vil, p. -5-83, p. IIO-H
■yiO LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE RANT
une obligation qui résulte analytiquement de la notion même de droit ' .
L'acte par lequel le peuple se forme en Etat, ou plutôt la simple idée de cet acte, qui autorise à le concevoir comme légitime, c'est le contrat originaire en vertu duquel tous et chacun se dessaisissent de leur liberté extérieure pour la reprendre aussitôt comme membres d'une république". C'est la pensée de Rousseau, avec cette différence que, pour Kant, l'homme en formant l'Etat n'a pas eu à sacrifier à cette fin une partie de sa liberté extérieure primitive ; il n'a fait que rejeter de sa liberté ce qu'elle avait de sauvage et d'étranger à toute loi pour la retrouver intégralement dans un ordre de dépendance légale, issu de sa propre volonté législative .
La cité se forme et doit se conserver suivant des lois de liberté, c'est-à-dire qu'elle n'a pas pour objet le bonheur des citoyens. Le bonheur des individus serait sans doute plus assuré, comme la affirmé Rousseau, dans l'état de nature, ou bien encore sous un gouvernement despotique ; le type du gouvernement despotique, c'est en effet ce gouvernement paternel qui traite les sujets comme des enfants mineurs et se charge de les rendre heureux pourvu qu ils soient bien obéissants '. Mais le véritable bien public con-
1. VII, p. 107, p. i3o-i3i. — Sur la théorie du droit public dans Kant, V. Bluntschli, Geschichte der neuere/i Statswissenschnft, 3*= éd., 18S1, p. 373-39/i. — Henry Michel, Vidée de l'État, a" éd., 1896, p. ^7-52.
2. Il n'est pas du tout nécessaire, avait dit Kant ailleurs, de supposer co contrat comme un fait et de chercher à établir hislori(|uement, — ce qui du reste est impossible, — qu'un peuple qui nous a transmis à cet égard ses droits et ses oblii^ations accomplit un jour un acte semblable, afin de conclure de là, comme Danton, le respect que nous devons à la constitution civile existante. Le contrat primitif est une simple idée de la raison, qui lie le législateur et lui impose d'édicler ses lois comme si elles exprimaient la volonté collective do tout le peuple. — Ueber den Gemeitisprucli : Dos luag in der Théorie richtig sein, etc., VI, j). 32(j, p. 334-335. — Kant avait également distingué le contrat social des autres contrats par ce caractère, qu'il n'est pas seulement une union des personnes pour une fin commune, mais qu'il a j)our fin l'union même, qu'il se présente eh outre aux hommes comme un devoir premier et inconditionné pour le règlement de leurs rapports réciproques d'action. — Ibid., p. 321.