‹ La photographie appliquée a l'archéologieChapitre 2 sur 57 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Les manipulations de la Photographie, sans être entourées de grandes diffieultés, demandent cependant bien des soins. Un cliché est encore chose assez facile à obtenir, mais il faut, de toute nécessité, faire un véritable apprentissage pour arriver à des résultats convenables. Aussi est-il absolument nécessaire de se mettre complètement au courant des diverses opérations de la Photographie ordinaire au collodion humide avant d’aborder l’emploi en campagne soit des appareils, soit des procédés.

A mon avis, la meilleure méthode consiste à demander quelques leçons à un photographe de profession ou du moins à un amateur rompu déjà aux manipulations. Quelques semaines passées à l’atelier auront vite donné l’habitude des appareils et de la préparation des plaques. Je dis

quelques semaines et non pas quelques jours, comme le répètent à plaisir les enthousiastes ; et, s’il est hicile à une personne intelligente de se rendre compte en un petit nombre de séances de la marche des opérations, il est certain que la moindre chose, le plus léger accident arrêtera complètement dans ce cas le trop ardent néophyte; une certaine pratique pourra seule compléter son éducation et lui permettra de reconnaître la cause des accidents et d’y porter remède sur-le-champ.

En meme temps que les leçons pratiques, il sera fort utile de demander à un Ouvrage bien fait quelques indications théoriques. Je recommanderai surtout les trois Volumes suivants :

Premières Leçons de Photographie ] par Perrot de Chaumeux ;

Traité général de Photographie ; par Van Monckhoven ;

Les Progrès de la Photographie ; par Davanne.

Le premier est excellent pour le commençant ; le second, beaucoup plus étendu, sera consulté avec fruit, lorsque l’oii aura déjà acquis une certaine habitude; enfin le troisième sera à consulter continuellement, car c’est là qu'il sera possible de trouver le plus de renseignements pratiques.

Dans le cas, qui n’est presque pas à prévoir, où il y aurait impossibilité de recourir aux leçons d’un photographe, il faudrait se résigner à travailler, en se conformant à la lettre aux indications du Manuel de M. Perrot de Chaumeux. Il est possible

d’arriver ainsi à acquérir quelques connaissances pratiques ; mais, je dois l’avouer, ce n’est pas chose facile.

Une autre méthode consiste à laisser de coté les manipulations du laboratoire et à utiliser des plaques toutes préparées, en les faisant révéler ensuite par le fabricant lui-mémc ; mais alors ce n'est pas employer soi-même la Photographie, et le hasard seul fait obtenir dans ce cas des épreuves convenables.

Certes, je n’entends pas proscrire l’usage des plaques préparées, et moi-même j’ai eu souvent recours à celles que livre au commerce M. Stebbing; mais ce ne doit être que l’exception. Il faut, pour arriver à de bons résultats, connaître à fond les procédés dont on se sert; l’amateur qui croit faire de la Photographie en utilisant ces plaques est à la merci de préparations dont il connaît à peine les propriétés.

Je supposerai donc le lecteur au courant des manipulations élémentaires : mise au point, préparation des plaques au collodion humide, développement, fixage, etc., etc. Il arrivera souvent que l’archéologue emploiera les procédés humides; ils sont ordinairement les plus commodes pour reproduire des objets d’orfèvrerie, des meubles, qu’il est facile de transporter dans l’atelier et d’éclairer alors convenablement.

Il conviendra d’étudier, en seeond lieu, les procédés secs; et ce que je ne saurais trop re-

commander, en répéter plusieurs fois toutes les manipulations dans de simples promenades avant d’entreprendre un voyage sérieux. On évitera ainsi bien des mécomptes, et c’est pour ne pas avoir usé de ces précautions que beaucoup d’archéologues ont mis de côté une méthode qui leur aurait rendu tant de serviees.

De même pour les appareils, il n’est pas suffisant de les avoir manœuvrés dans l’atelier ou à deux pas de sa porte, il est indispensable de les essayer à plusieurs reprises en se mettant dans des conditions identiques à celles du voyage , et ee n’est bien souvent que sur le terrain que l’on s’apercevra de telle ou telle défectuosité d’un appareil et de l’importanee de certaines précautions négligeables à l’atelier, indispensables au dehors.

Enfin je ne peux terminer ces généralités sans m’élever contre une véritable manie qui s’est emparée de tous les photographes amateurs, et que les constructeurs d’appareils s’efforcent d’encourager en ayant la prétention d’avoir réalisé, chacun de son côté, cette utopie : faire de la Photographie avec des appareils sans poids et sans volume I II faut s’y résigner par avanee*; la Photographie en voyage est toujours un embarras, elle néeessite le plus ordinairement un porteur supplémentaire : il faut même s’estimer heureux lorsqu’un homme peut suffire et qu’un mulet ne devient pas nécessaire. Presque toujours, lorsque le touriste photographe veut emporter lui-même plaques et appareil.

il a recours à un matériel trop léger, qui manque complètement de solidité, et il s’approvisionne d’un si petit nombre de plaques qu’il ne peut jamais faire deux poses devant le même sujet, et que tout lui manque si une plaque éprouve quelque accident.

La Photographie augmente toujours le bagage ordinaire du voyageur, et le poids de son matériel dépasse le plus souvent les 3o kilogrammes réglementaires. Il est vrai que toutes ces difficultés, que je parais accumuler à plaisir, n’ont qu’une importance relative et n’entraînent, dans certains cas, que des inconvénients très-secondaires; mais je tiens, avant tout, à rester dans le vrai et à ne laisser aucune illusion sur les difficultés pratiques que l’on rencontre. Je crois remplir ainsi un devoir, et j’aime mieux paraître exagérer que dissimuler en rien les difficultés que présente l’emploi de la Photographie.

Je suis amené naturellement ici à parler de la question des emballages ; mais il n’est pas possible de donner des détails précis sur un sujet si complexe; je me contenterai de poser certaines règles essentielles, qu’une pratique émaillée d’accidents m’a fait connaître d’une façon trop complète quelquefois.

Le matériel photographique est lourd; évitez donc l’emploi de caisses trop grandes, leur poids est incommode et leur manœuvre dans les gares s’accompagne de chocs violents que les hommes d’équipe ne cherchent jamais à éviter : une caisse

loin’de se jette sur le quai des bagages, un colis léger se pose assez doucement.

Les caisses seront construites en bois léger et peu cassant : le peuplier, par exemple , et jamais le sapin; elles porteront des traverses sur leurs grandes faces ; le couvercle sera relié au bâti par des charnières longues qui prendront une assez grande largeur de bois, afin d’éviter ainsi l’arrachement des parties auxquelles elles sont fixées par des vis ; la fermeture se fera au moyen de serrures doubles un peu fortes; enfin elles seront munies de poignées en fer qui permettront de les prendre à la main et faciliteront leur maniement.

Ainsi donc ! caisses d’un volume modéré, jamais trop lourdes, 20 à 3o kilogrammes tout au plus, voilà les deux points essentiels.

Ces caisses peuvent être à compartiments ; mais, si cette méthode rend remballage plus rapide, elle a aussi le grave inconvénient d’exiger une caisse spéciale pour chaque série d’appareils, et l’emballage, étant toujours lâche, est moins solide.

Serrez toujours vos emballages , et pour cela rien de meilleur que le vieux linge et les rognures de papier.

Que doivent contenir ces caisses? C’est ce que nous saurons après avoir traité du matériel et des procédés employés.

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