‹ La philosophie scolastique, exposée et défendue (volume 4)Chapitre 17 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE l'existence DE DIEU.

Observations préliminaires.

909. Les diverses directions que prit la philosophie par ohe du système de Eant devaient se montrer plus que par- Hit ailleurs dans la doctrine touchant Dieu et ses rapports vec le monde. Peu de philosophes tentèrent, comme Herles, de rouvrir, par une nouvelle critique, la voie que la ritique avait fermée, pour conduire Tintelligence humaine, il moyen du raisonnement, des créatures au Créateur. On iDait plutôt la connaissance de Dieu pour une connaissance née ou originelle qu'il n*est ni possible ni nécessaire de •montrer par des raisonnements. Mais sous ce rapport se txi produites deux tendances différentes. Certains philo- [ihes attribuaient cette connaissance innée, non médiate

Dieu à la raison humaine, en la considérant soit comme ^ sentiment de supersensible à la manière de Jacobi , soit

avec Malebranche et Schelling comme une vision intellectuelle. D'autres prétendaient , au contraire , que cette connaissance ne peut être donnée que par la révélation ni être répandue et conservée que par tradition. Les uns 'et les autres croyaient que la connaissance de Dieu , telle qu'ils l'admettaient , est le commencement et la base de toute autre connaissance du supersensible. Néanmoins plusieurs d'entre ces philosophes ne rejetaient ni comme sans valeur ni comme inutiles les arguments doîîlt on se servait autrefois pour prouver l'existence de Dieu. En effet , ceux qui adhèrent encore au système de Malebranche conviennent que la connaissance de Dieu, qui précède toute ^utre connaissance^ n'est toutefois qu'une perception inconsciente de l'Être pur ou absolu. Or, disent-ils , pour comprendre d'une manière réflexe que cet Être existe réellement et qu'il est un Être distinct du monde comme son créateur et son seigneur, il faut assurément recourir à la considération des choses finies (n. 417). Toutefois^ si pour ce motif ces philosophes tiennent pour valables les preuves où l'on conclut des créatures au Créateur, ils devaient, en vertu de leur système, s'attacher surtout à la preuve dans laquelle l'existence de Dieu se conclut de l'idée que nous avons de lui , et même faire dépendre de cette preuve, dans une certaine mesup8| la force probante de tous les autres arguments. Si l'idée ik Dieu précède, comme leur règle, toutes les autres coniitt^ sauces , la connaissance qui part des choses finies ne peut avoir une entière certitude, à moins qu'auparavant on n'ait reconnu la vérité objective de cette idée« Pareillement, paroi ceux qui font dépendre la connaissance de Dieu de la révélation, il en est qui ne contestent pas que cette connaissancSi après qu'elle a été obtenue par une révélation divine t no puisse être confirmée scientifiquement par divers raisonoa^ ments.

Bien éloignés de l'une comme de l'autre de ces deux ofi^ nions, Hermès et Gûnther s'accordent avec l'antiquité à diie

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que pQur la rs^iison bambine la conuaissanca de Dieu dépend de la conoaissauçQ des choses créées, Toutefois, pour expli^ quer^ au moyeu de la conscience de soi-même, Torigine de Vidée de Dieu eu nous^ Gûuther établit une tbéorie toute spéciale et d'ui;te importance telle qu'on a cru pouvoir explitquer par elle toutes les doctrines dans lesquelles l'école gOutbériewa s'écarte des doctrines de Taucienne école,

j^ou^ avons déjà discuté plusieurs des points que nous veupus d'iodiquert Nous nous sommes attacbés à prouver , pur la /çpustitution de notre intelligence aussi bien que par U nature de l'esprit humain, que Dieu n'est pas l'objet prentuer et immédiat de notre connaissance intellectuelle , et pour cette doctrine nous avons trouvé les Pères de l'flglise parfaitement d'accord avec la scolastique. Mais isi 9 pour toutes çe$ raisons, nous avons nié la réalité d'une connaissance immédiate de Dieu , qui serait une vraie vision de l'Absolu ; toutefois nous n'avons nullement contesté , et nous avons même prouvé la réalité d'une connaissance spontanée de IHeu, connaissante qu'on peut appeler immédiate e^ ce sens ^ pppr l'obtenir il n'est pas bespin de réflexions langues et pénible, ni même faites avec conscience ^ Nous croyons ^gaJeipent avoir établi que ceux qui sans la révélation ne re|g;iu*dent ^mme possible aucune connaissance de Dieu ^Ut en contradiction avec la révélatiou même et mécon^ naisseplt la nature dç l'homme , aussi bien que la tâche qui incomba à la science % Mais de même qu'évidemment nous ne nipjns pas pour cela le fait que Dieu a révélé à l'homme di)s le (^riAçipe , avee les mystères de la foi , les vérités de l'ordl'e naturel, de même nous sommes loin de soutenir que l'homme^ js'il avait été créé avec les foçultés qu'il possède h préswt, poui'rait acquéjiîr la connaissance de Dieu et ide sa loi sm^ une influence divine ^ dirigeaut et secondant le tra-^

* Vdjr pli^s haut; nn. 236, 227, 431, 435 et ss. — Theohgiç cfer Vor-^ zeity tom. II, p; 94 et ss.

3 Theol. der Vcrz., tom. II, p, $22 et ss.

vail de son intelligence. Comme renseigne encore la scolastique d'accord avec les Pères, la connaissance de Dieu qu'on nomme naturelle est bien indépendante de la révélation et de la gr&ce entendues dans le sens strict du mot, mais non de la Providence divine qui gouverne toutes choses en nous et hors de nous*.

910. De plus, nous avons déjà fait voir combien est pernicieuse l'opinion qu'on a répandue depuis Eant, savoir, que l'existence de Dieu ne peut être démontrée rigoureusement par la raison*. Incontestablement, toutefois, cette opinion n'aurait pas fait tomber tant d'intelligences peu fermes , ni confirmé dans leur incrédulité tant d'esprits égarés, si elle n'avait été soutenue que par des philosophes antichrétîens. En effet , c'est un extrême danger non-seulement pour les savants , mais encore pour la grande foule de ceux qui ne sont pas capables d'apprécier par eux-mêmes des démonstrations scientifiques, d'entendre dire à des défenseurs delà vérité révélée et à des ministres de la parole divine que la vérité, sur la connaissance de laquelle se fonde toute la foi* ne peut , à parler rigoureusement , être démontrée par des preuves valables. Si forte que soit la preuve tirée de la conscience intime que nous avons spontanément de Dieu, si apte qu'elle soit à faire impression sur les âmes droites et pures» il est à craindre que pour beaucoup d'hommes elle ne perfc toute son efficacité, si l'on ajoute que cette vérité qui patte tant au cœur est inaccessible à tous les efforts de la raison humaine. Car il s'agit ici d'une vérité qui dans les connais* sances religieuses est la première et le fondement nécessaire de toutes les autres ; or une telle vérité ne doit pas être fondée uniquement sur de vagues soupçons ou de simples sentiments. Cette concession qu'on faisait à l'incrédulité devait être d'autant plus funeste qu'elle impliquait cet autre aveu :

* Voir plus haut, nn. 227, 438, 444 et Cf. Théologie der VorzeU, tom. n, p. 60.

* TheoL der Vorz,, tom. II, p. 46 et ss.

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Par suite des spéculations plus approfondies de nos philosophes modernes on s^est enfin aperçu de Tinfirmité des arguments sur lesquels les Pères de TÉglise et les théologiens de tous les siècles se sont appuyés avec tant de confiance. Ou bien croit-on qu'on puisse, même sur ce point, saper impunément Tautoritéde toute l'antiquité chrétienne et, quand il s'agit du premier et indispensable fondement de la foi, donner la palme de la victoire aux prétendus philosophes qui n'aspirent qu'à la ruine du christianisme ?

Ou répliquera peut-être qu'en cultivant la science on ne peut être tenu de laisser intactes non-seulement les vérités que la tradition rend vénérables à nos yeux , mais encore les preuves mêmes sur lesquelles on les appuyait. Mais ce n'est pas ici le lieu d'examiner si, en certains cas, une telle obligation peut être imposée aux théologiens, et si le point dont il s'agit se trouve au nombre de ces cas. Car nous ne parlons pas de la violation d'une obligation fondée sur l'autorité de la révélation ou de TËglise, mais des suites funestes qu'une telle manière de procéder peut avoir pour la science et la yie pratique. Ce serait tout autre chose si, comme le font «ajourd'hui bien des savants, on s'efforçait seulement, par de nouvelles investigations ou par une étude plus complète, de mettre les anciennes démonstrations à l'abri des attaques qu'on dirige contre elles de nos jours ; car voilà un progrès que la science peut et doit faire. Mais elle ne peut, sur ce point, renoncer à une démonstration vraie sans renoncer à elle-même ni se déclarer incapable d'être utile nonseulement à la foi chrétienne, mais en général aux aspirations supérieures de l'homme. Une philosophie qui, dans la question relative à l'existence de Dieu, se contente des sentiments du cœur ou d'une pieuse croyance déclare elle-même qu'elle ne s'étend pas au-delà du monde visible et nie la possibilité de justifier la foi à la révélation dans la science.

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