I.\ DISSERTATION I)K T77O l
(Icruent {'t c\o la sciisihililé, puisque rentendemcnt et la raison no dilVèrent que par la façon de comprendre un même objet, à savoir les êtres tels qu'ils sont réellement; ce cpii importe surtout à Kant, c'est que le monde intelligible reste, dans la connaissance que nous en prenons, inaltéré par des notions venues de la sensibilité. C est à cmpèclier celte corruption que doit servir une science propédeutiquc comme celle dont la Dissertation fournit un spécimen'. « La méthode de toute métaphysique touchant les choses sensibles et les choses intellectuelles se réduit essentiellement à ce précepte: veiller soigneusement à ce que les principes propres de la connaissance sensible ne franchissent pas leurs limites et it aillent pas loucher aux choses intellcclaelles' . » Kant dénonce les principaux (( axiomes subreptices » qui viennent de l'infraction à cette règle ; mais il ne se borne même pas à afîirmer une suprématie authentique de l'intelligible sur le sensible ; dualiste, quand il veut circonscrire rigoureusement le domaine de la sensibilité, il se laisse entraîner par les tendances monistes du rationalisme métaphysique quand il en vient à voir dans le monde intelligible le principe fondamental de cette relation de toutes les substances qui, intuitivement considérée, prend le nom d'espace ^ ou lorsque, ne s'écartant de Malebranchc que par un prudent désaveu, il indique que l'espace exprime dans l'ordre des phénomènes l'omniprésence delà cause universelle". Ainsi il attribue plus ou moins explicitement au monde intelligible ou à son principe une sorte de causalité à l'égard du monde sensible.
Bien que les déterminations de ce monde intelligible soient ici purement spéculatives, qu'elles consistent surtout à représenter l'univers comme un système de substances réciproquement liées entre elles et dépendant toutes d'un
1. II, p. 4o2-4o3. — V. la lettre à Lambert du 2 septembre 1770, BriefwechseL, I, p. 94.