MODE DE FORMATION DU SYSTEME
ne se fassent valoir immédiatement comme vraies, c'est-àdire à multiplier le plus possible, en les liant entre elles le mieux possible, les médiations rationnelles qui en éliminent les éléments les plus individuels, qui en retiennent, pour les ordonner, les éléments les plus impersonnels. Or il est certain qu'à divers moments de l'évolution de la pensée kantienne l'idée de fonder la morale, disons même telle morale, est intervenue comme facteur très important ; mais celte idée n'a cherché à se convertir en doctrine que médiatisée par des conceptions purement théoriques dont plusieurs avaient un contenu originairement trop éloigné d'elle pour avoir été produites uniquement en sa faveur. Pour revenir au même exemple, — qui nous met du reste au cœur de la doctrine, — c'est par des considérations tirées de la géométrie et de la philosophie naturelle que Kant a été amené à concevoir que l'espace et le temps ont une existence absolue, capable de fonder les rapports des choses au lieu d'en dériver, ensuite que cette existence ne peut être qu'une existence idéale, ou mieux la forme a priori de 1 intuition sensible' ; lafTirmation de la liberté transcendantale ne s'est produite dans le système qu'avec l'autorisation préalable de cette théorie. Aussi Kant, à ce qu'il semble, a plus fidèlement exprimé sa règle de conduite intellectuelle, quand il a dit dans la Préface de la seconde édition de la Crilique : « Supposé que la morale implique nécessairement la liberté (au sens le plus strict).. ., mais que la raison spéculative ait démontré que la liberté ne se laisse nullement concevoir, il faut nécessairement que la première de ces suppositions, la supposition morale, fasse place à celle dont le contraire renferme une contradiction manifeste". » Kant n'a donc voulu fonder sa philosophie pratique qu'en l'accordant avec sa philosophie théorique.
1. Cf. Hiehl, Der pliilosnphische Krificisinus, \, p. 35G-3(H. — Cli. Andler, Introduction aux Pirmiers principes inétapliysifjties de la science de la nature, traduits par Gh. Andler et Ed. Chavannes, p. i.xxxvi sq.