‹ La philosophie pratique de KantChapitre 309 sur 361 · VII, p. 193-198, p. 2i5, p. 308, p · texte numérisé non relu

VII, p. 193-198, p. 2i5, p. 308, p

courante qui s'y rattachent : la différence entre la vertu et le vice ne peut être de degré : elle est de nature ; elle résulte de la différence irréductible des maximes que nous adoptons pour régler notre conduite'. Il n'entend pas non plus que la connaissance empirique des circonstances dans lesquelles les hommes sont placés serve à définir, par la puissance quon leur prête, le degré d'obligation qui s'impose à eux : la puissance au contraire se déduit du devoir qui commande catégoriquement, et la vertu ne saurait être une simple prudence, tirée de l'expérience '.

Qu est donc la vertu ? La vertu est la force morale que montre par ses maximes la volonté dans l'accomplissement de son devoir ; elle suppose une contrainte que l'homme exerce sur lui-même par la seule idée de sa raison législative, et un courage qu'il déploie contre un ennemi tout intérieur, à savoir ses inclinations naturelles. Elle exige d'abord l'empire sur soi-même : elle implique, dans le vrai sens du mot, cette «TiàOêta morale, qui n'est pas une indifférence subjective à l'égard des objets de la volonté, mais cette tranquillité d'âme qu'accompagne le ferme propos d'obéir au devoir: état vraiment sain, et préférable même à cet intérêt enthousiaste dont on se prend parfois pour le bien, et qui n est trop souvent qu'une fièvre passagère dont l'excès est bientôt suivi d'atonie. Telle est la vertu: considérée objectivement, elle est un idéal inaccessible qui exige que nous reprenions sans cesse notre effort, que nous ne nous laissions pas saisir par le mécanisme deé habitudes, même des bonnes habitudes : elle est donc pour nous subjectivement un état de lutte, qu'on a pu élever au-dessus de la sainteté même, parce que celle-ci ne comporte pas la nécessité, ni le mérite de lutter. Illusion certes, mais qui s'explique ; car la vertu est pour l'homme le seul véritable titre de gloire. En la possédant l'homme est libre, sain, riche, roi. n'a rien à craindre du hasard ni de la destinée :

Page 1