IV. — TIRAGES PHOTOMÉCANIGUES
L’emploi des tirages photographiques aux encres grasses est encore chose nouvelle en lilirairie, mais il est permis de croire que l’Exposition de 1878 sera le point de départ d’un essor considérable pour ce genre d’illustrations.
La perfection des épreuves sorties de certains ateliers est telle, que toute hésitation n’est plus possible, et déjà plusieurs grands éditeurs de Paris ont adopté complètement leur emploi.
Avec elles, en effet, toute cause d’altération a disparu; les épreuves ne sont composées que d’encre lithographique, quoiqu’elles aient conservé tout le modelé et toute la finesse de la Photographie.
Il semble donc superflu de s’appesantir sur les qualités essentielles de ce procédé, et mieux vaut dire : Voyez.
Deux ateliers paraissent avoir une supériorité marquée dans ce genre; c’est au moins ce que semblaient prouver les spécimens exposés au Champ de Mars, et c’est ainsi que l’a jugé le Jury des récompenses : la maison Goupil, avec ses reproductions de tableaux par la photogravure Rousselon, et la maison Morel, avec sa grande publication sur la Sculpture française au moyen âge et pendant la Renaissance, illustrée par les épreuves photomécaniques de M. Quinsac.
Dans les circonstances où il est simplement nécessaire de reproduire des dessins aux traits, les manuscrits par exemple, les procédés de IM. Gillot donneront des clichés typographiques, qui peuvent se tirer dans le texte : on peut juger, par le spécimen qui figure ci-contre, de la perfection à laquelle est arrivé M. Gillot.
IMalgré leurs petites dimensions, les épreuves qui sont contenues dans ce Volume donneront une idée suffisamment complète des résultats obtenus couramment dans les ateliers hors ligne comme celui de M. Quinsac (Q, et elles montreront aussi à l’archéologue quel excellent parti il peut tirer de la Pliotographie.
Procédé Roiisselon. — Ce procédé est encore secret, et nous ne pouvons donner de renseignements précis sur son mode d’opération ; nous nous contenterons de dire que ce sont de véritables tirages en taille-douce, faits sur des épreuves obtenues par moulage et dépôt galvanique, dans lequel un procédé particulier qui appartient à M. Rousselon lui permetd’obtenir le grain indispensable à l’encrage. Les résultats obtenus dans la reproduction des tableaux sont particulièrement remarquables et rappellent les plus belles gravures anglaises à l’aqua-tinta ; pour le paysage, le résultat est moins bon et laisse toujours un peu trop de (*)
(*) M. Qiiinsac, 5, rue de TAqueduc, Toulouse.
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froideur au sujet; de plus, le monopole conserve à ces tirages un prix de revient assez élevé.
Procédé Quinsac. — M. Quinsac utilise le procédé primitif de Poitevin, et il nous a gracieusemeut autorisé à décrire la marclie générale de ses manipulations.
Les tirages se font sur des couches de gélatine, étendues sur des plaques de cuivre rouge. Ces plaques, dressées avec un soin minutieux, sont grainées très-régulièrement avec du grès fin, puis recouvertes d’une couche de gélatine additionnée de colle de poisson et de bichromate dépotasse, et séchées rapidement à l’étuve.
La pose se fait comme dans le tirage des positives ordinaires, mais les clichés doivent être retournés, et la valeur de la planche dépend entièrement du temps de pose. On peut, avec le même cliché, obtenir des tirages gris uniformes, ou, au contraire, des épreuves dures et sans modelé; de plus, chaque genre de clichés exige un dosage différent de bichromate.
La plaque insolée est plongée dans un bain d’eau abondant que l’on renouvelle jusqu’à disparition complète de tout bichromate solul)le, puis elle est séchée à l’air libre.
On ne doit procéder au tirage que lorsque la dessiccation est complète; la plaque est d’abord mouillée avec soin, l’excès d’eau enlevé avec un rouleau garni d’étolfes douces et unies, puis soumise
au rouleau encreur du li tliograplie. Si la préparation est dans de lionnes conditions, la couche do gélatine s’encre comme une pierre lithographique, avee cette dilïerence, à l’avantage de la Photographie, qu’til est facile de donner plus ou moins de valeur à l’épreuve suivant la marche de l’encrage : un encrage rapide donne des épreuves dures et sans demi-teintes; un encrage lent et régulier, des épreuves douces et vigoureuses, suivant la densité de l’encre employée.
Par les procédés ordinaires, l’encrage se fait en deux fois ; une encre dure donne les grandes masses, et une autre plus fluide donne les dernières teintes. Dans la j^ratique, cette méthode n’est qu’un prétexte pour faire passer de mauvaises planches et ne peut jamais donner un tirage régulier.
M. Quinsae obtient, au contraire, un encrage complet du premier coup, et c’est ce qui lui permet d’obtenir une très-grande régularité dans les teintes et dans les valeurs que demandent les clichés. C’est certainement la cause prineipale de la supériorité des épreuves sorties de ses ateliers. Les épreuves peuvent être tirées sur papier ordinaire, avee marges réservées; c’est sans contredit la meilleure méthode à employer pour les sujets un peu grands, et l’on obtient ainsi des épreuves aussi eomplètes que les plus belles lithographies. Mais il est possible également rie produire des épreuves absolument semblables aux photographies ordinaires ; on emploie alors le papier couehé
(papier porcelaine mal), et répreuve reçoit nu vernis qui lui donne exactement l’aspect d’une positive sur papier albuminé.
Les tirages se font au moyen de la presse litliograpliique ordinaire; mais, dans les presses à bras, le rateau est remplacé par un cylindre, pour éviter les éraill Lires qui se produiraient sur la couche de gélatine. Gliaque plaque fournit aisément plusieurs centaines d’épreuves.
Comme on le voit, ce procédé est très-simple, mais pour un amateur il exige un outillage dispendieux et encombrant ; aussi sera-t-il presque toujours préférable de faire exécuter ces tirages dans des ateliers bien dirigés.
Cependant j’indiquerai aux amateurs qui désireront essayer cette méthode les Traités publiés par M. Geyniet, par M. IVloock, et surtout celui de M. Léon Vidal.
En terminant ce petit travail, je puis dire que je me trouverai suflisamment récompensé si sa lecture entraîne les archéologues à mettre en œuvre les méthodes que je viens d’exposer. Qu’ils veuillent bien faire quelques essais, et ils ne tarderont pas à reconnaître que l’appareil photographique leur est aussi indispensable que l’album et le crayon du dessinateur.