‹ La philosophie pratique de KantChapitre 249 sur 361 · V. p. 280. — V. plus haut, p · texte numérisé non relu

V. p. 280. — V. plus haut, p

3. « Se suffire à soi-même, par conséquent n'avoir pas besoin de la société, sans pourtant être insociable, c'est-à-dire sans la fuir, c'est quelque chose qui approche du sublime, comme tout ce qui nous affranchit de besoins. Au contraire, fuir les hommes par misanthropie, parce qu'on les hait, ou par antliropophobie (frayeur des hommes), parce qu'on les craint comme ses ennemis, voilà qui est en partie odieux, en partie méprisable. Il y a cependant une misanthropie (très improprement désignée de ce nom) à laquelle beaucoup de bons esprits, comme il est aisé de le voir, sont enclins avec l'âge ; c'est une misanthropie assurément assez philanthropique pour comporter la bie/weillance, mais bien détournée par une longue et triste expérience de se complaire dans la société des hommes. On en trouve la marque dans cet amour de la solitude, dans cette aspiration fantastique à résider dans une campagne éloignée, ou encore (chez des personnes jeunes) dans ce rêve de bonheur qui consiste à pouvoir passer sa \ie dans une île inconnue au reste du monde, avec une petite famille, rêve dont les romanciers ou les inventeurs de robinsonnades savent tirer un si bon parti... La tristesse que l'on éprouve à voir le mal, je ne parle pas du mal dont la destinée frappe autrui (la tristesse viendrait ici de la sympathie), mais celui que les hommes se font entre eux (la tristesse ici est fondée sur l'antipathie dans les [irincipes), cette tristesse est sublime, parce qu'elle repose sur des idées. » V. p. 284-

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avec le beau et l'agréable peuvent être marqués exactement par les titres mêmes de la table des catégories. L'agréable, agissant par la masse des sensations, ne se fait estimer que par la quantité ; le beau suppose dans les objets représentés une certaine finalité qui, pour n'être pas comprise par des concepts, n'en est pas moins réelle : il donne lieu à un jugement de qualité; le sublime consiste dans la relation d'après laquelle nous jugeons que les choses sensibles de la nature sont capables de se prêter à un usage supra-sensible ; enfin le bien a pour caractère distinctif la nécessité d'une loi a priori qui ne prétend pas seulement à l'assentiment de chacun, mais qui l'ordonne sans condition : c'est donc par sa modalité qu'il se définit avant tout. « Mais la possibilité, pour le sujet, cV être déterminé par cette idée, et pour un sujet qui peut éprouver des obstacles en lui-même dans la sensibilité, mais qui peut en même temps sentir sa supériorité sur ces obstacles en en triomphant, c'est-àdire en modifiant son état, en d'autres termes, le sentiment moral, a des liens de parenté avec la faculté de juger esthétique et ses conditions formelles, en tant qu'il peut y avoir avantage à représenter la conformité de l'action accomplie par devoir avec la loi en même temps comme esthétique, c'est-à-dire comme sublime, ou même comme belle, sans altérer en rien sa pureté'. » Ainsi donc, s'il ne faut pas confondre la beauté ou la sublimité avec ce qui est l'objet d'une satisfaction intellectuelle pure, comme la loi morale, si même on a tort de parler de beauté et de sublimité intellectuelles, en oubliant par là que la beauté et la sublimité tiennent à des représentations esthétiques, il faut ce- |)endanl avouer l'intimité du lion qui rapproche le beau et le sublime de la détermination morale. La détermination morale est sans doute rattachée à un intérêt que la loi doit produire ; mais comme elle ne repose sur aucun intérêt préalable, qui ne pourrait être que sensible, elle est à ce

titre désintéressée comme le sentiment du beau et du sublime. Toutefois comme elle ne suppose pas seulement un état d'indépendance à l'égard de la sensibilité, mais un état de lutte contre elle, elle se rapporte beaucoup plus au sublime qu'au beau '. A dire vrai, le jugement sur le sublime a sa condition subjective dans l'existence du sentiment moral", si bien qu'il n'a pas besoin, comme le jugement sur le beau, d'une déduction spéciale ; il implique, en effef, une relation de nos facultés de connaître à une finalité pratique a priori \

Le sublime d'une part, d'autre part ce que Kant appelle la beauté libre sont comme les deux modes extrêmes de la représentation esthétique. Le sublime exprime la destination morale de l'humanité. La beauté libre, celle qui ne suppose pas, même indirectement, un concept de ce que doit être l'objet, se rencontre surtout dans la simple nature, parmi les êtres ou les choses dont l'existence ne saurait se mesurer par un type : elle se rencontre dans la vie idyllique que n'a pu déformer la civilisation. Il semble bien que chez Kant cette glorification de la beauté libre manifeste une influence persistante de Rousseau : une telle beauté vaut par elle absolument : elle est sans idéal et sans degré. C'est la beauté adhérente qui seule donne Heu à la conception d'un idéal ; elle lie, en effet, le jugement de goût à la représentation dune finalité interne des êtres, qui

1. «... Il suit de là que le bien intellectuel, impliquant en soi-même la finalité (le bien moral), jugé esthétiquement, ne doit pas tant être représenté comme beau que comme sublime, et qu'il éveille plutôt le sentiment de respect (qui rejette les intluences attrayantes) que celui de l'amour et de l'attachement familier ; car la nature humaine ne se conforme pas d'elle-même à ce bien, mais par la violence que la raison fait à la sensibilité. » V, p. 279-

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