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:i. On sait le grand retcntlssomcnt qu'eurent en Allemagne les idées pédagogiques de V Kiiiite, et comment elles vinrent accélérer le mouvement qui se produisait de divers côtés pour la réforme des écoles. L'intérêt que prenait Kant à ces questions, ainsi que la persistance de son attachement aux principes de Rousseau, apparaissent bien dans l'enthousiasme avec lequel il salua la fondation du Pltilantliropinuiii de Basedow. Ce fut sur le J/ethor/ciihuc/i de Basedow qu'il fil ses premières leçons de pédagogie en 1770-1777 (Arnoldt. Krilische Excursp, p. 572). Il se constitua le patron de l'Institut de Dessaii dans trois articles de la Gazette savante et polili(/iie de Ka'/iigshpii;. 28 mars 177O, 27 mars 1777, 24 août 1778. — Sur l'authenticité de ces articles, v. Keicke, Kaniiniia, p. 08-70. — Dans l'apjiel au public du 37 mars 1877, il disait : « Dans les pays civilisés de l'Europe ce ne sont pas les établissements d'éducation qui font défaut, ])as plus (|ue le zèle bien intentionné des maîtres à être sur ce point au service de tout le monde, et cependant 11 est bien aujourd'hui clairement démontré cpie, comme on travaille là dans un sens contraire à la nature, on est bien loin de faire produire à l'homme le bien auquel la nature l'a disposé; que, puisque les créatures animales que nous sommes ne s'élèvent à l'humanité que par la culture, nous verrions sons pou de tout autres hommes autour de nous, si l'usage se répandait partout de cotte méthode d'éducation qui est tirée sagement de la nature même, au lieu de suivre servilement la routine des siècles grossiers et ignorants. Mais c'est en vain qu'on attendrait ce salut du genre humain d'une amélioration graduelle dos écoles. Il faut qu'elles soient complètement transformées, si l'on veut ipi'il en sorte quelque chose de bon ; car elles sont défectueuses dans leur organisalion ])remière, et les maîtres eux mêmes ont besoin de recevoir une nouvelle culture. Ce n'est pas une lente ré/orine qui peut |jroduire cet ell'et, mais une prompte révolution. » II, p. /|57. Ni les bizarreries de Basedow. ni sa première retraite, ni sa querelle avec Mangelsdorf n'ont ébranlé la confiance de Kant : « Les attaques qui s'élèvent de çà de là contre l'Institut et parfois même les écrits injurieux ne sont que les pratiques liabiluelles à cet esprit de critique (jui s'exerce sur tout et à la vieille routine qui se défend sur son fumier ». 11. p. '\')^. — VA. Benno Erdmann, lie/lexioiteii h'n/its ziir Initischen Pliilosoj>Iil('. II. n" :i,"i5. p. -8. — La nouvelle édition di> la Coriespondance de Kant
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dans la inodecine que le médecin est le serviteur de la nature: mais la même maxime vaut en morale. Ecartez seulement le mal qui vient du dehors : la nature prendra d'elle-même la direction la meilleure. Si le médecin disait que la nature est en elle-même corrompue, par quel moyen voudrait-il l'améliorer ? Le cas est le même pour le moraliste. ' » « C'est la dilTérencc de la fausse morale et de la saine morale, que la première ne recherche que des ressources contre les maux, tandis que la seconde veille à ce
complète aboiidamnient le témoignage de la sollicitude active avec laquelle Kant suivait une entreprise « dont l'idée seule dilate le cœur » (Bi-iefli'ec/isel, I, p. 220), qui méritera « la reconnaissance de la postérité » (^Ihid., p 181). A . les lettres de Kant à Wolke (p. 178, 220), à Basedow (p. 181), à Regge (|). 187), à Campe (p. 199, 201). à Crichlon (|i. 217). On savait d'ailleurs que Kant était intervenu pour faire admettre au Philanthropinum des jeunes gens à qui il s'intéressait. « I^a porte est étroite, écrivait Hippel le 29 avril 1777 à un candidat ; elle n'a été ouverte à Scliern;s pour ses deux fils que sur les prières réitérées de M. Kant » (Hippel, liriefe, n" 83). — Nous voyons ici une intervention du même genre se produire, avec un commentaire qui la rend significative. En recommandant à Wolke le fils d'iin de ses amis, Kant prévient qu'il a été élevé jusque-là selon les [)rincipes de l'éducation négative, la meilleure, ajoute Kant, qu'il pût recevoir jusqu'à cet âge. On l'a laissé développer ses facultés en toute liberté, en se bornant à écarter ce qui aurait pu leur imprimer une fausse direction ; en matière religieuse, le père est d'accord avec l'esprit du Philanthropinum, selon lequel la connaissance de Dieu doit s'accomplir, quand le moment est venu, par une sorte de révélation naturelle de l'entendement sain, et être telle qu'elle ne réduise jamais la moralité à n'être qu'un état subordonné ou accessoire (^Briefwechsel, I, p. 178-179). — Lorsque Campe a quitté l'Institut, Kant lui en exprime de très vifs regrets, avec l'espoir de l'y voir revenir {Ihid., p. 201 sq.). — Au moment oi!i le conflit de Wolke et de Basedow compromet gravement la prospérité de l'école nouvelle, il félicite A\ olke an courage avec lequel il persévère dans son œuvre en dépit dos difficultés accumulées, et en même temps il lui confie les moyens tout diplomatiques dont il a usé pour convertir à la bonne cause le prédicateur de la cour, Crichton, 4 août 1778 {Ibid., p. 220-222). A ce dernier il avait dit entre autres choses : « Sous la direction de Wolke, cet Institut doit devenir avec le temps l'école-mère de toutes les bonnes écoles du monde, pourvu qu'on \enille du dehors le soutenir et l'encourager dans ses débuts » (^Ihid., p. 217). — Sur Basedow et le Pliilanthropinisme, v. Pinloche, La réforme de l'édurntiaii en Allema^in' an xvriif sièclp. A supposer que Basedow, comme le prétend M. Pinloche, relève moins de Rousseau qu'on ne croit (p. 286-288), c'est certainement par les idées qui lui sont venues de Rousseau que Kant a été conduit à prendre tant à cœur l'essai de Basedow.
I. A III, p. GiG. — « Les moralistes du jour supposent beaucoup de maux et veulent apprendre à en triompher ; ils supposent beaucoup de tentations pour le mal, et ils prescrivent des mobiles pour en triompher. La méthode de Rousseati nous apprend à ne pas tenir les premiers pour des maux, ni les secondes pour des tentations ». \\\l. p (ii'i.
que les causes de ces maux n'existent point'. » On ne peut agir heureusement sur l'humanité qu'à la condition de chercher le point d appui de son action dans l'état de nature, qui est en même temps l'état de liberté". Kant détourne vers les thèses de Rousseau l'antique conception, selon laquelle on ne peut convaincre autrui que par ses propres pensées et le toucher moralement que par ses propres dispositions ; à quels effets pourrait-on prétendre sur le cœur de l'homme, si l'on ne supposait en lui une certaine bonté ^ ? Or, c'est se défier de cette bonté native que de vouloir inculquer du dehors la vertu ; la vertu ne s'enseigne pas ; il suffît d'écarter ce qui lui fait obstacle. (( Là où Terreur, a écrit Kant ailleurs, est entraînante et périlleuse en même temps, les connaissances négatives et leurs critères ont plus d'importance que les connaissances et les critères positifs... Socrate avait une philosophie négative au regard de la spéculation, je veux dire une philosophie de la non-valeur de beaucoup de prétendues sciences, une philosophie des limites de notre savoir. La partie négative de l'éducation est la plus importante : discipline. Rousseau (marquer avec j)récision des limites*. )»
Une science marque bien les limites de toutes les sciences : c'est la science de l'homme. A elle il appartient de découvrir l'homme vrai, d'éveiller en tout être humain la conscience de sa tâche. « S'il est quelque science qui soit réellement nécessaire à l'homme, c est celle que j'enseigne, qui lui indique de remplir convenablement la place qui lui a été assignée dans la création, et dont il peut apprendre ce qu'il doit être pour être un homme. Supposé qu'il ail appris à connaître au-dessus ou au-dessous de lui des séductions trompeuses qui l'aient à son insu tiré de sa place pro-