Cf. N. Troubetzkoy, TCLP 1, p
9, Il serait inexact de parler de série vélaire arrondie, car à est prononcé
très généralement sans arrondissement des lèvres,
pandre »/spille srelo « jouer », Blik bles « tôle »/Blæk blec «encre », Aende kæno « bagatelle »/Æande kano « pot », skylde séylo « devoir »/skylle solo « rincer », Synder sonor « péchés »/ Sonner sünor « fils » (pl.), remme rômo « évacuer »/ramme ramo « frapper », dugge duo « tomber » (en parlant de la rosée)/dukke doco « plonger », Æost kosn € balai »/Kost käsn « nourriture », flot flän « sans contrainte »/fladt flan « plat », skikke scico « ordonner »/skygge sgyco « ombrager ». kysk kysG& « chaste »/Ausk kusa « cocher », List lesp € ruse »/Lyst losn « plaisir », Synd ‘son « péché »/Sund ’son « détroil », Sender sænor € envoyeur »/Sonner sônor « fils » (pl.), San ’bün «prière »/Baand'”’bän € ruban ».
Dans tous les mots qui précèdent, la voyelle est brève, et c'est bien le timbre propre de chaque voyelle qui empêche, dans les différents cas, homonymie, Mais à côté des phonèmes vocaliques brefs, il existe pour chaque timbre une réalisation longue phonologiquement distincte de la brève correspondante.
2-4. Aux dix phonèmes vocaliques brefs ne s'opposent toutefois que neuf phonèmes vocaliques longs! : [o:] et [ü:] en eltet ne sont pas phonologiquement distincts ; lorsqu'ils apparaissent dans un environnement phonétique strictement identique (par ex. dans Der |dü.’r| «porte »/der |[de.’r] «meurs, mourons, ete. », or [tü.r| «sec »/{or [lo.’r] « (elle) fond » — en parlant de la neige ou de la glace), ils se présentent dans des conditions morphologiques difiérentes, les mots à voyelle fermée comprenant deux morphèmes et étant conçus respectivement comme £o + er, do +er, où -er est la désinence caractéristique du présent de l'indicatif.
[l'est par ailleurs certain que la répartition de ces deux variantes à travers le vocabulaire danois ne peut entièrement se justifier par l’environnement phonétique que, dans chaque cas, présente aujourd’hui la langue: il n’est pas vraisemblable que la différence entre la voyelle de kore [ko:ro] et celle de gore [gü:ro] soit sous la dépendance de la nature de la consonne initiale. Le fait qu’il
1. L'orthographe danoise qui distingue généralement assez nettement entre les divers phonèmes vocaliques longs, n’a que le seul signe 5 pour [o] et pour [ô]. Les efforts des linguistes pour acclimater la graphie allemande (ou suédoise) ü pour désigner le son [ô] long ou bref, n’ont pas abouti. Le public, à qui ces efforts n’ont pas échappé, emploie parfois la graphie 6, mais sans chercher à distinguer les deux timbres, et l’on rencontre des graphies comme môr pour mer ’mér (exemple relevé sur la glace d’une boutique d'alimentation).
n'existe en danois aucune paire où [o:] s’oppose phonologiquement à [6:] est peut-être dû entièrement au hasard, mais il suffit pour que nous considérions [o:] et [ü:] comme deux variantes combinatoires d’un même phonème’.
2-5. Les oppositions de vocabulaire qui suivent font ressortir l'indépendance de chacun des phonèmes vocaliques longs du danois: Mol "mil « mille » (sept kilomètres environ)/He/ ’mel « farine », Sele selo « bretelles »/Sæle sælo « phoques », græde grædo « pleurer »/grade grade « prendre la température », Mule mülo « museau »/Mole müle « mole », rode rüda « fouiller »/ raade rädo « conseiller », #aale tälo « supporter »/tale täle « parler », byde bydo « ordonner »/bade büdo « raccommoder », Hone |hü:ne] hône « poule »/Hane häno « coq ».
2-6. Les mots Ale kilo « coin » et Aelde kilo « source », mene mens « penser » etzrinde meno « rappeler », /æse l&so « lire » et læsse læso « charger », Fanen fänon « le drapeau » et Fanden fanon « le diable », Augle külo « boule » et Aulde kulb « froid » (subst.), one küno « femme, épouse » et Aunde kono « client », Taabe täno « sot » et Toppe täso « sommets », Ayle hÿl « hurler » et kylle hylo « envelopper », dobe dü8o « baptiser » et dyppe dose « tremper », qui s'opposent deux à deux, seraient des homonymes, n’était la quantité de la voyelle, longue dans le premier mot, brève dans le second. Ils établissent donc l'existence d’une corrélation de longueur pour le vocalisme danois.
2-7. Le timbre du phonème bref est parfois sensiblement différent de celui de la longue correspondante. Cette différence, imper-
1. On ne se dissimule pas ce que cette conception a d’un peu arbitraire. En français, sur, la base d’une seule opposition jeune/jeine, où l'emploi de deux timbres différents est fréquent, sinon universel, on a admis (BSL, 109, p. 198) deux phonèmes distincts o et 6. Or, en danois beaucoup plus qu’en français, il pourrait sembler légitime de ne pas vouloir rompre l'harmonie très réelle du système, et de distinguer en conséquence deux phonèmes à et 6, en considérant l’opposition 5/ comme non-réalisée mais réalisable. Ce n’est cependant pas ainsi qu’on échapperait à larbilraire inévitable lorsque l’on traite de cas limites.
Les deux sons [o] et [ü] se trouvent, dans les deux langues considérées, poser des problèmes analogues. Il y a peut-être là plus qu’une coïncidence. Il pourrait être intéressant de rechercher s’il est d’autres langues où l’harmonie du système vocalique semble mise en danger par les rapports phonologiques de ces deux sons.
ceptible ou peu nette pour les phonèmes des deux séries les plus fermées, est particulièrement accusée dans les cas de A et A'. La voyelle de /æsse est assez nettement plus ouverte que celle de /æse et le [o] de Aunde se rapproche plus de [à] que celui de one (cf. Jespersen, 9-4-1 et 9-7), mais ces différences de timbre échappent le plus souvent aux sujets parlants. Au contraire, tandis que le [a] de Hand « homme » est « moyen », c’est-à-dire correspond à peu près à la voyelle de Fall. Mann, celui de mane mäno « évoquer » est nettement palatal, surtout dans la prononciation populaire de la Capitale qui fréquemment est, en quelque sorte, à l'avant-garde de la langue en exagérant les tendances du parler correcl.
2-8. Dans le cas de a bref, la question se complique du fait de l'existence de deux timbres différents qui sont respectivement à peu près ceux de la voyelle du fr. patte et de celle de Vall. Mann (cf. Jespersen, 9-9 ; Arnholtz-Reinhold, p. 33 et suiv.). Il s’agit en fait de variantes combinatoires, le timbre d'avant étant normal devant dentale, celui d’arrière devant les autres consonnes. Toutefois lorsque la dentale est suivie d’une syllabe qui contient un [r|, consonne ou voyelle, le timbre dépend souvent d’habitudes individuelles (Arnholtz-Reimhold, ibid.). En tous cas, on n’a pas affaire à deux phonèmes différents. Il est fait de ces deux timbres un très large emploi stylistique : pour se moquer d’une personne au parler affecté, on lui fera dire Tak « merci » avec un [a] antérieur ; au contraire, en singeant une personne au parler vulgaire, on accentuera les tendances naturelles de la langue et on emploiera dans ce mot une voyelle très profonde ?.
2-9. La différence de timbre entre à et à est encore plus nette que celle qui existe entre les deux quantités de A. Elle est surtout beaucoup moins sujette à des variations stylistiques. La voyelle de Taabe n’est pas beaucoup plus ouverte que le [o] du fr. jaune* ; celle de Toppe rappelle plutôt le [2] de l’anglais not que celui du Îr. note.
Sur l'emploi des capitales, cf. ei-dessus $ 4-10. Sur la valeur sociale des timbres vocaliques danois, et sur la fréquence de leur utilisation expressive, cf. Arnhol(z-Reinhold, p. 48 et suiv.
3. Les Danois qui parlent français remplacent souvent le [o] fermé de cette langue par celte voyelle, de préférence au {[o] danois qui, comme le (el etle Lo], est plus fermé que le son français correspondant.
Ceci à eu pour résultat que, lorsque dans certains cas (cf. ci-dessous, $ 2-27 et suiv.) à s’abrège, le timbre obtenu n’est pas toujours celui de J'oppe, mais reste parfois celui de la voyelle longue : ainsi dans les mots Baadsmand « maitre d'équipage », avec une voyelle brève du même timbre que la longue de Baad « bateau », daadlas « inactif », où la première voyelle à le timbre du aa de Daad « acte » ; de même, dans Boghandler « libraire » (cf. Bog ’bäq « livre »), VNaadsens- « … de grâce », plus souvent avec le timbre de la voyelle longue de Vaade « grâce » qu'avec celui du à de Toppe. L’alternance des deux timbres est toutetois plus fréquente. Exemples de cette alternance: Daa [dà.’| « daim »/Daadyr [dody.’r|, même sens, Raad {rà.’d| « conseil »/Raadhus [rsdhu.s] « hôtel de ville », raabe [rä:bo] « crier »/raabte [r2bdo] « eriait », tee
2-10. Il n’est pas facile de déterminer, dans tous les cas, les raisons qui ont fait préférer un timbre à un autre. Les mots, comme Vaadsens-, où l’on peut parler de variantes individuelles sont rares. [l paraît d’ailleurs certain que le passage d’un timbre à un autre lorsque change la quantité, ne se produit plus aujourd’hui que dans des mots ou des éléments de composés où elle est traditionnelle : ainsi, si l’on forme un verbe composé par la préfixation du moi paa «sur », la voyelle de ce mot changera automatiquement de timbre, et l’on pourrait être tenté de dire que le danois connait un préfixe [p2-] à côté d’une préposition [pà] et d’un adverbe [pà.”’|, et qu'il s’agit là de trois mots différents. Il ne semble pas, toutefois, que ces formes soit lexicalement dissociées dans l'esprit des sujets parlants ; [p2-] et [pà.’] sont évidemment un seul et même mot, et deux verbes comme paasmore et smore paa ont exactement le même sens (à savoir « enduire, faire une tartine »).
L’aliernance du timbre reste si fréquente qu’elle paraît encore la règle, tandis que la non-alternance semble l’exception. Elle semble encore si vivante, qu'elle s'impose à la conscience linguistique comme le ferait une alternance phonologique réellement synchronique. D’ailleurs, il n’y à pas de paires de mots où seule lopposi-
4. Tandis que l’on trouve dans Forchammer, Le danois parlé, Copenhague, 4910, ces deux limbres soigneusement distingués, et notés respectivement [2] et [>], on ne retrouve pas trace de cette distinction dans le Reader de M. Uldall (A Danish Phonetic Reader, London, 1933).
tion des deux timbres empêche l’homonymie. Toutefois, comme il ne semble pas non plus que l'opposition [ä]/[à:] ait jamais une valeur différenciative, on peut hésiter à rattacher le son [à] au phonème à bref plutôt qu’au phonème à long. Il semblerait plutôt que la différence de timbre entre le phonème bref et le phonème long ait autorisé ici une variante combinatoire brève du phonème long.
2-11. Il faut aussi noter ici que le o se prononçant sensiblement plus ouvert que le 6 (cf. ci-dessus, $ 2-7), la différence entre [ol] et la variété fermée de [ä] que nous venons de signaler est parfois assez faible. Il n’est pas sûr toutefois que la prononciation de Bonde « paysan » avec [à] fermé (Arnholtz-Reinhold, p. 80) soit recommandable, et la plupart des Danois n’emploient pas la même voyelle dans en Maaneds Tid, où le aa s’abrège sans changer de timbre, et dans Munde « bouches » où le w se prononce généralement comme un 0. Dans un mot comme grunde « fonder », la prononciation par [à] est normale et due à lPinfluence de Pr (cf. ci-dessous $ 2-12) ; comme loutes les voyelles sont ouvertes par la vicinité de r, il n’en saurait résulter aucune confusion phonologique.
2-12. Chaque problème vocalique, long ou bref, lorsqu'il est en . contact avec r, et surtout lorsqu'il précède ce phonème, a tendance à se réaliser de façon plus ouverte qu'ailleurs. Cette tendance est en général plus marquée dans le cas des brèves que dans celui des longues.
Les longues des deux séries supérieures sont à peine atteintes La différence entre la voyelle de /æse « lire » et celle de /œre «apprendre » est déjà plus nette; mais c’est, ici encore, surtout dans le cas de à et à que la différence est vraiment caractéristique : le [a] de mane est nettement palatal ; celui de fare est, au contraire, plus profond que celui du fr. müle. La voyelle de Aare « veine » a presque le timbre de celle du fr. or ; on a vu ci-dessus que celle de Taabe est nettement plus fermée. Ces réalisations plus ouvertes ne sont que des variantes combinatoires des phonèmes vocaliques longs correspondants.
2-13. Au contraire, l'influence de l’r sur les phonèmes voisins a, dans le cas des voyelles brèves, un intérêt phonologique.
LES. VOŸYELLES 41
Cest un fait général que les consonnes ont sur les voyelles brèves une influence beaucoup plus considérable que sur les longues. Ceci se comprend aisément: un son prolongé, s’il ne se diphtongue pas, a beaucoup moins de chance d’être assimilé par ses voisins. Au contraire, un son bref sera aisément palatalisé ou labialisé par une palatale ou une labiale voisine ‘. Une conséquence de ce fait est que les langues ne chargent pas trop leur système de voyelles brèves, ce qui donne à chacun de ces phonèmes plus de latitude et contribue à la stabilité du système, puisqu’une voyelle brève peut céder à l'influence exercée sur elle sans pour cela passer d’un phonème à un autre.
Le système des voyelles brèves du danois est, lui, remarquable en ce qu'il distingue quatre degrés d'ouverture, ce qui est un de plus que la moyenne. Cela n’a pas empêché les voyelles de céder à l'influence ouvrante de r, ce qui devait rapidement amener de sérieuses perturbations dans la répartition des phonèmes vocaliques brefs à travers le vocabulaire danois.
2-14. Comme naturellement il y a eu, et il y a encore des réactions orthographiques, et que les prononciations les plus fermées sont considérées comme les plus « distinguées », sinon les plus correctes, il n’est pas facile de dégager ici les règles phonologiques générales.
Un mot comme Æirke « église » se prononce le plus souvent avec une première voyelle intermédiaire entre [1] et [e], mais on entend fréquemment [kirgo] et [kergo]. Ces remarques valent pour virke «agir », ctrea € environ », et bien d’autres mots qui présentent le groupe orthographique -ér-. Dans certains cas, et notamment dans les mots expressifs comme prrre, tirre « exciter », dirre « trembler », on remarque toutefois une nette préférence pour la voyelle fermée. La même hésitation entre [y] [2], [u] [o], ou un son intermédiaire se retrouve dans certains mots qui présentent les groupes orthographiques -yr-et -ur- ; exemples : dyrke « cultiver », styrke « renforcer», Agurk « concombre », Kurve « courbe », etc.
Dans tous ces cas se manifeste une tendance à la neutrali-
4. Cf., par ex , le passage en vieil-anglais de widu à wudu, ou, en anglais, des prononciations du mot silk ou du nom propre Wilson avec une voyelle qui est presque [ul] ; cf. également le traitement deu, depuis la période moyenanglaise, dans les d ux mots put et cut.
sation des oppositions d'ouverture entre les deux séries les plus fermées !.
Lorsque l'r précède li, Fy ou lu, son influence à été moindre et n’a jamais abouti à la neutralisation de i et de e, de y et de 0, de u et de o. On oppose. par ex., Brig bri& « brick » à Brek brea « pion, cube » (cf. Jespersen, 162), tyg trya «€ sûr » à Tryle tro& « accent », et les mots /?us rus « étudiant de première année » et Æust rosn « rouille » n’ont jamais la même voyelle.
2-15. Les confusions que peut faire naître la vicinité de r entre les deux séries de moyenne ouverture sont plus sporadiques que les précédentes. Il n’existe pas de tendance à neutraliser ces deux séries et lon ne peut citer que des cas isolés de mots dont la voyelle hésite entre l’une et l’autre, comme redde « sauver » rædo ou, plus rarement, redo, Porre « poireau » päro et rarement poro, fyrre « quarante » füro et exceptionnellement foro. En fait, les prononciations fermées de ces mots représentent un état de langue dépassé, et les phonèmes æ, ü et o y sont les seuls conformes au dynamisme de la langue. Le parler populaire de Copenhague prononce redde et fyrre, lout comme rette (toujours ræpo) el gron (toujours ’grün), avec des voyelles qui rappellent respectivement le [a] et le [o] des mots français gratte et trogne. Sans aller aussi loin, la langue normale donne une prononciation très ouverte aux voyelles des groupes -ær-, -ræ-, -ür-, -rü-.
En contact avec r, le phonème a bref danois s’articule tout à fait profondément. On a vu ci-dessus, $ 2-8, que la présence d’un r dans la syllabe suivante était susceptible de modifier le timbre de a bref. Ces modifications articulatoires ne sauraient entraîner aucune confusion phonologique.
2-16. Le danois ne connait pas les trois timbres vocaliques les plus fermés [1], [y] et [u] devant le phonème n, non plus d’ailleurs que devant les groupes nasale + consonne dans un même morphème (dans un mot comme mundtlig où la prononciation [mundli] nest pas impossible, le [u], quand on l'entend, est dû à l’analogie de Mund, ‘mon ou ’mun, et il y a une sorte de suture morphologique entre [n] et [d]). Comme ces timbres, en cette
1. Au sujet de la neutralisation, cf. TCLP 6, N. Trubetzkoy, Die Aufhebung
der phonologischen Gegensätze, p. 29 et suiv., et A. Martinet, Neutralisation et archiphonème, p. 46 et suiv.
position, sont perçus respectivement comme e, © et o, on peut sans hésitation dire qu'il y a dans ce cas neutralisation des oppositions 1/e, y/o et u/o!.
2-17. La neutralisation des oppositions phonologiques entre les phonèmes des deux séries les plus fermées, qui s’esquisse devant r et qui aboutit devant n et devant nasale appuyée, n’est pas seule à conférer à ces oppositions une place à part parmi les corrélations vocaliques danoises. M. Jespersen ($ 42-2) attire l'attention sur le fait que ces deux séries sont diachroniquement apparentées. Phonologiquement, c’est à-dire synchroniquement, bien qu’on ait effectivement affaire à des phonèmes différents (cf. ci-dessus $ 2-2), les voyelles [i] et [e[. [y] et [o], [u] et [o] apparaissent souvent, dans des mots où elles n’ont pas de valeur différenciative, comme des paires de variantes stylistiques individuelles, les voyelles de la série supérieure étant en général plus distinguées ou plus « correctes », celles de la série inférieure parfois moins enfantines, plus mâles, souvent négligées, vulgaires ou même grossières : dans Stund « moment » et Hund « bouche » la voyelle ordinaire est [o}, mais [u] s’entend dans des prononciations qui paraissent un peu recherchées ou littéraires ; dans ville, vilde « vouloir, voulais », bitter « amer », [i] et [e] sont également fréquents avec une nette préférence pour |i] dans un parler châtié; dans les mots qui suivent, on peut considérer les voyelles de la série supérieure comme les seules vraiment correctes, les formes en [e], [o] et [o] étant toutes plus ou moins familières, relâächées ou vulgaires: &gge « mâcher », gik « allait », myg « cousin, moustique », 6ygge « bâtir », piske « fouetter », Æusk « cocher », Hund « chien », etc. Pisse « mingere » a [e], tandis que le synonyme enfantin
4. Pour des raisons de pratique, on s’est contenté de signaler ici cette neu- {ralisation sans s’astreindre à la noter par un signe particulier dans les transcriptions ; cf. de même ci-dessous, $ 3-30, dans le cas de la neutralisation de d/D. Une transcription particulière des archiphonèmes s'impose surtout dans des cas où leurs réalisations se confondent avec celles de plusieurs phonèmes différents. Il est indiqué, dans ce cas, de ne pas se servir, dans une transcription, des signes des différents phonèmes, mais d’un signe particulier, celui de l’archiphonème. Là où, au contraire, les réalisations de l’archiphonème se confondent toujours avec celles d’un phonème particulier, on peut faire dépendre de considérations pratiques l'emploi ou le non-emploi d’un signe particulier pour l’archiphonème. Il est d’ailleurs à noter que l’apparentement phonologique créé par la neutralisation est beaucoup moins étroit dans le second cas que dans le premier. |
tisse présente un [i]; mais un homme, où mieux encore, un jeune garçon qui emploie ce dernier mot, risquera fort de prononcer [el au lieu de {il; Pig « pointe, piquant » prend ordinairement un sens obscène lorsqu'il se prononce avec [e|, sans pour cela qu’on ait l'impression d’avoir aflaire à deux mots différents.
Il faut remarquer toutefois que les formes à voyelle plus ouverte représentent à peu près constamment des innovations : dans un parler plus ou moins vulgaire et reläché, beaucoup de mots à voyelles 1, y et u voient leur voyelle s'ouvrir ; dans le même cas, les mots dont la voyelle est normalement [e], [o] et [ol] ne se prononcent jamais avec [i}, [y] et [u], mais au contraire leur voyelle se réalise de façon encore plus ouverte, sans toutetois qu'il puisse jamais, sauf en contact avec r, se produire de confusion avec la série æ, ü, à immédiatement inférieure.
2-18. Il est intéressant de constater qu'à l’apparentement phonologique que crée, entre les deux séries vocaliques les plus fermées, l'existence de la neutralisation en certaines positions déterminées, et, dans beaucoup de mots, ce qu’on pourrait appeler une neutralisation stylistique, correspond une sorte d’apparentement phonétique : en eflet, si l’on consulte par ex. la Chart of Danish Sounds, dans le Æeader de M. Uldall, on remarque que [e}, [o] et surtout [o| sont sensiblement plus rapprochés de fi}, [y] et [u} que de [æ}, [ü] et [à].
2-19. A côté des dix-neuf phonèmes vocaliques que nous avons distingués ci-dessus, il existe en danois une réalisation vocalique [o] qu’il est assez naturel de considérer comme une variante d'autre chose en syllabe de très faible intensité. La difficulté est de trouver quelle est la voyelle ou quelles sont les voyelles qui sont susceptibles d’une telle réalisation.
Phonologiquement il n’est pas facile de définir les syllabes de très faible intensité de façon simple et exhaustive. Certaines réactions phonologiques, comme la neutralisation de l'opposition d'aspiration devant certaines voyelles (cf. $ 3-5), permettent de supposer que ces syllabes peuvent avoir comme voyelle [o] ou [il. Il n’est donc pas possible de prétendre que [9] représente le produit de la neutralisation de toutes les oppositions vocaliques, ce que la neutralité phonétique de ce phonème pourrait suggérer : en eflet [o] est une voyelle neutre qui n’est ni arrondie, ni d'avant,
ni d’arrière ; sur la Chart de M. Uldall, c’est le [ü] qui est le plus rapproché, mais il est évident que, phonologiquement, cette vicinité n’est pas décisive.
La seule méthode qui semble applicable, dans ce cas, est d’examiner: 1° ce que devient [o] lorsque, pour certaines raisons, la syllabe qu’il supporte reçoit l'accent; 2° quelles sont les voyelles pleines qui sont susceptibles, en position de très faible accentuation, de prendre Le timbre [9].
2-20. Le premier cas envisagé ne se produit guère que lorsqu'on désire attirer l’attention sur la nature exacte d’une désinence, lorsque, par ex., on désire spécifier qu'il s’agit de tel mot neutre, et non de son homonyme de genre commun: Æykket « la saccade » et non Æyggen « le dos ». Dans un cas pareil, il y a deux prononciations possibles : [æ] ou [ü]. Ces deux prononciations sont toutefois de valeur inégale pour ce qui nous intéresse ici : [æ| fait figure de prononciation scolaire et traditionnelle, tandis que |ü] semble bien être ce qui vient naturellement à un Danois dans ces circonstances. Pour expliquer la prononciation [æ| on doit sans doute invoquer l'influence de lorthographe (e se prononce aussi souvent |[æ| que [e]). Peut-être doit-on envisager une influence des habitudes de l’enseignement allemand où la prononciation de [so] comme [æ] ou {e] est constante et plus aisément justifiable que l'habitude scolaire danoise correspondante.
2-21. Les voyelles pleines, qui sont susceptibles de prendre en certaines positions le timbre [9], sont surtout celles de petits mots, souvent faiblement accentués, et dont la voyelle s’affaiblit jusqu’à devenir [9] lorsqu'ils sont parfaitement atones. Dans tous ces cas, il est souvent difficile de dire quelles sont les alternances vocaliques qui sont traditionnelles, c’est-à-dire celles qui ressortissent à la diachronie et à la morphonologie', et quelles sont celles qui sont nettement le produit des tendances actuelles de la langue : lorsque le mot det « cela » se prononce [do] en position accentuée (cf. Uldall, Æeader, p. 17, 1. 14 et 20) et [de] en position nonaccentuée (ef. ibid., p. 19, 1. 13), il est difficile de déterminer si l’on a affaire à deux formes fixées d’un même mot, ou à un aflaiblissement momentané de [de] en [do]. D’autre part, lorsque
4. Cf. ce qui est dit ci-dessus, $ 4-6, de l’alternance oi/e en français.
(ébid., p. 19, lignes 26 et 27) on trouve à une ligne d'intervalle [dæm| et [dom] pour Dem, cas oblique de De « vous », il ne nous est pas possible d'affirmer que [dom] est un affaiblissement de [dæm|, car il se pourrait que [dæm| soit une réfection orthographique, et [dom] ou [dm] la forme normale. Autant vaudrait tirer argument du passage de [3] à [o| que l’on doit supposer dans le mot ogsaa « aussi » dont la prononciation a dû être [9qs?|, mais qui ne se prononce aujourd’hui jamais autrement que [250].
2-22. Plus riche d'enseignement sans doute, est le traitement de la deuxième voyelle de certains trisyllabes (mots d’origine étrangère). Parmi ces mots, les termes qui sont devenus d'usage quotidien sont naturellement les plus intéressants, parce qu'il y a plus de chances qu’ils aient échappé à l'influence de lorthographe (certains sujets disent [kamora| pour Æamera « appareil photographique », mais [algebra] pour A/gebra « algèbre »): Ælefant est constamment [elo'fan’t| et Apparat « appareil » normalement [abo'ra.’t] ; pour le mot Chokolade « chocolat » la prononciation [Sogo'la:do] n’est pas aussi correcte que [Sogo'la:do|, mais le désaccord entre le # de lorthographe et le [g] de la prononciation ordinaire suggère qu'une réaction orthographique a rétabli l{o] sans toutetois changer le [g| qui avait naturellement pris la place du [k] devant [o] et après voyelle brève (cf. ci-dessous, $ 8-5) ; pour la même raison on entend souvent un {[b} au lieu d’un {pl dans Apotek « pharmacie », lors même que le [o] ne s’affaiblit pas en [o]. Malheureusement le phonème ü ne semble pas se présenter en cette position.
Comme dans tous les cas cités ci-dessus la prononciation avec voyelle pleine reste correcte, il semble bien que le 9 danois représente normalement dans la langue non pas la neutralisation des seuls phonèmes e et æ, comme on l’a prétendu‘, mais celle de tous les phonèmes vocaliques brefs, à l'exception des voyelles de la série la plus fermée 1, y et u.
2-23. Il faut toutefois reconnaître que dans les positions envisagées, dès que l’on quitte le domaine de la langue quotidienne, on note entre e, æ d’une part, les autres voyelles d’autre part, une sérieuse différence de traitement : tandis que la qualité de [o] et de
1. Cf. la transcription phonématique de [o] qu’adopte M. Uldall, Proceedings, p. 54 et suiv.
[a] se voit soigneusement conservée, [e] et [æ] sont susceptibles dans la plupart des mots de s’affaiblir en [a]. Une des conséquences de ce fait est qu’un Danois qui apprend le français a tendance à donner le timbre de é aux e instables qui se prononcent. Ce fait, certainement d’origine orthographique, semble avoir influencé de façon définitive la conscience linguistique danoise et, pour cette raison, on doit le prendre en considération dans un exposé de la phonologie danoise. Cependant, il ne vaut peut-être que pour l’environnement très particulier où il a été remarqué, et il y aurait certainement un abus à considérer le o de Aude, ou ceux de Aundrede comme des réalisations de e ou de æ".
2-24. Devant n et 1, [o] disparaît le plus communément, et la sonante suivante devient voyelle (cf. un mot comme enten « ou » qui se prononce [endn}, et où il est artificiel d'interrompre l’occlusion buccale en passant de [d] à [n]. Ceci ne doit pas empêcher d'interpréter phonologiquement enten comme ændon et Adel comme ’aädol. De même, des prononciations comme [dænnnat] pour denne Nat « cette nuit » ou [alllano]| pour a/le Lande « tous pays », où, par assimilation aux consonnes qui l’entourent, le [a] devient [n] ou {l] doivent être phonologiquement interprétées comme dænonat et alolano.
2-25. Devant r, 9 prend souvent un timbre acoustiquement peu différent de [2] (MM. Arnholtz et Reinhold le transerivent [2]; cf. notamment p. 38) si bien que des mots comme Doktor et Professor se prononcent en fait comme sil étaient orthographiés Dokter et Professer”. Toutefois il n’est pas rare que la finale, qui phonologiquement se présente comme -or, se prononce comme un [r] voyelle, continue uvulaire où pharyngale sans friction, son qui est également une réalisation fréquente du phonème r après phonème vocalique long, par ex. dans les mots Mor « mère », Korn
4. Dans le préfixe be- la voyelle est toujours prononcée comme un [e] et non comme un [9]; cf. par ex. la prononciation des motstbestilt et Bebrejdelser, Arnholtz-Reinhold, respectivement pp. 76 et 87. Dans ces conditions, la transcription [bo/ta’lo] qu’on trouve chez M. Uldall. Proceedings, p. 54, parait surprenante ; d'autant plus que, dans le Reader du même auteur. on trouve le préfixe en question toujours transcrit [be-].
9, Dans un mot très usuel comme Doktor le € se prononce [d] comme il est normal devant le phonème » (cf. ci-dessous $ 3-6). Au contraire dans le mot moins fréquent Elevator « ascenseur », le [t] est généralement conservé.
Lo]
«blé », ete. (cf. Jespersen, 9-5-2). C’est encore le son que prend ° après le groupe consonne + r, si bien que, dans le parler ordinaire, on ne distingue pas entre gaistre « étinceler » et gnestrer, indic. prés. du même verbe. De même, deux formes more « amuser » et morer « (j'}amuse » se prononcent généralement de façon identique, avec le même [r| que ci-dessus, mais prolongé. Dans tous ces cas, seul le contexte permet une analyse phonologique, respectivement en a ou 9r, ra Où ror.
2-26. Une des caractéristiques essentielles du système des phonèmes vocaliques danois est une tendance, en certaines positions, à la neutralisation des oppositions phonologiques de longueur au profit de la voyelle brève.
Cette tendance aboutit en position prétonique. Exemples: fysishk ‘fysisa € physique » adj., mais Fysik fx'sia « physique » subst. ; Fysiolog {ysio"l0q « physiologue », mais Æysiologe xsiolo/ gi « physiologie » ; suwinagtig svi'nagni « porcin », de Sin ’svin € porc »; grinagtig gri'na@pi « drôle », de Grèn ’grin « quelque chose d’amusant » (dans le mot benagtig benaani © osseux », où l'accent reste sur la syllabe initiale, la longueur de la voyelle du mot Zen ‘ben « os » est conservée). Ceci toutefois ne vaut pas lorsque la voyelle considérée est suivie immédiatement d’une syllabe à voyelle o. Exemples : Maleri malo"ri « peinture », Bageri bäqgo"r1 « boulangerie », etc.
2-27. La tendance à neutraliser les oppositions de longueur semble encore se manifester fréquemment dans le premier terme des composés : lorsqu'un morphème (monosyllabique), dont la voyelle est phonologiquement longue, s’emploie comme premier terme d’un composé, il est fréquent que sa voyelle s’abrège et prenne, en s’abrégeant, toutes les caractéristiques du phonème bref correspondant (par ex. un timbre plus ouvert, surtout caractéristique dans le cas de A et de À). Il ne s’agit pas ici d’un affaiblissement de l'articulation, puisque la première syllabe des composés garde généralement en danois l'accent principal du mot. Nous avons déjà vu ci-dessus, $ 2-9, plusieurs exemples de ce phénomène, exemples d'autant plus caractéristiques qu'ayant pour voyelle larchiphonème À, l’abrègement s’accompagnait d'une modification du ümbre. Avec d’autres voyelles, on trouve par ex., #lid ‘blid
€ doux »/Hlidhed blid'hed « douceur », By’by « ville »/Byraad
xs
by’räd « conseil municipal », Aus ’hüs « maison »/Æusdyr hus’dyr €animal domestique », Ske ’saë « cuiller »/Skefuld sceful « cuillerée », Aa ”’hô « foin »/Hostak hospac « meule de foin », god ’g6 « bon »/Godhed god’h&d « bonté », Træ ‘’træ « arbre »/ Træstamme træspamo « tronc d'arbre », Sag ’saq « chose, procès »/Sagforer saqfôrer « avocat ».
2-28. Ce qui fait qu'on ne saurait parler ici de neutralisation, est que la tendance est loin d'aboutir dans tous les cas : à côté de Daadyr ddÿr, de Daa ’dà, il y a Aakande ’äkano « nénuphar », de Aa ‘à « rivière »; à côté de Skefuld sceful, il y a Skeskaft scesGafn) ou ’séésqafn « manche de cuiller» ; à côté de Æusdyr hus’dÿr, Grusqang grüs gan « allée gravelée », de Grus ’grüs «gravier », etc. Il semble que soient surtout atteints des composés traditionnels où s’est affaibli le sentiment de la composition : cf. Shefuld et Shkeskaft, ou le rare et récent Fladhed « qualité de ce qui est plat » avec un a long qui s'oppose au i bref de Blidhed « douceur ».
Il n’est pas vraisemblable que cette tendance aboutisse nulle part à la confusion de deux mots, puisqu'il y a toujours moyen de conserver la voyelle longue : dans un cas comme celui de qgul’gül « jaune » et Guld gul « or », qui tous deux prennent normalement en composition Ja forme gul- (cf. même lhésitation de lorthographe dans le cas de Gulspurv, Guldspurv « bruant-verdier » — un passereau —, phonol. gul’ssorv), on n’hésitera pas, dans les composés où la confusion de l’un et de l’autre terme pourrait avoir pour résultat d'enlever de la précision à ce qui est dit, à rétablir la voyelle longue dans qul-, par ex. : gulhaaret gülhäred « à cheveux jaunes »/ guldhaaret gulhâred « à cheveux d’or ». Dans certains cas, la langue a utilisé cette tendance pour distinguer (ou mieux distinguer) certains éléments de composés, par ex. : Fod ‘f6d « pied », en composition fod-, et Foged {54 « prévôt », en composition fod-; Raa ‘rà «chevreuil », en composition rä-, et Raa’rà « vergue », en composition ’rà-, etc.
2-29. L’alternance de quantité est probablement, dans ce cas, le fait d’un état de langue dépassé. Lors même que de nouveaux composés utilisent cette alternance, ceci ne se produit qu'avec des composants qui la connaissent dans d’autres cas : sur l’analogie de Bropenge « péage », Brovægter « gardier de pont », etc., qui
présentent un o bref, on formera tout autre composé à premier élément AÆro- avec un o bref, bien que le mot indépendant Bro ail un 0 long.
D'un point de vue strictement synchronique, l'intérêt de cette alternance est de créer dans la langue un nombre considérable de finales de morphèmes à voyelle brève accentuée, ce qui ne manquera pas d’influencer nos conclusions quant à la nature phonologique des voyelles brèves du danois.
2-30. La neutralisation des oppositions quantitatives du système vocalique danois n’aboutissant que dans des syllabes non-accentuées! (cf. ci-dessus $ 2-26), on pourrait penser qu’il y à là le résultat d’une tendance à la différenciation de deux systèmes vocaliques : l’un caractérisant la syllabe la plus accentuée du morphème et connaissant les oppositions de quantité ; autre, plus simple, ne connaissant que les oppositions de timbre, et caractéristique des syllabes non-accentuées.
Un mot comme £mbede æmbedo « emploi, charge », avec son € qui ne porte pas l'accent principal du morphème, semble toutefois s'opposer à cette interprétation. Par ailleurs, si l’on rapproche la neutralisation des syllables prétoniques inaccentuées, de la prédilection que manifeste la langue pour les syllabes brèves, même sous l'accent, lorsque la syllabe qui porte l'accent principal du mot est suivie d’une syllabe à voyelle pleine (composés du type Byraad, Husdyr, ete., cf. ci-dessus $ 2-27), on sera plutôt tenté de rattacher ces deux phénomèmes à une même tendance à raccourcir l'initiale des mots longs. Étant donné le caractère souvent intime de la composition dans les mots de ce genre, on pourrait peut-être voir dans cette tendance un moyen visant à l'unification du mot composé. Il faudrait alors la rapprocher de laccent d’unité (Eenhedstryk) que signale M. Jespersen, 13-6, et qui se place généralement sur le dernier terme des composés : accentué sur la syllabe initiale, le complexe krisDians’havn veut dire « le port de Kristian » ; et s’orthographie Æristians Havn ; accentué sur la finale il devient Aréstianshavn, nom d’un quartier de Copenhague.
1. A noter toutefois que la consonne n ne se rencontre jamais que précédée d’une voyelle brève. Devant le phonème j, on ne peut pas trouver de voyelle longue. Doit-on, dans ces deux cas, envisager une neutralisation de le corrélation de longueur ? Prosodiquement on pourrait exprimer la chose en disant que », dans tous les cas, et ], dans la partie descendante de la syllabe, font nécessairement partie du support syllabique (cf. ci-dessous $ 7-21),
2-31. On a souvent recours à la succession syllabique (dan. Tilslutning) pour distinguer en danois deux sortes de voyelles brèves (cf. Jespersen, 12-6). Dans certains cas, la consonne suivante interrompt la voyelle au moment où celle-ci a encore toute sa force ; il y a, dans ce cas, succession ferme (fast Tilslutning, all. scharfgeschnittner Akzent), et la consonne se trouve à cheval sur la frontière syllabique. Ailleurs, lorsque commence la consonne suivante, l'articulation de la voyelle a déjà perdu de sa force ; il y a succession lâche (los Tilslutning, all. weichgeschnittner Akzent) et la frontière syllabique se place entre la voyelle et la consonne. Selon M. Jespersen, ibid., on aurait une voyelle brève du premier type dans /æsse [læso] « charger », et une voyelle du second type dans /æse op [læ/se 2p] «lire à haute voix» ou encore dans la syllabe préaccentuelle du mot dans Talerken ta'lærcen, satanisk sAVtanise, etc. !.
2-32. Phonologiquement la question se pose de façon très diftérente dans un groupe comme /æse op et dans le mot Talerken. Dans /æse op, on a réellement affaire à un phonème & qui, dans un débit assez rapide, peut s’abréger sans modification de timbre. Dans T'alerken, la quantité de la voyelle a ne dépend nullement de la vitesse du débit : elle est brève par nature, comme le montre bien son timbre qui est celui du a de Fanden, et non celui de Fanen. Un rapprochement avec ce qui se passe dans une langue voisine fera ressortir l’intérêt phonologique des remarques qui précèdent : phonétiquement, le vocalisme du danois Militær ne se distingue que par des nuances de celui de Fall. Mélitür ; phonologiquement, les deux [i] du mot danois sont des réalisations du phonème ï bref, tandis que ceux du mot allemand sont des variantes brèves du phonème vocalique ordinairement long que l’on trouve dans Zze/, par ex.; ils ne sauraient être rattachés au même phonème que la voyelle du mot deck, dont le timbre est autre.
Certes, il n’est pas niable que le [a] se présente dans des conditions un peu différentes dans Talerken et dans falde fala « tomber » : dans des mots du même type que Talerken, comme S'kavank sca°vana «infirmité » ou Abort a'bäârn « avortement »,
4. Les autres cas où, selon M. Jespersen, on trouve des brèves de ce dernier type, n’intéressent pas la phonologie du mot, et nous pouvons ne pas en tenir compte ici.
la première voyelle ne prend pas le timbre d’arrière qui est normal pour à bref ailleurs que devant dentale (cf. ci-dessus & 2-8): Évidemment, la succession syllabique est ici plus lâche que lorsque la syllabe qui suit est de très faible intensité, comme dans Æa/ffe kafo «café » ou k/appe klaro « battre des mains ». Le fait que le v de Skavank se prononce comme [v| et non comme [ul] (ef. cidessous $ 3-15) est caractéristique à cet égard. Mais doit-on conclure de là qu’on ait affaire, dans Skavank et Abort, à une réalisation de l’archiphonème‘ A, intermédiaire entre celle de la longue et celle de la brève?
2-33. Il est remarquable que la succession syllabique ferme ne résulte pas nécessairement de l’accentuation de la première syllabe, mais qu’elle provient de la complète atonie de la deuxième syllabe. En effet, un mot comme Aborre abäro « perche », qui est accentué sur la première syllabe, présente une succession lâche A-borre comme en témoignent, non seulement les habitudes orthographiques, mais aussi le timbre du son [a] qui est antérieur, en dépit du caractère non-dental de la consonne suivante. On retrouve cette même succession lâche dans des composés du type Daadyr ou Byraad (cf. ci-dessus $$ 2-27 et 28). En conséquence, il n’est pas possible de dire, comme on pourrait être tenté de le faire si l’on ne retenaît que des cas où la voyelle considérée est inaccentuée, que à se réalise comme une longue avec succession relâchée, a comme une brève avec succession ferme, et l’archiphonème A comme une brève avec succession relâchée. En fait, le phonème bref peut se réaliser avec succession lâche aussi bien qu'avec succession ferme, et l’archiphonème vocalique se réalise comme le phonème bref correspondant.
2-34. Il est un autre fait qui montre bien que les notions de phonème vocalique bref et de succession ferme ne se recouvrent pas nécessairement en danois : on sait que l’allemand, le hollandais et l’anglais ne connaissent à la finale absolue accentuée que des voyelles longues, ceci évidemment parce que, dans ces langues, les voyelles brèves étant celles dont le développement normal est interrompu par la consonne suivante (succession ferme), il n’est possible d’avoir des brèves que devant consonne (cf. Trubetzkoy,
1. Le terme archiphonème a ici le sens proposé par l’auteur dans l’article des TCLP 6, intitulé Neutralisation et archiphonème (cf. p. 54).
Anleitung, p. 26). Or, il se trouve en danois un certain nombre de mots qui présentent, sous l’accent notamment, une voyelle finale brève. Sans parler des mots ja « oui » et de l’interjection naa « vraiment ! allons !», mots qui phonologiquement sont souvent aberrants, on trouve : du «tu, toi » (cf: all. du, même sens, avec u long), ve « nous », Z « vous », de di «ils », def « cela », saa (all. so, même sens, avec 0 long, ang. so avec diphtongue), da « alors » (all. da, même sens, avec a long), nu « maintenant », endnu e'nu « encore », etc.
On pourrait nier qu'il existe en fait en danois des voyelles brèves à la finale absolue, car, lorsqu'elles sont accentuées, on perçoit souvent après elles une aspiration, particulièrement nette après 1 et u, si bien que, phonéliquement, on doit souvent transcrire [duh}|, [vih}, [ih|, etc. au lieu de [du], [vi], [i], ete. Cet [h], qui n’a, bien entendu, aucune valeur phonologique, pourrait, s’il était constant et caractéristique des finales vocaliques brèves accentuées, faire mettre en doute que les’ voyelles en question soient vraiment finales. Or, il n’est ni l’un, ni l’autre : même après les voyelles très fermées et très fortement accentuées, il s'entend uniquement en fin de phrase ou de proposition ; d'autre part, en cette position, les voyelles brèves ne sont pas les seules à connaître ce phénomène ; les phonèmes consonantiques « ouverts » 1, v, d et q reçoivent également cet appendice ; dans les mêmes circonstances les voyelles longues (non suivies du Stod) ne semblent pas toujours échapper au même traitement ; à la finale absolue, les archiphonèmes B, D et G se réalisent comme [p][t] et [k|, c’est-à-dire avec une aspiration. On trouve des exemples de cet [h] dans les textes qui forment un appendice à la Modersmälets Fonetik de M. Jespersen : cf. par ex. (3° édition) p. 178, ligne 12, u.’dh ; ligne 19, æ.’gedh ; p. 184. ligne 17, far'vælh ; etc.
2-35. En résumé, la succession syllabique n’a pas en danois de valeur phonologique, et l'opposition des voyelles longues et des voyelles brèves n’y a pas la même nature phonologique que dans les langues germaniques du midi et de l’ouest. Nous verrons cidessous, $ 7-21, que cette opposition n’est pas exactement quantitative, lorsque nous étudierons le phénomène appelé Stod:
2-36. Il est intéressant de remarquer ici un parallélisme entre
4. N. Trubetzkoy, Anleitung zu phonologischen Beschreibungen, Brno, 1935.
l'importance phonologique et la netteté de la réalisation phonétique : la succession ferme qui a valeur phonologique en anglais et en allemand, est, dans ces langues, beaucoup plus marquée qu’en danois : il suffit de comparer la prononciation des mots dan. lokke «allécher », all. locken, ang. locker, pour s’apercevoir combien la succession syllabique du mot danois paraît relâchée à côté de celle des mots allemands et anglais. La façon dont la plupart des Danois prononcent l'allemand est caractéristique à cet égard. Lorsque M. Jespersen, 9-8, écrit que la voyelle du mot oppe « en haut » est souvent allongée dans le parler de certaines personnes, il me parait relever un trait de la prononciation familière ou vulgaire qui se retrouve aussi bien dans les mots soppe « patauger », Loppe « puce », stoppe « fourrer », ete. Il s’agit d’une exagération de la tendance générale à relâcher la succession syllabique. Elle est tout à fait frappante dans oppe, à cause de lexistence de op, adverbe de mouvement de sens analogue, où la voyelle est toujours brutalement interrompue par la consonne suivante.
3-1. Nous avons vu que le danois présente une gamme assez riche de phonèmes vocaliques ; MM. Arnholtz et Reinhold n’hésitent pas à ie qualifier de Vokalsprache, ibid., p. 31. En revanche, et une certaine interdépendance ne doit pas ici être exclue à priori, le système des phonèmes consonantiques danois est, sinon exactement pauvre, du moins, en pratique, moins susceptible d’apporter une aide efficace en matière de différenciation sémantique que, par ex., le système consonantique du suédois. Avec un phonème de plus que cette dernière langue (d et q en plus ; $ en moins), le danois dispose de moins de moyens, à cause de l’extrême fréquence de la neutralisation de certaines oppositions.
Les occlusives et h.
3-2. Un caractère très remarquable du système des phonèmes consonantiques danois est l’emploi très restreint de la sonorité des
phonèmes comme moyen de différenciation phonologique. Les occlusives où, en général, les oppositions de sonorité apparaissent le plus nettement, s’ordonnent ici en deux séries parallèles que distingue essentiellement la présence ou l’absence d'aspiration ‘. Il existe donc une corrélation d'aspiration que l’on peut représenter ainsi :
b P d t g k Initiale vocalique h
Les phonèmes de la première colonne se réalisent phonétiquement comme des douces sourdes. Les vibrations des cordes vocales qui peuvent se faire entendre au cours de la production de ces sons sont exceptionnelles et, le plus souvent, limitées à la fin de l’articulation, elles ne représentent qu’une anticipation de l'articulation du phonème suivant. Les phonèmes de la seconde colonne se réalisent comme des sourdes suivies d’un souffle (dan. Pust) dans les syllabes fortement accentuées où la glotte est largement ouverte, d’un bruit fricatif glottal (dan. Aande) dans les syllabes faiblement accentuées où l’on atteint plus rapidement la position de la glotte caractéristique de la voix (cf. Jespersen, 6-7-2 et 3).
Il est évident que l'aspiration n’est pas le seul élément qui distingue les occlusives danoises des deux séries, et que l’on pourrait trouver d’autres caractéristiques, de force d’articulation ou d’ouverlure de la glotte par quoi s’opposent les sons des deux séries. Mais elles sont telles que c’est la combinaison de toutes ces caractéristiques motrices qui, d’une part aboutit à l’aspiration, d'autre part, à l'apparition de la voyelle immédiatement après le relâchement de l’occlusion. Cette convergence des diverses caractéristiques motrices des occlusives danoises vers la production, ou inversement labsence d’une impression acoustique bien caractérisée, explique sans doute en partie pourquoi les occlusives danoises forment deux à deux une unité phonologique très nette. Ce n’est, par exemple, pas le cas des occlusives du français chez lesquelles on peut distinguer deux faisceaux de tendance : la sonorité et la force expiratoire, qui, ne s’opposant pas nécessairement, peuvent
4. « Aspiration » est, bien entendu, pris dans son sens tradilionnel. On à intérêt à conserver ici ce terme qui, comme on le verra ci-après, recouvre deux phénomènes moteurs différents.
32 LA PHONOLOGIE DU MOT EN DANOIS l'une et l’autre être invoquées pour caractériser, par exemple, l'opposition p/b'.
Quelles que soient les variantes, on peut phonologiquement considérer que c’est l’aspiration, sous ses deux formes, qui distingue essentiellement ces deux séries. Elle est la marque de la corrélation (Merkmal) et l'on doit considérer les phonèmes de la deuxième colonne comme ceux de la première + cette marque.
Dans ces conditions, on a cru devoir introduire dans cette corrélation l’opposition initiale vocalique/initiale aspirée (h). Ce rapprochement, qui peut, au premier abord, sembler artificiel, se justilie par une concordance parfaite dans l'emploi et la répartition des deux membres de celte opposition et de ceux des trois oppositions qui précèdent, comme nous le verrons ci-dessous.
3 3. Cette corrélation présente ce fait remarquable qu’elle se neutralise partout ailleurs qu’à linitiale syllabique devant voyelle pleine, précédée ou non d’un j, d’un v, d’un n ou d’une liquide (toutes les voyelles sont dites ici pleines à exception de 9 et dei final bref inaccentué).
A l’initiale syllabique devant voyelle pleine, on connait les deux phonèmes aspiré et non-aspiré, comme en témoignent les paires suivantes de mots où seule linitiale empêche l’homonymie : Bakke bago « colline »/Pakke paco « paquet », Daa ’dà « daim »/Taa ‘tà « orteil, gemme gæmo « conserver »/kæmme kæmo « peigner », Aar ’àr € année »/Haar ‘’här « poil, chevelure ».
l'en va de même lorsque la voyelle pleine est précédée d’une continue sonore. Dans ce cas, l'aspiration se combine avec la continue, qui se réalise alors comme une sourde. Exemples d’oppositions : Brik « pion, cube »/Prik « point », blade « feuilleter »/Plade « plaque, disque », Drue « raisin »/true « menacer », glemme « oublier »/klemme « serrer », Gram « gramme »/Kram € marchandise », Gny « fracas »/Kny « pelit son imperceptible ». On ne trouve, par hasard, pas d’exemple d’oppositions devant j et v. En danois normal, h est un des deux types d’initiale vocalique et, en conséquence, il ne saurait se retrouver devant consonne. Dialectalement, on le rencontre devant les phonèmes j et v (ce dernier étant réalisé comme [w|).
1. Sur la question des caractéristiques phonologiques des occlusives françaises, voir l’article Neutralisation ct archiphonème, dans les TCLP 6, p. 50 et suiv.
Dans tous les exemples qui précèdent, on a évidemment affaire à un cas particulier, celui où linitiale syllabique se confond avec l'initiale du mot et où la voyelle qui suit est non seulement pleine, mais fortement accentuée. Sans doute est-ce là le cas le plus fréquent, mais en composition et en dérivation on peut trouver des oppositions du type afde av'dü « mourir »/afto av'tô « dégeler », Granbark granbarG « écorce de sapin »/Granpark granpara « parc planté de sapins », où la voyelle qui suit l’occlusive est pleine, mais inaccentuée, et d’autres du type 6edaget be"däqod « chargé d’ans »/betaget be"täqod « épris », où l’initiale syllabique ne se confond pas avec celle du mot. Il existe aussi des cas où le soim d'éviter l’homonymie est réservé à la consonne initiale du mot devant voyelle non-accentuée comme dans 6asere ba"stro « baser »/passere pa°sêra « passer », blaseret bla"strod « blasé »/ placeret pla”serod « placé », etc.
3-4. La corrélation d'aspiration se neutralise en toute position lorsque l’occlusive (le groupe sh n’existe pas dans un même morphème) est précédée de s. En conséquence, les groupes sp, st, sk de l'orthographe se lisent [sb], [sd], [sg| et se représentent phonologiquement par sB, sp, SG. La réalisation de la consonne neutralisée est toujours non-aspirée, sauf à la finale absolue où les B, D, G des groupes en question suivent le sort des unités phonologiques correspondantes en position analogue (cf. ci-dessous $ 3-8).
3-5. Entre une voyelle brève et o ou l’i bref final d’une syllabe inaccentuée’ la corrélation d'aspiration se neutralise, et l’archiphonème se réalise constamment comme le phonème non-aspiré; cf. la prononciation uniforme, en dépit de la variété de l’orthographe, dans les homonymes grubbe gruso « émonder »/Gruppe grure « groupe », lægge læa « placer »/lække læce « faire eau », etc. Le groupe orthographique -#f- correspond au son [d] dans les mots sætte sæpo, « mettre » lytte lyna « écouter », etc. Le groupe -ddde l'orthographe à généralement valeur de [d] et ne correspond qu’exceptionnellement à l’archiphonème D.
4. Cesont-là les deux voyelles qui se retrouvent en danois dans les syllabes d’intensilé minimum (cf. ci-dessus $ 2-19); les autres voyelles du danois sont celles que nous avons appelées ci-dessus, $ 8-3, des voyelles pleines. Il est à noter que certaines personnes prononcent un [p] et un [t] aspirés dans des mots comme
hyppig hysi « fréquent » et vittig vini « spirituel». Mais cette prononciation, qui est peut-être une réaction orthographique, est loin de représenter la norme.
3-6. La neutralisation se produit dans les mêmes conditions lorsque l’ocelusive est le premier élément d’un groupe consonantique qui ne se rencontre jamais à l’initiale syllabique. Exemples : tabte laspo « perdais », Skæbne scæsno « destin », Æapsel kazsol «capsule », Raplus rastus « toquade », {ætne Læpno « s’Éépaissir », ælse æpso « corroder », Atlas aplas « atlas », sagtens saanons « aisément », drukne drogno « noyer », Æaktus kactus « cac- US); CLC:
Il en va de même lorsque l’occlusive est suivie de o ou de i bref final (pour i, mêmes réserves que ci-dessus, $ 3-5, note) et précédée d’une occlusive ou de f. On sait qu'après s la neutralisation se produit dans tous les cas; les occlusives ne se rencontrent jamais après d (Snedher « menuisier » —’snëécor), et après q, uniquement dans le mot Lægd ‘læqd « circonscription » qui ne nous intéresse pas ici. Exemples : vabte, sagtens, lafte, lofno « lever », Hæœfte hæfpo « fascicule », etc.
3-7. Entre une voyelle longue ou un groupe voyelle brève + sonante (qui, comme nous le verrons ci-dessous, $ 7-21, équivaut phonologiquement à une voyelle longue) et une voyelle neutre (o ou i bref final), la corrélation d'aspiration est neutralisée, c est-àdire que ce cas n’est pas phonologiquement distinct des précédents, mais l’archiphonème peut, dans le parler de certaines personnes, se réaliser comme une aspirée : à côté de [vændo], [tængo], on entend aussi [vænto|, [tænko] pour vente « attendre » et {ænke « penser ». De même, un mot /edte « conduisait » se prononce [le : do], mais aussi {le : to]. Le fait que les personnes qui se servent dans ces mots de l’aspirée, conservent la consonne non-aspirée dans des mots qui s’orthographient par 4 et d, et, pour ændre « changer », Jambe « iambe » et Bredde « largeur » disent toujours [ændro|], [jambo] et [bre.’do|, ne peut suffire à faire admettre qu’en cette position, la neutralisation n’aboutisse pas. Il s’agit là de variantes individuelles qui doivent à la graphie, sinon leur origine, du moins une certaine extension. Cet usage, qui est loin d’être le plus général, ne saurait en aucune façon être pris comme norme.
3-8. A la finale du mot, la corrélation d’aspiration est également. neutralisée; cf. en dépit de l'orthographe, Fhomonymie des mots Lab « patte » et Lap « chiffon », phonologiquement tous deux las, yg « dos » et Ryk « secousse », phonologiquement tous
deux ro, /æg « mets » (impératif) et Læk « voie d’eau », phonologiquement tous deux læe, etc. Les mots Æat « chat » et Hest « cheval » sont phonologiquement kan et hæsp.
Tandis que dans les cas examinés ci-dessus, la neutralisation aboutissait normalement à des réalisations non aspirées, on trouve généralement à la finale absolue des réalisations aspirées, ceci, naturellement, aussi bien dans les mots terminés dans la graphie par 6 et g: Ryg et Ryk, en fin de phrase, se prononçant tous deux [rok|. Lorsque la finale du mot ne coïncide pas avec une pause de la voix et surtout devant voyelle d’un mot suivant, l’aspiration disparait et l’archiphonème se réalise de nouveau comme la non-aspirée. Dans ces conditions, il semble bien que l’aspiration que l’on trouve ici après les occlusives ne soit pas différente de celle que nous avons observée après les continues et les voyelles (cf. ci-dessus $ 2-34). Phonétiquement, il y a, dans le cas des sonantes ou des voyelles, un bruit fricatif glottal (Aande), et, dans le cas des occlusives, un souffle (Pust), mais physiologiquement il s’agit de part et d'autre d’une prolongation de l'expiration au delà des limites normales du son. Pas plus ici que ci-dessus, $ 3-2, on ne doit dissocier phonologiquement les deux [h] du danois, le souffle et la fricative glottale. Pas plus après occlusive qu'après continue, le h final n’a de valeur phonologique, et nous pouvons dire que les archiphonèmes B, D et G se réalisent normalement en toutes positions comme le phonème non-aspiré correspondant.
3-9. Il est à noter que le type d’initiale vocalique marqué au moyen de la lettre 2 n’existe en danois que pour les voyelles pleines c’est-à-dire que, dans les positions envisagées au $$ 3-5 et 7, on ne trouve pas plus d'aspiration indépendante sous la forme h que d'aspiration comme partie des phonèmes p, t et k. Le X, qui se prononce dans les mots Ahorn a’hürn ou Johannes jo'hanes, est muet dans Brahe brä(o) (nom de l’astronome Tycho Brahe).
3-10. Restent à étudier certaines réalisations particulières qui ont valeur de variantes combinatoires individuelles, sans nuance stylistique : dans le groupe GD final ou interne, le G se réalise chez beaucoup de personnes sous la forme d’une spirante sourde dont la place d’articulation varie selon la voyelle qui précède. Les phonéticiens (cf. Jespersen, 6-4-4) distinguent trois nuances essentielles, selon que la voyelle qui précède est 1 ou y, e, o ou æ, à,
à, o ou u. Il va sans dire que ces distinctions n’ont aucune valeur phonologique. Il est à signaler que le caractère spirant d’une part, l'opposition entre la palatale et la vélaire d'autre part, sont beaucoup moins nets qu'en allemand, par exemple. L'effet acoustique produit par la spirante diffère assez peu de celui produit par locclusive dans la même position; les sujets parlants n’ont pas conscience de prononcer autre chose que [g|, ce qui ne peut nous élonner étant donné le caractère extra-phonologique de opposition
3-11. Le tableau qui suit résume de façon claire les conditions dans lesquelles se produit la neutralisation, et indique, dans chaque cas, les réalisations particulières des différents phonèmes :
Le signe O désigne soit l’initiale vocalique, soit l’absence de consonne devant voyelle.
AILLEURS QU'A LA FINALE te ne DEVANT VOYELLE NEUTRE ITA de ailleurs de à qu'à Après é | syllabe APRES S l'initiale consonne Après noyau FINALE | à voyelle de syllabe | où noyau , Fee à voyelle | syllabique syllabiquelong P pleine bref Labiales b/p B B B B } [b] ou et exception-f B+1{h] nellement [p] Apicales d/t D D D D D [d] ou et exception-! D +/{h] nellement [t] Dorsales g/k G G G G G [g] [g] ou et [x] et exception-| G4+[h] devant D nellement [k] Voyelles el O/h 0 0 0 0 Aspiration
LES CONSONNES ou
Les spirantes.
3-12. Alors que les occlusives du danois nous sont apparues dans le cadre d’une corrélation d'aspiration parfaitement régulière, à laquelle on pouvait joindre l'opposition O/h, les fricatives se présentent dans un désordre complet comme autant d'unités phonologiques disjointes.
Sans quitter le terrain de la pure synchronie, il est indispensable de noter ici que le désordre actuel est, au moins partiellement le résultat d’une violente réaction orthographique qui a maintenu ou rétabli dans la langue des spirantes particulièrement instables, disparues ou en voie de disparaître. Aujourd’hui encore, les traces d'élimination de ces phonèmes sont fréquentes dans les dialectes, les parlers vulgaires, ou même la langue familière : d a disparu en fionien; Odense S'y prononce ünso/au lieu de üdonso, Gade, Stræde Y deviennent Ga’e, Stræ'e, ete., etc. Dans le parler vulgaire de la capitale d passe à j, et dans la langue familière le phonème q, après voyelle brève, se réalise comme [u|, c’est-à-dire qu'il se confond avec le phonème v (cf. ci-dessous $ 8-15); Vogn et Hagl par exemple, se prononçant [vou’n| et [haw’l]|.
Il est incontestable que cette réaction orthographique a eu, sur la clarté de la langue, un eflet favorable, en éliminant ou en évitant un bon nombre d’homonymies, mais elle n’a certainement pas contribué à rendre plus clairs les rapports mutuels des phonèmes consonantiques danois.
3-13. Si, pour les raisons que nous verrons ci-dessous, on joint aux spirantes le j qui, phonétiquement, est plutôt une voyelle employée en fonction de consonne, on trouve, en danois, six spirantes qui‘sont v, f, s, d, j, et q. Parmi ces phonèmes deux sont généralement réalisés comme des sourdes, à savoir fets, et quatre, constamment ou généralement, comme des sonores, à savoir v, del qe
3-14. Il semble, à première vue, nécessaire de rapprocher Îles deux labio-dentales : la sonorité semble iei avoir un certain rôle phonologique puisqu'elle sert à empêcher homonymie entre les mots Æane fäno « drapeau » et Vane vano « habitude », /inde feno « trouver » et vinde veno « gagner », etc.
Toutefois, ce qui distingue f de v n’est pas uniquement la présence dans ce dernier phonème de vibrations glottales, mais aussi une différence de force et de lieu d’articulation : f est prononcé fermement, tandis que la prononciation de v est relâchée ; f s'articule avec la lèvre inférieure contre le tranchant des incisives supérieures, tandis que pour v, la face postérieure de la lèvre d’en bas frotte contre la face antérieure des incisives d’en haut, ce qui a pour résultat que le v sourd que lon entend fréquemment dans des mots comme Toilling tvelen « jumeau » ou Ævinde kveno « femme » ne se confond pas avec f; c’est ainsi, non plus à la présence ou l’absence de la voix qu'est confié le soin de distinguer entre les deux phonèmes, mais au lieu et à la force d’articulation.
3-15. La différence d’articulation entre f et v s’accentue fortement après voyelle brève : en cette position, tandis que f reste une labio-dentale sourde, v, accentuant la légère protrusion des lèvres qui distingue en général son articulation de celle de f, devient purement et simplement un [u] consonne : Skuffe « tiroir », offre «sacrilier » Xartofler « pommes de terre », se prononcent [sgofo|, {afro}, [kar'toflor] tandis que sove « dormir », hovle « raboter », vrig « zélé » se prononcent [sus], [houlo|, fiuri]. Ce qui montre bien que cet [u| est une simple variante combinatoire de v, est d’abord qu'il ne se rencontre jamais qu'après voyelle brève, ce qui est précisément la position où [v] n'existe pas, ensuite, que les Danois, à moins d’un effort conscient, sont incapables de prononcer [v] dans certains contextes, et le remplacent inconsciemment par [u|. Si, par exemple, un Danois qui ne parle pas français, veut reproduire le mot œuvre où le nom propre Lefèvre, il dira immanquablement [üuro] [lofæuro] sans avoir l'impression qu’il a fait une substitution de sons.
3-16. Si f peut être rapproché de v, phonétiquement, sinon phonologiquement, l’autre spirante sourde danoise $ reste parfaitement isolée dans le système des phonèmes de la langue. La sonore correspondante [z] ne s'entend en danois qu’exceptionnellement comme variante combinatoire individuelle du phonème s. Les gens à qui échappe en position intervocalique prétonique, dans des mots comme Desoge « visiter » ou Basar « bazar », un [z] au lieu de l’[s] normal, n’en ont généralement pas conscience, et ce qui le
montre bien, c’est que ces mêmes personnes auront peut-être de la peine, non seulement à distinguer s de z, mais même simplement à reproduire correctement ce son lorsqu'ils parlent anglais ou français ; de même les Français qui, dans un parler rapide, prononcent lonque machine, comme [lôr] ma$in], sont souvent incapables de prononcer le phonème r) de Panglais ou de l'allemand.
3-17. Il est une autre réalisation du phonème s qui, par suite de certaines circonstances extraphonologiques, a pris une place à part parmi les variantes combinatoires du danois : il s’agit du timbre chuintant que prend s lorsqu'il est suivi du phonème j. En fait, la plupart des Danois ne prononcent pas dans ce cas deux sons disüncts, mais confondent s et j en une sorte de [$|. Comme le danois ne connaît pas de chuintantes par ailleurs, c’est le groupe de phonèmes sj qu'on emploie dans les mots d'emprunt comme pis-aller pour rendre soit le phonème $, par ex. dans les mots fr. Chef, Niche, Charme ou dans Sjal (de l'anglais skawl), soit encore le phonème sonore correspondant, par ex. dans les mots Jalouste, Logis, genere « gèner », ou encore le mot anglais Bridge.
Le groupe sj a pris, de ce fait, une place particulière parmi les combinaisons de phonèmes de la langue; son articulation comme un seul son s’ajoutant au fait de son existence phonologique semi-indépendante, fait que l’on hésite un peu, au premier abord, à ne pas reconnaître en danois lexistence d’un phonème &. M. Jespersen (4-2) dit bien qu’il n’existe pas de [$] comme élément reconnu de la langue danoise (« som anerkendt bestanddel af vort sprog »), mais cela ne l’empêche pas dans le chapitre xvr du même ouvrage, chapitre qu’il consacre à des considérations phonologiques, de traiter de $ comme d’un seul phonème et non comme d’une combinaison de s +) (« $ regnes her som selvstændigt fonem, ikke som en forbindelse sj. »; ibid. 16-4). Toutefois, comme il n'existe pas en danois de combinaison s +j phonologiquement distincte de [$] (cf. Jespersen, 4-2), il est difficile de ne pas voir dans le [$] danois une réalisation du groupe de phonèmes sj. Son emploi comme représentant d’un phonème étranger unique ne saurait avoir d'influence sur son identification phonologique : la plupart des langues occidentales n'hésitent pas à transcrire au moyen de deux phonèmes distincts les sons mouillés du russe par ex. (cf. le nom A#u$ka, transcrit en allemand Anjuschka et en français Aniouchka — alors qu'Agnouchka serait phonétiquement
et phonologiquement beaucoup plus correct). IT faut noter d’ailleurs que les deux sons danois [$] et [s] sont loin d’être aussi différents que les sons français que l’on transcrit de même façon. Le [$] danois se prononce sans aucune protrusion des lèvres, et la dépression qui se forme en arrière du point darticulation est à peine indiquée (sans doute la rainure médiane de la langue s’élargit-elle un peu vers l'arrière, sans plus ; cf. Jespersen, 4-2). Quant à l’[s] danois, il produit à une oreille française un effet un peu chuintant qui est dû au fait que ce son s'articule, sinon avec la pointe de la langue, du moins en un point qui n’en est pas très éloigné, et contre la racine des dents d’en-haut; toutes ces caractéristiques rappellent assez celles du [$] français”.
3-18. Le | danois à une articulation beaucoup moins ferme que celle du phonème correspondant du suédois ou de Pallemand. On a généralement affaire à un [i] employé avec valeur consonantique, parfois même, dans une prononciation un peu relächée, à un [e|: 74 « oui » se prononce d'ordinaire [1a| et quelquefois [ea]. L’articulation semble toutefois un peu plus ferme devant une voyelle très fermée comme [u|, dans le mot Jul « Noël » par ex.; ceci s'explique aisément par la nécessité de bien distinguer le groupe ju, de la « diphtongue » [iu] (c’est-à-dire phonologiquement iv); pour cela, il convient d’accentuer la valeur consonantique du j et de le fermer plus que le u suivant. Pour des raisons analogues l'articulation de j sera plus ferme dans Jesus que dans 7a.
Ces circonstances phonétiques pourraient suggérer que iet j ne sont pas en danois des phonèmes différents, mais des réalisations différentes d’un même phonème. C’est bien en eflet ce qui semble se vérifier, si l’on ne considère que linitiale ; il est bien difficile en pratique de distinguer #agt dans l’expression at age iagt € observer », de Jagt « chasse », et une prononciation yaften, Jaftes, pour iaften «ce soir » et taftes « hier soir », n’est nullement choquante (ces exemples sont d'autant plus caractéristiques que dans les mots iagt, taften, taftes, t- est une unité morphologique). On peut dire que [i] ne garde une valeur syllabique
1. Ce type de [s] semble être fréquent dans les langues qui, comme le danois el le caslillan, ne connaissent pas le phonème &. On s'explique aisément pourquoi les langues dont le système phonologique comporte un à ont une articulation de s beaucoup plus sifflante.
dans ces mots, que lorsqu'on les articule avec une netteté particulière qui n’est pas celle de la langue normale.
Toutefois, ce qui se passe après consonne, nous oblige à maintenir l’indépendance mutuelle de i et de j. En effet, Piano est toujours, et quelle que soit la vitesse du débit ou le style employé, un mot trisyllabique, et Pjalt « haïllon » toujours un monosyllabe. Le groupe sj+voyelle ne se confond pas avec si + voyelle, encore que certains mots (Passiar « bavardage », Patient « patient », etc.) se prononcent aussi bien avec lun qu'avec l’autre ; en effet, l’initiale du mot Sam est bien distincte de celle de Sjal « châle », par exemple.
En résumé, nous dirons qu'il existe un phonème j distinct de i encore que l’opposition j/i soit en pratique d’un rendement nul.
3-19. Restent d et q. Ces deux phonèmes ne se rencontrent en danois que dans les positions où se neutralise la corrélation d'aspiration, c’est-à-dire essentiellement à la finale et devant 9 ou i final bref. Tout semble donc se passer comme si, dans le cas des apicales et des dorsales, la corrélation d'aspiration se réalisait en certaines positions comme une corrélation de plosion. Les oppositions d/t et g/k se réaliseraient à la finale et devant voyelle atone comme [d]/[d] et [q}/[gl. On aurait donc affaire, pour chaque point d’articulation, non à trois, mais à deux phonèmes susceptibles de deux réalisations différentes selon l’environnement phonétique, pour les apicales par ex., un phonème d, se réalisant dans des conditions bien définies comme [d}, et un phonème t, se réalisant dans les mêmes conditions comme [d].
On pourrait sans doute envisager un groupement différent des réalisations en question, et rattacher par ex. [d] à t, ce qui permettrait de ne pas dissocier phonologiquement les deux réalisations qui sont phonétiquement une. Comme toutefois ces différentes réalisations, si on les range par ordre de fermeté d’articulation décroissante, se présentent comme [t|, [d], [d}, il paraît anormal de considérer [t] et [d] comme les réalisations d’un même phonème, et plus indiqué d’opposer en chaque position les articulations les plus fermes aux articulations les moins fermes, donc {t-d] à [d-d|.
Il existe d’ailleurs des alternances que l’on pourrait invoquer à l'appui de lopinion que la réalisation spirante est une variante de la réalisation non-aspirée : ainsi, à côté de Fysiolog (linale
[-lo./q}). on trouve Æysiologi (finale [-logi.”]), et de même dans toutes les finales en -/og et -logr.
3-20. Comme on l’a déjà indiqué ci-dessus ($ 1-6), 1l est très dangereux d'utiliser phonologiquement toutes les alternances que l'on peut rencontrer dans une langue donnée : il en est beaucoup qui sont le fait de stades linguistiques dépassés, et seules celles qui gardent une valeur actuelle doivent être retenues par le phonologue. Il en est d’autres, comme l’alternance q/g des mots Fysiolog et Fysiologi, qui sont le résultat des habitudes orthographiques de la langue, habitudes qui réflètent la phonologie d’un stade linguistique dépassé depuis longtemps. Il est évident que si l’orthographe danoise transcrivait le son [q] au moyen d’un signe particulier et réservait la lettre 4 pour transcrire uniquement le son [g], le mot Æysiolog ne se prononcerait pas aujourd’hui avec un [q} final, mais avec un G (réalisé selon les cas comme {g] ou [k]). Il est caractéristique que des alternances de ce type ne se rencontrent pas dans des mots vraiment danois. Celle du mot Arbejde, « travail », prononcé [arbaj'do] ou [arbaj'do|, est d’une espèce tout autre: il y a là deux usages différents, et, de même qu’en anglais la double prononciation du mot either comme [ado] ou [i:do| n'implique aucune parenté phonologique particulière entre [ai] et {1}, on ne saurait, des deux prononciations de Arbejde, inférer que [d] et [d} sont des variantes d’un même phonème. Les deux prononciations [byr’d] et [byr’d] de Byrd « origine » (cf. Uldall, Proceedings, p. 54) représentent également deux usages diflérents, car l'alternance ne se retrouve pas dans d’autres mots du même type: /ærd « savant », par ex., se prononce toujours avec une occlusive finale, phonologiquement ’lærp. Il est vrai qu’à la finale après », l'opposition phonologique d/D se neutralise, la réalisation étant normalement [d], et D se présentant uniquement comme le produit d’une dissimilation du second d d’un groupe primitif -dod. Toutelois, dans le parler de tous les jours, cette finale se prononce d'ordinaire comme un [d} prolongé (dans la phrase 7eg har ondt à Hovedet « j'ai mal à la tête », le dernier mot se prononce normalement [ho:d:} et non [ho:dot}), si bien qu'on pourrait se demander, ici encore, si l'orthographe n’est pas responsable de ces prononciations [-dot}, [-dod}. En tout cas, il n’est pas niable que, dans la position signalée, [d] d’une part, [d] et [t] d'autre part,
soient {oujours traités comme des réalisations d’une même unité phonologique. Il suffit peut-être que nous attirions l'attention ici sur l’existence de cet archiphonème dental, sans inventer pour lui un signe spécial dont nous n’aurions sans doute pas à nous servir au cours de cet ouvrage. Il va sans dire que neutralisation dans un cas très particulier ne saurait impliquer identité phonologique totale.
3-21. Il est tout à fait arbitraire de rattacher en danois [d] et [d] à un même phonème, car il est évident que, pour la conscience linguistique danoise et en dépit de l'orthographe qui les confond, la réalisation de l’un ou de l'autre n’est pas, ailleurs qu’à la finale après o, sous la dépendance de lenvironnement phonique. La prononciation des langues étrangères par les Danois nous offre 1c1 encore des faits caractéristiques : un Danois non-exercé emploiera presque immanquablement la même apicale [d] dans les deux mots anglais latter et ladder, et fera de ces mots des homonymes; si toutefois on attire son attention sur le fait qu'on a, dans le premier cas, le même phonème que dans do, et dans l’autre, le même que dans 0, on peut être certain que, quels que soient les moyens auxquels il aura recours, il n’essayera jamais de réaliser cette distinction au moyen de l’opposition d/d. Un Espagnol, dont le phonème d se réalise véritablement soit comme [d]. soit comme [d|, conservera inconsciemment ces deux réalisations en parlant les langues étrangères, et les répartira dans les mêmes conditions qu'en espagnol ; de même, un Danois a tendance à prononcer les v du français ou de l'anglais comme [v| ou comme [u| dans les mêmes conditions que dans sa langue maternelle (cf. ci-dessus $ 3-15). Si véritablement [d] était en danois une variante combinatoire du phonème qui se réalise à l’initiale comme [d], on devrait en trouver des traces dans la prononciation des langues étrangères, ce qui n’est pas le cas.
3-22. Il semble par ailleurs difficile de dissocier phonologiquement le [d] de Dame [da:mo] et celui de Rotte [rod], le [g] de Gade [ga:do] et celui de /ægga [lægo]. Il nous faut donc reconnaître l’existence de trois phonèmes pour chaque zone articulatoire : t, d'et d, k, get q, c’est-à-dire l’indépendance phonologique de d et de q.
Reste à savoir si nous devons rapprocher ces deux derniers phonèmes des occlusives que jusqu'ici, sur la foi des habitudes
. € | 2e + orthographiqnes, nous avons appelées correspondantes. En d'autres termes, existe-t-il en danois, à côté de la corrélation d'aspiration et parallèlement à elle, une corrélation de plosion ?
3-23. Comme la plupart des langues présentent, à côté d’un système d'’occlusives, un certain nombre de spirantes qu'il est tentant de rattacher à elles, 1l n’est pas rare que lon fasse bon marché de différences d’articulation très nettes (cf. par ex., Gougenheim, Éléments de phonologie française, p. #T, Trnka, À Phonological Analysis of Present-day Standard English, p. 6) et que l’on n'hésite pas, par ex., à faire de p et de b les correspondants plosifs d’un f et d’un v labio-dentaux, ou de K et de g, ceux d’un $ ou d’un Z. Ces pratiques sont très dangereuses, car elles aboutissent à voiler la complexité réelle des faits et à bâtir des systèmes qui ne correspondent à rien de réel dans la langue étudiée. Le détail de la réalisation des phonèmes est pour le phonologue du plus grand intérêt : toute modification dans larticulation d’un son, même si elle ne conduit pas à un reclassement phonologique’ immédiat, peut être, soit le signe, soit la source d’un déséquilibre du système. Le passage en germanique de [f| bilabial à {f] labio-dental (cf. got. fimf, all. fünf) ne saurait laisser le phonologue indifférent, car il se peut que cette évolution ait coïncidé avec laffaiblissement de [x] en [h} et l’élimination de ce dernier du système des occlusives et des spirantes.
En conséquence, une légère différence de lieu ou de mode d’articulation, même si elle se produit dans un système par ailleurs parfaitement cohérent, devra être considérée comme un élément d'instabilité et comme le prélude possible d’un reclassement phonologique. S'il se manifeste plusieurs discordances de cette espèce, 11 ne faut pas hésiter à considérer le système comme définitivement atteint, et à exclure, des corrélations de la langue étudiée, la série de correspondances qui se révèle si imparfaite.
3-24. Si véritablement le danois connaissait une corrélation de
plosion, le système des occlusives et des spirantes de la langue se présenterait comme suit:
En fait le danois ne connaît pas de b. Il est vrai que son v est moins franchement labio-dental que son f (cf. ci-dessus $ 8-14) et que le v de l’anglais ou du français ; de plus, il se réalise dans certains cas comme [ul] et, de ce fait, est susceptible d'une réalisation bilabiale. Si le système présentait ailleurs une parfaite cohérence, on devrait sans doute admettre l’existence de cette corrélation de plosion. Mais ce n’est pas le cas: en effet, si q se présente bien comme la spirante sonore qui correspond à g, on ne saurait dire que d représente un d à fermeture incomplète. L’articulation de [d] est non seulement plus relâchée que celle de [d}, elle est aussi différente : ce son n’est pas articulé avec la pointe de la langue qui traîne derrière les dents inférieures, mais avec la partie dorsale de cet organe ; Le corps de la langue reste lui-même assez mou, sans accentuation de la rainure médiane, ce qui en fait le distingue du [z] français. Il paraît impossible, dans ces conditions, de rapprocher cette articulation dorsale défaillante, prête à s’amuiïr ou à se changer en j (cf. ci-dessus $ 8-12) de celle des occlusives [d] et [t}, effectuée fermement avec la pointe de la langue, en un endroit bien précis de la gencive supérieure.
3-25. Nous ne saurions, dans ces conditions, parler d’une corrélation de plosion en danois. Toutefois 1l n’est pas niable que les conditions d'apparition des phonèmes d et q présentent des circonstances qui restent troublantes tant qu’elles n’ont pas été envisagées d'un point de vue diachronique.
Comme nous l’avons déjà indiqué ci-dessus, $ 3-12, d et q, sans doute dès le xvi° siècle, avaient complètement disparu du parler ordinaire, d’où, surtout dans les manuscrits, des orthographes comme doe, kee, rie, tye, pour dod, ked, ride, tyde, et plaue, draue, Stie, etc., pour plage, drage, Süige, ete. (CF. Henrik Bertelsen, Dansk Sproghistorie, 6° éd., p. 131 et suiv.), si bien que le danois ne connaissait d’autres continues sonores que v (c’està-dire [v] et [u)) et j.
Une réaction orthographique a rendu à ces phonèmes leur droit de cité dans la langue normale des gens cultivés, mais ils n’en restent pas moins, du point de vue phonologique, sinon exactement hors système, puisqu'ils contribuent à la différenciation sémantique, du moins indépendants des corrélations normales du danois. Les liens qui les rattachent aux occlusives ont, depuis leur résurrection, presque partout cessé d’être phonologiques pour
demeurer surtout orthographiques. Il semble que l'orthographe d et g obscurcisse souvent leur parenté réelle avec les autres phonèmes continus sonores v (—[u]) et j. On pourrait peut-être caractériser q, sinon d', comme une variante orthographique de v et de j, susceptible d’apparaître dans le corps et à la finale des mots.
3-26. La réaction orthographique est loin d’avoir épuisé ses effets : landis que pour d elle a cessé, ayant atteint son but (il reste encore il est vrai Snedker, ’snëcer « menuisier » et quelques autres mots où l’on ne saurait assurer que le d restera toujours muet), elle est encore très vive pour q, et se manifeste avec beaucoup de netteté dans le cas des groupes orthographiques -eg- et -0g-, où l’ancienne prononciation -aj -äj cède tous les jours du terrain devant -6q, 6q. Ces innovations ont presque toujours un caractère soit de vraie, soit de fausse distinction ; les exemples qui suivent illustrent les différentes nuances que peuvent exprimer ces deux types de prononciation : Gog « coucou » se prononce normalement ‘sq, ’gàj est une forme employée en manière de plaisanterie ; les deux prononciations ’sr6q et ’sräj du mot Spog « plaisanterie » ont cours l’une et l’autre, la dernière avec une nuance plus familière ; ’oq pour Yg «haridelle » est plus recherché que ’àj; ‘leq pour ’laj Leg « jeu » est nettement littéraire ; ’speq au lieu de ’spaj pour Sfeg « rôti » est ridiculement affecté ; quant à Mog « fumier » il ne se prononce jamais que ’mäj, ce qui ne saurait étonner, vu la nature de la chose désignée.
3-27. Le cas précédent est particulièrement net du fait de la modification du timbre et de la longueur de la voyelle précédente qu'entraine automatiquement le changement de spirante. Aussi le passage d’une prononciation à l’autre est-il parfaitement conscient : d’où les nuances stylistiques qui l’accompagnent. Les hésitations entre [q| et [u] qui se présentent après voyelle d’arrière ou a bref, n'entraîinant aucune modification perceptible du timbre de cette voyelle, échappent en général au sujet parlant, encore qu’une prononcialion soignée atténue naturellement l'arrondissement des
4. I y a dans le danois normal, défini ci-dsssus, $ 4-9, des positions où, praüquement, se neutralise l’opposition q/v. Au contraire, les confusions entre d etj nappartiennent qu'à une langue vulgaire qui n’est pas l’objet de notre étude ; la neutralisation de l'opposition d/D à la finale après o est, par contre, la marque d’un apparentement phonologique indéniable.
lèvres et accentue ainsi le caractère purement vélaire du phonème. I est évident que plus la voyelle qui précède est arrondie, plus il sera difficile d'arriver en pratique à une distinction nette, car l’arrondissement nécessaire à la voyelle aura toute chance de déborder sur Ja consonne qui suit, et le résultat sera [u]. En fait, des mots comme Vogn « voiture » et Sogn « paroisse » ne se prononcent d'ordinaire pas autrement que s'ils étaient écrits Vovn et Son. Après a, la distinction semble un peu plus facile, et l’on s’astreint d'ordinaire à distinguer Savn « manque » de Sagn « légende » ; de méme, dans des mots relativement rares, comme saglig « objectif, positif » ou faglig « spécialisé », on prononce nettement [q]; mais dans des mots comme daglig «quotidien », Hagl « grêle », Baggrund « arrière-plan », etc., [u] est aussi courant que [q|]. Le mot savle « baver » qui se prononce constamment avec [u}, s'écrit encore très bien sagle (cf. par ex., Falk-Torp, £tym. Würterb., p. 943, où l’article est intitulé sagle, orthographe que justifie l’étymologie du mot) ; le sens de ce mot explique assez bien la victoire définitive de la prononciation non-orthographique.
Les liquides et les nasales.
3-28. Le danois a deux liquides r et 1, et trois nasales m, net r. Phonétiquement, il y a certainement abus à parler du [r] danois comme d’une liquide : la réalisation normale du phonème r n’est pas le produit de la vibration d’un organe ; Fr « roulé » de la pointe de la langue, ne se rencontre plus que dans certains dialectes jutlandais ; quant à l’r vibré de la luette, il n'apparait que comme variante émotionnelle ou expressive (cf. Jespersen, 5-7). Normalement r est en danois une spirante pharyngale et, à ce ütre, 1 devrait être rapproché des autres spirantes.
Ce phonème doit donc se définir en opposition avec son voisin q et non point en opposition avec 1, comme on devrait le faire dans une langue où r est apical et vibrant. En pratique, il est toutefois assez indiqué de traiter de ce phonème en même temps que du phonèmel, diachroniquement apparenté, et des trois nasales.
3-29. Ces phonèmes, à l’exception de 1 qui ne se présente que dans des conditions assez spéciales, offrent un certain parallélisme dans leurs différentes réalisations combinatoires.
Ils se combinent avec un phonèmeo précédent pour donner des [r|, [1], [mlet[n] voyelles. Ces réalisations sont naturellement à interpréter comme or, ol, om, on, comme le montre par exemple la formation du présent de l'indicatif des verbes danois : on ajoute dans tous les cas (sauf pour le verbe être et les anciens prétérito-présents) le phonème r à la forme de l’infinitif; exemples : (af) gaa « aller », 7eg gaar «je vais » ; (at) sœtte « mettre », phonol. sæpo, 7eg sætter «je mets », phonol. sænor, quelle que soit la réalisation phonétique de ce mot. Sur le détail de cette question pour |, n et surtout r, cf. ci-dessus $$ 2-24 et 25. Le [ml] est beaucoup moins fréquent en danois que [1], [r] ou [n|. Phonologiquement il n’est guère à interpréter comme om que dans la forme [dm] qui est une des réalisations du mot dem, Dem « eux, vous », par ex. dans des groupes comme #/ dem « pour eux », Los dem « chez eux » prononcés le plus souvent [tedm], [hosdm]. Ailleurs, où il est dû à la proximité d’une labiale, dans les formes Tippen «le bout » [tebm], Toppen «le sommet » [täbm|, X/ampenborg (un faubourg de Copenhague) [klambmbär’q|, ete., il est à interpréter phonologiquement comme on.
3-30. Les réalisations normales de ces différents phonèmes sont sonores. Cependant les réalisations sourdes de r, |, m etn ne sont pas rares. En général, ces réalisations sourdes sont à interpréter sans hésiter comme des variantes combinatoires. C’est toujours le cas pour m qui peut être sourd à la finale après consonne frappée par le Stod, dans Æalm « chaume » par ex., pour n, dans les mêmes conditions, dans Æavn « port » par ex., et après occlusive aspirée dans des mots comme Anytte « nouer » ou pneumatish « pneumatique » (adj.), pour 1, à la finale d’une syllabe qu’atteint le Stod, dans Sa/ « sale » ou Av/ « élevage », ou après les aspirées k et p dans Æ/2ppe « rocher » ou Plade « plaque, disque » (cf. Jespersen, 6-41 à 6). Les réalisations sourdes du phonème r sont non seulement très fréquentes, mais elles permettraient presque de mettre en doute l'unité de ce phonème. Le r danois se réalise sans vibrations glottales après les occlusives aspirées et f, à la finale après voyelle brève et, facultativement, après voyelle longue. A l’intérieur des mots, il n’est pas rare d'entendre un [r] sourd après voyelle brève, soit devant f ou s, soit devant un p, un # ou un Æde l'écriture qui, bien entendu, sont devant le phonème 9 ou i final bref, à interpréter comme B, D et G. Comme dans les mots pro-
prement danois une orthographe autre que p, #, k est rare en ce cas, 1] n’est pas beaucoup de paires de mots où l’assourdissement de [r] peut servir à distinguer entre des homonymes. On peut citer néanmoins Verden « monde » prononcé [værdn] et Verten «l'hôte » (qui reçoit), qui peut se prononcer [værdn]|; myrde «mettre à mort » [myrdo] et Myrte « myrte » [myrdo]. Cette prononciation sourde de r devant p, #, k, si elle était générale, pourrait nous conduire à admettre un phonème r à côté de r. Comme ce n’est pas le cas, et que l’usage qui tend à allonger le r lorsqu'il précède la lettre d, ne saurait être considéré comme la norme, nous devons conclure qu’il existe en danois un seul phonème r dont l’[r] sourd n’est qu'une variante combinatoire.
3-31. Le phonème 1 ne se rencontre qu’après voyelle brève et uniquement dans des positions où se neutralise la corrélation d’aspiration, c’est-à-dire devant aucune autre voyelle que » et 1 bref final.
On pourrait être tenté de l’interpréter phonologiquement comme la réalisation du groupe n + G lorsqu'il ne précède pas une occlusive dorsale, et comme une variante combinatoire de n lorsque ceci n’est pas le cas, s’il n’y avait des paires de mots où seule l’opposition 1/n& empêche l’homonymie ; exemples : synge sorjo « chanter »/synke songe « avaler ». /ænge lærjo « longtemps »/Lænke læn&o « chaîne ».
4-1. Le phonéticien reconnaît en danois l’existence d’un certain nombre de diphtongues décroissantes, c’est-à-dire accentuées sur leur premier élément ; leur second élément est [1] ou [u]. On peut les transcrire phonétiquement comme suit : [ai], [ai], [ui] (cette dernière uniquement dans l’interjection Aug « vite », d'où l’on a tiré le substantif Æuy, employé exclusivement dans l'expression ? Au og Hast « précipitamment », et le verbe kuge « huer, criailler ») ; lu}, feu], [æul, fau], [ou], [yu}, lou, [üul.
La question qui se pose pour le phonologue est évidemment de savoir si ces diphtongues représentent des phonèmes vocaliques uniques, ou si elles sont des combinaisons d’un élément vocalique suivi d’un phonème consonantique indépendant.
42, La question de la valeur phonologique des diphtongues, qui se rattache en fait à celle plus vaste de l'interprétation monophonématique ou biphonématique des combinaisons de sons, est des plus épineuses, et, bien qu’elle ait déjà fait l’objet de plusieurs discussions détaillées (cf. notamment Trubetzkoy, TCLP 1, p. 55 et suiv., et Josef Vachek, Über die phonologische Interpretation der Diphthonque dans Studies in English IV. p. 8T et suiv.), on ne peut pas affirmer que la question soit définitivement résolue.
En général, on part de la distinction purement phonétique entre les diphtongues dites de mouvement (Bewegungsdiphthonge) et les diphtongues de position (Stellungsdiphthonge). Ce qui, dans les premières, caractérise le phénomène est le mouvement articulatoire (d’où un eflet acoustique de glissement) qui fait passer les organes de la position initiale à la position finale, les diphtongues d’une même langue s’opposant les unes aux autres par leur point de départ et la direction du mouvement (en anglais, par ex., [au] et [ou] se distinguent par leur point de départ, [au] et [ai] essentiellement par la direction du mouvement). Dans le cas des diphtongues de position, ce qui caractérise le phénomène est l'existence dans Ja diphtongue de deux éléments, initial et final, parfaitement nets. Il est évident qu'il sera, dans le second cas, plus facile de trouver, dans l’inventaire des phonèmes de la langue, des individualités phonologiques telles que chacun des deux éléments de la diphtongue puisse être considéré comme une de leurs réalisations. Dans le premier cas, au contraire, comme la finale de la diphtongue n'a pas de timbre caractérisé, une interprétation phonologique indépendante de cette finale devient particulièrement difficile. Le timbre initial lui-même s’opposera phonologiquement, non pas au timbre d’autres phonèmes quelconques, mais uniquement au timbre initial d’autres diphtongues de même direction (par ex., le timbre inilial de la diphtongue anglaise [au] peut fort bien varier sans danger pour le système phonologique à condition qu’il demeure distinct du premier élément de l’autre diphtongue de même sens, [ou]; peu importe si ce timbre se confond avec celui de l’initiale de la diphtongue [ai] qui est de sens différent, ou avec celui du phonème æ); de ce fait, il cesse souvent d’être interprétable comme une réalisation particulière d'un phonème donné, soit parce que ce timbre est intermédiaire entre ceux des phonèmes existants, soit parce qu'il est susceptible de variations synchroniques qui, appartenant au domaine de phonèmes différents, rendent toute
identification impossible. En conséquence, il sera fréquent de voir les diphtongues de mouvement interprétées comme des phonèmes uniques, tandis que les diphtongues de position se verront dissociées généralement en deux phonèmes distincts. Toutefois, c’est aller trop loin que d'établir une concordance absolue entre les deux notions phonétiques de diphtongues de mouvement et de position d’une part, et les notions phonologiques de diphtongues monophonématiques et biphonématiques d’autre part. Comme il arrive toujours lorsqu'on passe de la discipline phonétique à la phonologie, il n’y a pas concordance exacte entre les critères de l’une et de l’autre science. Les conclusions phonétiques peuvent tout au plus indiquer dans quel sens doit porter l'effort du phonologue.
D'ailleurs les notions phonétiques de diphtongues de mouvement et de position ne sont pas aussi nettement délimitées qu’on pourrait le supposer par l'emploi que l’on en fait parfois. M. Vachek reconnait (20ed., p, 134) que le passage d’une catégorie phonétique à l’autre est graduelle, et qu’il est difficile de tracer la fronüère entre les diphtongues de mouvement et celles de position. Il vaut donc à tous égards beaucoup mieux s’en tenir à des critères purement phonologiques pour établir si lon doit considérer une diphtongue donnée comme un seul phonème ou comme deux unités phonologiques distinctes. Aussi ne tiendrons-nous ici aucun compte de la distinction phonétique entre diphtongues de mouvement et diphtongues de position.
4-3. Dans son Anleitung, le Prince Troubetzkoy a donné plusieurs règles qui peuvent servir de guides dans linterprétation phonologique des groupes de sons. Les trois premières (dites règles V, VI et VID peuvent être considérées comme négatives : seules les combinaisons de sons qui ne présentent pas certaines caractéristiques peuvent être interprétées comme des phonèmes uniques. Nous allons tenter de les appliquer au problème qui nous occupe.
4-4. Règle V. — Seule une combinaison de sons qui n’est jamais hétérosyllabique peut être considérée comme monophonématique.
Ce critère est souvent de la plus grande importance, dans les langues slaves notamment où il est, en général, facile de fixer la place de la frontière syllabique. En danois, il n’est pas plus facile de dire où se trouve la frontière syllabique dans les mots Veze
[vaio] « chemins » ou sove [sauo] «dormir » que d'indiquer où se termine la première syllabe des mots Æa/fe ou klappe (cf. ci-dessus $ 2-31 et suiv.).
45. Règle VI. — Seule une combinaison de sons qui est le résultat d’un mouvement articulatoire unique ou qui représente la désagrégation progressive d’une création articulatoire peut être considérée comme monophonématique.
En d’autres termes, une diphtongue monophonématique ne peut être qu'une diphtongue de mouvement. Mais il est bien difficile de déterminer si les diphtongues danoises sont ou non le résultat d'un mouvement articulatoire unique. On pourrait aisément l’'admettre de [su] ou de fai, mais moins bien de [iu] ou de [ui].
4-6. Règle VIT. — Seule une combinaison de sons dont la durée n'excède pas celle de la réalisation d’autres phonèmes de la langue peut être considérée comme monophonématique.
Présenté ainsi, le critère paraît surtout phonétique. Si l’on remplace la notion de durée par celle phonologique de quantité, et qu'on l’applique aux diphtongues danoïises, on peut conclure que la longueur de celles-ci ne s'oppose pas à leur interprétation monophonématique, car il n’est pas vraisemblable que le groupe voyelle brève + voyelle en fonction consonantique présente une quantité supérieure à celle d’une voyelle longue.
4-7. Des trois critères qui précèdent, seul le dernier nous a paru applicable au problème actuel. Ce critère étant négatif, nous ne sommes pas très avancés. Des règles positives (dites VIIT, IX et X) du Prince Troubetzkoy, nous n'avons guère ici à retenir que la dernière. Nous devons en effet considérer comme un phonème unique une combinaison de sons dont un des éléments ne saurait être considéré comme une variante combinatoire d’un phonème quelconque de la langue considérée. Autrement dit, une diphtongue dont le premier ou le deuxième élément n’est pas identifiable comme un phonème indépendant doit être considérée comme un phonème unique.
4-8. Si nous appliquons cette règle au danois, nous ne remarquons aucune difficulté à identifier les deux éléments de chaque diphtongue en [u] comme un phonème indépendant : les premiers
LES DIPHTONGUES He
éléments sont évidemment les phonèmes vocaliques brefs i, e, æ, a, à, y, o et ü. Quant au second élément, c’est la réalisation normale du phonème v après voyelle brève (cf. ci-dessus $ 3-15).
La diphtongue ui] se laisse de même très facilement décomposer en ses éléments qui sont le phonème u bref et le [i] employé en fonction non-syllabique que nous avons désigné ci-dessus, $ 3-18, comme le phonème j.
Le second élément des deux diphtongues restantes, [ai] et [ail est également une réalisation du phonème j; mais leur premier élément ne présente pas exactement le timbre normal des phonèmes a et à brefs. Phonétiquement le [a] de [ai] a plutôt le timbre des réalisations ordinaires de ä, dans le mot Gade par exemple, c’està-dire qu'il est plus fermé et plus antérieur que le [a] bref ordinaire. Le [9] de [ai] est moins ouvert et moins profond que celui de Top täs par exemple, et rappellerait un peu le o ouvert du français. Néanmoins l'identification phonologique de ces deux éléments ne saurait faire difficulté : il s'agit évidemment de variantes combinatoires des phonèmes a et à’.
4-9. Comme l'interprétation biphonématique des diphtongues est la plus naturelle, le fait qu’il n’a pas été difficile de rattacher les différents éléments des diphtongues danoises à des phonèmes indépendants, peut suffire à la faire admettre ici.
Il est possible toutefois de trouver des circonstances qui tendent à la justifier : les infinitifs danois ne prennent pas le -e désinence caractéristique de ce mode, lorsque le thème verbal se termine par
1. Du point de vue diachronique, on pourrait opposer à la stabilité du premier élément des diphtongues en [ul], l'instabilité de celui des diphtongues en [i], qui se manifeste au cours de lhistoire de la langue par une tendance à ouvrir ce premier élément, d’où, entre l’orthographe et la prononciation, des différences aussi nettes que dans mig « moi » prononcé [mai] ou Log «oignon » prononcé [ls]. En fait, on a ici affaire à une dissimilalion qui n’est, en principe, pas différente de celle à laquelle on doit, par ex., la prononciation [grow’| pour grov « grossier », vieux-norrois récent grofr, même sens. Évidemment, l'ampleur de l’évolution qu'ont subieles diphtongues en [i], a dû entrainer au cours des siècles, des incertitudes fréquentes quant à la nalure phonologique de leur premier élément ; mais n’esl-ce pas ce que nous avons constaté ci-dessus, $ 2-14 et 45, au sujet du traitement des voyelles devant r, sans pour cela avoir tenté de donner des combinaisons voyelle + r une interprétation monophonématique. En tout cas, quelles qu’aient pu être au cours des siècles les vicissitudes par lesquelles ont pu passer les premiers éléments des diphtongues en {i], ilestun fait qu’ils sont aujourd’hui immédiatement identifiables comme
des réalisations des phonèmes a et à.
une voyelle, mais ils la présentent si le thème: se termine par une diphtongue : (al) gaa ‘gà Caller », (a) se ‘se « voir », mais (at) veje vajo « peser », (aê) sove sàvo « dormir ». De façon analogue, la désinence -e de la forme déterminée et du pluriel des adjectifs ne s'entend jamais après voyelle, el toujours après diphtongue : exemple, 6/aa ‘blà « bleu, bleus », mais 4/ege blajo « pâles », ete.
On peut citer un autre argument, bien qu’à cause de son caractère diachronique, il ne puisse avoir ici qu'une valeur d'indication (cf. Vachek, #4ëd., p. 153): au point de vue de leur origine, on peut diviser les diphtongues en deux groupes, et distinguer celles qui proviennent de monophtongues primitives, de celles qui proviennent de la combinaison d’une voyelle avec un ancien élément consonantique; exemples du premier type : les diphtongues [ai], [ei], [au], [ou] de langlais; exemples du second type : les diphtongues [io], [uo] de la même langue. Il va de soi que, comme dans les deux cas, Papparition de la diphtongue est le résultat d’un processus relativement lent, on conservera au début les catégories phonologiques initiales; tant que les conditions phonologiques générales resteront les mêmes, la diphtongue du premier Lype restera un phonème unique, tandis que celle du second type devra être interprétée comme la combinaison de deux phonèmes. Or, les diphtongues du danois sont exclusivement du second type (si l’on excepte bien entendu certains emprunts récents à l'allemand ou à d’autres langues, dans lesquels les diphtongues étrangères ont été assimilées aux diphtongues indigènes les plus voisines).
4-10. Pour loutes les raisons développées ci-dessus, nous pouvons, sans hésiter, considérer les diphtongues danoises comme des combinaisons d’un phonème vocalique et d’un phonème consonantique. Phonologiquement on a donc affaire aux combinaisons de phonèmes suivantes : aj, àj, uj, iv, ev, æv, av, âv, Yv, 9v et Ov.
Que les diphtongues danoises doivent être interprétées comme des combinaisons de deux phonèmes distincts dont le second est, phonologiquement, une consonne, n’empêche pas qu’elles puissent faire fonction de support syllabique, au même titre d’ailleurs que les combinaisons voyelle brève + r, 1, m, n, 1], d ou q.
TABLEAU DES PHONÈMES 55