‹ La philosophie pratique de KantChapitre 9 sur 361 · Cf. Bauingarten, Melaphysica, § G92, p. 2G · texte numérisé non relu

Cf. Bauingarten, Melaphysica, § G92, p. 2G

2. Vernùnftlge Gedanken s-uii der Meiisclien Titan iind Lasscn, S q4>

diants, de plus en plus séduits par sa façon de démontrer ce qu'ailleurs on leur présentait comme objet de simple croyance. Les piétistes qui avaient précisément établi leur influence par la fondation de l'Université de Halle s'alarmèrent du succès croissant d'un enseignement purement rationaliste: delà desconllits sourds, exaspérés encore par des froissements de personnes, et qui finirent par éclater au grand jour, lorsque Wolffen remettant le 12 juillet 1721 le prorectorat aux mains de Lange eut prononcé à cette occasion son Discours sur la morale des Chinois \ \\ o\ff soutenait que les Chinois C't en particulier Confucius avaient une morale très pure, qui pouvait sans peine se ramener aux principes et aux règles de sa philosophie propre, et il concluait de là que la raison est capable de fonder une morale en généralavec ses seules ressources, et par la seule considération de la nature humaine. Ce manifeste mit les piétistes en grand émoi. Breithaupt porta la lutte en chaire dès le lendemain ; au nom de la Faculté de théologie dont il était le doyen, Francke réclama la communication du manuscrit, que WoUT, aux applaudissements des étudiants, refusa. D'ailleurs, en publiant son discours, AA olff dans une note prévint qu'il avait entendu parler de la vertu au sens philosophique, non au sens théologique ou chrétien, et qu'il réservait entièrement le surcroît d'autorité et même de vérité que la révélation pouvait apporter aux démonstrations de la raison. La querelle n'en continua pas moins avec violence pendant près de deux années, au bout desquelles la Faculté de théologie adressa au roi des remontrances : WolfP était accusé d'affaiblir les meilleures preuves de l'existence de Dieu, de nier la liberté humaine, de dénaturer le miracle, de rendre Dieu responsable du mal, d'alTirmcr l'impuissance de la raison à justifier un commencement du monde et de l'espèce humaine. Frédéric-Guillaume, à cause

I. Ed. Zeller, Vottrdge und Ahhandlungen, I, 2^ éd , 1870 : Wolff's Vertreihitng ans Halle; der Kampf des Pietismus mit der Philosophie, p. 117-152,

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des revenus que rapportait au fisc l'afiluence des étudiants aux cours de AVolff, semblait peu pressé d'intervenir ; on lui représenta que le déterminisme de Wolff pouvait favoriser la désertion de ses grenadiers : c'était pour le roi-sergent le plus décisif des considérants. Un ordre du cabinet du 8 novembre 1728 destituait WolfF et lui enjoignait de quitter le territoire prussien dans les quarante-huit heures. Ainsi se résolvait, par une mesure violente, ce conflit des Facultés. C'était plus que les piétistcs ne souhaitaient. Ils eussent seulement voulu que WoUf lut astreint à se confiner dans les questions de mathématiques et de physique ; ils sentaient bien, tout en continuant leur polémique, que la persécution allait accroître linfluence de leur adversaire. C'est ce qui arriva. La philosophie de WolfF, malgré la défense faite en 1727 de l'enseigner, ne cessa pas de se propager. Ludovici, dont Vllisloire de la philosophie de Woljf s'arrête en 1787, compte 107 philosophes ou écrivains wolffiens. Quant à AVoliF, accueilli à l'Université de Marburg, sollicité par Pierre le Grand de venir en Russie, appelé en Suède, écrivant désormais non plus seulement pour l'Allemagne, mais pour l'Europe, il semblait ne souhaiter d'autre réparation que le retour à Halle. Cette réparation, il l'obtint avec éclat. Déjà Frédéric-Guillaume était peu à peu revenu de ses sentiments contre lui, avait blâmé Lange d'avoir provoqué sa décision, avait chargé une commission royale de déclarer la doctrine wollfienne inoffensive, et avait fait offrir au philosophe diverses chaires. L'avènement de Frédéric II permit à Wolff de rentrer à Halle : il y revint en triomphateur. L'Université en corps, y compris Lange elles théologiens, lui rendit visite. Mais l'heure de ses succès personnels fut brève : il ne put reconquérir ni son auditoire, ni son influence. La victoire était surtout pour l'esprit rationaliste qu'il avait défendu et qui, à la faveur du nouveau règne, allait se répandre sans obstacles et se populariser. La philosophie des lumières était désormais la philosophie officielle.

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Les lents et pénibles efforts de rénovation spirituelle, les luttes contre rinlluence tyrannique de l'orthodoxie luthérienne et de la scolastique, l'action conquérante du piétisme et du rationalisme, bientôt aux prises à leur tour, tout ce qui en somme occupait les pensées et remuait les consciences du reste de l'Allemagne se reproduit en des formes presque identiques dans la Aille et au sein de l'Université de Kœnigsberg '. Au commencement du xviii'' siècle, la philosophie y était sous l'entière domination de l'aristotelisme, d'un aristotelisme dont la médiocre vigueur interne était encore énervée par des compromis éclectiques. Quelques idées de Descaries et de Thomasius n'avaient obtenu qu'une créance passagère : professeurs de logique, de métaphysique et de philosophie pratique restaient pour le fond également fidèles à la tradition. Ce fut le piétisme qui le premier vint secouer l'inertie des esprits. Il fut introduit à Kœnigsberg par le conservateur des forets Th. Gehr. C'était spontanément, à la suite d'un retour sur lui-même, que Th. Gehr, le 21 septembre 1G91, jour de la Saint-Mathieu, avait éprouvé l'impérieux besoin de rompre avec le christianisme des théologiens pour s'attacher à un christianisme plus pur et plus vivant, à un christianisme du cœur. Dès lors il s'était reconnu piétiste. En 1698, il entrait en relations personnelles avec Spener, en 1C94 avec Francke ; à l'un et à l'autre, peut-être plus particulièrement au second, il dut la pensée qui aboutit finalement à la fondation du collège Frédéric. Il n'appela d'abord des maîtres piétistes que pour ses enfants; mais peu à peu d'autres faucilles, animées des mêmes sentiments, demandèrent à partager le bénéfice de cette éducation, et ainsi une petite école privée se trouvait instituée en 1G98 dans la maison du conservateur des

I. Benno Erdaiann, Martin Kiiulzen und seine. Zeit, 1876, p. 11-47. — Georg Hollmann, Prolegomena zur Genesis der Religionsphilosophie A^an^i, Altpreussische Monatsschrift, janvier-mars 1899, p. ^l^-

forets. Elle ne larda pas à apparaître aux autres établissements comme une concurrence dangereuse : maintes fois dénoncée comme école clandestine, elle n'eût pu sans doute se soutenir par la seule supériorité de ses méthodes et de son enseignement, si une heureuse circonstance, le voyage de Frédéric III à Kœnigsberg pour son couronnement, n'avait eu pour résultat de la faire reconnaître. Il lui fallait un directeur. Gehralla à Berlin et à Halle pour se concerter là-dessus avec les chefs du piétisme. Il découvrit, grâce à Spcner, l'homme qui convenait merveilleusement. J. H. Lysius n'avait pus seulement les vertus administratives et pédagogiques qui devaient assurer le progrès de l'institution naissante : il avait encore les qualités d'intelligence et l'étendue du savoir qui ne pouvaient qu'ajouter considérablement au prestige de sa fonction. Avant de prendre possession de son poste de directeur, il s'était familiarisé sur place avec le régime scolaire que Francke avait établi à Halle, et c'est dans le même sens que lui-même exerça son activité réformatrice. La nouvelle école, bientôt érigée en gymnase, faisait de Finstruction rehgieuse, approfondie et perfectionnée, l'essentiel de l'enseignement ; en même temps elle était la première, parmi les écoles de Kœnigsberg, à admettre des matières d'études telles que l'histoire, la géographie et les mathématiques. De plus en plus fréquentée, elle projetait puissamment, bien au delà du cercle des élèves, l'espiil qu'elle avait été destinée à répandre. Le zèle religieux de Lysius, son amour de la vérité, sa tolérance faisaient rayonner le piétisme sur toute la ville. L'opposition de l'orthodoxie luthérienne, comme celle de la scolastique étaient de plus en plus réduites.

Une autre opposition toutefois s'annonçait, et plus redoutable, sinon pour le présent, du moins pour l'avenir. La philosophie (leWolff était apparue à Kœnigsberg. Ceux qui les premiers la ropiésenlèrent, J.-II. Kreuschner, G.-!!. Rast, C.-G. Marquaidl, Chr.-Fr. Baumgarten, N.-E. Fromm, ne piirent certes pas à l'égard du piétisme une

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attitude hostile, et d'autre part, telle était la souveraineté de la domination piétiste que malgré leur modération aucun d'eux ne réussit à obtenir le titre de professeur ordinaire. Cependant l'antagonisme latent des deux tendances finit par se manifester. Un professeur extraordinaire de physique, Chr. Gabr. Fischer, qui était d'abord entré à l'Université en ennemi de Leibniz et de Wolff, s'était converti dans la suite à la philosophie Avolffîenne ; juste au moment où AYolff venait d'être exilé de Halle, oi^i ses disciples de Kœnigsberg n'osaient ni prononcer son nom, ni rappeler le titre de ses œuvres, Fischer, avec une imprudence qui eût été plus généreuse si elle n'avait été surtout inspirée par un besoin de provocation, avait fait ouvertement profession de la doctrine et parlé sans ménagements des cercles piétistes de la ville. Un ordre du cabinet, de 1725, qui alléguait principalement contre lui son attachement aux « mauvais principes » de AYolff, lui intima l'ordre de quitter Kœnigsberg dans les i\ heures, la Prusse dans les 48 heures. Cette mesure ne rappelait que trop celle qui avait été exécutée à Halle. Elle fut suivie à Kœnigsberg d'un abaissement notable dans l'enseignement philosophique et scientifique de l'Université. Le rationalisme était en mauvaise posture : il aurait eu sans doute beaucoup de peine à se redresser contre le piétisme ; ce fut lepiétismc lui-même qui vint le relever, grâce à l'action considérable d'un homme dont la riche et vigoureuse personnalité s'était développée par l'union harmonieuse des deux disciplines rivales, d'un homme qui fut pendant de longues années comme le directeur spirituel de Kœnigsberg, Franz Albert Schultz.

Schultz était arrivé comme pasteur à Kœnigsberg en 1731. Il avait alors 3() ans. A l'Université de Halle où il avait étudié la théologie, il avait fortement trempé ses convictions piétistes ; mais comme il s'intéressait aussi aux mathématiques et à la philosophie, il avait suivi en môme temps avec beaucoup de zèle les leçons de AVolff, qui jusqu'alors d'ailleurs n'avait pas eu l'occasion d'éveiller les

soupçons des théologiens. Des deux côtés il était fort estimé. En 1717, pour prévenir le conflit déjà menaçant, il avait ménagé chez lui une entrevue entre Lange et WolfT. Il continua h être considéré avec la même sympathie par les deux partis pendant et après la fameuse querelle. Les piétistes lui proposaient un enseignement théologique à Halle, Wolffse faisait fort de lui procurer un enseignement philosophique à Francfort sur l'Oder. S'il n'accepta pas ces ouvertures, s'il se complut dans des fonctions plus actives, comme celles d'aumônier militaire ou de premier pasteur, ce n'était pas seulement parce qu'il craignait de se jeter au milieu de disputes encore tout ardentes, c'était encore parce qu'il éprouvait le besoin de préserver de toute agitation vaine cette activité calme et persévérante qu'il sentait créée en lui pour réformer et organiser. Kœnigsberg lui offrit à souhait le milieu et les situations, oi^i ses rares qualités d'administrateur, son esprit de prosélytisme, pouvaient se déployer à l'aise sans lui imposer le sacrifice de ses goûts pour la science et l'enseignement ; dans l'espace de quelques années, il était nommé professeur de théologie et membre du sénat de l'Université ; il était chargé, après la mort de Rogall, qui avait occupé peu de temps la succession de Lysius, de la direction du collège Frédéric ; il était élevé à la dignité de conseiller ecclésiastique et d'inspecteur général des églises, des écoles et des hospices du royaume de Prusse : il avait enfin la confiance du roi Frédéric-Guillaume ^^

Tous ces honneurs ne faisaient que consacrer une grande autorité morale, très légitimement acquise. Schultz devait le succès de sa prédication, de sa propagande religieuse et morale uniquement à l'ardeur de sa foi, à la noblesse de son caractère et de son intelligence, à la sévérité de sa propre vie, à sa sollicitude vigilante pour les membres de la communauté qu'il dirigeait. (( Grand Dieu ! quel prédicateur c'était ! disait de lui son élève ïrescho. Quand je pense à celle éloquence pleine donclioii, sans aiiprêt, qui eut

ébranlé des rochers ! Il vous prenait lame, vous pénétrait jusque dans la moelle des os. Pas plus qu'on ne peut, l'œil ouvert, échapper à l'éblouissement de léclair, on ne pouvait échapper à la puissance qu'il avait d'émouvoir\ » Il était pleinement l'homme de son ministère. Il travaillait sans relâche à convertir les consciences égarées, à éveiller dans les consciences droites le sentiment d'une perfection toujours plus haute à poursuivre ; c'était surtout par l'autorité de la discipline morale qu'il les excitait à la pensée de leur salut. Il allait à elles, non par des formules générales et lointaines, mais de sa personne, multipliant volontiers les visites et les relations directes : de là vint l'intérêt tout particulier qu'il témoigna à la famille de Kant. Au collège Frédéric, il veilla à ce que les éludes fussent aussi solidement organisées que possible : il sut y attirer les maîtres les plus distingués, comme Schiirert, réputé pour sa grande valeur pédagogique, comme Ileidenreich, dont Kant se rappelait plus tard avec reconnaissance l'enseignement philologique, comme Borowski, comme Herder : ce fut sous lui que le collège s'éleva à sa plus haute prospérité. Mais il s'apjiliquait surtout à maintenir en vigueur la règle d'après laquelle les élèves devaient être sans cesse avertis que leurs études se faisaient sous le regard de Dieu partout présent : les instructions religieuses, les exhortations à la vie intérieure, les pratiques de dévotion occupaient une très grande place dans le programme et le régime du collège, devenu par ses soins une sorte d'établissement modèle du piétisme.

Est-ce cette tendance prédominante au gouvernement des âmes et à l'action qui l'avait porté à se ménager l'usage de toutes les ressources spirituelles que lai o liraient ensemble piétisme et rationalisme."^ Toujours est-il qu'au lieu de lui découvrir leur antinomie les deux conceptions s'étaient accordées en lui sans préjudice apparent pour

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