liriefwec/isel, I, p
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céc comme prochaine, ne parut qu'en 1781 '. Très peu de temps après l'apparition de la Critique, Kant écrivait à Marcus llerz (11 mai 1781): « Pour moi, je n'ai jamais cherché à en imposer par des prestiges, je ne me suis pas procuré à tout prix des semhtanls de raisons pour en rajuster mon système ; j'ai mieux aimé laisser passer les années afin d'arriver à une conception achevée qui pût me satisfaire pleinement". » Au fait, pendant celte période de plus de dix ans, Kant ne se laisse distraire par aucune pubhcation importante de la méditation de son système. Il ne donne, et encore par occasion, que deux écrits : en 1771, un très bref compte rendu de l'écrit de Moscati (anatomiste italien) sur la différence de structure des hommes et des animaux^ : en 1776, pour l'annonce de ses leçons de géographie physique, des aperçus sur les différentes races dliommes ', qu'avec quelques remaniements et additions il publie en 1777 dans le Philosoph fiir die IVe// de J. J, Engel '. Cependant dans ces deux courts travaux se révèlent certaines des dispositions avec lesquelles il essaiera de constituer sa philosophie pratique.
L'anatomiste italien Moscati s'était appliqué à démontrer que l'homme est originairement un animal à quatre pattes, que la faculté de se tenir et de marcher droit est une acquisition contraire à sa nature primitive, qu il en est résulté une foule d'inconvénients et de maux dans le fonctionnement de son organisme. Voilà donc, remarque Kant, grAce à un ingénieux anatomiste, l'homme delà nature remis sur ses pattes, ce que n'avait pas réussi à faire un sagace philosophe comme Rousseau. Et si paradoxale que soit cette
I. Sur les indices extérieurs de l'élaboralioii de la Crilit/iit^ de lu liaison pure, V. Emil Arnoldt, Kritisclie E.rcarse iin dehiele der Kaiil-l'urschuiiii, i8y/,, p. 9()-i89.
•i. Iirief\\eclisel, I, p. aôa.
3. liecensioii der Scliri/t von Moscati ïtl/erden Unterschied der Sliitcfur der Menschen urid l'hiere; Reicke, Knntiann, p. 06; II, p. !\i^-!\oi.
'i. Von do„ ^■t'i-sçhied.;,,',, /l„.;-n drr M.'n^-I,r„, II, p. 'i^ô-'iôi.
,") Ajoutons les pi'lits ('cril-- de |)ro|i;iiraiiilc |ioiirli' /'liiliinl'iropiiiiini, dont il a ('té (picslion |iliis liant
I, LMTK DE 1. liSl'iXK IILMAINE l6l
opinion, elle est du moins vraie en ce quelle met bien (Il lumière lopposition des fins delà nature et des fins tle la raison ; la nature ne vise qu'à la conservation de l'individu comme animal et de l'espèce : mais dans l'homme a été déposé le germe de la raison qui, en se développant, fait de lui un être pour la société : d'oii, pour une plus libre et une plus parfaite communication avec ses semblables, l'avantage de la station et de la marche droites. C'est là pour lui un gain considérable sur les animaux: mais la rançon en est dans toutes ces incommodités qui lui sont venues « pour avoir élevé si orgueilleusement la tête au-dessus de ses anciens camarades' ». Cette idée, que la raison se développe par une lutte persévérante contre la nature, servira plus tard à Kant pour la critique des doctrines qui admettent un passage continu du règne de la nature au règne de la raison et qui représentent la civilisation humaine comme le simple épanouissement de facultés originelles".
Quant au problème de la différence des races, il a visiblement pour Kant une importance pratique autant que théorique. Kant ne veut pas admettre que la différence des races résulte uniquement d'une différence dans les conditions physiques d'existence : il la fait dépendre de dispositions primitives. Mais d'autre part il invoque le critère de la fécondation pour soutenir qu'il n'y a pas plusieurs espèces d'hommes, qu'il n'y en a essentiellement qu'une. Dans ces considérations qui lui tiennent à comu-, puisqu'il en reprendra dix ans plus tard l'exposé', il s'olforce sans doute d'apporter plus d'exactitude scientifique en ce qui touche les concepts d'espèce et de race ; mais dans l'affn-mation de 1 unité de l'espèce humaine ' ce qui l'intéresse à
•1. Cf. Becensioiien voit J.-G. Heidei's Ideen zur Philosophie der (ieschichte, IV, p. 171-181. Ilerder faisait précisément de la station droite le seul caractère spéci6que de rhomme et la condition suffisante de l'apparition de la raison humaine. ^ . p. 17^-
3. Bestiinmutig des Begi-iffs eiiifi- Menscheiirace, 1783, IV, j). ■2i--'2'Si.
4. II, p. 436, 449. — Cf. Bestiniiniing des Begriffs eiiier Meiisrlieniacc : « La classe des blancs ne diffère pas comme espèce particulière dans le genre
Delbos. Il
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coup sur le plus, c'est la justification quelle apporte à l'idée d'une humanité participant à la même histoire, concourant aux mômes fins, virtuellement en possession des mêmes droits. Ainsi que nous te verrons, c'est seulement dans l'espèce humaine comme telle que se manifeste selon une loi le progrès de la raison.
Ce progrès de la raison, si certain qu'il soit en lui-même, précisément parce qu'il ne s'accomplit que dans l'espèce et qu'il exige une rupture de l'individu avec les instincts naturels, suppose connue ressort, non pas la seule volonté directe du hien, mais un mélange de bien et de mal ; c'est par l'antagonisme des forces contraires que se prépare parmi les hommes le triomphe de l'esprit. Cette idée, dont Kant développera avec tant d'originalité le sens métaphysique et moral \ se trouve indiquée ici en passant ; à propos de l'opinion de Mimpertuis qui proposait de constituer dans quelque province par voie de sélection et d'hérédité une noble race d'hommes se transmettant l'intelligence, l'habileté, la droiture : « Projet, en lui-même, assurément praticable, à mon sens, observe Kant, mais qui se trouve avoir été tout à fait prévenu par la nature plus sage ; car c'est précisément dans le mélange du mal avec le bien que sont les grands mobiles qui mettent en jeu les forces engourdies de l'humanité, qui l'obligent à développer tous ses talents et à se rapprocher de la perfection de sa destinée ". ))
En l'absence de tout autre écrit public par Kant pendant cette période, est-il possible de satisfaire en quelque mesure à la curiosité de savoir comment sur les problèmes qui
huinaiu de celle des noirs ; et il n'y a point des espèces d"lionimes distinctes. » IV, p. 225.
1 . Cf. Idée zu o'uier nllgcmdncii Coscliiclite in ivrllhitr i^crUc/ier Ahsicfit, IV, p. i^S-ifiS.
•}.. Il, p. '137. — Ce passage ne figurait pas dans la rédaction primitive; il a été ajouté poin- la publication nouvelle de 1777-
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louclient à la philosophie pratique s'est déterminée, avant la Critique de la Raison pure, la pensée kantienne ? Il semble aujourd'hui que l'on puisse, sans un trop grand risque d'erreur, se servir, pour le inoment antérieur à 1781, des Leçons sur la Métaphysique, publiées en 1821 par Pôlitz \ Dans ces Leçons, les concepts métaphysiques qui intéressent la morale, les concepts de la liberté, de l'immortalité, de Dieu sont considérés à un double point de vue, selon qu'il s'agit d'en établir la valeur rationnelle pure, hors de tout recours à l'expérience, ou d'en établir le rapport soit
I . C'est Benno Erdmann qui le premier a eu le mérite de montrer le parti que l'on pouvait tirer des Leçons sur ta Métapliysique publiées par Politz pour connaître révolution de la pensée kantienne entre 1770 et 1781. V. Eine unbeachtet •^ebliebene Quelle zur Entwicklungsgeschichte Kants, Philosophische Monatshefte, XIX, p. 129-144; Mittheiiungen iiher Kants nietaphysischen Staiidpunkt in der Zeit uni i']~!i, Philosophische Monatshefte, XX, p. 60-97. — Benno Erdmann estime que ces Leçons ont été faites aux environs de 1774. II se peut que cette date doive être quelque peu reculée, ainsi que l'a établi Heinze dans le remarquable travail critique qu'il a l'ait sur le texte de Pnlitz et les autres manuscrits de Leçons sur la MélapJnsique mis au jour depuis, Vorlesungen Kants ùber Meiaphysik aus drei Seniestern, 1894, p. 29-87 (509-017). En effet dans les Leçons publiées par Politz il est question de Crusius comme de quelqu'un qui est mort (p. i46) ; une autre mention de Crusius en ce même sens se trouve dans les deux autres manuscrits qui donnent à quelques variantes près le même texte que le manuscrit utilisé par Politz (v. Heinze, p. 194 [67'!]). Or Crusius étantmort le i8octobre 1770, les Leçons ne pourraient avoir été faites au plus tôt qu'en 1775-1776. Il ne semble pas cependant, comme le veut l'adversaire intraitable de toutes les hypothèses de Benno Erdmann, Emil Arnoldt, Kritische Excurse ini (iebiete der Kant-Forschung, p. 417 sq., que la date ne puisse en être fixée avant 1779 et qu'elle doive selon toute probabilité être reportée à 1783-84. La preuve externe, destinée à montrer que 1779 est la date au delà de laquelle on ne peut remonter, et tirée par Arnoldt d'un [lassage de Zero/^s qui paraît indiquer que Sulzer à cette époque est mort (Sulzer est mort en février 1779) reste très douteuse, comme l'a établi Heinze, p. 35-36 (5i5-5i6). — En revanche la preuve interne qui tend à fixer la date avant la Critique, fondée sur le caractère encore très nettement dogmatique par endroit des Leçons, surtout des Leçons consacrées à la psychologie, sur l'inachèvement du système des catégories par comparaison avec celui qui est exposé dans la Critique, parait avoir, dans l'état actuel de la question, une portée prépondérante. Nous acceptons donc la conclusion de Heinze: c'est entre 1775-1776 et 1779-1780 que les Leçons sur la Métaphysique ont du être professées : une date plus précisément définie est impossible.
Il va sans dire que dans le texte publié par Politz nous ne faisons pas usage des Prolégomènes et de l'Ontologie qui, selon l'avertissement de l'éditeur, sont tirés d'un manuscrit de leçons ultérieures, dont il a, au surplus, mal marqué la date.
lli^l t,A l'UlLUSOl'lIlE l'Il.VI KJLi: m- kAM
à quelque l'ait directement saisissable. soit à des molils elîicaces de conviction : de là un dualisme, le dualisme, pourrait-on dire, du transcendantal et du pratique, dont la philosophie ultérieure de Kant s'ellbrcera diversement de déiinir la proportion.
C'estainsi que, dans la psychologie empirique, lahbertéest traitée comme hberté psychologique ou pratique, tandis que, dans la psychologie rationnelle, elle est traitée comme liberté transcendantale. A dire vrai, la distinction entre ces deux sortes de liberté n'est pas toujours expjimée d'une l'açon parfaitement nette : il scnd)lc parfois que la liberté transcendantale soit comme la hmite supérieure ou l'achèvement de la liberté pratique ' : mais ce n'est là sans doute qu'une façon de marquer la relation qu'il y a entre elles sans elï'acer pour cela la diiîérence originaire de leurs significations.
La liberté psychologique ou pratique est une détermination spéciale de la faculté de désiier '. Si, à la diirérence de l'animal, l'homme a un libre arbitre, c'est que sa faculté de désirer n'est pas contrainte, même par les mobiles sensibles qui l'aflectent, et ce qui fait que cette influence des mobiles sensibles n'est pas lalale, c'est que l'homme est capable d'agir, non seulement par l'impression que les objets font sur lui, mais par la connaissance intellectuelle qu'il en prend. La possibilité de substituer des motifs, c'est-à-dire des principes objectifs de détermination, aux mobiles, qui ne sont que des principes de détermination subjectifs, est comme un fait d'expérience : (( L'homme sent en lui un pouvoir de ne se laisser contraindre à quoi que ce soit par rien au monde '. » Mais ce pouvoir ne se manifeste ou ne constitue dans l'acte que par sa force de résistance aux im-
i. Inimanticl Kaiit's Voilr.su/ii^i'ii iihcr die .]/i-l<i/>liysi/,-, p. 182, 18').
■A. Sur les diverses dctcrminalions de la faculté de désirer et leur rapport au libre arbitre, Kant établit ici des définitions et des distinctions cpii se trouvent re[)roduilcs dans la ('ritiijue de la Itaison pure, au chapitre 11, section i, de la MéthodoLo^ne, \\\, p. Slio.
o. Vorlesungen iïber die Metdplir.si/,, p. 182.