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!x. Cf. Ritschl, Ibid., I, p. 445.

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la loi, non celui qu'elles ont avec nos autres facultés', et par oii elles expriment l'intégrité de notre vie.

Telle qu'elle était, et autant par la diversité des tendances qu'elle essayait d'accorder que par la détermination rigide du principe qui en fondait l'accord, cette philosophie religieuse de Kant devait se heurter à des oppositions de nature très différente. D'un côté l'idée qui en était le point de départ et qui en conditionnait tout le développement, l'idée du mal radical, ne pouvait que choquer vivement Vhumaiiisme optimiste de poètes tels que GœtheetHerder '. D'un autre côté le fait d'identifier la Religion naturelle avec l'essentiel des dogmes chrétiens moralement interprétés, d'attrihuer ainsi au Christianisme historique en quelque mesure une juste valeur et une influence utile ne pouvait que soulevercontre Kant les écrivains de r^«/A7(Vrw/i^, qui virent là, en effet, un retour à la superstition et à la barbarie sco-

1. Cf. O. Plleiderer, Gescliichte der Reli^ionsphilosophie '.'om Spinoza his au f die Gegeiuvart, 3« éd., 1898, p. 186.

2. Gœthe qui était alors tout plein de la beauté antique et de la conception esthétique du monde, qui s'avouait païen décidé, écrivait à Herder le 7 juin 1798 : « Kant, après avoir employé une longue vie d'homme à décrasser son manteau philosophique de maints préjugés, l'a ignominieusement sali de la tache du mal radical afin que les Chrétiens aussi se sentent engagés à en baiser le bord. » Gœthes Briefe, éd. Ed. von der Ilellen (Gotta'sche Bibliothek), III, p. 116-117. —V. également la lettre à .Tacobi, du même temps, III, p. laS. — V. Yorlander, Gœthes VerhuUniss zti Kent, Kanlstudien, I, p. 96-97. — Herder, qui avait fondé son interprétation du Christianisme sur la foi dans la bonté de la nature humaine, qui déclarait à la fin de ses Lettres sur l'humanité qu'il ne pouvait tirer aucun bon parti de l'hypothèse d'une puissance du mal dans la volonté humaine fut naturellement tout oITusqué de la Religion de Kant ; il en combattit et en railla le « roman » chrislologique et la « diaboliade philosophique » (V. Haym, Herder, II, p. r)54-<350) Il s'éleva également contre la thèse de l'autonomie de la Faculté de philosophie, soutenue dans le Conflit des Facultés (fhid.,\). 682-68/1). — Schiller, lui aussi, avouait que l'idée du mal radical révoltait son sentiment; cependant il ne voyait pas trop quels arguments y opposer. Il trouvait d'ailleurs dans l'ouvrage de Kant « l'exégèse la plus pénétrante de l'idée chrétienne de la Religion par des raisons philosophiques » ; il en approuvait, avec la tendance et la méthode, la thèse essentielle qui reconnaissait à la foi de la Religion positive une valeur simplement subjective, mais pour longtemps indispensable (Lettre à Korner, du 28 février 1798, Briefe, éd. .Tonas, 111, p. 287-289. — V. aussi la lettre à Fischenich, du 20 mars, où il dit que le très important ouvrage de Kant n'est rien de moins « qu'une déduction de la nécessité d'une Religion positive et d'une Eglise par des raisons philosophiques, et une explication — plus platonicienne, il est vrai, qu'exégétique — du Christianisme ». Ibid., p. 3o5-3o6).

lastique du moyen âge '. Les orthodoxes, eux, saisirent surtout de l'ouvrage et combattirent vivement ce qu'avait de négatif à leur endroit le rationalisme kantien, c'est-àdire la subordination du dogme à la loi pratique, l'interprétation jjurement morale de l'Ecriture, la réduction au minimum des articles de foi, l'amoindrissement du rôle de la révélation ■. Par ailleurs cependant la philosophie religieuse de Kant, non seulement était acceptée avec enthousiasme par des disciples ', mais commençait à exercer sur la théologie une influence qui fut étendue et durable '\ Elle se substitua un peu partout à la philosophie de Leibniz et de Wolff dans la tâche de définir les conditions intellectuelles à laquelle la théologie devait s'adapter ou se soumettre : par son con-cept de la Religion morale, par sa distinction du sensible et du supra-sensible, elle fournissait aux esprits en quête d'accommodation des moyens nouveaux et assez souples pour concilier le rationalisme avec le supranaturalisme, et c'est sous cette forme qu'elle se fit agréer non seulement dun grand nombre de théologiens protestants, mais encore de certains théologiens catholiques '. A

1. V. en particulier le compte rendu de la 2"^ édition de la Religion dans ja Nouvelle bibliothèque allemande universelle de Nicolaï.

2. V. la lettre qu'écrivait de Erlangen Ammon à Kant, 8 mars 1794, et dans laquelle il signalait les adversaires que rencontrait l'interprétation morale de l'Ecriture. « Ils soutiennent que cette façon de chercher un sens moral n'est pas autre chose que le procédé, depuis longtemps tourné en dérision, des Pères de lEglise, en particuher d'Origène, qu'avec cette sorte d'exégèse toute certitude dogmatique s'en va (en quoi ils pourraient bien n'avoir pas tout à fait tort) et qu'une nouvelle barbarie sera le dernier terme de cette interprétation (^/-/e/wecksel, II, p. !x~'a). — Parmi les orthodoxes, ceux qui combattaient Kant avec le plus de mesure étaient des théologiens de Tubingen, comme Storr, dont Kant, dans la Préface de la 2<^ éd. de sa Jieligion, cite avec estime les Annotationes quœdain theologic;e,el i.-F . Flatt, qui avait déjà critiqué Kant dans divers ouvrages et qui lui adressait directement des objections courtoises, non sans valeur (V. Briefwechsel, II, p. 44 J ; HI, p- 379-881).

3. V. la lettre de Kieseweter, du i5 juin 1798 (^Briefwechsel, II, p. 421), celle de Biester, du i3 juillet 1798 (p. 423), celle de Hippel, du 5 décembre 1793 (p. 4âô), celle de Maria de Herbert, du commencement de 1794 (p. 466).

4. V. llosenkranz, Ge.schichte der Kanl'schen Philosophie, p. 323-337. — J.-Ed. Erdmann, Wissenschaflliche Darstellung der Geschichte der neuern Philosophie, III, i, p. 268-276. — Ed. Zeller, Geschichte der deutschen Philosophie, p. 4 18-422.

5. Parmi ces théologiens catholiques il faui citer Reuss à Wiirzburg (V. sa

dire vrai, en se répandant, elle ne pouvait guère maintenir tel quel l'équilibre qu'elle avait tâché de fixer. Si chez certains elle fut employée à accorder la Religion de la raison avec la Religion positive', et souvent par une justification plus dogmatique du principe et du rôle de cette dernière", chez d'autres, elle fut reprise et développée dans le sens d'un rationalisme de plus en plus strict qui semblait ramener la pensée de Kant à celle de VAufklaruiig'.

A la vérité, Kant avait toujours rappelé que si c'est la raison pratique qui prononce sur les problèmes moraux et religieux, c'est toujours bien la raison. Il avait défendu énergiquement son système contre toute confusion avec les doctrines qui opposant, elles aussi, la foi à la connaissance la faisaient dépendre d'une révélation irrationnelle ou d'une inspiration du sentiment. Les concordances que Jacobi avait cru découvrir entre la philosophie kantienne et la sienne étaient plus pour inquiéter Kant que les diflerences encore cependant très fortes qu'il avait découvertes\ En réalité, tout séparait Kant de Jacobi', car l'accord sur certaines intentions et certaines conclusions

lettre à Kant, du 3i avril 1797, Biiefw., III, p. i58), KoUer à Heidelberg et surtout Hermès à Bonn.

I. Staùdlin, le théologien de Gottingue, avec qui Ivant avait été en correspondance, comme nous l'avons vu, sur ces questions, et à qui il dédia le Conflit des Facultés montra une particulière activité à défendre fidèlement sous diverses formes l'esprit du kantisme.

a. On peut citer Sûskind, Ammon, Tieftrunk.

3. J.-W. Schmid et Chr. Ehr. Schmid, Jacob, Krug, Rolir, Wegscheider, Gesenius, Dav. Schulz. Paulus fut le plus célèbre représentant de cette tendance.

4. V. la réponse de Kant à Jacobi, du 3o avril 1789, Briefvechsel, II, p. 72-75. — « On peut bien accorder, y disait-il entre autres choses, que si l'Evangile n'avait pas précédemment enseigné les lois morales universelles dans toute leur pureté, la raison jusqu'ici ne les aurait pas saisies dans une telle perfection ; toutefois, maintenant (/u elles sont données, on peut convaincre chacun par la seule raison de leur exactitude et de leur validité », p. 74.

5. V. plus haut, p. 398 s(i. — Cf. Lév-Bruhl, La philosophie de Jacobi, p. i7'i sq.

ne pouvait avoir de valeur philosophique en dehors d'une méthode qui l'eût produit. Or c'était à toute méthode que répugnaient Jacobi et ses partisans plus ou moins prochains. Ils faisaient fi du labeur de l'entendement discursif; ils en appelaient à la vision géniale, à la divination intuitive ; merveilleusement confiants dans les ressources de leur esprit propre, ils étaient comme ces riches qui regardent de haut les modestes travailleurs ; ils se bornaient à affirmer selon leur gré là où les autres s'appliquaient à démontrer selon la vérité. Contre cette insolence intellectuelle permise à la fantaisie de l'amateur qui n'est qu'amateur, mais intolérable, comme il le disait, à la police du royaume dés sciences, Kant écrivit dans la Berluiische Monalsschrift son article Sar un Ion de distinction récemment pris dans la philosophie \ I! raillait cet étrange emploi du mot de philosophie, qui, avant d'être appliqué comme aujourd'hui à l'inspiration incommunicable, avait été appliqué par un aljus analogue à la vie monastique des ascètes dans le désert, aux procédés occultes des alchimistes, à l'initiation mystérieuse des Loges. Il dénonçait l'arbitraire des croyances imposées d'autorité par « le philosophe du sentiment qui platonise » (der plaionisirende GefUldsphilosophj. Platon se trouve être en elfet, sans l'avoir voulu, le père de ce mysticisme philosophique, de cette Schivarmerei. Il admettait une intuition primitive des idées, maintenant obscLU-cie par les ténèbres de notre vie sensible, et que le philosophe a le devoir de restaurer dans les âmes. Mais il invoquait cette intuition intellectuelle pour expliquer Cil quelque sorte par derrière nous la possibilité d'une connaissance synthétique a priori, non jDOur étendre par devant nous cette connaissance par la continuation de la prétendue lecture des Idées dans l'entendement divin. Et surtout

I. Von einein neuerdings erliohenen vornehmeii Ton in der Philosophie, 1796. — L'article visail surtout J.-G. Sclilosser, qui dans des remarques sur les prétendues lettres de l'Iaton avait attaqué la pliilosophie kantienne. — V. également dirigée contre Sclilosser la fin d'un autre article de Kant paru peu après (1796) : Verkiïndigung des nahen Abschliisses ei/ies Tractais zum ewigen Frieden in der Philosophie, Yl, p. 496-497.

il entendait ainsi fonder le droit delà raison, non le supprimer. Son plus grand défaut fut de se laisser fasciner par les propriétés des figures, comme Pythagore lavait été par celles des nombres, au point d'y voir la révélation du mystère des choses.

Nos modernes platoniciens, eux, veulent élever l'objet de leurs affirmations au delà de la raison même; ils ne s'en tiennent plus à la hiérarchie régulière des diverses espèces d'assentiment, opinion, foi, savoir; il leur faut ce qu'ils appellent un pressentiment du supra-sensible, et ils abondent en expressions figurées d'une signification indécise ou équivoque pour suggérer ce que peut être ce pressentiment. Une appréhension trop nette de l'objet les offusquerait; à l'exemple du faux Platon ils veulent, non point soulever le voile d'Isis, mais le rendre un peu moins impénétrable de façon à deviner la divinité qu'il recouvre.

A l'origine de leurs tentatives illusoires et de leurs prétentions arrogantes il y a cependant un besoin certain de notre nature, celui de nous rattacher à ce monde supra-sensible dont la conception peut seule donner à notre moralité une assiette ferme. Mais cette conception ne se détermine rigoureusement que par la loi morale, et si elle nous conduit à un mystère qui est celui de la liberté, ce n'est qu'après avoir rationnellement établi la puissance pratique de cette faculté d'agir inconditionnée et en avoir aussi rationnellement justifié l'incompréhensibilité théorique. La philosophie critique donne donc un sens j)récis à ce qui n'est dans la philosophie du sentiment qu'aspiration légitime, mais vague. (( La déesse voilée devant qui nous ployons, de part et d'autre, le genou est la loi morale en nous dans son inviolable majesté. Nous entendons assurément sa voix et nous comprenons fort bien son commandement: mais en l'écoutant nous ne savons pas si elle vient de Ihomme, en vertu de la puissance souveraine de sa propre raison, ou si elle vient d'un autre Etre dont l'essence lui est inconnue et qui parle à l'homme par l'intermédiaire de sa raison

propre. Au fond nous ferions peut-être mieux de passer outre à cette recherche, puisqu'elle est exclusivement spéculative, et que ce qui se présente à nous (objectivement) comme le devoir à accomplir reste toujours le même, que l'on admette pour fondement l'un ou l'autre principe : avec cotte différence, que la méthode didactique, qui consiste à ramener la loi morale en nous à des concepts clairs selon les préceptes de la logique, est seule proprement philosophique, tandis que l'autre procédé, qui consiste à personnifier cette loi, à faire de la raison qui commande moralement une Isis voilée (tout en ne lui attribuant d'ailleurs d'autres propriétés que celles que l'on découvre par la ptremière méthode), est une façon esthétique de se représenter absolument le même objet: on en peut assurément user, après que par la première méthode on a tiré les- principes au clair, afin de rendre ces idées plus vivantes par une exposition sensible, quoique seulement analogique; mais il y aura toujours à cela quelque danger de s égarer en des visions chimériques qui sont la mort de toute philosophie'. » L'œuvre propre de la raison, c'est donc de travailler à ce que la loi morale ne revête point l'apparence d'un oracle sujet à toutes les interprétations. Mais après tout, comme dit Fontenelle, si M. N... veut absolument croire aux oracles, personne ne l en peut empêcher".

Ainsi Kant lâchait de maintenir le sévère esprit du rationalisme critique à la fois contre les adversaires et contre les alliés compromettants qui ne trouvaient pas dans la doctrine de la loi morale et des postulats une façon suffisante de limiter le savoir afin de faire place à l'intuition du sentiment, ou qui étaient tout prêts à détourner l'idée d'une foi de la raison vers l'idée d'une foi irrationnelle, alimentée par l'inspiration mystique ou par la tradition historique. Et la dilliculté certes était grande pour sa philosophie de rester en garde, non seulement contre

■2. VI, p. 465-482.

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GgO LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KA?JT

les diverses sortes de dogmatisme qui la combattaient ou l'attiraient du dehors, mais encore contre cet autre dogmatisme qui tendait à l'envahir du dedans en supprimant l'effort compliqué et rigoureux dont elle était issue et en ne retenant que les résultats très simples qui pouvaient la rendre populaire : l'impuissance de la raison théorique et la justification des plus importants objets de croyance sous la forme de postulats de la raison pratique, étaient devenus en effet des thèmes d'un développement aisé; un kantisme superficiel et morahsant s'était bien vite formé et répandu, celui contre lequel Schelling publiait en 1796 ses Letlres philosophiques sur le dogmatisme et le crilicisme '.

I. V. aussi la lettre de Schelling à Ile^el, du commencement de janvier 1795. Aus Schellings Leben, I, p. 71-72.

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