PHILOSOPHIE SC0LA8TIQUË. — T
distingue l'Infini et l'Absolu d'avec les choses finies et relatives, c'est qu'en lui l'existence n'est pas simplement liée de la manière la plus intime avec son essence, mais qu'elle est une et identique avec elle. Supposé donc que nous ayons déjà connu Texistence de l'Absolu par celle des choses relatives, nous parvenons en outre à comprendre par cet argument que la non-existence de l'Absolu est inconcevable ^ Mais saint Thomas élucide encore cette vérité d'une autre manière. On peut dire, en un double sens, que la non-existence d'un être est absurde. Un être conscient de lui-même ne peut point penser qu'il n'existe pas, puisque par sa pensée il a conscience de son existence. Néanmoins, s'il est fini, il peut et même doit penser qu'il pourrait aussi ne pas exister ; car il existe, non parce qu'il est de son essence d'exister, mais parce qu'un autre a voulu et veut qu'il existe. Par rapport à la connaissance que nous avons de Dieu, il faut dire tout le contraire. Il n'y a aucune perception ni aucune autre connaissance à laquelle la connaissance de Dieu serait essentiellement liée, comme la conscience de notre pensée est liée à la connaissance de notre existence. La connaissance que nous pouvons avoir de Texistence divine doit pour nous être le résultat de nos réflexions sur d'autres choses, et c'est par là qu'on explique la possibilité du doute sur l'existence de Dieu. Mais lorsque par d'autres motifs nous avons connu Dieu comme le premier être par lequel existent toutes choses, nous comprenons aussi qu'il est de sa nature d'exister, et qu'ainsi sa non-existence est inconcevable ^.
^ Ratio Anselmi Ita intelligenda est. Postquam intelligimus Deum> nonpotest intelligi, quod sit Deus, et possit cogitari non esse; sed tamen ex hoc non sequitur^ quod aliquis non possit negare vei cogitare, Deum non esse. Potest enim cogitare, nihil hujusmodi esse^ quo majus cogitari non possit : ideo ratio sua procedit ex bac suppositione^ quod supponatur aliquid esse, quo majus cogitari non possit : ideo ratio sua procedit ex hac suppositione^ quod supponatur aliquid esse, quo majus cogitari non potest. [In lib. I, dist. m, q. i, a. 2, ad 4.)
^ 06/. Verius esse habet Deus, quam anima humana. Sed anima
D'ailleurs, saint Thomas fait ici remarquer de nouveau qu'on se laisse entrainer à dire que Dieu est connu immédiatement par son idée, parce qu'on ne distingue pas le concept de l'universel d'avec celui de l'Absolu. A cette objection : Dieu est la vérité, or personne ne peut douter de l'existence de la vérité, il répond : De même qu'il est immédiatement certain qu'il y a des choses qui ont l'être, mais non qu'il y a un être existant par lui-même et cause de tous les autres êtres, de même nous sommes immédiatement certains qu'il y a du vrai ; mais qu'il existe une vérité qui, comme vérité première, est le fondement de tout ce qui est vrai, c'est ce que nous ne pouvons savoir qu'au moyen de la réflexion. Par conséquent, la vérité absolue ne peut être connue que par les vérités relatives *.
humana non potest cogitare^ se non esse. £rgo multo minus potest cogitare^ Deum non esse.
Resp, Gogitare aliquid non esse^ potest intelligi dupHciter. Uno modOj uthœc duo simal in apprebensione cadant^ et sic nihil prohibet, quod quis cogitet^ se non esse, sicut cogitât se aliquando non fuisse. Sic autem non potest simul in apprebensione cadere> aliquid eaae totum et minus propria parte, quia unum eorum excludit altemm. Aiio modoita, quod buic apprebensioni assensus adbibeatur; et sic nullus potest cogitare se non esse cum assensu, in hoc enim, quod cogitât aliquid, percipit se esse. (De Verit, loc. cit., ad 7.)
' Sicut ens esse in communi est per se notum. ita etiam veritatem esse ; non autem est per se notum nobis, esse aliquod primum ens, qood sit causa omnis entis, quousque hoc vel ûdes accipiat ycI demonstratio probet : unde nec est per se notum Yeritatem omnium a prima veritate esse. (I6ûl., ad. 3.)