II. p
a. Ihid . « La métaphysique est une science des limites de la raison humaine. »
3. Dans la lettre à Lambert du 3i décembre 1766, Kant disait que ses efforts avaient principalement pour objet la méthode propre h la métaphysique, mais ([ue plus capable de dénoncer les fausses méthodes que de montrer in concreto la vraie, il allait publier aujiaravant de moindres travaux dont la matière était prête : les Principes niélaphysiqiies de la plnlos(>f>hie de la nature et les Principes métaphysiques de la philosophie pratique {liriel\vechsel, I,p. 53). — V. la lettre du 8 avril 1760 à Mcndclssohn {Ihid., p. 67-68).
!x. Il, p. 37.5.
5. Un terme comme celui de sentiment, plus facile à définir en ces matières par ce (pi'il exclut que par ce qu'il implique, ne peut révéler sa signifioation
PRESSENTIMENTS D UNE METAPHYSIQUE NOUVELLE ï [\[)
la niélaphysiquc deAVolff ruine surtout un prétendu savoir qui ne s'imposait que par une autorité intellectuelle tout abstraite, tandis que la force intrinsèque des obligations et des croyances morales ramène la pensée aux sources de ses inspirations métaphysiques essentielles. A la fin de cette période il y a dans lame de Kant un réveil de platonisme.
C'est à ce moment que les deux séries de réflexions auxquelles Kant avait été conduit sur la science et sur la
positive que par l'usage qui en est fait. Sur l'usage qu'en a fait Rousseau, M. Renouvier a dit non sans justesse : « On confond ordinairement (c'est un grand tort, dont on serait préservé si l'esprit de la raison pratique du criticisme était mieux compris) le sentiment, en tant que nom familier de l'un des éléments de conscience qui entrent dans l'afErmation des postulats dépendant de la loi morale et dans la croyance à la réalité suprême de cette loi elle-même, et le sentiment comme principe de l'éthique, tenant lieu de tout ce qui s'appelle devoir et primant toute règle des relations humaines. C'est dans le premier de ces deux sens du mot seulement qu'on peut dire que le sentiment a dicté les croyances de Rousseau exprimées dans la Profession de foi du vicaire savoyard. Rousseau, dans cet ouvrage, s'est énergiquement prononcé contre l'eudémonisme et contre le système qui fait de l'intérêt ou du plaisir le mobile unique des actes. Il a formulé l'opposition entre le « principe inné de justice et de vertu » et le « penchant naturel à se préférer à tout. » Il a rattaché cette opposition à l'existence d'une loi universelle de justice et d'ordre, dont la conscience porte témoignage. Il a anfin expliqué le devoir par la liberté, établi la responsabilité, subordonné le bonheur et regardé le mal comme r « ouvrage » de l'homme. Si c'était là une philosophie du sentiment, la doctrine de Kant en serait donc une aussi. » Esquisse d une classification systéinatiqiie des doctrines philosophiques, cinquième partie, dans la Critique Religieuse, septième année, i885, p. 166-167, note. Et plus loin : « La vraie doctrine de Rousseau en appelle du dogmatisme philosophique au sentiment, dans le sens criticiste, et n'oppose pas le sentiment à la raison et au devoir. » P. 194, note. — ■ V. également: Philosophie analytique de l'histoire, t. III, p. 648-651.
Voici, d'autre jiart, une réflexion de Kant qui date très vraisemblablement de cette époque, et qui montre comment l'adoption du terme de sentiment pour désigner la faculté du jugement moral s'alliait dans son esprit avec la tendance à déterminer cette faculté jiar une conception rationnelle et systématique. « Le sentiment spirituel est fondé sur ce que l'on se sent prendre sa part dans un Tout idéal. Par exemple linjustice qui frappe quelqu'un me touche aussi moi-même dans le Tout idéal. Le Tout idéal est l'idée fondamentale de la raison aussi bien que de la sensibilité qui lui est unie. C'est le concept a priori dont doit être dérivé le jugement juste pour tout le monde. Le sentiment Dei-BOS. 10
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morale, au lieu de continuer à se développer jiresque séparément, arrivent à se rencontrer par une sorte de convergence spontanée. Si l'on persiste à voir dans les Rêves d'un visionnaire surtout une œuvre de critique négative, qui s'arrête seulement devant les droits naturels de la conviction morale, les idées catégoriquement rationalistes de de la Dissevlalion de 1770 sont une surprise \ En réalité il y a eu un passage régulier de lun à l'autre de ces ouvrages : avec le premier Kant conçoit pour lui-même que la morale pourrait être positivement fondée, si l'affirmation d'un monde intelligible pouvait être rationnellement justifiée ; mais il a conscience que cette justification rationnelle lui manque, définitivement ou provisoirement ; avec le second il se croit à même de la fournir. Quel obstacle dans l'intervalle avait-il fallu lever } Ce ne pouvait être que ce dogmatisme, avoué ou non, de l'expérience sensible, qui produisait selon les cas deux tendances opposées, dun côté
moral, même clans les devoirs envers soi-même, se considère dans Thumanité et se juge, en tant qu'il a part à rhumanité. La faculté qu'a l'homme de ne pouvoir juger le particulier que dans l'universel est le sentiment (das Sentiment'). La sympathie en est tout à fait distincte, et elle ne se rapporte qu'au particulier, quoique elle s'y rapporte chez autrui ; on ne se met pas dans l'idée du Tout, mais à ia |)lacc d'un autre, n Extrait de Réflexions de Kant encore inédites, communiquées par Benno Erdmann à Foerster : Der Entwicklungsgang der hantischen Etliili, p. 29.
I. Pour écarter cette surprise, plusieurs hypothèses ont été proposées. Mentionnons celle de Windelband {Die verschiedenen Phasen der kantisc/ien Lehre t'ow Ding an sicli, Vierteljahrsschrift fiir wissenschaflliche Philosophie. \, p. aSS-aSg ; (leschiclile der neuren Philosophie, \\, 1880, p. 3o sq.), d'après laquelle la lecture des Nouveaux Essais de Leibniz, parus pour la première fois en 1765, aurait ramené Kant à un rationalisme qu'il avait senti plus jJTofond et [)lus décisif que celui de l'école woKTienne. Vaihinger (Coniinentar, L p. /|8, H, p. 4^9) se raUie à cette hypothèse. Benno Erdmann la repousse (Ka/its Hefexioiien, H, p. xlviii) en raison de la dilTérenoe qu'il y a entre la doctrine leibnizienne et les idées de la Dissertation sur le fondement de la distinction des deux mondes ; et il est bien certain qu'établir ce fondement a été l'objet principal des pensées de Kant à celle époque. V. encore là-dessus, A.dickes, Kant-Stitdieu, p. 162 sq. Ce qui paraît plus juste, ce que soutient Adickes et ce (jue ne contredit pas Benno Erdmann, c'est que la lecture des Nouveaux essais a ]>u renouveler et fortifier dans Kant la notion d'une connaissance pure et de principes a priori ; mais l'élaboration do la forme s[)écifique de son rationalisme l'a vraisemblablement beaucoup plus préoccupé alors que la simple acceptation du rationalisme en général.
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la tendance à soutenir que le monde donné est la mesure du connaissable et du concevable, de l'autre la tendance à user plus ou moins inconsciemment des figures et des notions suggérées par les sens pour représenter le monde intelligible. Mais pour renverser ce dogmatisme il fallait autre cliose qu'un acte de foi arbitraire, ou qu'un vague sentiment des limites de l'expérience. C'était précisément le grand défaut de l'école wolfïienne que de n'avoir pas su approfondir la distinction qu'elle établissait, selon la tradition platonicienne et métaphysique, entre une partie empirique et une partie pure de la connaissance, que de l'avoir bien souvent elle-même effacée par une application banale du principe de continuité, que de l'avoir réduite à n'être qu'une différence de clarté dans la perception des objets. Supposons au contraire que l'on découvre des conditions de l'expérience sensible, qui du même coup en limitent strictement la portée, et l'empêchent d'étendre au delà d'elle son mode propre de connaissance : des lors les concepts intellectuels, purs de tout mélange, exempts de toute fausse application, reprennent leur valeur originaire ; il y a deux mondes véritablement distincts sans communication équivoque de l'un à l'autre. Or ce résultat d'extrême importance était préparé par la thèse purement spéculative soutenue dans le petit écrit de 1768, sur le Fondcmeiil (le la différence des régions dans l'espace \ Kant y affnmait, en vertu de considérations géométriques, qu'il y a un espace absolu, ayant une réalité propre, à tel point distincte de l'existence des corps, qu'elle est la condition première sans laquelle les corps ne pourraient ni être donnés, ni être en rapport les uns avec les autres " : ainsi les déterminations de l'espace ne dépendent plus des positions des parties de la matière, mais les positions des parties de la matière dépendent des déterminations de l'espace ^ :
1. Von dem ersten Grande des Unterschiedes der Gegenden ini Baume.