III. — TIRA&ES DES ÉPREUVES POSITIVES
Procédé aux sels d'argent. — Les opérations précédentes ont mis l’areliéologue en possession de clichés; il ne lui reste plus qu’à les mettre en œuvre et à arriver ainsi au but de son travail. Deux méthodes peuvent être suivies : l’une utilise les clichés ordinaires et donne des épreuves qui sont toujours longues à tirer et qui, pour la plupart, ne peuvent être acceptées par la librairie ; l’autre emploie des clichés retournés et donne des épreuves obtenues mécaniquement à la presse^
épreuves qui ont tous les avantages de la Lithographie et de la Gravure joints à la vérité de la Photographie.
La plupart du temps on aura recours aux deux méthodes, et voilà pourquoi j’ai insisté sur la nécescité de multiplier les clichés; on emploiera la vieille méthode aux sels d’argent pour connaître tout de suite le résultat que doivent donner les clichés, et l’on utilisera les tirages photomécaniques pour les publications.
Je ne parlerai pas longuement des tirages du premier genre et je renverrai aux Traités spéciaux. Cependant je donnerai avec détail le proeédé à la gomme laque de M. Taylor, car il est peu connu et il est vraiment le complément indispensable du procédé sur papier sec.
Procédé au platine. — Enfin je dois indiquer un système encore peu connu, mais qui donne de fort beaux résultats : les tirages aux sels de platine de M. Stebbing-. Ces épreuves sont tout à fait inaltérables et donnent des résultats d’une très-grande netteté ; la première formule de ce procédé comprenait encore l’emploi d’une petite quantité de sels d’argent qui nécessitait des bains d’hyposulfite, cause si fréquente d’altération; mais M. Stebbingest parvenu à supprimer complètement les sels d’argent, et il obtient couramment des épreuves uniquement formées de platine. M. Stebbing se chargeant des tirages à petit nombre, les amateurs
poiuTonl ainsi facilement obtenir les quelques épreuves qui leur sont nécessaires.
Positi^’es sur papier à la gomme hapie. — Le j)i’océdé Taylor date déjà d’une époque assez éloignée; il a été publié en 1867.
« Les éj)reu\es obtenues j)ar ce procédé sont d’un elïet très-artistique et olFrent les meilleures garanties de solidité.
» i^es substances nécessaires sont de la gomme laque blanclie, du borax et du phosphate de soude ordinaire.
Solution au borax.
Eau 100
Borax 4
Gomme laque 8
Solution au phosphate de soude.
Eau lüO
Phosphate de soude 4
Gomme laque 5
» On prépare rime ou l’autre de ces solutions. La gomme laque, finement pulvérisée, est mise dans un llacon, agitée avec de l’eau, de manière à lui enlever par ce lavage toutes les matières solubles qu’elle pourrait contenir; enfin on jette le tout sur un filtre.
» On prend ensuite un vase con\enable (le fer émaillé est excellent pour cet usage), et on le place sur le feu avec la quantité d’eau nécessaire ; lorsque les sels sont dissous, on y ajoute la gomme laque
Tuvïaï. Phot. appl. il lArch.
encore liuniide. 11 faut avoir soin que l’eau ne soit point trop cliaude au moment on l’on ajoute la gomme laque, sans quoi elle se prend en grumeaux et Ton a beaucoup de peine à la faire dissoudre. On maintient rébullixion pendant deux heures environ, en ayant soin de remplacer l’eau à mesure qu’elle s’évapore.
» Gomme la résine est en excès, il y a une portion qui ne se dissout pas; ce résidu est gris, visqueux, et engorge rapidement les filtres. On laissera donc reposer le liquide au moins pendant douze heures et, après l’avoir décanté aVec soin, on le filtre d’abord à l’éponge, puis au papier.
» Ces solutions se conservent plusieurs mois; l’addition de camphre dans les llacons empêche les moisissures (^).
» On peut les employer soit seules, soit mélangées, selon la teinte que l’on désire obtenir ou la nature du négatif. Le mélange de o parties de la solution au borax et de 3 de celle au phosphate de soude donne de très-bons résultats avec des clichés de moyenne force.
» On peut faire usage soit de papier photographique, soit de papier à dessin ordinaire. Les remarques suivantes s’appliquent spécialement au papier Whatman.
» Le papier est coupé d’une dimension de i ou (*)
(*) Une trace d’acide phéiiique produirait uli meilleur résultat.
2 pouces plus grande cpie ne l’exige l’épreuve que l’on veut obtenir. Cet excédant est replié du côté opposé à celui qui doit porter l’image, et c’est par là qu’on saisira la feuille pendant les opérations suivantes.
» Pour enduire la feuille, onia plonge de champ dans le bain, de manière à l’immerger d’un seul coup ; un triangle en verre est très-commode pour cela. L’endroit de la feuille, c’est-à-dire le côté qui doit recevoir l’image, est placé en dessus, et le triangle passé lentement et légèrement sur toute la surface. Au bout d’un quart de minute, le papier est retiré et suspendu pour sécher.
» On sensibilise sur un bain contenant i opour loo denitrate d’argent, quoiqu’un bain de moindre force donne également de bons résultats. On doit le filtrer chaque fois que l’on en fait usage, et l’on doit laisser flotter les feuilles à sa surface pendant trois ou quatre minutes.
» On peut, dans quelques cas, faire usage avec avantage du papier ainsi préparé ; mais, en général, il est préférable de lui faire subir une autre préparation avant de tirer l’épreuve. Elle consiste à replonger la feuille dans le l)ain de gomme laque qui a déjà servi ou dans un bain neuf étendu de moitié d’eau, en s’y prenant exactement comme nous l’avons dit la première fois. Ainsi préparé, le papier se conserve longtemps.
» Les épreuves obtenues sur une seule couche doivent être lavées avec soin avant le fixage, tandis
que celles qui ont reçu deux couches peuvent être fixées sans lavage préalable.
» Les épreuves tirées sur le papier au phosphate ou contenant une large proportion de ce sel prennent un joli ton dans le fixage à l’hyposulfite de soude, 2j ])our loo; mais, lorsque la solutionne contient que du borax ou une faible proportion de phosphate de soude, on obtient de meilleurs tons en associant le sulfocyanure d’ammonium àfhyposiilfîte de soude. Ces sels peuvent être mélangés dans le même liain, ou bien les épreuves sont ]>assées d’aliord dans la solution de sulfocyanure d’ammonium et l’on termine le fixage par l’hyposulfite seul.
» Après un lavage complet et soigné, on fait sécher. L’épreuve peut être alors considérée comme terminée; mais le jdus souvent, et surtout lorsqu’on a fait usage du ])hosphate de soude, quelles que soient leur apparence et leur solidité, on les améliore encore en les saturant du vernis suivant :
Gomme laque blanche 2 à 3
Alcool 3o
On l’étend au pinceau au revers de l’image (').
Tirages au charbon. — 1^’usage a fait donner aux tirages à la gélatine bichromatée le nom (V épreuves au charbon; on veut sans doute in- (*)
(*) Bulletin de la Société française de Photographie, t. XX, p. 22.
cliquer par ces mots que la coloration est due à une poudre inerte et non à des sels métalliques.
Ces épreuves peuvent être obtenues par deux méthodes différentes : rime, applicable à un tirage restreint, pourrait être dite méthode des collages; l’autre, au contraire, applicpiée en grand dans plusieurs maisons, produit mécaniquement des épreuves : c’est la photo gljptie. Les épreuves obtenues par l’une ou l’autre méthode ont le grand avantage d’être inaltérables aux agents chimiques, mais ont un autre inconvénient : c’est d’être en grande partie composées de gélatine, substance qui, malgré les divers systèmes de coagulation, est toujours plus ou moins hygrométrique et altérable. Cependant ces méthodes sont déjà un énorme progrès sur les tirages aux sels d’argent, et c’est avec raison qu’on y a souvent recours.
Je ne décrirai pas ici les manipulations trèsminutieuses cjue comportent ces procédés, et je renverrai aux Traités spéciaux de MM. Van Monckboven, Liebert, Vidal et Lamy; on trouvera là tous les renseignements nécessaires.
Il ne me reste plus qu’à dire quelques mots des impressions photomécaniques aux encres grasses; ces procédés semblent avoir atteint le dernier degré du perfectionnement, et c’est seulement depuis qu’ils sont devenus tout à fait pratiques que la Photographie rend de véritables services en librairie. Là, est en effet le but cherché.