‹ La philosophie pratique de KantChapitre 6 sur 361 · IVer/ie, XV, p · texte numérisé non relu

IVer/ie, XV, p

2. Verniiiiftige Gedanken von Gutt, dcr H'elt und der Seele des Mensclieii, S" éd., 172.5, Vunede.

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On y reconnaît celte rigidité stricte de l'entendement logique qui lie les idées par voie de conséquence directe, au lieu de cette large souplesse de la pensée spéculative qui, dans la philosophie leibnizienne, unit les idées en les faisant converger harmonieusement. Par là sans doute telle doctrine de Leibniz parut chez Wolff, même quand* elle était à peu près tidèlemcnt reproduite, plus oflensive et plus dure. C'est ainsi que le problème qui naturellement tenait le -plus en éveil les intelligences et les consciences, le problème du rapport de la raison avec la révélation religieuse, reçoit de Wolil" en principe la solution même que Leibniz avait indiquée. Il y a d'abord, disait Leibniz, des vérités qui sont communes à la raison et à la foi et qui constituent le fonds de la religion naturelle; quant aux vérités que les religions positives, plus spécialement le christianisme qui est la meilleure de toutes, enseignent comme des mystères, l'assentiment qu'elles réclament n'exige pas, comme le prétend Bayle, un renoncement à la raison ; il faut maintenir l'ancienne distinction entre ce qui est contraire à la raison et ce qui est au dessus d'elle ; comme les lois de la nature relèvent finalement d'une autre nécessité que la nécessité géométrique, les considérations générales du bien et de Tordre qui les ont fondées peuvent être vaincues dans quelques cas par des considérations d'une sagesse supél'ieure : Leibniz d ailleurs tendait à admettre que ces considérations exceptionnelles rentrent dans le plan du meilleur des mondes et qu'elles produisent une dérogation, non pas à l'ordre souverain des choses, mais simplement à l'ordre ordinaire et familier qui est donné dans l'expérience des hommes ; les miracles sont une introduction phis manifeste du règne de la grâce dans le règne de la nature'. Cette façon d'entendre la conformité de la rai-

I. /.'.s.sY/j's de TItêodicée. Discours préliminaire de la confornnté de la for avec la raison. Pli. Schr. Ed. Gerliardt, VI, p. /jg et suiv. — Cf. Em. Boutroux, Notice sur la vie et la pliilosoplue de Leibniz, en tète de son édition de la Monadologie, 1881, p. 126-128. — A. Pichler, Die Théologie des Leibniz, 1869, I, p. 226 288.

son avec la foi ne paraît réserver pleinement le rôle de la foi qu'à la condition de reconnaître expressément les limites de la raison humaine. En fait, Leibniz les reconnaissait, et après lui, WollT était tout disposé par son éducation profondément chrétienne à les reconnaître. Seulement chez Leibniz la reconnaissance de ces limites était liée à l'idée ou au sentiment de ce que l'ordre des vérités supérieures au principe de contradiction enveloppe d'infini ; chez WolfF, au contraire, la tendance à tout enfermer dans des formules logiques, qui se traduisait notamment par la réduction du principe de raison suffisante au principe de contradiction, rendait plus arbitraire sa conception du rôle de la foi et semblait exiger, sur la question des miracles et de la révélation, une application plus étroite des critères du rationalisme. EiTectivement, les conditions auxquelles il soumet la vérillcation du surnaturel sont si strictement détinies, qu elles en restreignent singulièrement la réalité ou la possibilité. Dieu, selon A\ oUT, ne révèle rien de ce qui peut être connu par la raison : il faut donc établir tout d'abord queTliomme n'aurait pu par les voies naturelles arriver aux connaissances qu'il reçoit sous la forme de la révélation divine. Comme Dieu ne peut vouloir que ce qui est conforme à ses perfections , rien de ce qui leur est contraire ne peut être tenu pour révélé. Comme il est par son entendement la source de toutes les vérités et qu il ne peut rien produire qui les démente, une révélation authentique ne doit rien contenir qui soit en opposition avec les vérités rationnelles. Même la révélation divine de la morale ne saurait enchaîner l'homme à ce qui contredit les lois de la nature ou l'essence immuable de lame. Enfin, pour arriver jusqu à l'homme, la révélation ne doit pas plus bouleverser les règles et les habitudes du langage que les forces naturelles: elle doit être, comme le reconnaissent les théologiens, appropriée à l'état d'esprit et aux façons ordinaires de ceux qui la reçoivent. C'est qu'en effet, si le miracle reste possible en général, le miracle inutile est moralement impossible ; un monde où tout arriverait

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par miracle pourrait être reffet delà puissance de Dieu, non de sa sagesse. L'événement miraculeux n'exige de Dieu qu'une puissance et une science en rapport avec sa singularité, tandis que l'événement qui rentre régulièrement dans le cours des choses exige une puissance et une science capables de le déterminer non seulement en lui-même, mais dans ses relations avec l'ensemble. Aussi un monde oii les miracles sont rares est-il plus parfait qu'un monde où les miracles se multiplient. De toute façon, ce qu'on appelle un miracle ne peut être sans raison, et la raison du miracle doit le plus possible se coordonner, en ses moyens et ses ellets, avec la raison générale qui gouverne tout'. Si donc WolCf ne s'opposait pas directement au supra-naturalisme des théologiens de son temps, il fournissait à coup sur des ressources pour le combattre: par là, comme aussi par sa disposition plus d'une fois manifeste à séparer le domaine de la raison de celui de la foi', à ne réclamer pour la raison que les simples afïirmations de l'existence et des attributs de Dieu, de l'immortalité de l'àme, Wollf instituait en Allemagne, à la façon des déistes d'Angleterre, la religion naturelle.

Il agissait plus fortement encore dans le même sens par sa façon de traiter et de résoudre les problèmes pratiques. Sétant déjà occupé de ces problèmes avant de connaître Leibniz, il les posa même dans la suite avec une certaine indépendance à l'égard de la doctrine leibnizienne. En particulier, il était moins porté à admettre que les principes moraux dussent chercher un appui dans les vérités niétapliysiquesetdanslechristianisme. DéjàThomasius, suivant l'exemple des libres penseurs anglais, avait tenté de détacher lamoralede la théologie et delà fonder sur les lois intérieures de la nature humaine : lois, disait-il, (jui ne sauraient trom-

1. Vernûitftigc ('.edanken von Gntl. etc., I. i; 633-S (i'|.>. § kiio-.:^ iok), § ioSq-;^ 1043, pp. 386-393, G23-G29, 638-l)l'j.

2. Verniinftige Gedanken von der Meiisclicn Thnn mul l.asseii, 1720.

LES ANTECEDENTS: PIETFSME ET RATIONALISME l'j

per puisqu'elles ont été inculquées clans nos âmes par Dieu même. WoliF affirme plus résolument encore le droit de la morale à s'émanciper. « Les actions libres des hommes sont bonnes ou mauvaises, en elles-mêmes et pour elles-mêmes ; ce n'est pas de la volonté de Dieu qu'elles reçoivent d'abord ce caractère. S'il était possible qu'il n'y eût aucun Dieu et que l'enchaînement actuel des choses pût subsister sans lui, les actions libres des hommes n'en resteraient pas moins tout aussi bonnes ou tout aussi mauvaises'. » Quand il se trouve chez un athée de la dépravation morale, ce n'est pas à son incrédulité qu'elle tient, c'est à son ignorance touchant les vraies lois du bien et du mal ; et c'est delà même source que découlent chez d'autres qui ne sont pas des athées une vie désordonnée et une mauvaise conduite. Les Chinois, bien qu'ils ne soient instruits de l'existence de Dieu par aucune religion naturelle, encore moins par la lumière de la révélation, n'en sont pas moins parvenus par la force de leur conscience à une morale si accomplie qu'ils pourraient servir de modèles aux autres peuples ". Au surplus, une philosophie pratique, telle que Wolff veut l'établir au nom delà raison, ne peut que faire abstraction de la diversité des croyances ; elle a pour objet de déterminer la règle universelle à laquelle nous devons conformer les actions qui sont en notre pouvoir. Cette règle est fondée dans la nature de l'àme humaine, en ce sens que l'amc humaine recherche naturellement ce qui est bon et fuit naturellement ce qui est mauvais ; si l'obligation peut donc en être rapportée à Dieu, elle n'en a pas moins son principe et son expression incontestables dans une disposition essentielle de notre être ; c'est une loi de la nature autant et même plus qu'une loi de Dieu, puisqu'elle ne cesserait pas d'être valable, même s'il n'y avait pas d'Etre supérieur à nous '. Elle s'énonce dans cette formule : Fais ce qui te perfec-

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