IMPRESSION SUR PLAQUES SOUPLES BICHROMATÉES
Nous arrivons maintenant au procédé qui emploie comme couche sensible le gélatinobromure d'argent bichromate, sur un support de collodion.
Nous avons présenté ce' procédé à la Société française de Photographie vers 1890 et depuis cette époque nous n'avons cessé de le perfectionner. Il se distingue des deux procédés sur supports souples que nous venons d'examiner en ce que la couche imprimante est essentiellement sur un support imperméable, tandis que dans les deux premiers procédés la couche imprimante n'a pas de support ou, si elle en a un, ce support est perméable à l'eau.
Or nous croyons pouvoir dire que toute la valeur du procédé est là, parce que celte circonstance permet d'utiliser la pression atmosphérique pour fixer la pellicule sur un support métallique.
Y a-t-il un intérêt véritable à se servir de pellicules au gélatinobromure pour faire de la PhotocoUographie? Sans nul doute, parce que ce procédé permet une impression des plus rapides, le bromure d'argent communiquant pour ainsi dire sa sensibilité à la gélatine bichromatée, et en outre parce que le séchage de la couche après le bichromatage peut se faire sans le secours d'une étuve. Dès lors, on peut, le soir, préparer une certaine quantité de feuilles que l'on trouve toutes prêtes pour le lendemain. Il y a encore une considération qui a bien son poids et qui milite en faveur des pellicules. Quand on veut tirer, par exemple, une demi-douzaine seulement d'épreuves d'un cliché, il est ennuyeux d'avoir à préparer une dalle.
On trempe une pellicule dans le bichromate et l'on est prêt à opérer; seulement, il faut de bonnes pellicules; il faut des
pellicules spéciales. Pendant quelque temps la maison Lumière en fabriqua d'excellentes; mais les progrès sont quelquefois entravés par ce fait que le public n'apprécie pas de suite Tutililé des produits qui lui sont offerts, et naturellement le fabricant se lasse. Nous allons indiquer, pour combler cette lacune, les différents moyens qui sont à la disposition dés amateurs du procédé pour fabriquer des pellicules photocollographiques.
Celles-ci peuvent être de deux sortes, soit faites avec de la gélatine ordinaire, soit avec du gélatinobromure d'argent. Ce qui est important et indispensable à se rappeler c'est qu'il faut que l'un des deux côtés de la pellicule soit imperméable. 11 faut aussi qu'elle soit inextensible, et enfin il est nécessaire que la couche de gélatine simple ou de gélatinobromure d'argent soit absolument unie au support imperméable. C'est que cette couche aura à subir l'effort du rouleau à encrer : il ne faut pas de trous, ni de bulles sur la couche de gélatine. Il faut que celle-ci soit mariée intimement, et partout, et dans toutes ses parties avec le support sur lequel elle reposera; sinon, il se produira des soulèvements à l'encrage, et le tirage sera impossible.
Premier moyen. — Sur une glace talquée on coule une couche de gélatine chaude à 6 pour loo : on laisse sécher. On recouvre d'une couche de caoutchouc à 3 pour loo et quand, en séchant, le caoutchouc sera arrivé à l'état poisseux on coulera à sa surface une couche de collodion à 4 pour lOo de coton et à 3 pour loo de ricin.
Deuxième moyen. — On prend une feuille de gélatine des graveurs et on la met dans un châssis dit châssis anglais, on la recouvre de caoutchouc et le lendemain on la collodionne comme ci-dessus.
Troisième moyen, — Au lieu de se servir d'une feuille de gélatine sèche on la fait ramollir dans le bain suivant :
Eau loo"
Alcool 5**'
Glycérine 5'=''
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puis on la dépose sur une glace talquée. On racle, on horde et l'on abandonne à la dessiccation; le lendemain on passe au caoutchouc et le surlendemain au collodion.
Si Ton veut se servir du gélalinobromure d'argent, on a encore au moins deux moyens à sa disposition :
i® On prend les plaques pelliculaires que l'on trouve dans le commerce, fabriquées sur glace, et on les traite comme cidessus au caoutchouc et au collodion ;
2« On reporte sur glace talquée le papier pelliculaire fabriqué par la maison Lumière, on borde avec des bandes de papier encollé, ou bien au collodion; on laisse bien sécher et l'on passe ensuite les deux couches successives de caoutchouc et de collodion. C'est de ce dernier moyen que nous nous servons avec le plus d'avantage parce que, sur le papier pelliculaire, la couche est particulièrement épaisse.
Il se peut aussi que l'on trouve dans le commerce des pellicules dont le gélatino a une extrême adhérence avec le support. On reconnaît cela lorsque, trempant une pellicule dans l'eau et l'y laissant cinq minutes environ, on né peut pas soulever avec l'ongle la couche de gélatino qui reste adhérente et comme collée vigoureusement au support. J'avoue que cela est si difficile à rencontrer que j'ai dû fabriquer moi-même les pellicules dont je me sers. Comme nous l'avons dit plus haut, il est à noter que la couche de gélatino n'est pas nécessaire, mais la présence du sel d'argent communique une très grande sensibilité à la plaque. Alors qu'avec de la gélatine seule il faudrait plus d'une heure d'exposition, avec le gélatino quelques minutes suffisent pour obtenir un très bon résultat. De plus, avec ce produit, on voit merveilleusement les progrès de l'image; enfin, le grain du bromure d'argent facilite beaucoup l'encrage. Mais, avec des pellicules à la gélatine seule, on obtient d'excellents résultats. Dans l'un et l'autre cas, il faut bien préparer sa planche.
Préparation de la planche photocollographique au moyen d'une pellicule. — On trempe la pellicule de son choix dans une solution de bichromate à 3 pour loo et on l'y laisse au
moins trois minutes, puis on Tenlève et on la dépose sur une glace très propre, couche de gélatine ou de gélatino en contact avec le verre. On donne un bon coup de raclette pour enlever le plus de liquide en excès et, enlevant la pellicule, on la dépose sur une planchette, couche en dessus, et on la pique sur cette planche, aux quatre angles, avec des punaises de buis.
On laisse sécher à l'obscurité absolue. Les pellicules pré- ])arées le soir doivent être sèches le lendemain matin : elles devront être utilisées dans les quatre jours qui suivront la préparation.
De même que pour le procédé sur dalle il vaudra mieux avoir des clichés pelliculaires : on les enlourera d'une cache noire et Ton placera par-dessus la pellicule bichromatée, couche de gélatine en contact direct avec le cliché retourné, et l'on portera le châssis à la lumière diffuse. On posera jusqu'à ce que l'image se voie bien détaillée au recto et les noirs bien percés au verso de la plaque. Le cadre formé par la cache devra aussi se détacher en noir gris sur le verso de la pellicule bichromatée.
Une fois la pose au recto bien complète on fera l'insolation par le dos au verso. Il est rare ici, en présence du bromure d'argent, qu'elle puisse dépasser deux minutes. En effet, la lumière agit, dans le cas qui nous occupe, avec une rapidité surprenante. En outre, il ne faut pas oublier que plus on a posé sous le cliché moins devra être profonde l'insolation par le dos. Il faut, nous l'avons dit, faire la chaîne, mais il ne faut que cela : aller au delà serait perdre la planche. En général, je pousse cette insolation jusqu'au moment où l'image, très visible au commencement (quand on l'examine par le verso de la planche), commence à perdre de sa netteté. C'est le moment pour ainsi dire psychologique auquel les blancs et les noirs, d'abord bien séparés, commencent à se confondre. Arrivé à ce point, je retire le châssis du jour et je mets la plaque à l'eau. Le lavage doit avoir lieu dans de l'eau abondante et durer jusqu'au moment où la teinte jaune du chromate d'argent fait place à la teinte verdâtre du bromure d'argent qui doit réapparaître.
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On prépare alors le mouilleur suivant, contrairement à ce que nous faisons pour le procédé sur dalle :
Eau 4oo
Glycérine 200
Ammoniaque 5
ce ce ce
la pellicule restera quinze minutes dans ce bain.
Pendant ce temps on choisira un zinc du n° 12, de grandeur sufQsante pour passer sous la presse à copier.
Pour notre compte nous nous servons de la presse de M. Voirin que nous recommandons tout spécialement pour les travaux courants et notamment pour l'emploi de la pellicule. M. Voirin met le marbre de la machine à l'épaisseur voulue et Ton peut indifféremment se servir ou de dalles ou de pellicules. Pour les pellicules 9 x 12 ou i3 x 18 nous prendrons son modèle i5 x 25 excessivement commode.
Le zinc étant choisi, on le nettoie à la pierre ponce comme les dalles. Puis on rince à grande eau pour enlever toute trace de ponce pulvérisée. On prend une feuille de gélatine épaisse d'environ j de millimètre et coupée d'avance plus large et plus longue de 2°»"^ à 3°^°" que la pellicule à imprimer. On passe vivement à l'eau la feuille de gélatine et de suite on l'applique sur le zinc humide, on donne un coup de rouleau (employer ici le petit rouleau de gélatine) pour enlever toutes bulles et tout excès de liquide. De suite encore, et sans désemparer, on saisit sa pellicule dans l'eau glycérinée, on l'applique sur la gélatine et l'on donne encore un ou deux coups de rouleau pour bien lier les deux surfaces très intimement.
Avec un linge propre, on essuie la pellicule et le zinc, de manière qu'il ne reste aucune trace d'humidité, et l'on commence la mise en train, en se servant du rouleau de gélatine.
On prend de l'encre lithographique que l'on pétrit à la raclette avec une faible quantité de vernis moyen, de manière à obtenir une matière fllante et poisseuse. On prend un peu de ce noir et avec un rouleaux ad hoc on l'étend sur une partie de la table à encrer. Sur une autre partie on décharge son rouleau et l'on essuie, sur l'envers d'une macule, la quantité
de noir qui charge encore le rouleau. II faut qu'il y en ait très peu. Dans ces conditions, si la pose a été bonne, complète, mais non exagérée; si en outre la pellicule a été bichromatée récemment, pas au delà de quatre jours avant celui où Ton opère, on aura la satisfaction de voir de suite les blancs de son image se bien détacher des noirs; Tencrage sera très facile et souvent Ton obtiendra du premier coup une épreuve très présentable.
Si la planche donne gris, on la mouillera deux ou trois minutes avec un mouilleur moins glycérine, par exemple :
ce
Eau 4oo
Glycérine loo
Ammoniaque 1 5
Sous l'action de ce liquide on verra de suite l'image se remonter en noirs vifs; mais les trois ou quatre épreuves tirées seront dures. On continuera à tirer, et quand l'épreuve sera devenue harmonieuse on couvrira la planche, pendant une bonne demi-heure, du premier mouilleur indiqué ci-dessus. On enlèvera le mouilleur avec une éponge fine et l'on essuiera la planche en tamponnant avec un premier linge fin auquel succédera un deuxième tout à fait sec.
Puis on recommencera à encrer, et ainsi de suite.
Une pellicule bien en train peut tirer beaucoup d'épreuves sans que l'on soit obligé de mouiller fréquemment à l'éponge.
Quand on tire sur une presse comme la presse Voirin ou la presse Alauzet, il faut fixer son zinc au moyen de quatre pointes sur une planchette en bois blanc bien dressée, ayant la même épaisseur que la dalle en glace, ou plus épaisse même; mais dans ce cas-là il faut faire diminuer l'épaisseur du marbre de la machine. C'est pour ce motif que nous recommandons les presses Voirin,
On a bien compris, nous l'espérons, par ce que nous avons dit ci-dessus, que c'est la pression atmosphérique (et nous n'hésitons pas à revendiquer l'emploi de ce procédé qui nous t^l personnel et que nous avons le premier présenté à la Société française de Photographie), nous disons donc que c'est la pression atmosphérique seule qui fait adhérer la planche
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au zinc; et la pression agit parce que la feuille de gélatine passée à Teau, mais non gavée, qu'on nous permette cette expression, se trouve entre deux surfaces imperméables, celle du zinc et celle du collodion dont nous avons enduit notre 'gélatinobromure. Tout le secret de la solidité est là : en Angleterre, sir Edwards, qui avait fait des essais dans le même sens, collait sa plaque bichromatée avec du caoutchouc; après un faible tirage, la pellicule se soulevait.
Avec notre système, au contraire, la solidité est considérable. On peut faire son tirage sans accident et rapidement.
On voit les avantages du procédé : préparation rapide d'une planche, suppression de Téluve, exposition très rapide à la lumière du jour, encrage simplifié.
Mais ce ne sont pas là les seules ressources qu'offre le tirage photocollographique sur supports souples et notamment sur pellicules au bromure d'argent.
Une planche ainsi construite est facilement mobile. Il en résulte qu'elle peut servir à déposer une image n'importe ou. C'est ainsi qu'une pellicule bien encrée peut servir à faire un report sur zinc ou sur pierre pour produire de la photocollographie indirecte et par report, de la même façon que l'on fait de la lithographie indirecte par report.
Enfin, et pour terminer, nous indiquerons la plus intéressante des applications que puisse offrir la pellicule collographique.
Si on rinsole derrière un cliché tramé elle s'encre avec une facilité telle que le mouillage pendant l'opération devient presque inutile et le tirage peut s'effectuer sur une machine au milieu d'un texte. C'est là, comme me disait dernièrement M. Léon Vidal, la clé de la Photocollographie pouvant servir à l'illustration du livre autrement que par la voie aujourd'hui toujours usitée de l'encartage.
Nous sommes loin d'avoir dit tout ce que l'on peut faire avec la Photocollographie; mais notre cadre est forcément restreint. Tout ce que nous avons voulu, c'est faire comprendre aux amateurs que ce procédé de tirage aux encres grasses est loin d'être difficile; nous dirons même qu'il est amusant : ne fait-on pas de la Photographie bien souvent pour
BALAGNY. — SUR LA PHOTOCOLLOGRAPH lE
s'amuser, pour se distraire? Eh bien, le tirage à la presse, même à la presse à copier, qui s'emploie si facilement avec les pellicules, est une distraction que Ton peut recommander pour remplir les loisirs de la campagne, car ce travail est réellement passionnant, et comme les résultats, quand ils sont bons, sont toujours absolument artistiques, il permettra à celui qui Tentreprendra de se distinguer et d'éviter de retomber dans les tirages vulgaires auxquels ne peuvent s'assujettir les gens de goût.
26989 Paris. — Imprimerie GAUTHIER- YILLARS, quai des Grands-Auguslins, Sb.