LA DISSERTATION DE I
indirecte à une science supérieure résultant de purs concepts. Or la géométrie, qui est une science parfaitement exacte et évidente, a besoin de l'intuition sensible pour construire ses objets : elle est un prototype de connaissance sensible, en même temps que rigoureusement démonstrative'. Il y a donc lieu de tenir pour faux le principe selon lequel le sensible, c'est ce qui estconnu confusément, landis que l'intellectuel serait ce qui est connu distinctement ; des clioses sensibles — la géométrie avec sa certitude en témoigne — peuvent être très distinctes ; des clioses intellectuelles — la métaphysique avec ses incertitudes en témoigne — peuvent être très confuses. « Je crains donc que WolIT, en établissant entre les choses sensitives et les choses intellectuelles la distinction qu'il a établie, et qui n'est pour lui-même que logique, n'ait complètement aboli, au grand détriment de la philosophie, ces très nobles principes de discussion sur le caractère des phénomènes et des noiunènes posés par l'antiquité, et qu'il n'ait souvent détourné les esprits de l'examen de ces objets vers des minuties logiques". »
Mais qu'est-ce qui autorise la connaissance sensible à se considérer comme vraie, et qu'est-ce qui l'oblige en même temps à se limiter.'^ C'est ici qu'apparaît la grande découverte de Kant, celle qui est restée à ses yeux fondamentale et définitive. La sensibilité est justifiée comme faculté de connaître en ce qu'elle suppose, non seulement une matière fournie par la multiplicité des sensations, mais une forme (|ui coordonne cette multiplicité selon des lois, et cette forme, c'est l'espace et le temps. L'espace et le temps sont des intuitions pures qui se soumettent la diversité des intuitions empiriques; ce ne sont ni des substances, ni des accidents, ni de simples rapports ; ce sont des conditions simplement idéales ou subjectives, quoique nécessaires, de cette faculté qu'a l'esprit d'être affecté par les choses, et qui