V. — Viseur mobile à double effet
X. — Réglette métallique permettant de fermer hermétiquement la partie supérieure de l'appareil formant chambre noire.
Z. — Gale maintenant les deux bobines magasins I et K lorsque l'appareil est tourné.
Chargement des bobines, — On colle tout d'abord à l'extrémité de la pellicule, sur une longueur de lo*^™ environ, l'extrémité d'une bande de papier noir, dont l'autre extrémité, taillée en pointe, est enfoncée de 4*^™ à 5^™ dans la fente de la bobine. On enroule le tout, le papier d'abord, la pellicule ensuite, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, la face émulsionnée en dehors, et présentant vers le haut le trou de la bobine qui porte une goupille, et l'on serre fortement la pellicule. Quand on est au bout de la pellicule, qui peut avoir à volonté 3™ à 5™, on colle à son extrémité, toujours sur lo^™ environ, une autre bande de papier noir et l'on continue l'enroulement. Dès qu'il est achevé, on maintient la bande serrée sur la bobine au moyen d'un anneau de caoutchouc. La pellicule, ainsi enroulée entre deux bandes de papier noir, se trouve à l'abri de la lumière et peut être portée au jour, et toutes les bobines chargées peuvent être mises dans le coffre de l'appareil.
Chargement de l'appareil. — Dans le laboratoire, ou au dehors, mais alors sous le voile noir, on enfile une bobine chargée surl'axe vertical de gauche 1 {fig» 38) et une bobine libre sur l'axe vertical de droite R; on met le compresseur sur la bobine de gauche I, puis on déroule suffisamment la bande de papier noir pour la faire passer devant le volet opaque H, en avant de la tige excentrique L, puis derrière la bobine réceptrice K, pour engager l'extrémité dans une des fentes de cette bobine et de façon à l'enrouler en sens inverse de la bobine magasin, comme l'indique la figure. On tourne cette bobine à la main, de façon à faire enrouler le papier noir de deux ou trois tours, on met le compresseur et l'on ferme le couvercle.
Fonctionnement de l'appareil. — On engage la manivelle M dans le pignon qui se trouve à l'arrière de la boîte rectangulaire; on s'assure que le disque est libre en tournant vers le bas le bouton d'arrêt B et en poussant de droite à gauche le verrou d'embrayage E qui est à côté de la manivelle.
Suivant le jour dont on dispose, on règle l'ouverture de la fenêtre du disque en faisant tourner devant son repère R la virole T. 4
de cuivre graduée C^ qui est montée sur l'axe du bouton d'embrayage A. Le chiffre le plus élevé indique la plus grande ouverture. En poussant à fond le bouton de bois A, on tient l'obturateur déclenché, c'est-à-dire sa fente ouverte à l'ouverture qu'on a voulu lui donner.
L'obturation se fait, en réalité, par le passage, devant cette fente, d'un disque plein muni d'une fenêtre.
Bioscope de H. Demeny {fig. 39). — Cet instrument est le complément de l'appareil précédent; il sert à reproduire le mouve-
ment que ce dernier a analysé. Il est surtout destiné au portrait vivant, à la synthèse des allures du cheval et des autres animaux. Tous les mouvements qui se reproduisent périodiquement,
APPLICATIONS PHOTOGRAPHIQUES. 5l
les vagues de la mer, les cascades, les mouvements professionnels, sont rendus avec une vérité saisissante.
Un disque de verre ou de pellicule transparente de 4 2^*" de diamètre porte à sa circonférence une série d'images positives d'un sujet quelconque. Ces images, au nombre de trente, ont 3^'" sur 4*^", 5 ; elles sont obtenues par contact avec un négatif composé spécialement au moyen des épreuves négatives du chronophotographe.
Ce disque à images positives est percé de deux trous : F un qui sert à le centrer, l'autre à repérer les images. Il se fixe contre une assiette de métal et au moyen d'un ressort compresseur.
La confection d'un positif bîoscopique consiste, étant choisie une série convenable de trente images, à séparer ces images positives pelliculaires et à les fixer sur la circonférence d'un disque de papier noir percé de trente fenêtres parfaitement équidistantes. Il suffit de coller par ses bords, à chaque fenêtre, l'image correspondante dans l'ordre obtenu.
Les points immobiles des sujets photographiés doivent occuper exactement la même position dans toutes les fenêtres. S'il n'en était pas ainsi, l'image en mouvement se déplacerait dans le champ de la fenêtre qui doit paraître immobile lorsqu'on fait tourner l'appareil. Il se produirait alors des saccades et des sautillements fort désagréables à l'œil.
Le repérage des images est donc une opération capitale.
Devant ce disque à images positives et relié avec lui par un système d'engrenages, un second disque opaque percé d'une fenêtre tourne de telle façon que, lorsqu'il a fait un tour, le disque à images avance d'une image seulement.
On imprime à l'appareil une vitesse de rotation suffisante par la manivelle, et en regardant par une lentille grossissante l'image éclairée par la lumière du jour ou celle d'une lampe ordinaire, on a l'illusion du mouvement.
Enfin, on peut projeter en grand ces images, en faisant passer le disque dans la fente, convenablement élargie, d'une lanterne à projections.
Appareil à bandes de H. Demeny. — Grâce à une modification empruntée aux cinématographes, l'appareil chronophotographique
53 CHAPITHE II.
de M. Demeny est devenu utilisable pour la projection des scènes mouvementées.
La pellicule sensible est percée de trous qui s'engrènent dans les dents d'un barillet, et de ce fait les images se maintiennent
Fig. 40.
toutes de dimensions semblables, et leur substitution les unes aux autres se fait sans irrégularité.
Le film est de 60"" de large, et les images ont 5"° de côté, dimension bien supérieure à celle des autres modèles; les images étant plus grandes ont besoin d'un agrandissement moindre et ne demandent pas un éclairage aussi intense : delà la possibilité d'uiiliser la lumière oxhydrique ou oxy-éLhérique,
Dans ce modèle, la bobine sur laquelle la bande pelliculaire ;i été préalablement enroulée à l'aide d'un bobinoir est placée sur l'axe fixe A {fig. f\o et 4i)- l'n galet entraîneur B, composé d'un cylindre recouvert d'un manchon de caoutchouc et commandé par
une transmission placée à Finlérieur de l'appareil, a pour fonction de faire dérouler seulement une quantité déterminée de la bande pelliculaire. Cette portion de bande vient s'engager entre un guide G et un galet D tout le long d'un couloir E, garni de velours,
Fig. 4i.
dans lequel se trouve un cadre frotleur H, placé en face de la fenêtre I et présentant un évidement identique à celui formant l'ouverture de cette fenêtre.
Ce cadre frotteur, garni de velours comme le couloir, est mobile autour d'une charnière adaptée à l'un de ses côtés et, quand la pellicule est passée, on applique le cadre sur elle et il la maintient en pression douce et continue en venant s'enclencher dans le taquet à ressort K.
Après avoir passé sous le cadre H, la pellicule s'engage sous le galet L, puis également sous la came M, de là on la fait passer sur Je cylindre denté NN, d'où elle ira finalement s'enrouler sur la bobine réceptrice, préalablement placée sur l'axe entraîneur O.
Avant d'introduire les bandes dans Tappareil, il est de première nécessité de vérifier soigneusement le sens dans lequel elles sont enroulées.
Dans les projections par réflexion, la surface de gélatine doit être extérieure, et dans les projections par transparence, cette même surface doit être à Tintérieur de la bobine.
L'introduction de la bobine ainsi préparée sur Taxe fixe A ^fië' 4o) s'eflectue en enlevant le bouton qui termine l'extrémité libre de cet axe, dont la fonction consiste à maintenir la bobine dans sa position et à empêcher tout glissement dans le sens longitudinal de l'axe. Ce bouton doit donc être replacé aussitôt après l'introduction de la bobine.
Avant ce replacement, il est nécessaire encore, pour que la bobine s'introduise bien et dûment à sa place, d'abaisser de droite à gauche et de haut en bas le galet entraîneur B qui, une fois la bobine introduite, viendra comprimer la bande pelliculaire, ainsi que le montre X^fig, 4o.
On procède alors à l'amorcement de la bande pelliculaire en lui faisant suivre le parcours que nous avons indiqué.
Les bandes pelliculaires positives sont repérées. Ce repérage consiste en un trait ou en un trou circulaire percé en un endroit déterminé, correspondant exactement à la place que doit occuper la bande pelliculaire sur le cjlindre denté, pour qu'au moment du déroulement chaque image se présente dans tout son entier devant la fenêtre L
Ce trait ou ce trou devra être fixé contre la dent du cylindre devant laquelle se trouve gravée une petite flèche et se présenter en parfaite coïncidence avec elle. Il est facile de déterminer au besoin le repère soi-même en présentant le sujet devant le cadre et en examinant si chaque tour de la came ramène bien le sujet entièrement dans le champ.
La bobine réceptrice introduite sur l'axe O est percée sur ses joues de deux trous excentrés. Le plus rapproché du centre est destiné à recevoir la tête de vis P émergeant à la base de l'axe O {fig> 4o)« Lsi bobine se trouve ainsi rigoureusement assujettie à son axe. Condition importante, puisque cet axe est celui qui commande tout le mouvement d'entraînement.
Cet assujettissement est rendu plus complet encore par le bouton de l'extrémité libre de Taxe O, semblable à celui de l'axe A et ayant même fonction.
En outre du rôle d'assujettisseur qu'elle joue par rapport à la bobine réceptrice, la vis P possède une autre fonction intéressante. Montée sur le plateau d'un frein, elle se meut à la même vitesse que l'axe 0,mais peut aussi, suivant le besoin, prendre une vitesse différente dont le but est d'empêcher les perforations de la bande pelliculaire, en passant sur le cylindre denté N, de se tendre trop sur les dents, ce qui amènerait infailliblement des déchirures.
A l'aide de la vis tête carrée R, il est très facile de régler la vitesse et la résistance que le frein peut opposer à la continuité du déroulement de la bande pelliculaire.
Dans le cas où les perforations ne tomberaient pas juste à leur place, il faudrait serrer la vis R si les perforations ont une tendance à se placer en arrière des dents; desserrer, au contraire, si elles ont une tendance à se placer en avant.
Modèle d'amateur à bandes de 35""". — Le grand modèle de chronophotographe que nous venons de décrire demande des bandes de do'"™ de largeur, et cette mesure entraîne des dimensions un peu considérables de tout l'appareil. En plus, le prix de revient des films est assez élevé. Pour obvier à ces deux inconvénients, M. Gaumont, l'habile constructeur du chronophotographe, a combiné un instrument de volume très réduit, et qui équivaut à celui d'une chambre noire 1 3 x 1 8 ; les films ne mesurent que 35°*™ de large et portent quatre perforations par image ; elles sont au pas d'Edison, ce qui permet de faire passer dans l'appareil à projections la plupart des films qui se trouvent actuellement dans le commerce. Enfin, dernier avantage, le prix dé l'appareil est de beaucoup diminué et ne dépasse guère celui d'un appareil photographique un peu soigné.
Le nouveau modèle diffère non seulement par ses dimensions, mais aussi par ses dispositions mécaniques ; il est devenu à la fois plus simple et plus compact, et sa marche est d'une régularité, d'une douceur encore plus parfaites.
Ce chronophotographe d'amateur se compose d'une boîte rec-
56 CRAPITRE 11.
taagulaîre de i5°" de côlé, 20"" de hauteur et 10*" de largeur; eu avant, une boite à coulisse porte les objectifs, l'un pour la prise des vues, anasUgmat de Zeiss de 5o"" de foyer; l'autre pour les projections, objectif double de Darlot. La partie postérieure de la botte peut s'abattre en pivotant sur deux charnières inférieures, et
Fig. iî.
laisse à nu le mécanisme, de façon à mettre en place aisément les bandes de films.
Une bobine métallique (Jig. 42) chargée de pellicule sensible est enfermée dans le magasin supérieur MS, dans lequel elle tourne librement sur son axe, maintenue d'un côté par une crapaudine, engagée de l'autre dans un trou à épaulement circulaire, disposition qui empêche la lumière de pénétrer dans la boîte. Celle-ci est fixée à frottement dans une coulisse métallique, qui peut r
également un porte-pellicule libre pour les projections. A sa partie inférieure, sur la face engagée dans la coulisse, cette boîte-magasin porte une fente fermée par un volet à coulisse que Ton peut manœuvrer du dehors. Par cette fente passe la pellicule, qui s'engage aussitôt dans un couloir garni de velours et qui la conduit devant
Fig. 43.
la fenêtre de Tapparell. Celle-ci est maintenue en place par une porte à ressort AV, de telle sorte que la pellicule circule entre deux surfaces de velours et ne peut ainsi être éraillée, abîmée par le frottement qu'elle subit, et qui est indispensable pour assurer sa planéité. Au-dessous du volet la pellicule s'infléchit en arrière dans une gouttière courbe qui la conduit sur le rouleau à chevilles CD. Dans cette gouttière elle se trouve tantôt libre, tantôt tendue par une came qui tourne à l'intérieur; de telle sorte qu'elle
est tantôt tendue et entraînée en bas, tantôt libre et alors arrêtée, ce qui produit le mouvement intermittent nécessaire. Un rouleau métallique creux et muni de deux rangées de chevilles entraîne la p ellicule d'un mouvement continu, et un guide à ressort PP assure l e contact sur le c}^lindre et la prise des dents.
Cette disposition a le grand avantage de donner à tout le mécanisme entraîneur un mouvement continu, et de n'avoir à vaincre aucune inertie intermittente, ce qui assure la régularité des mouvements. C'est du reste l'idée mère de l'appareil initial de M. Marey ; les dispositions mécaniques seules sont légèrement modifiées.
Au-dessous du cylindre à chevilles, la pellicule devient libre et s'engage soit dans une fente pratiquée à la face inférieure de la boîte, d'où elle tombe librement en dessous (cas des projections), ou bien elle est ramenée en avant, en passant dans une fente garnie de velours, d'où elle pénètre dans une seconde boîte-magasin semblable à celle du haut MS, et qui elle aussi s'engage dans une coulisse inférieure.
L'axe de cette bobine réceptrice est fendu à l'une de ses extrémités, et celle-ci dépasse la paroi externe de la boîte DE; tandis que l'autre extrémité de cet axe vient se loger dans un tourillon P que porte la boîte MI.
La boîte métallique DE qui s'engage à coulisse à côté de MI, et qui est maintenue en place par le loquet L, contient une roue dentée qui actionne un pignon dont l'extrémité sort au dehors et peut s'engager dans la fente de l'axe de la bobine réceptrice. La roue dentée est commandée par un premier engrenage calé sur l'axe de la manivelle M.
Cette même roue commande à la fois le mécanisme d'enroulement de la bobine inférieure, le tambour à chevilles et l'excentrique et, par l'intermédiaire d'un second axe portant un pignon d'angle, le volet obturateur DO qui passe à l'arrière de l'objectif et à l'avant de la fenêtre de réception des images. Enfin un viseur clair permet de suivre aisément le sujet à photographier.
Toutes ces parties sont parfaitement équilibrées, aussi les mouvements se font avec une douceur extrême et une régularité parfaite; enfin, dernier avantage, l'appareil est presque silencieux, ce qui n'est pas ordinaire dans la plupart des cinématographes.
APPLICATIONS PHOTOGBAPtllQlIBS. âi)
Tel est l'améDagement de l'appareil pour la prise des images; les disposîtioDS sont un peu différentes pour la projection.
Au lieu de placer au-dessus de l'appareil la botte MS, on glisse dans la coulisse un support métallique S teroiiné par deux, fourcher à ouverture libre dans lesquelles on engage l'axe du rouleau portepellicule B'. Cette dernière, au lieu de pénétrer direciemenl dans l'appareil, s'engage sur le rouleau GT, monté à flexion sur une lame
de laiton B, ce qui lui doone une certaine élasticité régularisant le mouvement de la pellicule. On substitue l'objectif à projection ù celui destiné à la prise des négatifs, et l'on remplace également l'obturateur par un autre ptus léger et dont le secteur occupe environ le tiers de la surface tolale.
Le repérage des images s'cfTeciue avec la plus grande facilité lorsqu'elles proviennent de cbcbés pris avec le chroriophotograpbc, ou bien lorsque les perforations sont régulières : quatre par cliché, pas d'Edison. L'amorçage s'effectue en mettant le bord inférieur de la bande cinématographique en contact, sur le cylindre denté, avec le repère qu'il porte à cet eflel.
L'appareil ainsi disposé se li\e à l'avant d'une planchette à coulisse (Jig- 44 et 45)aumojend'un bouton de serrage; à l'arrière se place la lanterne ; celle-ci reçoit à volonté un appareil d'éclairage à l'oxygène ou un régulateur de lumière électrique; en avant du condensateur une cuve en verre pleine d'eau CE se place dans une
coulisse en tôle; et celle-ci porte en avant une coulisse VD dans latfuelle glisse un verre dépoli : on évite de la sorte un trop grand cchaufTement pendant la mise en place de la pellicule.
Tel quel, l'appareil de M. Gaumonle^l d'un maniement facile,
il lient peu de place, ne fait pas de bruit, cl enfin évite en grande partie toute oscillation des images.
Cinématographe de Lumière. — Comme toujours, Edison in- Iroduisil de nombreuses niodincations dans son kinétoscope, et se contenta tout d'abord d'appareils à vision directe. Il annonça bien avoir obtenu des images projetées en grandeur naturelle, mais cet appareil était encore inconnu en Europe quand MM. Lumière mirent au jour leur cinématographe. Ici les organes mécaniques diffèrent complèlemenl de ceux du kinétoscope, et ils sont également différents, pour la plus grande part, de ceuit du chronophotographe de M. Mare^; mais ce n'est encore à tout prendre qu'une modification de l'invention primitive.
L'instrument que construisent aujourd'hui MM. Lumière est
APPLICATIONS PHOTOGRAPHIQUES. 6l
excellent, et son succès seul prouve surabondamment ses qualités ; mais, avant d'en arriver au modèle définitif, ces Messieurs ont successivement apporté des modifications des plus ingénieuses. Et il nous a paru intéressant de les i'aire connaître, avant de donner la description de l'appareil définitif.
Dans un premier brevet du i3 février iSgS, MM. Lumière décrivent ainsi, sous le titre de : « Appareil servant à l'obtention et à la vision des épreuves chronophotographiques », leur premier type de cinématographe :
a On sait que les épreuves chronophotographiques donnent l'illusion du mouvement par la succession rapide, sous les yeux de l'observateur, d'une série de photographies, tirées à intervalles rapprochés, d'objets ou personnages en mouvement.
» Notre invention consiste en un nouvel appareil servant à l'obtention et à la vision de ces épreuves.
» Le mécanisme de cet appareil a pour caractère essentiel d'agir par intermittence sur un ruban régulièrement perforé, de manière à lui imprimer des déplacements successifs, séparés par des temps de repos, pendant lesquels s'opère soit l'impression, soit la vision des épreuves.
» Chacun de ces déplacements étant d'ailleurs obtenu avec une vitesse variable, nulle au commencement et à la fin de la course, •et maximum en son milieu afin de ne pas détériorer le ruban par une attaque ou un abandon trop brusques.
» Ces conditions sont réalisées en prati(jue par l'appareil que représente les figures ci-jointes.
» hdijig. 46 est une vue de face et \dijig, 47 ^me coupe dans un '|)lan perpendiculaire à celui de la figure.
» Le mécanisme renfermé dans la chambre C est commandé par un arbre unique A, recevant son mouvement, en dehors de la chambre, d'un moteur quelconque. Sur l'arbre A est monté u:i excentrique B, donnant un mouvement de va-et-vient à un coulisseau vertical D, glissant dans les guides E, E. Sur ce coulisseau est montée une lame horizontale F formant charnière ou ressort à son extrémité y et portant à son autre extrémité deux pointes a, a tra- •versant la cloison G dans deux ouvertures allongées 6, b.
CHAPITBB II.
n Derrière la cloison G est un couloir vertical, dms lequel desceDd le ruban perforé R, enroulé préalablement et suspendu librement, dans une botte H, à la partie supérieure de l'appareil; les perforations de ce ruban disposées sur les deux bords à distances
FiB. il-
•>f??M//Af.
égales, peuvent être traversées par les pointes a, a, le ruban est enlrainé vers le bas par la descente de ces pointes, qui dans leur inouvemenl ascensionnel se soulèvent au contraire pour le laisser au repos.
» Ce soulèvement est produit par un petit ergot </, fixé sur ta lame F, el s'engageant dans une cannelure ondulée creusée à la circonférence de l'excentrique B.
» Il résulte de celte disposition :
» 1° Que le ruban est entraîné vers le bas pendant la course des-
cendante des poÎQts a,* et qu*il reste en repos pendant leur course ascendante.
» 2** Que les pointes pénètrent dans les perforations du ruban et en ressortent pendant les points morts de l'excentrique, alors que leur vitesse est voisine de zéro, quelle que soit la rapidité des mouvements;
» 3® Que ces mêmes pointes attaquent et abandonnent le ruban sans chocs, et par conséquent sans détériorer les perforations.
» Le ruban se déroule d'ailleurs très librement de la boîte H, où il est simplement maintenu sur un axe fixe.
» La cloison G est percée d'une fenêtre I, de la dimension de l'une des images successives ; cette fenêtre est alternativement couverte et découverte par un obturateur formé d'un simple disque échancré J, dont le contour est vu en pointillé ^fig* 46). L'échancrure du disque correspond à un secteur d'un angle qu'il suffit de faire varier pour modifier le temps de pose et qui peut atteindre 170° environ, ce qui serait trop pour l'obtention d'images nettes, mais qui constitue une condition très favorable pour la vision des images ; lorsque l'appareil sert à cet effet, elle est disposée de manière à découvrir la fenêtre I, pendant que le ruban est immobile, c'est-à-dire pendant la course ascensionnelle des pointes a.
)) Le mécanisme qui vient d'être décrit est utilisé soit dans le même appareil, soit avec des appareils spéciaux :
» i" A l'obtention des images négatives ou clichés, par la pose directe des scènes à reproduire;
» 2® Au tirage des épreuves positives ;
» 3** A la vision directe ou à la projection sur écran des photographies en mouvement.
)) Les clichés sont obtenus sur un ruban de papier sensible transparent ou mieux de pellicule sensible perforé sur ses bords comme nous l'avons expliqué.
» La chambre G étant fermée et munie d'un objectif en face de la fenêtre I, les phases successives de la scène animée qui pose devant l'objectif sont reproduites sur le ruban pendant qu'il est au repos et découvert par l'obturateur, tandis que la descente du ruban a lieu pendant que la fenêtre I est cachée par ledit obturateur.
C^4 CHAPITBE II.
» On pourra de cette manière obtenir des impressions très nettes se succédant rapidement, vingt fois par seconde, par exemple, avec un temps de pose pouvant atteindre dans ce cas ^ de seconde environ sur une surface complètement immobile.
» La bande impressionnée descend librement dans une chambre noire au-dessous de Pappareil, où elle est prise pour le développement.
)) Le tirage des positives a également lieu sur un ruban sensible, transparent ou non, perforé exactement comme le premier.
» Les deux rubans superposés traversent Tappareil comme précédemment avec une vitesse qui peut cependant être moindre, suivant le degré de sensibilité ou d'éclairage.
» EnGn le même mécanisme ou un mécanisme semblable servira ensuite à la vision directe ou à la projection des images positives.
» Ces images se succéderont absolument de la même manière et reviendront exactement à la même place que les impressions reçues à la pose; elles seront vues isolément, à Tétatde repos complet, et pendant un temps presque égal à l'interruption entre deux images consécutives, conditions très favorables à la netteté et à la continuité de la vision. »
Le premier appareil ainsi construit donnait déjà des résultats remarquables, mais MM. Lumière ne tardaient pas à le perfectionner; de là leur nouveau brevet du i3 février iSgS.
(( Le premier de ces perfectionnements est montré par les ^^.48 et 49? ^^ fig* 5o étant une coupe suivant xy de Xdijig, 48. H a pour objet de rendre plus doux et plus rapides les mouvements des pointes a, a, lorsqu'elles s'engagent dans les perforations du ruban ou qu'elles les abandonnent.
» Dans ce but, les pointes a, a sont constituées par une fourchette très légère F (vue à une plus grande échelle fig, 49)? montée sur un prolongement latéral du coulisseau II, et guidée par un petit support f de manière à coulisser horizontalement. Elle porte sur sa tige centrale une louche d actionnée tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, par deux bras g^ g fixés à l'arbre A et portant à leurs extrémités deux portions d'hélice en sens contraire. Les bras^, g sont disposés de façon à repousser la fourchette
dans les perforations du papier avant que le coulisseau ne commence sa marche descendante, et à la retirer en arrière avant la course ascendante. Tout se passe d'ailleurs de la manière décrite
Fig. 48.
Fi g. 49.
Fig. 5o.
dans le brevet primitif, sauf la douceur et la promptitude des mouvements.
» Une seconde modification a pour but d'augmenter au besoin le temps de repos du ruban en substituant à l'excentrique qui conduit le coulisseau une came de tracé convenable, par exemple la came triangulaire représentée yî^. 5i, qui permet de maintenir le
Fig. 5i.
ruban immobile pendant les deux tiers du temps total, condition très favorable pour la vision, soit directe, soit en projection, et pour l'obtention d'images avec des temps de pose relativement grands «
)) ËnGn, nous avons rendu la vision plus nette dans l'observation directe ou par projection, en diminuant le scintillement, dû à la suppression périodique de la lumière.
)) Dans ce but, le disque échancré opaque employé pour Tobtenlion des images est remplacé par un disque échancré en matière translucide, papier huilé, paraffiné, celluloïd, etc. »
Dans un second certificat d'addition du i3 février iSqS, MM. Lumière ont encore apporté de nouvelles modifications à leur cinématographe •
(( Ce perfectionnement a trait à la réception de la bande de pellicule impressionnée à sa sortie de l'appareil. Dans notre premier modèle, cette bande descendait librement dans une chambre noire ; mais il est préférable, pour la commodité des manipulations suivantes, de l'enrouler au fur et à mesure sur un rouleau placé luimême à l'intérieur d'une boîte qui permet de le transporter à l'abri de la lumière.
» hesjig, 52, 53 et 54 montrent la disposition que nous avons adoptée dans ce but.
» Le rouleau est enfermé dans une boîte E, placée derrière l'appareil A ; il reçoit son mouvement à l'extérieur par un plateau de friction G, sur lequel s'appuie un galet D, monté à l'extrémité de l'arbre principal de l'appareil qui, comme on le sait, tourne d'un mouvement continu.
» La bande pelliculaîre B, descendant de l'appareil, se relève en passant dans une gouttière F, pénètre dans la boîte derrière une cloison G, dont elle contourne la partie supérieure, et se rend au rouleau dans une direction se rapprochant de l'horizontale.
)) Le rouleau se compose d'un axe H, portant à l'extérieur le plateau G qui le met en mouvement d'une manière continue ; sur cet axe est enfilé un tube B, de diamètre plus grand, sur lequel s'enroule la pellicule dont l'extrémité est fixée par deux petites lames de ressort {Jig* 53).
» La friction de l'axe sur le tube est suffisante pour enrouler la pellicule lorsqu'elle lui est fournie par le tirage des pointes de l'appareil, mais non lorsqu'elle est au repos. Grâce d'ailleurs à la pré-
caution prise de donner au rouleau un diamètre plus grand que celui de l'axe, et de faire arriver la pellicule au sommet, la force vive emmagasinée par le rouleau pendant son mouvement ne peut produire, au moment de l'arrêt, qu'une oscillation sur l'axe, le rouleau atteignant une position voisine de celle indiquée en pointillé^^. 54, sans prolonger l'enroulement.
Fig. 52.
////////////àV//////A
Fig. 53.
Fig. 54.
» La bande une fois enroulée peut être transportée dans la boîle à l'abri de la lumière ou retirée de la boîte avec le tube R qui sert à la monter sur les appareils suivants.
)) Le même mode d'enroulement peut être appliqué à l'appareil destiné à la vision des épreuves. Il sera inutile dans ce cas de l'enfermer dans une boîte. »
Ainsi construit et perfectionné, le cinématographe de MM. Lumière présentait encore quelques légers défauts, et il abîmait parfois les pellicules; c'est pour remédier à cet état de choses que ces Messieurs modifièrent encore leur instrument (certificat du 28 mars 1896).
a Dans notre brevet et dans nos précédentes additions, nous avons expliqué que le principal avantage de notre appareil est de donner au ruban qui reçoit ou montre les images un temps de repos absolu, dont la durée est une fraction notable du temps total qui sépare l'impression ou la vision de deux épreuves successives. En
remplaçant par une came l'excentrique qui, primitiTement, actionnait la grifTe qui mène le ruban, nous étions parvenus à augmenter ce temps de repos; mais au delà d'une certaine limite, le tracé de cette came conduit à des changements de direction trop brusques, qui risqueraient de détériorer le ruban.
» Pour éviter cet inconvénient, nous avons imaginé de donner à l'arbre lui-même sur lequel est montée cette came un mouvement
Fig. 55.
à vitesse périodiquement variable, dont le maximum correspond à ta descente de la griSe entraînant le ruban, et le minimum à l'ascension de la griSe pendant laquelle le ruban reste au repos. Ce résultat est obtenu en appliquant le moteur sur un axe intermédiaire, dont le mouvement, de vitesse uniforme, est transmis à l'arbre portant la came, au moyen d'engrenages convenablement escentrés.
» h^fig. 55 représente l'ensemble de l'appareil avec ses derniers perfectionnements :
)} Sur l'arbre principal A est monté un pignon excentré S, conduit par une roue à contour ondulé S', dont l'axe porte une poulie de commande V. La position montrée yî^. 56 correspond au mi-
Fig. 56.
^ vz/x/x+VAT/yy/y^i yxxyyvvyy//vy>x,vy>yy/y'yy'x/'/'> 2
Heu de la course ascendante du ruban, point où la roue S commandée par son petit rayon atteint sa vitesse maximum. Le secteur J couvre en même temps la fenêtre F, derrière laquelle passe le ruban R.
» Les variations périodiques du travail de l'arbre A, dont le maximum a lieu pendant la descente du ruban, sont compensées en partie par le poids du coulisseau D; on pourra rendre cette compensation plus effective en appliquant sur la tête de ce coulisseau un ressort X.
0) Il peut arriver que le retrait de la pellicule dont est formé le ruban, déplace les perforations pratiquées sur ses bords, et que
Fig. 57.
Técartement de ces dernières ne corresponde plus à celui des pointes de la griffe. On peut éviter cet inconvénient en remplaçant les perforations par des encoches en forme de dents de rochet ou de crémaillère, comme le montre \^fig' 55. Cette forme permçt
aussi l'emploi de denU plaies, ayant avec la pellicule un conlacl plus étendu qu'une simple tige ronde.
» La fig. 58 montre, appliquée à l'appareil, la disposition d'enroulage automatique sans cbocs. Le ruban qui se déroule du rouleau supérieur P vient s'enrouler dans la boile mobile N, par les
moyens déjà décrits. Lorsqu'on procède au tirage des épreuves positives, le ruban négatif esl porté par un deuxième rouleau P, superposé au premier, et sort vers le bas de l'appareil par un canal T, comme l'indique le tracé en pointillé.
» Quand on fait servir l'appareil à la vision, soit directe, soit par projection, le passage périodique de la lumière à l'obscurité cause une scintillation que l'on évitera ou atténuera du moins en partie, en pratiquant sur le secteur obturateur J des fentes étroites dirigées suivant les rayons, comme le montre X^fig. 5^. Ces fentes, qui pourront avoir des formes et des dimensions variables, seront
réparties, régulièrement ou.non, sur tout ou partie de la surface du secteur» »
Enfin, dans un quatrième certificat d'addition du i8 novembre 1896, MM. Lumière ont encore perfectionné le mode d'enroulement et de déroulement des rubans pelliculaires, en conformant ces deux fonctions au mouvement intermittent du ruban, tout en conservant à ce dernier une tension régulière.
hes Jig. 59, 60 et 61 représentent le dispositif employé à cet efiel.
« i" Déroulement, — Gomme dans notre brevet principal, la pellicule R, roulée sur elle-même, est suspendue sur une broche B
Fig. 59.
de diamètre plus petit que le vide central du rouleau qui peut ainsi
Fig. 60.
osciller librement. La broche B est fixée à l'intérieur d'une boîte G placée au-dessus de l'appareil principal F (^^. 6i ). Nous avons ajouté à ce dispositif un régulateur de tension formé d'un balancier
•p, chapithe h.
D, oscillaat sur la broche fixe B el portant à l'une de ses extrémilés une deuxième broche E, autour de laquelle passe le ruban avant de pénétrer dans l'appareil. Ce ruban est tendu par un ressort léger G, attaché à l'autre extrémité du balancier.
» Il résulte de cette disposition que, malgré le tirage intermittent du ruban, le rotdeau conserve un mouvement de rotation à peu
près régulier, l'excès de longueur déroulée pendant le repos étant emmagasinée par le régulateur, qui le restitue pendant le tirage.
» i" Enroulement. — Aprèsavoirremplisafonctionàl'intérieur de l'appareil F, le ruban pénètre en formant une boucle Pdansune boîte mobile I, et vient s'enrouler sur un cylindre S monté sans jeu ^r l'axe J mis en mouvement par l'arbre moteur X de l'appareil, au moyen de roues à friction K, K' {Jîg. 60).
» Nous avons ajouté à ce dispositif un frein automatique actionné
APPLICATIONS PHOTOGRAPtIlOUES. ^3
par la tension de la pellicule et ne permettant Tenroulement de cette dernière qu'au fur et à mesure que sa tension diminue. .
» Ce frein peut agir de diverses manières : dans les fig, 60 et 61 il agit sur les joues H d'une bobine qui reçoit le ruban R. Ce dernier arrive à la bobine en passant derrière une cloison guide L, à la suite de laquelle il s'appuie sur une traverse M, réunissant deux petits leviers à palette N, N', qui peuvent venir s'appuyer sur les joues de la bobine H, mais qui en sont éloignés en temps ordinaire par des ressorts légers O.
» Lorsque, pendant le repos de la pellicule, le ruban est tendu par son enroulement, il fait pression sur la traverse M, fait fléchir les ressorts O et applique les freins N sur la bobine, qui s'arrête immédiatement; une pression légère suffit à cet effet, vu le diamètre relativement grand des joues. Dès que la pellicule se met en mouvement, sa tension diminue, les freins N se relèvent et la bobine reprend sa marche.
» \jdifig. 61 montre, à droite, une variante dans laquelle les leviers N toujours actionnés, comme précédemment, par la pellicule, portent chacun d'eux ou l'un deux seulement, un brasT dont l'extrémité est attachée à un cordon U, faisant un ou plusieurs tours sur le cylindre S en sens inverse de son mouvement de rotation, et venant s'attacher à un point fixe V. Quand la pellicule n'est pas tendue, le cordon U est lâche et ne fait aucune résistance à l'enroulement; mais dès que la pellicule se tend, la légère traction qu'elle opère sur le cordon détermine son adhérence sur le cylindre et son entraînement par ce dernier, ce qui produit l'arrêt dans un temps très court. »
Telles sont les dispositions essentielles du cinématographe Lumière, et les principales modifications qui ont conduit ces Messieurs au modèle actuellement en usage et qui ne laisse plus rien à désirer. U est facile de se rendre compte de sa constitution intime par les figures, en partie schématiques, qui accompagnent les descriptions qui précèdent.
Nous allons maintenant faire passer sous les yeux de nos lecteurs des figures gravées d'après des vues photographiques de l'appareil, ce qui permettra de suivre d'une manière complète les descriptions
7( CHAPITBE II.
doDDées par len cooslrucleurs çux-inémes, et que n que transcrire.
Le Ciaémalographe proprement dît se c essentiels :
1° L'arbre escentrique ; s*" Le cadre porte-griffes.
mposc de deux organes
L'arbre excentrique porte les pièces suivantes : à Tune. dès extrémités est fixé un pignon qui engrène avec une roue dentée B {Jig> 62) de façon que, lorsque la roue fait un tour, le pignon en fait huit.
La roue dentée est manœuvrée à la main au mojen d'une manivelle que l'opérateur doit faire tourner très régulièrement, à raison de deux tours à la seconde environ. Par suite, l'arbre excentrique possédera une vitesse de seize tours par seconde.
Immédiatement après le pignon est disposé un rouleau de friction R faisant corps avec l'arbre. Ce rouleau est garni de cuir sur son pourtour.
En arrière du pignon est fixé un excentrique triangulaire destiné à transformer le mouvement circulaire continu de l'arbre en un mouvement alternatif du cadre porte-griffes.. Sur la face de l'excentrique opposée au pignon est vissé un disque circulaire épais, concentrique avec l'arbre, portant en saillie, sur sa face cylindrique, deux lames d'acier parallèles. Ces lames, dans une partie de leur parcours, sont légèrement déformées, de façon à présenter deux rampes destinées l'une à l'enfoncement, l'autre au retrait des griffes d'entraînement.
Enfin, la seconde extrémité de Tarbre est terminée par un plateau sur lequel, au moyen d'un écrou, on adapte le disque obturateur. Celui-ci {fig> 63) est formé de deux secteurs métalliques légers qu'on peut ouvrir plus ou moins, de façon que l'obturation ait une durée déterminée. Le plateau porte en saillie, sur sa face, une goupille qui pénètre dans des ouvertures ad hoc percées dans les disques, permettant de repérer facilement leurs positions et d'empêcher tout déplacement de ceux-ci pendant la manœuvre de l'appareil.
L'arbre est supporté par deux ponts fixés de part et d'autre d'une grande plaque de cuivre.
Le pont situé vers le pignon est à une branche; l'autre, qui embrasse l'arbre entre l'excentrique et le disque obturateur, est double et disposé verticalement.
Le cadre porte-griffes est constitué par une lame d'acier légère, percée d'une fenêtre rectangulaire dans laquelle se meut l'excentrique triangulaire; il porte à ses extrémités supérieure et infé-
rieure deux guides rectilignes qu! peuvent glisser librement, uiais sans jeu, dans deux glissières ménagées sous les pieds du pont
double. De cette façon, le cadre, sous l'action de l'excentrique, subît un mouvement vertical alternatif.
Sur le côté et horizontalement, il est muni d'un prolongement portant les griffes d'entraînement. Celles-ci, solidaires l'une de
l'autre, sodI parfaitemenl guidées dans leurmouvenieDt, qui s'effectue perpeDdiculaircment au plan du cadre. La pièce qui constitue
leur ensemble est pourvue latéralement d'un tenon sur lequel agissent les rampes.
On peut aisément se rendre compte du fonctionnement de l'appareil.
yS CHAPITRE II.
Supposons enlevé l'obturateur, et faisons tourner l'arbre à la main, jusqu'à ce que le cadre vienne occuper sa position limite supérieure, et que l'une des rampes du disque ait produit l'enfoncement des griffes. A partir de ce moment, si l'on continue à tourner, le cadre descend sous l'action de l'excentrique; après un demi-tour de l'arbre, il occupe sa position inférieure, tandis que la deuxième rampe se présente pour produire le retrait des griffes; puis le cadre remonte pour occuper à nouveau sa première position, la rampe suivante produit l'enfoncement des griffes, et ainsi de suite.
Il importe de remarquer que le retrait ou l'enfoncement des griffes ont lieu chacun pour j de tour de l'arbre, et que la montée ou la descente du cadre a lieu pendant \ de tour.
Organes accessoires. — Vers la droite de l'appareil se voit un volet en cuivre V (/ig* 62) qui peut se rabattre vers le bas et qu'un verrou maintient vertical pendant le fonctionnement. Vers la partie supérieure, il porte une glace à faces parallèles g, maintenue par deux ressorts, et destinée à presser légèrement sur la pellicule; un peu au-dessous sont fixés deux ressorts flexibles A", A, appelés ressorts contre-griffes, vis-à-vis desquels se déplacent les griffes d'entraînement. Ces ressorts ont pour effet d*éviter les déchirures de la pellicule au cas d'un accident imprévu pendant le déroulement. Dans la platine, en regard du volet, on a creusé une gaine / de faible profondeur et garnie de velours, dans laquelle glisse la pellicule maintenue en avant par le volet lorsqu'il est relevé. En haut de la gaine, vis-à-vis la glace-presseur, on a pratiqué une fenêtre rectangulaire A, dont les dimensions sont celles de l'image pelliculaire.
Tout l'appareil est monté dans une boîte en noyer dont les deux fonds mobiles constituent deux portes maintenues fermées à l'aide de crochets; l'une de ces portes F|, celle qui est dirigée vers l'opérateur, est percée d'une ouverture circulaire O, par laquelle on introduit la manivelle qui fait mouvoir l'appareil. L'autre porte est munie vers le haut, en face de la fenêtre rectangulaire citée précédemment, d'une rondelle métallique J, sur laquelle on peut adapter soit l'objectif à négatif, soit l'objectif à projection.
APPLICATIONS PIlOTOGHAPHrQUES. 79
Kinétographe de Bedts. — Le kinétographe de M. de Bedls est un des premiers qui aient paru : inspiré directement par l'instrument d'Edison, il a introduit dans le système américain l'arrêt de la pellicule, et cela non par une griffe et un excentrique comme dans l'appareil de Lumière, mais par une roue à dents inégales et un cylindre à chevilles, disposition qui a été imitée dans beaucoup de modèles venus après coup.
La pellicule est enroulée d'avance sur un magasin A {fig. 65) d'où elle est amenée sous le rouleau guide ii qui la déroule régu-
Fig. 65.
lièrement avec 1 aide du rouleau presseur C, sur lequel elle passe, avant de s'introduire dans la chambre F, ou se fait l'espositîon des clichés; de là elle vient s engager sur le cylindre entraîneur à chevilles G, dont les dents correspondent à ses perforations et où elle est maintenue par le rouleau cannelé H; son extrémité est ensuite arrêtée sur la pince du magasin I où elle doit s'enrouler pendant l'opération.
Les rouleaux C et H sont mobiles et maintenus seulement par des ressorts, ce qui rend la mise en place de la pellicule très rapide et commode, de même que la chambre F qui s'ouvre à volonté.
Le mouvement intermittent de la pellicule est produit par la
So CHAPITRE II.
roue E dont la circonférence ne porte que trois dents également espacées ; les parties pleines maintiennent le cylindre entraîneur à l'arrêt.
Tout le mécanisme est mis en mouvement par ta roue dentée D dont l'axe porte une manivelle.
L'appareil est muni de deux objectifs très lumineux, dont l'un sert de viseur.
Les fig. 66 et 67 montrent l'appareil disposé pour la prise des vues : un pied à trois branches, très solidement installé, reçoit
Fig. 66.
l'appareil, et pour éviter encore toute trépidation, l'opérateur appuie fortement de la main gauche sur l'appareil pendant que de la main droite il tourne ta manivelle.
\j,^fig. 68 représente le kinétographe monté pour les projections : sur UQ banc lourd et rendu plus stable encore par des poids posés sur la planchette qui relie les pieds, est placé l'appareil muni de son objectif; en arrière la lanterne éclairante porte à l'avant du condensateur une cuve verticale remplie d'eau alunée, qui arrête (en partie) les rayons calorifiques et empêche l'inflammation de la pellicule.
APPLICATIONS PHOTOORAPRIQUES.
ia CHAPITRE II.
Cinématographe Joly. — Cet instrument, construit par M. Nornandin avec toute la précision voulue, diffère par plusieurs détails mporlants de la plupart des modèles proposés : aussi le décriroDSlous avec détail.
\j&fig. 69 est une vue de côté (coupe verticale) et ta fig. 70 une coupe perpendiculaire à la première.
Les différents organes qui constituent l'appareil sont placés entre deux platines A et A' qui servent de paliers aux différentes roues.
Pour la projection, l'appareil est simplement fixé sur une équerre PP' qui lui sert de support ainsi qu'à l'objectif {fig- 69
API>LICATID?J3 PHOTÔGRAPBIODES. 83
et 70); pour la prise des vues, il est placé dans une chambre noire ce {fig. 71).
La commande de l'appareil se fait soit par ua moteur, électrique de prérérence, soit à la main, et c'est ce système qui est le
Fig. ,0.
plus habituellement employé et qui en somme est préférable; dans nos figures c'est la manivelle a qui imprime le mouvemenl.
Cette manivelle agit sur un axe 6, sur lequel est montée une roue dentée C, qui communique le mouvement à une seconde roue dentée d, laquelle est calée sur un ase d' {fig- 69 et 70). Sur cet axe d' sont également calées la roue dentée D {Jig. 69 et 70) et
84 CHAPITkB tl.
les deux roues dentées ^'{,fig-Qg)- La roue Dengrène elle-même
Fig. ,..
avec un pignon d" dont nous verrons plus loin l'utilité et a roue rf*" calée sur l'arbre c qui porte le rouleau denté h.
I Supposons que nous voulions prendre une vue avec Tappa-
i reil placé dans la chambre noire, comme le représente X^fig, ^\,
La pellicule impressionnée est enroulée autour de la bobine magasin H. De cette bobine H, la pellicule passe sur le rouleau h qui porte deux séries de dents k qui viennent pénétrer dans les trous pratiqués sur le bord de la pellicule.
Sous le rouleau A, la pellicule forme une boucle I et vient passer derrière l'objectif, maintenue par une porte à ressorts ; elle arrive ensuite sur un deuxième rouleau denté h! .
Sur l'axe G est également calée une roue d'angle / qui engrène avec une deuxième roue d'angle /' fixée à l'extrémité de l'axe /'' qui porte l'obturateur M percé de deux fenêtres m.
Les roues dentées D' engrènent elles-mêmes avec deux roues N, N qui font corps avec le rouleau denté h! \ l'ensemble des engrenages N, N et du rouleau h! est fixé sur un arbre H' qui est supporté par deux bielles doubles JJ et f f . La bielle à fourche JJ est articulée sur un plateau manivelle L qui reçoit son mouvement du pignon rf".
Grâce à ces dispositions, les roues N restent constamment engrenées avec la roue D' pendant le mouvement de va-et-vient transmis par le plateau manivelle L.
Après le rouleau denté A', la pellicule peut soit s'accumuler dans la chambre noire, soit s'enrouler sur un enrouleur à ressort ou sur un rouleau récepteur dépendant de l'appareil.
Loifig. 71 montre la pellicule s'enroulant sur la bobine réceptrice H' par l'intermédiaire d'un rouleau denté A", après avoir formé une boucle { nécessaire au mouvement de va-et-vient du rouleau h'.
Le rouleau h" reçoit son mouvement par une roue D^ commandée par une roue D calée sur l'arbre d'.
Geci étant dit et la pellicule étant mise en place dans l'appareil, si l'on tourne la manivelle a d'un mouvement uniforme, la pellicule est entraînée d'une manière continue par le rouleau denté h.
Le rouleau A' la tire par intermittence.
Le rouleau A", identique au rouleau A et tournant à la même vitesse, la conduit à l'enrouleur H' d'un mouvement uniforme.
Il suffira, pour prendre la vue, que les fenêtres m de l'obtura-
leur M découvrent Tobjectif pendant que la pellicule sera arrêtée. Les engrenages étant calculés de telle façon que l'obturateur M passe un tour pendant que le plateau manivelle L fait deux tours, Pobturateur M porte en conséquence deux fenêtres correspondantes aux deux temps d'arrêt.
Au point de vue des projections, le cinématographe Joly offre les particularités suivantes :
i® Le rouleau denté h qui a pour mission de dévider la pellicule d'une manière continue, permet l'emploi de bobines de toute grosseur, contenant autant de longueur de pellicule que Ton veut, et permettant par conséquent de prendre et de projeter des scènes d'une durée quelconque. La traction opérée sur la pellicule d'une manière continue n'a, en effet, à vaincre l'inertie de la bobine qu'au démarrage, et ensuite un frottement de roulement tout à fait insignifiant, réparti sur dix-huit ou vingt dents.
2** Le rouleau h permet la formation de la boucle au-dessus de la chambre, en sorte que le rouleau h' tirant sur une boucle de résistance nulle ne fatigue aucunement la pellicule.
3** Le rouleau denté h' chargé de tirer la pellicule par intermittence n'a donc à vaincre que la pression exercée par la porte de la chambre. Bien que cette pression, qui existe dans tous les appareils, soit très faible et que là encore dix-huit ou vingt dents tirent la pellicule, M. Joly a poussé la précaution jusqu'à calculer ses engrenages de telle façon que le système du rouleau A' et de l'engrenage N tournant sur l'engrenage D' fasse tendre doucement la pellicule par la rotation avant de la tirer très vivement.
Cette précaution est celle que prennent les rouliers quand ils font tendre tout d'abord les traits de leurs attelages avant de commencer le démarrage.
On évite par là les causes ordinaires de la détérioration des pellicules, qui trop souvent se déchirent au bout d'un certain temps d'usage.
4** Quand la pellicule est tendue, le rouleau continue à tourner et l'effet de la bielle //' venant s'ajouter à la rotation du rouleau, la pellicule se trouve tirée très rapidement avec une vitesse double. Cette disposition réduit de plus de moitié le temps normal pendant
lequel la pellicule serait tirée par un mouvement unique : par ce fait le temps d'obturation est de J à |, et le temps dépose de | à |, c'est-à-dire que l'on utilise presque toute la lumière comme on lé ferait pour une projection fixe.
Le cinématographe Joly installé au café de la Paix immédiatement après les fêtes du voyage du czar a montré au public parisien une série parfaite des différents incidents de la visite de nos hôtes illustres; les bandes pelliculaires étaient obtenues par M. Pirou et ne laissaient rien à désirer.
Le Lapiposcope. — Le Lapiposcope ( du nom de son constructeur) est le plus réduit des cinématographes, car il mesure i5^™ sur ï4*™ et 10®™ d'épaisseur.
Le mécanisme de cet instrument (^fig* 72 et 78) se compose des pièces suivantes :
a, a , — Plaques (au nombre de deux) réunies par trois traverses et formant le bâti général.
h, — Arbre moteur, commandé par la manivelle d.
c, — Roue de commande calée sur l'arbre 6, portant cent dents.
e. — Axe du tambour entraîneur de la pellicule/, portant vingt dents au pas d*Edison.
g. — Game à deux bosses calée sur le pignon h taillé à vingt-cinq dents.
Ces deux pièces g tl h sont montées folles sur l'axe e.
L — Rochet divisé à cinq dents, calé sur l'arbre e,
j, — Ressort à boudin calant, à frottement doux, la came et le pignon.
k. — Rondelle de butée du ressort à boudin y.
/. — Pignon taillé à vingt-cinq dents, commandant l'obturateur m,
m, — Obturateur cylindrique composé de deux lames de celluloïd formant segment sur le pourtour du cylindre.