‹ La philosophie pratique de KantChapitre 8 sur 361 · Ibid., !:i 12, p · texte numérisé non relu

Ibid., !:i 12, p

2. Ibid.. i ■>, ^ i3, pp. '(-5, II. — Cf. Baiiingarlcn, Metaphysica, § gA, C"^ éd., 1768, p. aG.

LES ANTECEDENTS: PIETTSME ET RATIONALISME T f)

traire. Au fond, ce qui constitue notre perfection, c'est ce qui est conforme à notre nature. Par là s'introduit l'eudémonisme de A\olff. Du moment que le plaisir n'est pas autre chose que la conscience d'une perfection, le plaisir durable, ou le bonheur, est assuré à quiconque s'élève constamment dune perfection à une autre, à quiconque dans sa conduite suit la loi véritable de sa nature. En ce sens la poursuite du bonheur peut être regardée comme le mobile universel vers la vertu. Mais comme aussi personne ne peut travailler à son bonheur et à sa perfection sans le secours d'autrui, chacun doit concourir aux fins analogues de son semblable'. Ainsi l'idée d'obligation trouve chez Wolff un contenu matériel dans les lois de la nature humaine comme dans les nécessités naturelles qui lient les hommes entre eux. Elle suppose donc pour être bien entendue et bien pratiquée l'exacte connaissance de ces lois et de ces nécessités. La valeur de notre action se mesure à la clarté et à la distinction de nos idées. Bien que WolU' commence par mettre à part la faculté de connaître et la faculté de désirer, par suite la métaphysique et la philosophie pratique, c'est en somme la fonction théorique de l'esprit qui, selon lui, détermine et garantit le progrès de la faculté de désirer. Tout désir a dans la connaissance d'une perfection sa cause nécessaire et suffisante. Si cette connaissance est obscure ou confuse, elle peut nous tromper sur l'objet qu'elle nous représente et induire notre activité en de fausses et mauvaises démarches ; si cette connaissance est claire et distincte, elle nous assure de la valeur et de l'efficacité de son objet, alors le désir est vraiment volonté. Il y a donc une faculté de désirer inférieure et une faculté de désirer supérieure. Mais l'une et l'autre obéissent toujours à celte loi, que nous ne tendons qu'à ce qui nous est représenté comme un bien. Aussi toute liberté d'indifférence est-elle

t. Philosophia practica universalis methodo scientifica pertractnta, éd., 1744) § 22i-§ 223, p. 176-178.

exclue ; il n'y a pas d'acte qui n'ait sa raison : la liberté véritable, c'est à son degré le plus élevé, le désir résultant de la connaissance rationnelle, ce qu'on peut appeler la volonté pure ' . Auxlumièrcsdc rintelligence notre volonté doit d'être bonne, comme notre conscience d'être droite. « Le moyen de décider si notre conscience est droite ou non, c'est la démonstration". » Le jugement de la conscience ne peut être fondé en raison que par l'intermédiaire du savoir. La science morale détermine la moralité.

Les formules elles définitions de ce dogmatisme rationaliste introduisirent dans la philosophie pratique, à côté de distinctions laborieusement subtiles et vaines, quelques distinctions pénétrantes et fécondes. Telle fut surtout la distinction de la morale et du droit naturel, parlant de la moralité et de la légalité, qui, indiquée chez ^\olfiF, mais imparfaitement, fut reprise avec plus de précision par Baumgarten. En tout cas, ce rigorisme logique qui poursuivait autant que possible dans le détail la déduction des devoirs eut pour elTet le plus apparent à cette époque un certain rigorisme moral. 11 était sans doute trop dépourvu de hautes inspirations spéculatives pour empêcher de se développer en lui-même cette téléologie superficielle qui tournait aisément à l'utilitarisme pratique : il avait du moins le mérite de maintenir contre l'indulgence extrême des mœurs du temps les significations élevées de l'individualisme et de l'eudémonisme.

Mais l'essentielle nouveauté de l'œuvre de ^^ ollT était dans la constitution complète et méthodique dune doctrine ne relevant que de la raison etpouvant siillira à la conduite de la vie; et ce fut cette nouveauté qui ne pouvait manquer de paraître subversive. A Halle, où Wolfl' avait été appelé dès 170C comme professeur, grâce à la protection de Leibniz, il ne tarda pas à attirer un nombre considérable d'étu-

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