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ly T,A PHILOSOPIIIF. PP.\TIOtE DE K\>T
lulhérieniie, l'igaorance éruditc ou superstitieuse des scolasliques, des médecins et des juristes, assez claire pour n'avoir pas à respecter le privilège d'une caste savante et pour pouvoir appeler à elle un public beaucoup plus étendu, animée enfin du seul souci de la vérité et du bien commun. On essayait de se satisfaire un jieu au hasard par la lecture et le commentaire de Descartes, de Locke, de Bayle. Dans la lutte qu'il engagea si vivement contre le pédantisme des professeurs d'Université et contre la tyrannie des théologiens, Cbristian Thomasius n'alla guère au delà d'un tel éclectisme; s'ilj^ut jDréparcr ou annoncer la science nouvelle et l'enseignement nouveau, il resta par cela même incapable de les organiser. Il fallait en etfet une doctrine d'ensemble poin- détacher des idées anciennes, en les fixant sur d'autres idées, les intelHgenccs habituées à affirmer et à cioire ; il fallait aussi que la pensée libre, pour ne pas être considérée comme un principe de thèses arbitraires ou négatives, pût prouver sa vertu en s'exprimant et se soutenant par de longues chaînes de raisons, qu'elle vint, autrement dit, opposer scolaslique à scolastique. Le leibnizianisme était là maintenant, auquel il était possible d'emprunter le fond de la doctrine: quant à la mise en forme, rigoureuse et minutieuse, qui pouvait le convertir en philosophie d'école, ce fut la tache qu'assuma Christian AVollT.
\j bomme convenait admirablement à la tâche. Esprit sérieux et patient, sans originalité créatrice, il avait fortifié par plusieurs années d'application aux mathématiques le goût qu'il avait, on ])eut même dire la passion, de définir et de démontrer. Il excellait à distribuer selon des plans ix'guliers les connaissances (ju d avait amassées, poussant à l extrême scru|)ule le soin de procéder par ordre, de marqu(>r exaclenuMit le sens des lei'mes et l'enchaînement des propositions. Il aimait les idées claires, mais plus encore sans doute le formalisme logi(jue par lequel la clarté des idées peut s obtenir. De bonne heure il fut convaincu que le progrès de la culture et le bien de l'humanité dépendent
Li;S ANTI-CKOEMS : PIETISME ET RATIONALISME lô
moins de découvertes nouvelles que de l'agencement bien entendu des notions acquises, et il eut l'ambition de présenter dans un vaste système, selon une méthode absolument démonstrative, tout le savoir humain. Des questions les plus hautes de la théologie naturelle et de la métaphysique aux questions les plus particulières, parfois même les plus insignifiantes de la morale pratique et de la physique empirique, rien n'échappe aux prises de son investigation sévère et de sa discipline : de laces œuvres considérables, par lesquelles il voulait remédier aux deux grands vices dont, selon lui, souirrait la philosophie : le manque d'évidence et le manque d'utilité. A dire vrai, il ne réforma pas la philosophie en philosophe, il la réforma en pédagogue ; il fut, selon Hegel, l'instituteur de l'Allemagne'. Dans la Préjace de l'un de ses premiers écrits, il annonçait le programme qu'il s'était tracé : « La raison, la vertu et le bonheur sont les trois principales choses auxquelles l'homme doit tendre en ce monde. Et quiconque se rend attentif aux calamités du temps présent voit comment elles résultent du défaut de lumière et de vertu. Des gens qui sont des enfants par l'intelligence, mais des hommes par la perversité, tombent en foule dans une grande misère et une grande corruption... Ayant observé en moi dès la jeunesse une grande inclination pour le bien de l'humanité, au point de désirer rendre, tous les hommes heureux si cela était en mon pouvoir, je n'ai jamais rien eu plus à cœur que d'employer mes forces à une œuvre telle que la raison et la vertu pussent croître parmi les hommes". »
Cette conception d'un accord essentiel entre la science, la vertu, le bonheur et l'utilité sociale avait été déjà, comme on l'a vu, exprimée par Leibniz: mais elle est manifestement énoncée ici dans un sens plus dogmatique, plus littéral, plus immédiatement tourné vers l'apphcation pratique.