du jugement de goût 1 homme manifeste
LA CRITIQUE DE LA FACULTE DE JUGER Ot)I
l'harmonie de ses puissances entre elles comme l'harmonie du monde avec lui, il se reporte à quelque chose qui est à la fois en lui et hors de lui, qui n'est ni nature, ni liherté, mais qui est lié cependant au principe de la liherté, au suprasensihle dans lequel s'unissent d'une manière insaisissable pour nous la faculté théorique et la faculté pratique ' ; la raison du jugement de goût est peut être dans le concept de ce que l'on peut considérer comme le substrat supra-sensible de l'humanité". Kant ici révèle très clairement la tendance à laquelle il a obéi dans la position et l'usage de la chose en soi^; il explique qu'il y a, selon les facultés mises en œuvre, trois idées du supra-sensible : ii premièrement, l'idée du supra-sensible en général, comme du substratum de la nature, sans autre détermination ; secondement, l'idée du supra-sensible, comme principe de la finalité subjective de la nature pour notre faculté de connaître ; troisièmement, l'idée du supra-sensible comme principe des fins de la liberté et de l'accord de ces fins avec la liberté dans le monde moral \ »
Dès lors, par la fonction d'harmonie qu'il remplit comme par la relation propre qu'il a avec le supra-sensible, le beau peut achever de définir son rapport avec la moralité : il en est, nous dit Kant, le symbole. Les idées de la raisoni ne peuvent pas prouver leur réalité par des intuitions comme les concepts de l'entendement ; elles comportent cependant des exhibitions qui les représentent, comme le font les schèmes pour les concepts, mais avec cette différence qu'elles les représentent, non par leur contenu, mais par la forme seule de la réflexion qu'elles suscitent : il s'agit donc alors d'une représentation par analogie ou symbolique. Or le beau est le symbole de la moralité, et c'est uniquement par là qu'il peut prétendre à un assentiment universel et