LES ÉTUDES CONTEMPORAINES
Sous ce titre paraît une série d'études critiques et documentaires sur ce temps.
Par son caractère, cette collection ne ressemble à aucune de celles qui, sous des appellations analogues, ont paru jusqu'à ce Jour.
Elle se propose d'apporter à la connaissance de répoque contemporaine une contribution méthodique, et de susciter au profd des idées et des individus du présent la même curiosité historique qu'on applique aux choses du passé.
Reconnaître dans la société française d'aujourd'hui un certain nombre de tendances essentielles et de courants, dont on s'efforce de déterminer l'origine, la direction et les effets; retrouver à travers les diverses manifestations littéraires , scientifiques, artistiques, sociales, les traits épars d'une phgsionomie caractéristique, qui est celle de notre temps ; discerner de la foule les indivi-
dus d'élite qui la dominent et lui imposent ses idées, ses goûts, ses modes ; observer les institutions dans leur influence sur les mœurs et V esprit public; analyser les mentalités collectives et anonymes qui constituent ce que Von appelle proprement les milieux, tel est son but.
Une synthèse de ce genre nécessite la collaboration d'un grand nombre de spécialistes, travaillant sous une direction et sous une pensée communes. Par la variété des sujets qui y seront traités, par l'esprit d'impartialité critique, soucieux de comprendre plutôt que de Juger, qui restera le sien, par la solidité et l'abondance de sa documentation, la collection des Etudes Contemporaines est destinée à constituer un répertoire universel de la société, des lettres, des sciences et des arts en France au début du XX^ Siècle.
(Note de l'Editeur.)
AVANT-PROPOS
Le nationalisme est une discipline qui s'offre au penseur actuel désireux de se limiter, de ne pas éparpiller son effort sur une foule d'objets divers qu^il embrasserait nécessairement sans force. Nous en avons vu l'attrait et aussi la faiblesse. Mais il n'est pas la seule doctrine qui vise à remplir cet emploi. Il en est une autre, qui se pose logiquement en antagoniste de la première et qui présente la même utilité de concentration de la pensée. C'est le syndicalisme.
Mais il faut éviter ici une équivoque. Par syndicalisme on entend d'ordinaire l'action ouvrière, et la forme la plus violente de Faction ouvrière, l'action révolutionnaire menée par les membres les plus remuants de la Confédération générale du Travail. Il y a aussi un syndicalisme réformiste exclusivement ouvrier, qui trouve ses prota-
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gonistes dans les corporations les plus nombreuses, les plus éclairées et les mieux organisées, comme la Fédération du livre. Les conflits de ces deux tendances, leurs invectives, leurs âpres disputes sont au premier plan des préoccupations actuelles de Topinion ; mais, si intéressantes qu'elles soient, ce n'est pas d'elles qu'il sera ici question K
Tout à fait à l'écart du mouvement ouvrier, le suivant de près et s'inspirant de son expérience, interprétant ses manifestations, s'est développée dans ces dernières années une doctrine qu'on peut appeler la philosophie syndicaliste, car elle formait bien un système s'élevant sur la base du fait syndicaliste ; doctrine dont il faut déjà parler au passé, car son inventeur, après avoir occupé un temps l'opinion cultivée de ses trouvailles, de ses paradoxes et aussi de ses injures, s'est comme détaché de son œuvre et a déclaré qu'il n'écrirait plus désormais sur le syndicalisme. 11 a appliqué à d'autres parties de la
1 Si on veut les étudier, on consultera le livre exact et pleinement documenté de Félicien Challaye : Syndicalisme réformisle et Syndicalisme révolutionnaire, Paris, Alcan 1908.
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philosophie ses vues originales, ses intuitions profondes autant que décousues. Il s'est même, ainsi que quelques-uns de ses plus fidèles disciples, rapproché du nationalisme, en un mouvement tournant dont j'ai expliqué ailleurs la nature et la portée. Et ainsi c'est une chose morte que cette doctrine qui date d'hier.
Mais si les philosophes syndicalistes se désintéressent à l'heure actuelle de leur pensée d'hier, ce n'est pas une raison pour les imiter. Cette pensée était forte, vive, ingénieuse ; quoique procédant par soubresauts, on y pouvait trouver une cohérence. Elle méritait de fixer l'attention de l'observateur social.
C'est de cette doctrine qu'il sera ici question, c'est elle qu'on trouvera étudiée. Il ne faut donc pas chercher dans ces pages une étude de faits sur le syndicalisme ouvrier. Je n'ai voulu faire qu'une étude spéculative et une critique spéculative, c'est-à-dire une réflexion sur les principes et les idées directrices de Pancien intellectualisme syndicaliste. Par leur attrait, par leur force, par les problèmes qu'ils soulèvent ils sont dignes d'un effort de pensée sérieux et méthodique.