COMPARÉE AVEC L'ANTHROPOLOGIE PANTHÉISTIQUE
la nature, on trouve au fond une seule et même &me ; donc r&me de rhomme ne peut être que cette ftme universelle, ayant pris en lui une forme plus parfaite. Qui donc se croira autorisé à conclure ainsi ? Remarquons que pour Gttnther l'hypothèse d'une substance unique de la nature est passée à l'état d'axiome. Certes, s'il est vrai, comme l'établit cet axiome, que toute la nature extérieure est animée par le même principe, et que les êtres individuels doivent 6tre considérés comme ses particularisations, il n'est pas possible de'séparer le corps humain de ce principe animant et informant. Par conséquent, ceux qui, avec une telle opinion sur la nature , regardent néanmoins l'àme intellectueUe comme l'unique principe vital de l'homme, doivent aussi la concevoir comme ayant à ce principe universel les mêmes relations que toutes les autres formes ou ftmes des substances naturelles. GOntber n'a donc démontré qu'une seule chose, c'est que l'unité de la nature humaine est incompatible avec sa théorie d'une substance unique de la nature. — Remarquons, en outre, que d'après Gonther le principe de. la nature est un être universel, se particularisant tout à fait de la manière dont se forment les concepts, et que par là même il est devenu dans cette individuation l'universel réel, le concept réel. Or, que conclure de là, sinon que Gtlnther fait précisément à l'égard de la nature extérieure ce qu'il reproche aux scolastiques, empruntant aux concepts formels la règle qui sert & connaître les relations des êtres de la na- Uire? Ce n'est qu'en s'appuyant sur cette idée, prise de la philosophie panthéistique, qu'il peut déduire de la doctrine ancienne le système du panthéisme.
891. D'autre part, pour justifier le reproche que Gûnther fait à la scolastique d'avoir conçu la matière et la forme comme étantdans les choses ce qu'elles sont dansle concept, on s'est encore fondé sur la doctrine de saint Thomas touchant le principe de Findividuation. Cette doctrine, dit-on, uiontre avec évidence que l'on confondait la forme dont
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parle Àristote, de même que l'idée platonicienne, avec l'universel qui se corporifie dans les choses individuelles. Car on ne posait la question du principe de l'individuation que parce qu'on était persuadé que quelque chose doit s'ajouter à l'essence universelle pour fonner avec elle l'individu concret par une composition réelle. Or, comme cette iDdividuatioD se fait, d'après saint Thomas et son école, par l'introduction de la forme dans la matiére,ildevient déplus en plus évident que dans cette école on explique l'origine des choses en supposant que l'être indéterminé et universel se limite et se particularise par une cerUdne corporiâcatioa. N'osant pas avancer franchement dans cette voie pantbéistique, les scolastiques seraient tombés nécessairement en toutes sortes de contradictions- Si l'&me, étant la forme du corpSj ne devient individuelle que par le corps, il s'ensuit que, séparée du corps, elle ne peut pas perûster comme m fitre individuel, mais seulement comme quelque chose d'universel. En d'autres termes, elle n'aurait plus une immortalité personnelle. Ainâ raisonnent les adversaires de II scolastique.
892. Le point doctrinal dont il s'agit appartient, à cause de son universalité, aux questions ontologiques dont noui nous sommes occupés dans la sixième dissertation. Toutefois nous en avons remis l'examen jusqu'à ce moment, parce que la solution de cette question suppose une connaissance plus approfondie de la théorie scolastique sur la matière et la forme. D'ailleurs, saint Thomas, dont la doctrine est principalement attaquée, s'exprime sur les points à discuter avec plus de précision dans son étude sur l'homme.
Or, pour enlever à cette accusation tout son fondement, il sufiirait de rappeler les explications que donnent les scolastiques qui traitent cette question avec une certaineampleur'.
' Suarez, ilfefai)^., disp. V, sect.S.— Cf. Fonseca, ta Ar{|f.Ki!(ii)>Ji" lib. V,B. «,i|1.
COMPARSE AVEC L'ANTBR0P(»X)G1E PAHTBÈISTrQUE. 286 En toute chose, disent-ils, il fuit qu'il y ait, outre l'esseuce coauue par le concept spécifique, quelque chose par quoi elle soit individuelle ; car aucune chose ne peut exister sans être une etindifisée en elle-mâme, et par là même distincte de toute autre, par conséquent sans qu'elle soit numériquement telle chose et non une autre. Cette unité distinctive ne peut être fondée sur ce qu'on trouve dans la chose individuelle tout ce qu'implique le concept universel; car tout cela est aussi dans les autres choses de même espèce, n s'agit donc de savoir quelle est la raison de cette unité, et quelle relation elle a avec l'essence, Duns Scot établit donc l'opinion que ce qui rend individuelles les choses existantes est une réalité positive, distincte de l'essence spécifique comme telle; par conséquent, qu'eUen'estoi la forme, ni la matière, ni la substance qui se compose de l'une et de l'autre, mais ce qui donne la dernière détermination h la forme, à la matière et même au tout. Puis, s'étant demandé si cette réalité positive {cUffermtia individualis) se distingue d'avec la nature spécifique de la chose à tel point qu'elle constitue, avec cette dernière, une composition réelle, il répond que l'essence spécifique ne renferme pas cette différence de manière à s'identifier avec elle, et vice versa, que cette différence ne contient pas l'essence, mais qu'une troisième réalité, c'est-à-dire la chose même, est identique avec l'une et l'autre. Ainsi se trouverait bien exclue la composition qui a lieu entre choses et choses, mais non toute espèce de composition *.
' Utrum substantia materialia sit indiridua per aliquam entitatem
positivam per se deternÙQ^tem naturam ad singularitatem Res-
pondeo, quod sic Et si quœras : quce est ista entitaâ individualis,
a qua sumitur difl'ereatia iadividuâlisî estne materia, vel forma, vel compositum ? — Kespondeo... ùta eatitas non est materia Tel forma nec compositum, in quantum quodlibet istorum est natuia, sed est olttma realitas entis, quod est materia vel'quod est forma vd quod est compositum...,. Nec entitss specifixui ipcludit per IdentitAtem entitatem indivldualem, nec e converso; sed aliqupd tertiiun
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Les scotîstes qui, dans la question des uoiversaux, se pronODçaient pour le formalisme, se servaient de ces théories de leur maître pour soutenir la distinction qui, sans être réelle dans le sens ordinaire du mot, existe toutefois dans les choses mômes d'une manière indépendante de nob^e pensée (n. 172). Si l'on explique ainsi l'opinion de Scot, elle est en contradiction avec cette doctrine très-importante d'après laquelle l'universel n'est distinct du particulier et de l'individuel que dans notre pensée, et non dans la réalité- — Mais on s'égarerait également pour tomberdans le nominalisme, si l'on adm ettait que la distinction qui a lieu dans notre pensée n'est pas réelle dans les choses^ et qu'elle n'a mâme aucun fondement en elles, pour nier ainsi toute diversité non-seulement réelle, mais encore virtuelle ou idéale, entre la nature des choses et leur individualité. C'est ainsi que, dans la nature de l'animal, pour citer un exemple, la vie et la sensibilité ne sont pas distinctes comme deux éléments, ainsi qu'elles le sont dans le concept; néanmoins la nature de l'animal présente une raison de faû-e cette distinctioa, parce que, malgré son indivisibilité, elle est en même temps principe de la végétation et de la sensibilité. De même, noua trouvons dans la chose môme la raison qui nous fiitt distinguer en elle la nature commune h. l'espèce d'avec soa individualité. La détermination avec laquelle elle existe fait d'elle en méine temps une chose d'une certaine espèce et une chose individuelle, en lui conférant sous le premier rap-
tantum (cujus ista ambo quasi sunt primo per se partes) includit ambo ista per îdentilatem : et ita tollitur ista compositio perTectissiina, qoœ est ex re et re, non tamen omnis. (In lib. Il, dist. m, q, 6.)
Plus loin Scot soutient pour le fond la même théorie à l'égard des substances immatérielles. Voici la thèse qu'il établit en parlant des Anges : Omnis natura, qiiœ non est de se actus purus, potest secuadum illam realitatem, secundum quam est natura, esse potentialis ad realitatem illam, que est hfec natura ; et sicut de se non includit aliqnam entitatem quasi gingularem, ita non répugnant sibi quot- Gunque taies entitates, et ita potest in quotcunque talibns inveniri. {IM., q. 7.)
COUPARËE AVEC L'ANTHBOPOLOGIE PANTBÉISnQUE. 237
port ce gui existe ou ce qui peut exister aussi en d'autres choses, et sous le second ce qui ne peut être qu'eu elle. Donc, poser la question du principe de l'iDdÎTiduatiou, c'est rechercher ce qui, dans une chose, est le prinûpe de cette détermination individuelle qu'elle possède. Nous avons expliqué en soD lieu commeat, lorsqu'il s'agit de corps, le genre peut être déterminé diaprés la matière, et l'espèce d'après la forme (n. 604 et ss.}. Or, peut-on, d'une semblable manière, indiquer encore quelque chose de quoi dépende ta différence individuelle des choses?
Ces explications préliminaires, disions-nous, suffisent déjà pour inËrmerVaccusation, élevée contre les scolastiques, dont nous parlons. En effet, les adversaires de l'antiquité, en formulant cette accusation, supposent et doîveot supposer que l'on concevait l'individualité dont on cherchait le principe com^e une chose qui est réellement distincte d'avec la nature de la chose. Car ce n'est qu'ainsi qu'il est possible de concevoir la natiu« comme une réalité universelle gui se particularise et comme une réalité idéale qui se corporifîe. On ne peut donc pas nier, il est vrai, que les formaUstes se trouvent atteints d'une certaine manière par ce repioche; mais la grande majorité des anciens comme des nouveaux scolastiques étaient d'autant plus éloignés de le mériter qu'ils combattaient plus énergiguement la réalité de l'universel comme tel. Mais ce gui doit nous étonner te plus, c'est que saint Thomas, en particulier, soit accuséde cette erreur. Le Docteur angétigue n'a-t-il pas, en se tenant k égale distance du formalisme et du oominalisme, exposé le vrai réalisme d'une manière si nette, si lumineuse et si complète (n. 162 et ss.), gu'il passe dans l'histoire de ta philosophie, non assurément pour son inventeur, mais pour son principal représentant ? D y a plus .Le saint docteur prouve lui-même, comme nous le verrons, que le pseudoréalisme ou le réalisme exi^éré est le fondement deserreurs panthéistigues soutenues par Dînant et autres. Toutefois il
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nous fout encore examiner si, dans sa doctrine sur le principe de l'indÎTiduatioD, saint Thomas est resté fidèle aui idées fondamentales de son propre sTstëme.
893. Yoici donc l'opinion de saint Thomas : Le corps est une substance de telle espèce en vertu de la forme et il est un individu par la matière, non toutefois par la matière en soi, mais en tant qu'elle a une certaine relation avec la quantité ' . L'esprit, au contraire, étant une forme subsistant en eUe-méme sans matière , possède par cette forme non-seulement son essence déterminée quant à l'espèce, mais encore son individualité. De là le saint docteur conclut que dans le monde corporel seul on peut concevoir plusieurs individus de la même espèce, mais que dans le règne des esprits chaque individu doit différer de l'autre même quant â l'espèce'. Quoique son essence simple, subsistant en elle-même, confère nécessairement b l'esprit sa détermination individuelle, toutefois elle ne cesse pas d'être en lui, en tant que forme, le principe de sa détermination spécifique. Tout individu, étant une autre forme, se distingue donc aussi de l'autre quant & l'espèce. Mais sous ce rapport l'&me humaine tient encore le milieu entre les cor|i5 et les purs esprits. Ayant en elle-même un certain être, c'est aussi par cet être, indépendamment du corps, qu'elle possède son individualité ; néanmoins son individualité, de même que son être, se complète par l'union avec le corps.