‹ La philosophie pratique de KantChapitre 280 sur 361 · VI, p · texte numérisé non relu

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pour la considérer comme un devoir est une Religion révélée ; la Religion dans laquelle je dois savoir que telle chose est un devoir pour la considérer comme un commandement divin est la Religion naturelle. Reconnaître que seule la Religion naturelle est moralement nécessaire, c'est être rationaliste. Quand le rationaliste nie la réalité de toute révélation surnaturelle, il est naturaliste ; il est piirrationa- . liste quand il en admet la possibilité, tout en prétendant que la Religion ne requiert pas nécessairement de la connaître ou de la tenir pour réelle ; enfin le supra-naturaliste soutient au contraire que la foi à la révélation est indispensable à la Religion universelle. Ainsi le pur rationaliste, sachant les limites de la pensée humaine, ne doit nier ni que la révélation soit intrinsèquement possible, ni qu'elle soit nécessaire comme moyen divin d'introduire la Religion véritable. Dès lors l'opposition du rationalisme et du supranaturalisme porte moins sur la réalité de la révélation que sur la valeur qu'elle a par rapport à la Religion.

Abstraction faite de son origine, et à ne la considérer que dans son aptitude à se communiquer, la Religion est naturelle, quand il suffit à chacun de la simple raison pour se convaincre qu'elle est vraie ; elle est savante, quand il faut pour cela l'érudition, la connaissance des témoignages historiques. Cette distinction est de la plus haute importance, carde l'origine d'une religion on ne saurait nullement conclure qu'elle peut ou non être la Religion universelle ; on ne le conclut à bon droit que de la puissance qu'elle a ou non de se communiquer à tous. Une Religion révélée pourrait donc en ce sens être dite naturelle, dans le cas, 011 susceptible d'être découverte par la raison seule, elle n'aurait été révélée à une certaine époque et dans un certain lieu que pour en rendre la connaissance plus prompte et plus étendue. Elle serait objectivement nalurellc, tandis qu'elle serait subjectivement révélée '. Toute trace du fait

1. V. la lettre à Jacobi du oo août 1789, Briofvechsel, II, p. 74. — Cf. Der Slrcit der Facultàten, VII, p. 36 1 -362.

de sa révélation pourrait disparaître de la mémoire des hommes sans qu'elle perdît rien pour cela de son autorité et de sa certitude. Au contraire, une Religion qui tirerait toute sa vérité de son origine prétendue surnaturelle périraitavecles documents et les souvenirs surlesquels elle s'appuie. Mais toute religion révélée doit contenir, au moins en partie, certains principes de la Religion naturelle ; car la révélation ne peut s'ajouter au concept delà Religion, qui est en lui-même rationnel, que par la raison. Une Religion révélée peut donc être considérée, d'une part comme Religion naturelle, d'autre part comme Religion savante.

Le Christianisme est la Religion dans laquelle sont primitivement unis comme il convient les éléments de l'une et l'autre sorte. Son fondateur n'en a pas créé le contenu, qui se trouve au fond de toute raison : mais il est à l'origine de la foi historique qui y a adhéré ainsi que de la première véritable Eglise destinée à donner une forme visible à l'Eglise invisible. Les vérités qu'il a annoncées, loin d'être prouvées par ce qu'il y a de divin dans sa mission, apportent au contraire leur preuve à celle-ci ; car elles sont adéquates à la pure moralité. Alors a été enseigné au monde en paroles lumineuses et décisives ce qu'est la destination de l'homme : le bien est dans la bonne volonté, dans la pureté du cœur ; le péché en pensée est déjà crime ; la haine équivaut au meurtre ; la vie morale est la porte étroite, c'est-àdire la seule voie qui conduise au salut, par opposition aux faciles et illusoires moyens qu'offre l'observation extérieure des rites ; elle comprend non seulement les bonnes intentions, mais les actes ; elle exclut l'inaction passive qui s'en remet à l'influence d'en haut. Nos devoirs se résument en deux règles, l'une générale: Aime Dieu par-dessus tout, c'est-à-dire fais ton devoir sans autre mobile que la considération du devoir même ; l'autre spéciale : Aime ton prochain comme toi-même, c'est-à-dire travaille à son bien dans un esprit désintéressé de bienveillance immédiate envers lui. La rémunération future qui est promise en consé-

quence n'est pas présentée comme le principe déterminant de notre conduite, mais comme l'image édifiante de l'accomplissement du bien suprême, comme le signe de la bonté et de la sagesse divines. Ainsi le fondateur du Christianisme est venu prescrire aux hommes la sainteté. C'est donc là une Religion complète, susceptible de se communiquer à tous, et confirmée par l'exemple de celui qui la promulgua. Si elle se réfère plus d'une fois aux usages et aux formules du Judaïsme, dont elle venait pourtant combattre la légalité extérieure, c'était pour trouver un plus facile accès auprès des âmes habituées à la croyance exclusivement statutaire ; et c'est cette accommodation qui fait que le sens en est aujourd'hui sur certains points mal aisé à fixer sans le secours d'une interprétation attentive et compétente; ce qui n'empêche point d'ailleurs qu'une doctrine se devine là toujours et souvent se manifeste pleinement, qui est intelligible et convaincante pour tout homme sans aucun frais d'érudition.

Pourjuger maintenant du Christianisme comme Religion savante, il faut se régler sur les principes suivants : quand une Religion expose comme nécessaires des articles de foi qui ne ressortissent pas à la raison comme telle, à moins d'admettre la révélation comme un miracle continuellement renouvelé, elle ne peut être transmise aux temps à venir qu'autant que la garde en est confiée à des savants. Si le Christianisme est l'objet d'une double foi, une foi rationnelle et une foi historique, on doit regarder la première comme librement adoptée, la seconde comme commandée. De là un double culte, celui qui est réclamé par la foi historique et celui qui appartient à la foi rationnelle ; aucun des deux ne peut dans l'Eglise chrétienne, à cause du double caractère (|u"clle présente, être séparé de l'autre. Alais l'essentiel est que tout ce qui touche à la foi historique ne soit qu'un moyen de favoriser l'introduction et l'inlluence de la foi rationnelle. A cette condition seule, l'autorité que de par leur instruction spéciale les clercs exercent à l'égard

des laïques ignorants, se trouve être sans danger : ils sont alors les ministres d'un vrai culte. Si au contraire dans leur enseignement ils font passer les articles de la foi positive avant les propositions fondamentales de la Religion naturelle, ou encore s'ils tentent de les faire valoir indépendamment de la science qui en examine l'authenticité historique, ils deviennent les organisateurs et les fonctionnaires du faux culte. Prétendus serviteurs de Dieu, ils ne sont au fond que des commandeurs des croyants : ils sont les continuateurs de la tradition judaïque, érigeant en élément essentiel de la Religion ce qui nétait qu une accommodation temporaire à des habitudes trop enracinées pour être en un moment extirpées ; ils voient en chaque Chrétien un Juif dont le Messie est arrivé ; et mettant ainsi le Christianisme sous la dépendance du Judaïsme, ils favorisent la thèse de ceux qui avec Mendelssohn tendent à soutenir que la répudiation du Judaïsme est inévitablement l'émancipation absolue à l'égard de toute foi historique, par suite de la foi chrétienne comme telle '.

L'origine de l'illusion qui nous fait prendre des statuts positifs pour l'essence de la Religion est dans l'anthroponiorphisme. L'anthropomorphisme, quasi inévitable, mais pcLi dangereux quand il se mêle à une conception théorique de Dieu, devient tout à fait funeste moralement quand il travestit les rapports pratiques de notre volonté à la volonté divine. Nous faisons Dieu à notre image, et dans ce cas nous nous persuadons que, sans nous améliorer moralement, nous pouvons mériter sa faveur ou apaiser sa juslice par des hommages réitérés, des solennités pompeuses, des mortifications, par des actes qui lui témoignent d'autant plus notre soumission qu'ils consistent davantage en sacrifices que rien n'exige. Nous conférons une dignité et une efficacité exceptionnelles à des exercices de dévotion sans valeur morale propre, qui ne pourraient en tout cas

être mis en œuvre que pour plier notre nature sensible à l'accomplissement des fins intelligibles ou que pour écarter les obstacles qui l'en détournent. A l'encontre de ces tendances il faut poser ce principe, que tout ce que l'homme, indépendamment d'une vie morale, croit pouvoir faire pour se rendre agréable à Dieu est pure superstition et faux culte. Ce principe ne nous empêche pas d'admettre la né- .cessité d'une assistance divine poursuppléer à notre imperfection et d'en justifier l'espoir: mais la raison ignore comment et sous quelle forme peut nous venir ce secours d'en haut. Si après cela il est une Eglise qui prétende le savoir et l'enseigner, qui condamne même ceux qui l'ignorent, quel est donc celui qui serait de peu de foi : serait-ce celui qui resterait. plein de confiance en Dieu tout en ne sachant rien de ses voies, ou celui qui désespérerait, s'il ne savait exactement comment il sera sauvé ? Au reste, ce dernier se rend bien compte que savoir quelque chose, le savoir surtout par révélation, n'est pas un mérite, et s'il tire avantage du saAoir qu'il croit posséder, c'est qu'il s'imagine toujours pouvoir se concilier à peu de frais la faveur du Ciel. Dès lors, une fois admis qu'il y a en dehors de la moralité des moyens de plaire à Dieu, la porte est ouverte toute grande à la superstition, et il n'y a plus de motif pour l'arrêter en tel ou tel point ; à cet égard, il n'est pas de différence essentielle entre le culte le plus grossier et le culte lephis ralïiné. Le seul moyen d'obvier dès le débuta cet envahissement du faux culte, c'est que la véritable Eglise, à côté de ses statuts positifs dont elle ne peut actuellement se dispenser, enferme un principe qui fasse de la Religion morale le but suprême de toutes les institutions ecclésiastiques. On dira que la moralité môme peut donner lieu à de semblables illusions, en favorisant la prétention à franchir les limites de la puissance humaine : mais dans ce cas il n'y a point erreur sur l'objet poursuivi ; il n'y a erreur que dans la disposition du sujet à se croire égal par sa conduite à son devoir.

Si donc une Eglise peut exiger, outre l'accomplisse-

ment de nos devoirs moraux, celui de certains actes, c'est uniquement dans la mesure oii ces actes contribuent de près ou de loin à la moralité. Penser qu'indépendamment , de toute fin morale des actes de ce genre peuvent nous valoir les faveurs de Dieu, c'est nous supposer en possession d'un art de produire par des moyens naturels des effets surnaturels, c'est donner dans la magie ou, pour parler plus exactement, dans le fétichisme. Est-il nécessaire d'observer qu'entre des moyens purement physiques et une Cause agissant moralement il n'y a aucune relation possible selon une loi que puisse connaître la raison ? Savoir distinguer et mettre à leur place les éléments du culte, en subordonner les éléments rituels aux éléments moraux, c'est entrer véritablement dans le siècle des lumières (die wahre Aufkldrung) : tandis qu'on perd la liberté des enfants de Dieu à chercher un mérite dans de vaines cérémonies, à s'imposer d'admettre des ftiits qui ne sont connus qu'historiquement et qui, étant invérifiables pour chacun, ne peuvent être crus que sur l'autorité d'un clergé. On se plie ainsi aveuglément à la domination sacerdotale, et celle-ci naturellement devient d'autant plus despotique qu'elle éprouve moins le besoin décompter avec les droits de la raison, même avec ceux de l'érudition ; elle se retrouve du reste sous les formes les plus diverses de l'organisation ecclésiastique, et elle s'exerce dès que le clergé se regarde comme le seul dépositaire et l'interprète exclusif des volontés du législateur invisible, comme le dispensateur souverain des mérites et des grâces d'en haut. Au fond, si toutes les confessions religieuses sont également louables en ce qu'elles représentent des essais humains pour réaliser le royaume de Dieu sur la terre, elles encourent le même blâme quand elles prennent la forme extérieure pour la chose même, quand dans l'instruction de la jeunesse et la prédicalion elles mettent la morale sous la dépendance de la foi historique ; elles suscitent ainsi des sentiments de crainte ou de fausse sécurité, également éloignés de la confiance salu-

taire qu'éprouve l'homme qui commence à bien agir dans le triomphe complet du bien. Il ne faut point que la vertu se subordonne jamais à la piété ; car la piété ne peut être qu'une façon d'assurer à l'homme que sa bonne intention réussira par delà sa puissance propre ; elle ne peut être l'objet suprême des âmes, car elle créerait alors un état de passivité morale vis-à-vis de la puissance divine, ou la crainte angoissante de ne l'avoir pas par de suffisantes expiations provoquée à intervenir favorablement. C'est dans ce vice que tombent certains chrétiens infidèles à l'esprit du Christianisme : les piétistes, par exemple, qui ne voient d'autre remède à la corruption humaine que cette piété extérieure qui consiste à attendre dans une vie de pénitence l'assistance surnaturelle; prenant le mépris d'eux-mêmes pour de l'humilité, ils entretiennent en eux des dispositions serviles et témoignent ainsi d'un réel manque de foi dans la vertu ' .

I. VI, p. 267-284. — Cf. Reicke, Lose Blutter, E 48, II, p. i83-i84. — Dans le Conflit des Facultés Kant montre comment le mysticisme de certaines sectes, tout en voulant s'affranchir de l'ortliodoxisme, aboutit cependant à des conclusions toutes voisines, en sacrifiant la volonté de l'homme à la personne divine ; il s'occupe donc du mysticisme des piétistes comme Spener et et Franke, de celui des Frères Moraves et de Zinzendorf. Ici du moins le problème est bien posé : la conscience, sans voiles, du mal mène à comprendre la nécessité d'une régénération radicale. Mais la solution est fausse en ce qu'elle transforme la puissance supra-sensible indispensable pour triompher du mal

— puissance qui peut et doit être nôtre — en une puissance surnaturelle agissant du deiiors sur nous. Pour les piétistes, l'homme ne peut pas de lui-même se convertir ; c'est une opération de la grâce qui le conduit à reconnaître dans la tristesse et dans l'angoisse le mal qui est en lui ; et c'est seulement quand le déchirement du cœur en est arrivé au point extrême que se produit la crise décisive d'où sort l'homme nouveau destiné à vivre selon la volonté de Dieu ; c'est donc d'un miracle que résulte la conversion, et si, pour ne [)as réduire l'homme à l'état de simple machine, les piétistes admettent que la prière peut provoquer ce miracle, ils ne voient pas que la prière elle-même dans leur système doit supposer l'opération surnaturelle (V. plus haut, p. 38, note). — Quant aux. Moraves et à Zinzendorf, ils pensentque la première démarche vient de l'homme qui sent lui-même sa misère et désire en être affranchi ; mais pour s'engager résolument dans la voie nouvelle et y persévérer, l'homme a besoin de la grâce divine dont l'elTet se manifeste ici, non par de terribles luttes intérieures, mais par la béatitude lénifiante d'un commerce intime avec Dieu. Les deux sectes, enfin, invoquent ime expérience immédiate de l'influence divine, laquelle ne peut avoir rien de positif et donne lieu à toutes sortes d'illusions.

— VII, p. 371-375. — Cf. Reicke, Lose Blàtter, F 11, II, p. 819.

Ce n'est donc jamais du dehors que peut nous venir la décision à prendre en matière de foi; cette décision appartient uniquement à la conscience. La conscience n'a pas à être dirigée ; c'est elle plutôt qui sert de guide dans les espèces morales délicates. A coup sûr c'est l'entendement ou la raison qui juge que telle action en général est bonne ou mauvaise; mais c'est la conscience qui décide que je suis certain ou non que telle action que je vais entreprendre est bonne ou mauvaise. Il n'est pas nécessaire que je sache la valeur de toutes les actions possibles ; ce que je dois savoir, c'est la valeur des actions que je me propose d'accomplir ; et tel est le postulat de la conscience : je ne dois les accomplir qu'en étant certain qu'elles sont bonnes ; dans le doute, je dois m'abstenir. Il faut répudier énergiquement le principe du probabilisme, pour qui la simple présomption qu'un acte est bon autorise à l'accomplir. C'est dire en d'autres termes que les croyances dont la source est dans des faits extérieurs et des témoignages historiques ne peuvent jamais prétendre s'imposer ; celui-là même qui les professe et les estime vraies ne peut s'empêcher de reconnaître qu'en raison de leur origine elles admettent des chances d'erreur et une certaine incapacité de convaincre tout le monde ; dès lors il n'a jamais le droit, pour chercher à les propager, de violer un devoir certain : il est même obligé, quand il les enseigne, de les présenter telles qu'elles sont, sans chercher à obtenir un aveu d'apparence ferme, qui en dissimule hypocritement l'incertitude ; il doit éviter d'agir, même implicitement, jDar rargumentum a tulo, selon lequel on peut gagner tandis que l'on nerisquerien àcroire plus qu'il ne paraît juste. La vraie maxime de sûreté, au contraire, c'est, sans le rejeter comme faux, de ne jamais regarder comme pleinement certain ce qui, sans s'opposer à la loi morale, n'est cependant connu que par la révélation, c'est d'estimer que tout ce qui m'est promis par là de salutaire ne me sera donné que si je commence par m'en rendre digne. C'est la seule attitude qui convienne, el qui soit en accord avec celte vertu éminente

de la conscience, aussi indispensable que rare, si malaisée à conquérir et à défendre contre toutes sollicitations : la sincérité \

Ainsi les pratiques du culte ecclésiastique ne doivent valoir que comme expressions ou symboles des exigences, des conditions et des espérances de la vie morale. Elles se rattachent par ce qu'elles ont de spécifique à l'idée de la grâce divine ; mais nous devons nous tenir à distaiice resjDCctueuse de cette idée, et pas plus que nous ne savons comment la grâce opère, nous ne devons prétendre avoir comme sous la main les moyens de la faire opérer. Le culte de Dieu, dans sa vérité, comprend quatre devoirs, et à ces devoirs correspondent des cérémonies qui n'ont pas avec eux un lien rigoureusement nécessaire. Nous avons d'abord pour devoir de fonder en nous le bien, c'est-à-dire de faire vivre et de vivifier constamment à nouveau dans nos âmes l'intention morale : à ce devoir correspond la prière privée. — Nous avons pour devoir ensuite de travailler à l'extension extérieure du bien, en nous unissant aux autres hommes dans des assemblées publiques régulières où s expose la doctrine religieuse et où s'exprime l'aspiration de tous à devenir meilleurs : à ce devoir correspond la fréquentation de l'Église. — Nous avons pour devoir encore de transmettre le bien à la postérité, c'est-à-dire de recevoir les générations nouvelles dans l'Eglise : à ce devoir correspond le baptême. — Nous avons pour devoir enfin de conserver et de renouveler cette communauté spirituelle dos fidèles unis dans le corps de l'Eglise et investis d'un droit égal à participer aux fruits du bien moral : à ce devoir correspond la communion. — Ces diverses pratiques n'ont de valeur que tout autant qu'elles restent enfermées dans le sens des devoirs auxquels elles correspondent. Dès qu'elles prétendent à une efficacité dérivée uniquement de leur réalité matérielle, elles deviennent funestes, La prière

est fétichisme du moment qu'elle est autre chose que le vœu renouvelé de nous rendre agréables à Dieu par nos intentions et nos actes, du moment qu'elle se propose d'agir sur Dieu pour la satisfaction de nos besoins, qu'elle est comme un entretien sensible avec Dieu qu'on aurait honte de voir surprendre, qu'elle assujettit à des formules prétendues sacrées la disposition intérieure qui doit se libérer de toute formule ; comprise dans son véritable esprit, l'oraison dominicale a été la suppression de la prière formelle'. — La fréquentation de l'Eglise ne doit pas être un simple acte de présence ; surtout elle ne doit pas servir à entretenir en nous des émotions passagères liées à des représentations sensibles de la Divinité ; elle ne doit pas avoir pour objet une édification indépendante de tout effort moral : le temple de Dieu ne s'édifie pas en nous de luimême, au chant de pieux cantiques accompagnés de soupirs et de désirs ardents, comme les murs de Thèbes aux accents de la lyre d'Amphion. — Quant au baptême, s'il est, par l'admission d'un membre nouveau dans l'Eglise, par l'engagement moral et religieux qu'il impose au néophyte et à ses répondants, une solennité d'une haute importance, il ne saurait être un moyen direct de grâce, ni surtout avoir la vertu d'effacer les péchés. — Enfin la communion, . accomplie en commémoration du fondateur de l'Eglise, a toute sa valeur dans l'affermissement qu'elle apporte à l'union fraternelle des membres de l'Eglise et dans l'élargissement qu'elle opère de la cité de Dieu, capable de devenir ainsi la cité universelle. Elle a par là quelque chose de grand et de moralement efficace ; en attendre d'autres effets, c'est méconnaître l'esprit dans lequel elle a été instituée'". En dernière analyse, toutes les illusions du faux culte ont leur principe dans la tendance à ne retenir des attributs de Dieu, sainteté, bonté, justice, que le second, et à chercher des moyens matériels pour se concilier, en dehors

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