IT'
?fe..
est incontestablement le point de départ de toutes les combinaisons qui ont pour but la Photographie animée.
iPlus récemment, M. Marey a apporté de notables perfectionnements à ses premiers appareils et les a modifiés de façon à les faire servir aux projections; voici comment il a rendu compte de ses recherches à la Société française de Photographie (^):
Kc Pour obtenir la projection de figures en mouvement j'étais fort gêné par un défaut du chronophotographe. En effet, cet appareil, qui donnait des images très nettes et aussi fréquentes qu^on ppuvait le désirer, ne les donnait pas exactement équidistantes. Il.fallait découper chacune des images positives et les réappliquer sur une bande de toile caoutchoutée, ce qui était très laborieux et ne donnait que des résultats médiocres. Je suspendis donc mes essais jusqu^à ce que mon chronophotographe pût donner des images parfaitement équidistantes. »
M. Marey se mit donc à l'œuvre et par une suite de modifications ingénieuses et fort simples il est arrivé au but désiré.
'Dans tous les appareils projecteurs, quel que soit le nom qu'ils portent, la pellicule sensible est perforée et conduite par un cylindre denté destiné à lui imprimer une marche régulièrement intermittente. Mais ces perforations, s'éraillant par l'usage, produisent dans les images des trépidations qu'elles avaient pour but d'éviter.
En construisant ses appareils, M. Marey s'est toujours astreint à l'emploi de pellicules non perforées*, il a évité aussi les effets de l'inertie des organes vibrants sur la pellicule, effets d'autant plus sensibles que les mouvements de ces organes sont plus rapides.
(c Dans la première disposition de mon chronophotographe, dit cet auteur, certaines pièces massives avaient encore des mouvements intermittents; ainsi la bobine magasiriy le compresseur et la lame flexible. C'est là que résidait la cause de l'irrégularité des mouvements de la pellicule.
C) Voir Bulletin de la Société française de Photographie^ séance 5 du février 1897. . .
APPLICATIONS PHOTOGRAPHIQUES. Sq
» Pour faire comprendre ce qu'il y avait d'imparfait dans le fonctionnement de ces organes et la manière dont je les ai remplacés, deux figures sont nécessaires.
» La /ig. 34 montre l'ancienne disposition du chronophotographe; \^fig* 35 la disposition nouvelle.
y) Dans l'ancienne disposition {Jig> 34), la pellicule sensible est chargée sur une bobine magasin M, à gauche de l'appareil ; elle se
Fig. 34.
^^K-l^\^\\^;;^;^^î^^^5^Ji^^?^^^^^îi^^^^^
^x\^^ï^^^^^^i^5:iî^i^^5ïi^i^^^îi^^^^
x;^^^^^^^^^^^^\\\S>:^>^^5^;i^^i^^^^;<^^^ ■■ x x>i^î^<îvj^;5^;^5^^<^^~Sî^^^^
déroulera sous la traclion intermîllente d'organes qui vont être décrits. En sortant du magasin, la pellicule se porte à droite en rasant une platine verticale percée d'une fenêtre au foyer de l'objectif, puis, se réfléchissant sur une lame flexible F, traverse un lamineur L, qui la livre à la bobine réceptrice R; celle-ci tourne continuellement à frottement gras sur son axe vertical. Sous la traction continue du lamineur et de la bobine réceptrice la pellicule cheminerait d'un mouvement uniforme. Mais, à chaque éclairement, au moment de la prise de l'image, un organe spécial, le compresseur C, actionné par une came à plusieurs dents, immobilise la pellicule en la pressant contre la platine. Or, pendant cet arrêt, la double traction du lamineur et de la bobine réceptrice continue : il fallait donc, pour que la pellicule ne se déchirât pas, qu'elle obéît à cette traction; c'est le rôle de la lame flexible sur laquelle elle se réfléchit. Cette lame cède en pliant, et permet à l'enroulement de se produire continuellement. Dès que le compresseur se desserre, la lame flexible se redresse, déroule brusquement une certaine quantité de pellicule de la bobine magasin, puis l'entraînement recommence, uniforme, jusqu'au premier arrêt par le compresseur.
» Cette description suffit pour montrer les causes d'irrégularité
dans la marche de la pellicule. Et d'abord, en coaCant à la lame flexible le rôle de dérouler brusquement la bande, c'esl-à-dire de mettre subitement eu marcbe la bobine magasin, j'exposais cette lame à des résistances d'îaertie variables suivant que la bobine, plus ou moins chaînée de pellicule, avai.t une masse plus ou moins grande. D'autre part, la moindre înégalité dans les frottements île cette bobine sur son axe pouvait aussi faire varier ces résistances. De sorte que, suivant le redressement plus ou moins complet de la lame flexible, il passait entre deut images successives des quantités inégales de pellicule.
» Enfin, le compresseur, supporté par une lame d'acier, avait une période de vibration propre et pouvait recevoir de ta came un
Fin- 35.
choc prématuré qui lui faisait arrêter la pellicule un instaut trop tôt. J'ai cherché dans une construction nouvelle à faire disparaître ces deux inconvénients : la marche intermittente de la bobine magasin et la période propre du compresseur.
APPLICATIONS PHOTOGRAPHIQUES. il
» \^dijig, 35 montre la disposition nouvelle. La bobine magasin M, beaucoup plus volumineuse qu^autrefois, peut porter une très grande longueur de pellicule, mais elle tourne uniformément par Faction continue d*un premier lamineur LU qui débite en un temps donné une longueur constante de pellicule. Voilà donc Tinertie de la bobine magasin supprimée avec les saccades de son mouvement,
» Au sortir du premier lamineur, la pellicule s^engage entre la platine et le nouveau compresseur G. Celui-ci n'a pas de période de vibration propre; il est constamment assujetti au mouvement de la came C, et comprime énergiquement la pellicule contre la platine, au moyen d'un mouvement de genou analogue à celui qui sert dans la frappe des monnaies.
» Au delà du compresseur, la pellicule passe au foyer de l'objectif, puis dans un second lamineur LL', enfin elle se réfléchit sur une lame flexible et s'enroule sur la bobine réceptrice qui tourne à frottement doux. Mais, pendant que le compresseur L'arrête, la pellicule que le premier lamineur amène continuellement s'accumule, en amont de l'obstacle, et y forme un pli flexueux.
» Après l'arrêt, ce pli devra se défaire et la bande se tendre par l'action du second lamineur. Or, comme la masse de la pellicule est insignifiante, elle ne présentera aucune résistance d'inertie. Quant au second lamineur U qui devra imprimer à la bande un mouvement intermittent, il tourne, lui aussi, d'un mouvement uniforme, mais en pressant la pellicule avec arssez peu de force pour qu'elle patine entre les cylindres quand elle est retenue par le compresseur, tandis qu'elle est rapidement entraînée dès qu'elle est rendue libre.
)> Les choses se passent comme si la pellicule, doucement pressée entre deux doigts, était tirée d'une façon continue; les doigts l'entraîneraient quand le compresseur est desserré et glisseraient au contraire sur elle au moment de ses arrêts.
» Il n'y a pas lieu d'insister sur les autres organes de l'appareil : les uns ont pour but d'éviter que la pellicule se raye dans les frottements qu'elle éprouverait sur son passage, les autres ont pour eflet de supprimer le temps perdu dans les dents des
i% CHAPITRE II.
rouages et, par conséquent, de petites causes d'Irrégularité dans la marche.
» En somme, la suppression de tout effet d'inertie, par la continuité du mouvement de tous les organes, a supprimé Tirrégularilé des intervalles entre les images.
» Ainsi, et c'est un point important, sans recourir à la perforation de la pellicule et aux cylindres à chevilles, on peut obtenir des images parfaitement équidis tantes, ».
Tels sont les perfectionnements apportés par M. Marey à son chronophotographe et nous avons tenu à entrer dans des détails circonstanciés pour bien montrer que là est le point de départ de tous les appareils qui donnent des photographies animées.
Et cependant certaines personnes, peu au courant, il est vrai, du mouvement scientifique, ont attribué cette invention à l'Américain Edison; mais ici, comme dans presque toutes ses autres combinaisons, Edison n'a fait qu'utiliser une découverte, lui donner une application plus pratique, et cela grâce aux innombrables modifications qu'il obtient par tâtonnements et qu'il peut faire exécuter dans ses ateliers en disposant des ressources pécuniaires considérables que ses compatriotes mettent à sa disposition.
Kinétoscope d'Edison. — Déjà M. Marey avait indiqué dans ses publications la possibilité de reconstituer un mouvement, en utilisant les bandes du chronophotographe : a Nous avons construit un instrument spécial, dans lequel une pellicule sans fin, pouvant porter trente à quarante images positives et même davantage, passe continuellement au foyer d'un objectif, et vivement éclairée en arrière projette ces images sur un écran (*).
» Un appareil de ce genre figurait à l'Exposition de 1889 et je le fis voir à M. Edison », nous dit encore M. Marey dans sa communication à l'Académie des Sciences du 5 février 1897.
Tel est cependant l'appareil d'Edison, et celui-ci ne donne ni plus ni moins que l'instrument de M. Marey; les dimensions et le nombre des images sont seuls chanîjés.
(*) Marey, op, cit. y page 3 10.
I PHOTOGnAPHtQiTEa. 43
Einétographe et kinétoscope d'Edieon. — Le kinéiographe est
l'appareil quiserlà Edison pour l'obtention des négatifs (d'après la Vie scientifique); cet instrument est susceptible de donner 46 im-
pressions à la seconde, soit 2760 à la minute, sur une pellicule sensibilisée de 28" de longueur. On fait un positif de ces épreuves sur une deuxième bande qui est enroulée sur une bobine située à l'arrière de la caisse (Jig' 36) et passe sur les poulies P et S entre lesquelles se trouve installé un disque circulaire V tournant autour d'un axe vertical. Ce disque est percé d'une fente F qui permet à l'observateur d'apercevoir le ruban pelliculaire toutes les fois qu'il passe au-dessous de l'oculaire.
La vitesse de rotation du disque est telle que cette seule fente suffit pour obtenir une vision continue du ruban, lequel est éclairé au-dessous par une petite lampe à incandescence L placée horizontalement. L'énergie électrique pour produire la rotation du disque, la translation du ruban et l'incandescence de la lampe est fournie par un petit moteur C, placé en avant sur le côté gauche de la boîte. On conçoit qu'il suffise de mettre le moteur en communication avec une source d'électricité, pour obtenir instantanément la mise en marche de l'appareil.
C'est du reste ce que l'on obtient en appuyant sur le bouton du commutateur disposé à cet effet de l'autre côté de la boite.
La vitesse du ruban est calculée de manière à faire passer 4^ photographies, par seconde, sous les yeux du spectateur, et certaines de ces scènes comportent jusqu'à 1700 poses diverses.
Plus tardy Edison a modifié son appareil et l'a combiné avec un appareil à projection de façon à projeter des images agrandies sur un écran ; ne faisant alors à son tour qu'imiter ce que MM. Lumière venaient de faire avec leur cinématographe.
Photophone de M. Demeny. — M. Demeny, préparateur de M. Marey, a combiné un appareil de projection très simple et qui donne de bons résultats pour la reproduction de mouvements simples.
« Une autre méthode, dit M. Marey, a été employée par M. Demeny (* ), pour reproduire les mouvements du visage, de la langue et des lèvres qui accompagnent la parole. Notre préparateur à la
(*) Marey, Le Mouvement, page 807 (Masson; 189^).
Station physiologique recueillit, avec le chronophotographe à bande pelliculaire, une série de vingt-quatre portraits d'un homme qui prononçait certaines paroles. Puis, reportant cette série d'images sur la circonférence d'un disque de verre, il plaça ce disque au foyer d'un objectif photographique. Les images étaient fortement éclairées en arrière, et des disques fenêtres, analogues à ceux du chronophotographe, laissaient voir successivement les images pendant des temps très courts. La brièveté des poses et la parfaite exécution de cet appareil font que les images, malgré la rotation du disque qui les porte, semblent immobiles et se montrent toutes exactement à la même place.
» Quant à l'illusion que donnent ces photogrammes du parleur, elle est telle, que des sourds-muets habitués à lire sur le mouvement des lèvres ont su reconnaître les paroles qu'avait prononcées le sujet dont on leur montrait les images.
» Le seul défaut qu'on y puisse signaler, c'est que le nombre des images contenues dans la circonférence du disque est nécessairement borné, à moins qu'on ne donne à l'appareil des dimensions énormes; en outre, la netteté des mouvements n'étant obtenue que grâce à la brièveté extrême des instants où chaque image est démasquée, il s'ensuit que la quantité de lumière émise est trop faible pour donner des projections bien claires, même avec une source lumineuse puissante. »
Pour atteindre ces résultats, M. Demeny a combiné deux instruments, l'un destiné à prendre les images négatives, l'autre à projeter les images positives.
Le premier n'est qu'une modification peu importante de l'appareil employé par M. Marey dans son laboratoire; construit par M. Gaumont, il donne de bons résultats.
Les pellicules portent des images qui mesurent 6^™, 5 sur 4^", 5 ; l'appareil lui-même est de volume réduit, 28*^™ de côté sur 10^™ d'épaisseur. Il permet d'obtenir une série continue de quatre-vingts images et même davantage, avec une vitesse de huit à vingt images à la seconde; il faut compter quatre images par tour de manivelle. Il permet d'obtenir aussi une série de dix à vingt images à la seconde, une suite de plusieurs séries interrompues et reprises
46 chapithe ii.
instantanément au momentque l'un désire, aussi Lien que l'image
unique posée ou iostantanée comme dans les appareils ordinaires.
L'appareil est muni d'un anastigniat de Zeiss de 12"° de Ibjer k diaphragme iris et à mise au point par vis hélicoïdale.
L'appareil (^^. Sy et 38) est composé des organes suivants:
A. — BoutOD de prise des images. En l'enfonçant avec ta paume de la main gajche pendant que l'on tourne la manivelle, la pellicule se déroule et la lumière pénétre daos l'appareil par la fenêtre du disque qui s'en-
Cette fenêtre s'ouvre à des degrés divers au repère R des traits gravés sur la bague '
Fig. 3,.
^aut la position par rapport
M. — Manivelle qui communique son mouvement de rotation au disque obturateur. Chaque tour de manivelle correspond à quatre tours du disque et par suite à quatre images. Il faut donc faire deus tours et demi de manivelle pour prendre dix. images en une seconde.
B. — Bouton d'arrêt du disque. Tourné vers le bas, le disque est libre; tourné vers le haut, un ressort frotte à la circonférence du disque et vient tomber dans un cran d'arrêt, de façon à ce que la fenêtre soit en regard
APPLICATIONS PIIOTOGRAPHIQUEIJ,
OD veut a
de l'objectif. Quaod od veut ainsi arrêter le disque dans son cran d'arrêt, il faut avoir soin de tourner la manivelle très lentement et surtout de ne jamais tourner le bouton d'arrêt quand le disque est en rotation.
G. — Cadre de celluloïd dépoli servant à la mise au point. Pour cela, on remplace l'écran opaque H par le cadre G, que l'on glisse entre les rouleaux
Fig. 38.
et la paroi de la boi contre celle-ci.
I. — Bobine magasin chargée de pellicule sensible et placée sur son a\e. Gel a^e porte un frein à serrage gras,
K. — Bobine réceptrice à laquelle s'agi-afe l'extrémité de la pellicule. Cette bobine est entraînée par le disque lorsqu'on pousse le bouton A. Les bobines se fixent indifleremment sur l'une ou l'autre des brocbes qui leur
48 CIIAPITRE II.
servent d'axes. La bobine doit être présentée du côté du trou libre, et la goupille qui traverse le côté opposé doit venir s'engager dans l'encoche taillée à la partie supérieure de chaque broche.
11 faut avoir soin de faire porter la goupille de la bobine au fond de l'encoche de la broche.
L. — Tige excentrique sur laquelle se réfléchit la pellicule et qui a pour fonction essentielle de communiquer à cette pellicule un mouvement intermittent.
N, N'. — Compresseurs élastiques en baleine et que l'on doit abattre sur les bobines, une fois celles-ci placées sur leurs tiges. Ils ont pour but d'empêcher les extrémités des bandes de se dérouler avant et après la prise des images.
E. — Verrou d'embrayage. En le tirant à droite après avoir eu soin de donner un tour de manivelle, on met en prise les organes entraîneurs de la pellicule, sans ouvrir la fenêtre du disque, et l'on rend ainsi indépendants le passage de la lumière et le mouvement de la pellicule.
Ce verrou d'embrayage a son utilité :
i^ Quand on veut mettre au point le disque arrêté dans son cran d'arrct et éviter que les tocs de l'embrayage se rencontrent, ce qui pourrait arriver quelquefois et ce qui empêcherait d'ouvrir la fenêtre entièrement en poussant avec le bouton A;
2<> Quand on veut prendre des successions d'images uniques.
F. — Compteur de tours de la tige excentrique ou du nombre d'images. Quand le verrou E n'est pas tiré, ce compteur se met en marche dès qu'on appuie sur le bouton A. On lit sur le cadran le numéro correspondant et l'on en déduit le nombre d'images, à moins que l'on ait eu le soin de le mettre tout d'abord à 0, en tournant la manivelle et en appuyant sur le bouton A jusqu'au passage de ce chiffre.
P. — Magasin renfermant les accessoires de l'appareil: objectif, manivelle, bobines chargées, tirées et non tirées.
Q, Q. — Boutons d'attache de la courroie qui sert à porter l'appareil sur l'épaule.
Ces boutons à vis se fixent dans des écrous au pas du Congrès. On peut, à leur place, y visser une clef et immobiliser ainsi l'appareil sur une de ses faces, inférieure ou latérale, suivant que l'on veut prendre des vues dans le sens de la longueur ou de la largeur de l'épreuve.