‹ La philosophie pratique de KantChapitre 63 sur 361 · VIII, p · texte numérisé non relu

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2. Dans ses Conjectures sur le commencement de l'histoire de l'humanité (1786), Kant énoncera l'idée qui, selon lui, concilie les droits delà nature avec ceux de la culture, et qui permet du même coup de comprendre les aspects opposés de la pensée de Rousseau. C'est quand on considère la civilisation dans son rapport avec la félicité et la moralité instinctive de l'individu, qu'elle apparaît inférieure à l'état de nature ; mais c'est par rapport à l'espèce humaine et à son progrès indéfini que la civilisation doit être considérée, et alors, bien qu'elle soit faite pour une grande part des misères physiques et morales des individus, bien qu'elle ne soit possible que par cette inégalité dont se plaint Rousseau, elle n'en est pas moins justifiée par l'œuvre d'ensemble qu'elle réalise graduellement au sein de l'espèce; à ce point de vue, elle est supérieure à l'état de nature. « De cette façon on peut mettre d'accord entre elles et avec la raison les assertions souvent mal comprises et en apparence contradictoires de l'illustre J.-J. Rousseau. Dans ses écrits sur l'Influence des sciences et sur V/négalité des hommes, il montre très justement l'inévitable conflit de la culture avec la nature du genre humain, considéré comme espèce animale, dans laquelle chaque individu devrait accomplir pleinement sa destinée ; mais dans son Emile, sonContrat social et d'autres écrits, il cherche en retour à résoudre le difficile problème que voici : comment la culture doit se poursuivre pour développer les dispositions de l'humanité, en tant qu'espèce morale, dans le sens de leur destination, de telle sorte que l'humanité, comme espèce morale, ne soit plus en opposition avec l'humanité, commes espèce naturelle ». Muthmasslicher Anfang der Menschengeschichte, IV, p. 822. — Cf. Idée zu einer allgemeinen Geschichte, IV, p. i5o. — B. Erdmann, Reflexionen Kants zur krit'isclien Philosophie, I, n» 609, p. 207. — Dans Y Anthropologie au point de vue pratique (1798), après avoir redit que la sombre peinture faite par Rousseau de la condition des hommes hors de l'état de nature n'est pas une invitation à retourner dans les forêts, Kant ajoute : « Les trois ouvrages de Rousseau sur le dommage qu'ont causé : 1° l'abandon par notre espèce de l'état de nature pour l'état de culture, par l'affaiblissement de notre puissance ; 2° la civilisation, par l'inégalité et l'oppression réciproque; 3" la prétendue moralisation,par une éducation contre nature et une formation vicieuse de la pensée ; — ces trois écrits, dis je, qui représentaient l'état de nature comme un état d'innocence (où le gardien de la porte de cette espèce de paradis, avec son glaive de feu,|^empèche de retourner), ne devaient servir que de fil conducteur à son Contrat social, à son Emile et à son Vicaire savoyard, pour sortir de ce labyrinthe de maux où notre espèce s'est engagée par sa propre faute. — Au fond Rousseau n'entendait pas que Ihomme dût opérer un retour, mais, du point de vue où il se trouve maintenant, regarder

I2/| LA l'HII.DSOI'inr I>KAT1()IE DE KANT

Kant soit disposé à radmoltre entièrement et définitivement. Sans doute il redit que les sciences ne sont pas la fin essentielle de la vie : « Si une chose n'est pas faite pour la durée de la vie, ni pour ses divers âges, ni pour la plupart des hommes, si enfin elle dépend du hasard et n'est que difficilement utile, elle n'est pas essentielle au bonheur et à la perfection de l'espèce humaine. Combien de siècles se sont écoulés avant que la vraie science existât, et que de nations il y a dans le monde qui ne la posséderont jamais! Il ne faut jîas dire ([ue la nature nous appelle à la science parce qu'elle nous a donné la faculté de savoir : car, pour ce qui est du plaisir attaché à la science, il peut n'être que mensonger '. » Mais si les sciences engendrent la vanité et la corruption, elles peuvent cependant nous mieux servir: elles peuvent nous lendre plus habiles, plus prudents, plus sages, nous remettre dans une situation plus conforme à notre vraie nature " : portées à une certaine hauteur, elles corrigent les maux quelles-mêmes ont faits : sinon directement, du moins indirectement elles peuvent contribuer à la moralité '. Elles ne sont funestes que pour être sorties de leur rôle, pour avoir développé le "out du luxe et fourni les inovens de le satisfaire. Elles

en airirro dans rétat de nature. Il admettait que l'iiommc est hon par nature (de la laçon dont la nature se transmet), mais bon dune manière négative, c'est-à-dire qu'il n'est pas de lui-même et volontairement méclianl. ([u'il est seulement en danger d'être gâté et corrompu par des exemples et îles guides mauvais ou maladroits. Mais comme il faut encore pour cela des iiommes Ijoiis, qui auraient diî être élevés pour cette fin même, et comme il n'en est sans doute aucun qui n'ait en lui une corruption (innée ou acquise), le problème de l'éducation morale pour notre es/ji^ce reste insoluble, non seulement quant au degré, mais encore quant à la qualité du principe. » Anthropologie in pragmatischer /Jinsicht, VII. p. (),')i-()5;î. — En établissant dans la Doctrine (le In s'ertu que riiommc doit cultiver ses facultés, kant repousse comme principe de cette obligation l'avantage qu'on retire de cette culture : car il est possible, comme l'a dit Rousseau, que l'avantage soit plus grand à rester dans l'état de nature : c'est pour obéir au devoir que l'iiomme doit tâcher de perfectionner ses aptitudes. Die MptapliYsil; der Sillrti. Il Tluil. \ II, p. •„>.");?-

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