Ml, p. 207-208. p. 238-230. :>.. Vit, p. :!o
LA DOCTRINE DE LA VERTU
il ost pleinement son maître. Kant reprend donc la formule par laquelle les Stoïciens exaltent la sagesse humaine : mais il n'admet point cependant, comme nous le savons, que la sagesse humaine puisse par elle seule se créer tout son objet et consommer sa perfection. Il repousse non moins la conception chimérique et fanatique de la vertu qui jonche de devoirs tous les pas de l'homme comme d'autant de chaussestrapes ' .
Il montre en outre qu il y a dans l'homme des prédispositions (( esthétiques » à être affecté par l'idée de devoir. Ces prédispositions ne sont certes pas des conditions objectives de la moralité, mais des conditions subjectives qui y portent l'homme. Elles résultent de l'influence qu'exerce la loi morale sur l'âme ; ce ne peut être un devoir de les posséder ; mais c'est parce qu'on les possède qu'on est sensible à l'action du devoir. C'est d'abord le sentiment moral, ou la faculté d'éprouver du plaisir ou de la peine par la seule conscience de l'accord ou du désaccord de notre action avec la loi morale; c'est ensuite la conscience, ou la faculté de juger ce qu'on doit faire dans tous les cas oii s'applique le devoir — et ce jugement par rapport à nous ne peut être erroné, — ainsi que de s'approuver ou de se condamner selon ce que l'on a fait: c'est encore l'amour des hommes conçu comme sentiment indépendant du devoir et comme penchant à nous faire pratiquer envers nos semblables la bienveillance que le devoir ordonne ; c'est enfin le respect considéré comme lié à la représentation de la loi. Ces prédispositions sont en nous primitivement : ce qui dépend de nous, c'est de les entretenir et de les fortifier -.
Les devoirs dont doit traiter l'Éthique se divisent, selon les deux grandes fins morales, en devoirs de l'homme en-
VII, p. i83, p. 198, p. 209-210, p. 2ii-2i3, p. 200. Ml, p. 202-206.
■yao T,A PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KA>'T
vers soi-même et devoirs de l'homme envers ses semblables. Quant à la forme systématique que doit revêtir la doctrine, elle comprend une doctrine élémentaire qui contient, à côté de la dogmatique les problèmes de casuistique, et une méthodologie qui se divise en didactique et en ascétique '.
N'est-il pas singulier que nous ayons des devoirs envers nous-mêmes ? Puisque c'est envers nous que nous sommes obligés et que par conséquent c'est nous-mêmes qui nous obligeons, ne pouvons-nous pas nous délier à notre gré de notre obligation ? Qu'on y prenne garde toutefois. Comme il n'y a pas de devoirs, même. envers les autres, où nous ne nous obligions nous-mêmes en vertu d'une loi émanée de notre raison, s'il n'y avait pas de devoirs envers nous, il n'y aurait pas de devoirs du tout. Pour résoudre la difficulté, il suffît d'invoquer la distinction de l'être sensible et do l'être intelligible en nous ; l'obligation envers nousmêmes, c'est l'obligation envers l'être intelligible, envers l'humanité dans notre personne ".
Les devoirs envers nous-mêmes concernent soit notre nature physique, soit notre nature morale ; ils sont en outre, soit négatifs, soit positifs, c'est-à-dire qu'ils nous interdisent ce qui est contraire à la perfection de notre double nature et qu'ils nous ordonnent ce qui peut y contribuer; ils sont, dans le premier cas, des prohibitions et, à ce litre, des devoirs j)arfaits, dans le second cas, des ordres extensifs qui nous laissentparsuite une certaine latitude, et, à ce titre, des devoirs imparfaits ^
La nature physique de riiomme comporte trois espèces de penchants : le penchant par lequel elle tend à sa propre conservation, le penchant par lequel elle tend à la conservation de l'espèce, le penchant par lequel elle tend à user de ses forces et à jouir de cet usage. De là trois grandes sortes de devoirs, moins possibles à caractériser par cux-