‹ La philosophie religieuse de Charles RenouvierChapitre 28 sur 70 · L'HARMONIE NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

L'HARMONIE NÉCESSAIRE

Kant a jugé autrement. Désireux de sauvegarder l'ordre moral, il en appelle à un « auteur intelligible de la nature ». Entre Tordre moral et Tordre naturel Kant admet, en effet, une opposition complète ; pour être résolue, cette opposition nécessite Tintervention d'un législateur tout-puissant. Mais la contradiction invoquée par Kant n'est pas fondée. L'accord règne entre la nature et la fin des êtres, entre la nature et la loi morale qui pose, pour les êtres raisonnables, la plus essentielle des fins.

On objecte que cet accord est nié par l'expérience ! Si cette contradiction est permanente, nous sommes réduits avec Kant à chercher la solution dans les essences dites intelligibles et que Ton ne peut comprendre, qui, en théorie, supportent toutes choses et tous les êtres, et, en définitive, suppriment la réalité de nos lois et de nos personnes, la réalité de tout ce qui est connu. Si cette contradiction est passagère, si elle tend spontanément à une fin harmonique, la croyance à une destinée heureuse des êtres moraux s'appuie sur la raison même. Et pourquoi l'harmonie de la loi morale et de la nature ne serait-elle pas, à la fois, le double but de la nature comme de la loi morale ? La loi morale n'est-elle pas une donnée de la personne, de la nature? Qu'importe son origine ? L'origine première est toujours inconnue. L'essentiel c'est que la loi morale soit, et elle est.

La nature peut être agencée pour produire Tharmonie. La loi morale n'apparaît que dans le règne de la nature, dans la conscience existant sous des conditions de temps, d'espace, de qualité. L'apparition de la loi morale est en accord avec la nature, la satisfaction finale de cette même loi avec la même nature n'est qu'un développement de cette harmonie.

Réciproquement la loi morale est en étroits rapports avec la nature. Elle est accompagnée de désirs et de sentiments. Elle s'oppose bien à certaines passions, mais c'esc pour en susciter d'autres. Elle implique la conscience d'une fin, de la pensée du bien, la volonté de tendre vers cette fin. Elle est une cause réelle. Les faits qu'elle produit transforment les sociétés. Elle modifie l'agent libre, et si profondément que, dans l'hipothèse de la palingénésie naturelle, l'homme reçoit de la loi morale ou la vie ou la mort.

Page 1