II. — CHOIX DES APPAREILS
Chambre obscure. — Deux modèles peuvent être adoptés, la forme carrée ou bien la disposition à soufflet tournant : le premier est plus lourd, mais plus simple de construction et de manœuvre ; le second plus léger et néanmoins d’une solidité assurée quand il sort d’un bon atelier; je le conseillerai donc de préférence.
L’acajou et le noyer sont employés presque exclusivement maintenant, et ils se valent lorsqu’ils sont bien choisis et parfaitement secs; de même je ne saurais choisir entre un soufflet en toile ou un soufflet en peau : ils s’usent aussi vite l’un que l’autre.
Trutat. Phot, appl. à VArcIi. 3
Mais, outre un bon assemblage des difï'érenles parties et une précision absolue, une chambre obscure , surtout si elle est destinée à la Pliotograpliie des monuments, doit remplir deux conditions particulières : la planchette porte-objectif doit pouvoir se hausser et s’abaisser, et il faut que le châssis porte-plaque soit construit à bascule pour qu’on puisse ramener la plaque dans un plan vertical. La première de ces conditions est absolument nécessaire , la seconde est importante pour les grands formats et peut être négligée pour les petits ; grâce à ces dispositions, il est possible d’éviter les déformations et les défauts d’aplomb qui font le désespoir des artistes.
Les châssis pour le collodion humide seront de préférence à rideaux ; leur manœuvre est plus douce que celle des châssis à volets, et permet d’éviter les déplacements de la chambre obscure. Pour les grands formats, ce système est indispensable.
Les châssis pour le collodion sec seront toujours simples, et je conseille nettement de proscrire les châssis doubles. Cette combinaison, inventée pour diminuer le poids et le volume des châssis, amène les plus désagréables confusions ; elle est souvent cause de doubles poses, el, si un accident se produit, il entraîne la perte de deux plaques au lieu d’une.
Pour les grandes dimensions, les châssis doivent toujours être en bois, et rien ne me paraît meilleur (pie les volets en bois léger recouvert de toile
collée: rébonitc doit être rejetée, elle se déjette presque toujours. A partir de la demi-plaque et au-dessous, les châssis en carton sont excellents, d’une justesse parfaite et d’une grande solidité, s’ils ont été construits avec soin.
La chambre obscure et les châssis seront renfermés dans un étui de toile à voile caoutchoutée, muni de bretelles qui permettent de placer ee sac sur le dos d’un porteur. Un crochet, sur lequel peuvent se placer des appareils de diverses grandeurs, est aussi d’un usage très-commode. Enfin une excellente précaution consiste à envelopper la chambre obscure dans un étui de drap; elle sera ainsi préservée des choes, des éraillures qui déparent toujours un appareil.
Pied. — Le pied destiné à supporter la chambre obscure est d’une grande importance, et cette partie de l’outillage a été trop négligée jusqu’à présent.
Les pieds-cannes, de toute espèce, sont insuffisants; jamais ils ne sont d’une rigidité suffisante, le moindre choe provoque des vibrations. Je eonseille donc les pieds à trois branches et à coulisse, afin de rendre possible l’allongement ou le retrait des branches; dans ces conditions, l’appareil peut être mis à toutes les hauteurs et s’installer solidement partout, sur un terrain en pente comme sur le parapet d’un pont ou sur le bord d’une fenêtre.
Le système à trois coulisses, que M. Jonte a nommé pied américain, est excellent; mais il
convient de remplacer les boulons de cuivre, trop cassants, par des pièces en fer : la solidité sera ainsi beaueoup augmentée. Enfin , lorsque l’appareil prend une assez grande longueur de développement, il est indispensable d’ajouter une jambe de
force double à l’extrémité libre de la chambre obscure {fig- i); sans cela il serait presque impossible d’éviter les vibrations latérales.
De même, le boulon qui relie la tête du pied à la chambre obscure devra porter un crochet où pourra se fixer un sac de toile rempli de pierres,
afin de donner, en cas de vent, plus de stabilité à l’appareil.
Accessoires. — A tout ce matériel il peut être bon d’ajouter encore quelques accessoires que chacun choisira suivant les circonstances et d’après ses besoins.
Quelquefois, lorsqu’il s’agit de faire une nombreuse série de clichés d’un même monument, il est utile d’employer le collodion humide. Si l’on ne peut installer un laboratoire dans quelque recoin obscur, il faut avoir recours aux laboratoires portatifs.
Bien des combinaisons ont été proposées : ainsi l’on est arrivé à avoir sur des voitures des installations complètes qui remplacent le laboratoire de l’atelier; mais ces installations encombrantes et coûteuses ne peuvent convenir qu’aux photographes de profession. D’autres, au contraire, sont établies dans des conditions beaucoup plus acceptables, et j’en citerai quelques-unes.
Le laboratoire américain de M. Jonte 2)
est merveilleusement combiné, et je n’ai qu’un seul reproche à lui faire : l’enveloppe de caoutchouc le rend insupportable par les grandes chaleurs ; il est indispensable de remplacer cette enveloppe par des étoffes légères, en triple épaisseur, qui arrêtent la lumière.
La boîte de M.Terpereau [ji§> 3) est plus simple ; elle a, il est vrai, l’inconvénient de nécessiter une
caisse spéciale pour les produits et les cuvettes, mais elle présente le grand avantage de servir pour des formats Irès-difierents. De plus, sa légèreté
Fi[f. 2.
permet de se servir de deux laboratoires, l’iin pour la sensibilisation, l’autre pour le développement ; on évite ainsi bien des taches, ce grand défaut des manipulations hors du laboratoire.
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On est contraint parfois d’installer la chambre obscure dans des conditions peu commodes ; il faut, par exemple, l’élever beaucoup pour la mettre au niveau des sujets à reproduire, et alors les pieds
Fig. 3.
ordinaires sont insuffisants. Dans ce cas, on emploie un pied dont les branches sont assez longues pour porter la chambre obscure à la hauteur nécessaire, 3 mètres au moins, et l’on se munit d’une petite échelle pour manœuvrer l’appareil. Une méthode plus commode consiste à se servir d’une
échelle double, au sommet de laquelle est fixée une planchette que des montants mobiles relient aux deux côtés d’une face de l’échelle; au moyen de brisures, il est assez facile de rendre celte échelle peu eneombrante ; pour un travail suivi, cette installation est de toute nécessité.
Mais, en voyage, il faut savoir se passer de tout *cet attirail et utiliser les ressources que l’on trouve sur plaee. Si l’on peut se procurer une échelle double, il suffit de quelques tringles et d’un peloton de grosse ficelle pour fixer à son sommet la planchette sur laquelle doit être posée la chambre obseure. Dans le cas contraire, il faut arriver à s’élever suffisamment par un moyen quelconque, une table, des chaises, une charrette, etc., etc. Il m’est arrivé de bâtir de véritables pyramides avec ce que j’avais sous la main, et d’arriver ainsi à faire des clichés fort intéressants; mais alors il faut prendre les plus grandes précautions pour ne pas faire remuer l’appareil.
A quel constructeur convient-il de s’adresser? Question délicate, mais qu’il est indispensable d’aborder, puisque ce Traité a la prétention de donner toutes les indications nécessaires. Tout d’abord je tiens à dire cju’il est maintenant facile de se procurer des appareils bien faits en s’adressant à un fabricant sérieux, et, si je cite quelques constructeurs, c’est que j’ai eu personnellement l’occasion d’éprouver leurs appareils pendant un certain temps.
Un constructeur bien connu, M. Jonte, fabrique des appareils de tous les modèles, et il sera toujours aisé de se procurer chez lui chambre obscure, pieds parfaitement établis ; mais je conseille d’introduire les modifications précédemment indiquées.
M. Darlot, dont le nom va revenir bientôt à propos des objectifs, fabrique une chambre obscure excellente, à queue fixe et à planchette porte-objectif excentrique. C’est le modèle dont je me sers le plus habituellement : mais, après expérience faite, je remplace les châssis doubles en bois par des châssis simples en carton. La dimension la plus convenable, pour ce modèle, est la demiplaque ; elle permet, moyennant l’adjonction d’une cloison mobile, de faire des épreuves stéréoscopiques. Quoique un peu délaissées, ces épreuves ont souvent de l’importance : elles permettent l’étude très-complète des masses un peu compliquées; enfin elles donnent des épreuves pour les projections, et c’est là une méthode que les archéologues devraient aborder plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent : elle leur rendrait des services considérables, en leur permettant d’étudier à l’aise dans leur cabinet les détails considérablement agrandis de leurs épreuves ; enfin cette méthode est certainement le meilleur moyen de vulgarisation des études archéologiques.
Objectifs. — Les opticiens sont arrivés à une si grande diversité de combinaisons, qu’il est dif-
ficile de donner un conseil bien net pour le choix d'un instrument. Je ne puis passer en revue et apprécier tout ce qui a été fait, et je me bornerai à citer les appareils que j’ai employés, sans me permettre de critiquer les autres.
Dans la Photographie des monuments, il est indispensable d’écarter toutes les causes possibles de déformation; j’ai déjà ditun mot des conditions que doit remplir la chambre obscure pour parer à ce défaut, et j’aurai encore à revenir sur ce sujet lorsque je traiterai de la mise en place. Les objectifs peuvent aussi donner lieu à des déformations ; autrefois ce défaut était presque universel, mais on dispose maintenant d’objectifs doubles, appelés par les opticiens aplanétiques, qui font disparaître complètement ce défaut. Plusieurs constructeurs ont mis dans le commerce, sous des désignations variées, des objectifs de ce genre.
Les premiers en date, les aplanats àc, Steinheil, sont d’ordinaire excellents ; cependant je leur reprocherai leur lenteur et leur prix élevé.
Les rectilinêaires de Dallmejer sont plus rapides, et ils ont encore un grand avantage, celui de donner trois foyers de longueurs inégales ; mais ici encore le prix est considérable (^).
Je cilerai enfin les h émis plier icpies rapides de
(') Dans le système Dallmeyer, une seule combinaison est réellement aplanétiqne; les deux autres ne donnent que des objectifs simples ; mais, comme leurs foyers sont d’une assez grande longueur, la déformation est peu sensible.
Darlot, qui sont plus rapides que les Steinheils et infiniment moins coûteux; je les emploie habituellement et j’en suis très-satisfait.
Je recommanderai également la trousse du même constructeur; elle consiste en une série de lentilles se vissant toutes sur une même monture et donnant alors une série de foyers différents : aussi rien de plus commode pour l’arcliéologue.
Il peut chercher tout d’aliord le point le plus convenable pour saisir soit une vue d’ensemble, ssit un détail d’architecture, sans avoir à se préoccuper de la distance ; il place son appareil et il n’a plus qu’à choisir une combinaison de longueur focale convenable, qui donnera sur la plaque une image de dimensions voulues.
Il est des cas spéciaux où l’objectif doit embrasser un champ beaucoup plus étendu que de coutume, par exemple lorsqu’on reproduit des intérieurs; il faut avoir recours alors aux objectifs panoramiques. Plusieurs dispositions ont été adoptées, mais le défaut général est le manque de lumière et de rapidité. A mon avis, les objectifs de M. Prazmowski ont une supériorité marquée. Cependant les pantoscopes de Buscb, dans les grandes dimensions, donnent de bons résultats ; il n’en est pas de même des petits modèles.
Voici enfin quelques indications qui permettront de choisir, dans chaque catégorie, des objectifs de foyers proportionnés aux dimensions des plaques.
La trousse de Darlot n° 1 peut servir depuis le
quart de plaque (9X12) jusqu’à la plaque entière (18x24) qu’elle couvrira parfaitement. Pour les formats au-dessus, il suffira d’indiquer à l’opticien ce que l’on veut faire et il sera toujours aisé d’obtenir une série convenable.
Les aplanétiques de Steinheil, destinés à couvrir un tiers de plaque (iiXio) ou une demiplaque (i3 X'i8), seront pris dans les n°® 3 et 4-, le premier ayant 18 centimètres de foyer et le second 27 centimètres.
Les bémispliériques rapides de Darlot, pour ce même format, devront être les n°® 1 et 2, leurs foyers étant de i 5 et 26 centimètres environ. Ce sont les deux numéros dont je me sors le plus habituellement pour une chambre de demi-plaque; ils suffisent presque toujours dans les divers cas qui peuvent se présenter. Je recommande pour leur emploi la combinaison suivante : la planchette porte-objectif est munie d’une rondelle sur laquelle se visse le numéro 1 , et l’on évite l’emploi d’une seconde planchette, pour le n’^ 2, en vissant sur le n*^ 1 une rondelle intermédiaire qui reçoit l’objectif n® 2.
Ce qui précède suffira, je l’espère, pour guider l’acheteur dans le choix d’un objectif; mais je ne saurais trop recommander d’acheter seulement un ou deux objectifs pour commencer; plus tard, l’expérience permettra de compléter la série des ap- ])areils suivant les besoins. On évitera ainsi bien des acquisitions inutiles.
A dire d’indicadons générales, nous reproduisons, d’après M. Dallmejer, quelques remarques relatives à la bonne fabrication d’un objectif :
« Les verres composant un objectif doivent être exempts de veines, stries, etc., et les diverses surfaces doivent être bien polies par l’opticien ; toute apparence terne ou grise, qui reste après un nettoyage soigneux, est l’indice d’un poli défectueux. La présence de quelques bulles d’air n’affecte en rien la qualité d’un objectif, et malheureusement chacun peut s’en apercevoir, alors que d’autres défauts beaucoup plus sérieux ne peuvent être décelés que par un œil exercé. Plus le verre sera limpide et incolore, meilleur sera l’objectif. »
Le même auteur donne les conseils suivants pour la conservation des objectifs :
(( 11 faut, autant que possible, conserver les objectifs dans une atmosphère sèche et les préserver de brusques changements de température, car certaines espèces de verre sont susceptibles de se ternir, ce qu’en termes techniques on nomme transpirer JT owlQS les fois que l’humidité devient visible sur une surface, on l’enlève à l’aide d’une batiste douce ou d’un morceau de soie usée; il ne faut recourir au nettoyage que dans le cas où des particules de poussière* adhèrent si fortement au verre, qu’on ne peut les enlever avec un blaireau. On ne doit jamais essayer de polir les verres avec quelque poudre que ce soit. »
I'rltat. Phot, appl. à V A r ch. 4
A Ions CCS conseils j’ajoulcrai encore rindicalion de quelques précautions fort utiles en voyage. Les objectifs seront toujours contenus dans une boîte solide, doublée de drap, afin d’éviter le ballottement. J’ai l’habitude de mettre dans cette meme boîte, divisée en compartiments, une loupe de photographe pour la mise au point et un niveau à bulle d’air qui permet de s’assurer de l’iiorizon- Lalité de la chambre obscure.
Les appareils étant choisis d'après les règles que je viens de tracer, il ne reste plus qu’à étudier leur manœuvre.