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îb^ LA. PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KA>T
Etre unique, on comprend qu'elles autorisent l'espoir, énoncé hypothétiquement dans les Rêves, d'appuyer les convictions morales sur un fondement rationnel \ Au fait, nous voyons Kant réagir avec vigueur contre la tendance extérieurement très manifeste qu'il avait eue à chercher le principe de la moralité hors de la raison, développer au contraire la tendance plus invisible et plus intime qui l'avait porte déjà à découvrir dans ce principe, même quand il l'appelait du nom de sentiment, des caractères d'universalité. Il alïirme nettement que les notions morales sont des connaissances intellectuelles, qu'elles viennent, non de l'expérience, mais de l'entendement pur ^ Il condamne avec une sévérité très sommaire les moralistes anglais dont il s'était inspiré : « La PJiilosophle morale, en tant qu'elle fournit des premiers principes de jugement, n'est connue que par l'entendement pur et fait elle-même partie de la philosophie pure ; Epicure qui en a ramené les critères au sentiment du plaisir et de la peine, ainsi que certains modernes qui l'ont suivi de loin, Shaftesbury par exemple et ses partisans, sont très justement sujets à la critique ^ )) Voilà donc,, énoncée par Kant, l'idée au nom de laquelle il combattra toutes les morales qui ne se fondent pas sur la seule raison pure : tout sentiment, dira-t-il plus tard, est sensible'. A coup sur cette nouvelle adoption explicite
1. L'idée d'un monde inlelligible, en exprimant le maximum de ce que peut concevoir la raison, devient par là une sorte d'exemplaire. « En toute espèce de choses dont la quantité est variable, le ma.rinmm est la mesure commune et le principe de la connaissance. Le inn.riinum de la perfection s'appelle maintenant l'idéal ; pour Platon c'était l'idée (comme son idée de la République). » H, p. /io3.
3. IL p. 'loS. — Mendelssolin, dans une lettre à Ivantduao décembre 1770, proteste contre ce rapprochement de Shaftesbury et d'Epicure : « ^ ous rangez lord Shaftesbury parmi ceux qui suivent ou moins de loin Epicure. J'ai cru jusqu'à aujourd'hui qu'il fallait soigneusement distinguer de la volupté d'Epicure l'instinct moral de Shaftesbury. Cchii-ci est simplement aux yeux du philosophe anglais une faculté innée de distinguer le bien et le mal par le sentiment. Pour Epicure au contraire, la volupté devait être non seulementun critérium du bien, mais le souverain bien lui-même. » Briel\yechsel,\, p. 109-110.
'i. « ... weil ailes Gefiihl sinnlich ist ». Kvitik dcr nraktiscJien Vermtnfl, V, p. 80.
LA PRÉPARATIO" DE LA CRITIQUE l55
du rationalisme en morale n'a pas pu exclure du fond de la pensée de Kant certaines notions acquises au cours de son examen du rationalisme Avolfïicn, la notion, en particulier, d'une difie renée essentielle entre les facultés de connaître et les facultés morales ; mais des deux conceptions qu'il tâchera ultérieurement d'unir, la conception de l'unité de la raison, et la conception de la diversité de ses usages dans l'ordre théorique et dans l'ordre pratique ' , il semble [)ien que ce soit la première qui en 1770 soit prépondérante : c'est ainsi que 1 idée de perfection, qui avait été ramenée par Kant à n'avoir qu'une signification pratique, redevient le principe commun de la pratique et de la théorie '. En tout cas, une tâche pour Kant reste désormais prescrite: c'est qu'il faut à nouveau chercher dans la raison ce qui explique et ce qui justifie la moralité humaine.
Kant avait conscience d'avoir dans sa Dissertation établi des principes fermes pour le développement ultérieur de sa pensée. Il écrivait à Lambert le 2 septembre 1770 : « Il y a un an environ, je suis arrivé, je m'en tlatte, à cette conception que je ne crains pas d'avoir jamais à changer, mais que j'aurai sans doute à étendre, et qui permet d'examiner les questions métaphysiques de toute espèce d'après des critères tout à fait sûrs et aisés, et de décider avec certitude dans quelle mesure elles peuvent être résolues ou non \ » Il ajoutait : « Pour me remettre d'une longue indisposition qui m'a éprouvé tout cet été, et pour ne pas être cependant sans occupations aux heures de liberté,
1. La distinction du théorique et du pratique est indiquée par Kant en note : « Nous considérons une chose théoriquement, quand nous ne faisons attention qu'à ce qui appartient à un être, pratiquement au contraire, quand nous avons en vue ce qui doit être en lui par la liberté », II, p. 4o3. Kant conservera cette définition de ce qui est pratique.