‹ La photographie appliquée à l'histoire naturelleChapitre 12 sur 19 · PROJECTIONS · texte numérisé non relu

PROJECTIONS

L'emploi des projections, tend tous les jours à s'introduire de plus en plus dans renseignement, et c'est principalement en Histoire naturelle que cette méthode est appelée à rendre les plus grands services. Sous ce rapport, nous avons été distancés par les Américains et par les Allemands, et depuis nombre d'années les salles de cours de nos voisins possèdent à peu près toutes des appareils à projection. En France, le succès n'est pas venu aussi vite, et ce n'est que peu à peu que la lanterne a été acceptée ; aujourd'hui, elle est complètement à l'abri des critiques ridicules que l'on se plaisait à lui faire ; il n'est plus question de lanterne magique, mais bien d'un instrument aussi utile au naturaliste dans ses démonstrations que le microscope lui est indispensable dans ses études de laboratoire.

Les projections doivent être faites au moyen d'épreuves photographiques transparentes; les con-

structeurs français et allemands ont tous adopté le même format, lo x 8,5, l'épreuve utile ayant seulement o™,07 de côté. Les Anglais ont préféré la forme carrée (8*^, 5), et c'est là une mauvaise mesure, car il ne reste plus de place sur l'épreuve pour les étiquettes, ce qui est au contraire très facile avec la forme oblongue lo x 8.

Nous donnerons donc ces dimensions aux épreuves : celles-ci seront faites de verres dits extra-minces (*), qui auront l'avantage de posséder une flexibilité suffisante pour permettre un contact parfait entre le négatif et la plaque positive ; puis l'obligation de réunir dos à dos deux verres n'entraînera pas une épaisseur trop grande ; enfin j'ajouterai que les verres minces s'échauffent beaucoup plus régulièrement que les verres épais : de là moins d'accidents lors de l'introduction <Jes épreuves dans la lanterne.

Deux méthodes peuvent être employées pour le tirage des épreuves à projection : par superposition directe d'une plaque sensible sur un cliché de dimensions exactes (7x7 d'image), ou à la chambre obscure lorsqu'il est nécessaire de ramener à cette dimension, 7x7, un cliché plus grand. Cette dernière manière d'opérer est la bonne lorsqu'il s'agit de produire un petit nombre d'épreuves, mais elle nécessite une installation toute spéciale; la production des positives est

(*) Chez Demaria, rue du Canal Saint-Martin, 2.

longue, et il est assez difficile de régler exactement le temps de pose. Disons cependant qu'elle donne le moyen d'obtenir de belles épreuves de clichés dans lesquelles les noirs sont peu détaillés, et que c'est souvent le seul moyen de tirer parti de certains négatifs.

Les tirages par contact seront les plus employés, et avec un peu de pratique on arrivera à tirer parti de tous les négatifs bons ou mauvais.

Tirages à la chambre noire.

Le négatif sera tout d'abord nettoyé et retouché avec soin; si quelques-unes de ses parties ont une transparence trop grande, on appliquera par derrière quelques découpures de papier transparent en ajoutant deux, trois épaisseurs, suivant le degré d'opacité que Ton voudra obtenir ; dans tous les cas, une feuille de ce même papier transparent sera placée au dos pour tamiser uniformément la lumière. Le cliché ainsi préparé sera placé verticalement devant la lumière, à une fenêtre bien éclairée par exemple ; si l'on peut user d'un porte-lumière à surface réfléchissante assez grande, tel que le miroir d'un appareil à agrandissement, on projette sur le cliché un faisceau de lumière. En arrière de tout ce système, on n'a plus qu'à placer une chambre obscure munie d'un objectif convenable (hémisphérique rapide de Darlot, n** I ou 2) et à chercher la distance convenable.

afin d'obtenir une image de 7 x 7. Mais, si Ton opérait sans prendre plus de précautions, on n'obtiendrait que des épreuves grises, et il faut de toute nécessité masquer toute lumière autre que celle qui passe par le cliché. Le meilleur moyen consiste à placer l'appareil d'éclairage et le cliché à une fenêtre que l'on bouche hermétiquement, sauf dans la partie occupée par l'épreuve. Si la chose n'était pas possible, il faudrait chercher à faire une sorte de conduit en avant de la- chambre obscure, avec quelques liteaux et de l'étoffe noire.

Une disposition plus complète est celle indiquée par M. Pierre Petit :

« Nous disposons d'une chambre noire dite à transparent ^fig* 55).

» Une des faces A est vide, l'autre B est formée par une série d'intermédiaires pouvant contenir dans leurs rainures des plaques de formats divers. Les faces A et B sont reliées par un soufflet permettant de les distancer suivant les besoins.

» Nous plaçons le cliché et une glace dépolie dans l'intermédiaire de la grandeur voulue, la glace dépolie à l'extérieur, le cliché à l'intérieur de la chambre. Le côté de la chambre qui contient le cliché doit être orienté vers la plus grande lumière.

» Le cadre A de la chambre à transparent est muni de chaque côté vertical de deux crochets, l'un dans la partie supérieure, l'autre dans la partie inférieure.

» Nous approchons alors la chambre d'alelïer

ordinaire, qui^esl de la même grandeur que la cham-

bre à transparent; nous appliquons le côté A' qui est muni d'un objectif. Les deux côtés verticaux de la face A' sont munis d'écrous correspondants exactement aux crochets placés en A. Au moyen de ces crochets, nous faisons adhérer les côtés A et A'. Il va sans dire que l'accord n'est parfait que lorsque les deux chambres sont placées parfaite-

ment en ligne, et que les chariots G et G', dont les rainures sont identiques, permettent le glissement facile des cadres A et A', qui n'en forment alors plus qu'un seul supportant l'objectif, La face B' est la place de la glace dépolie de la chambre d'atelier {^fig. 56).

» Les deux chambres étant ainsi en parfaite jonction, nous procédons à la mise au point en coordonnant, par le glissement alternatif sur les chariots C et C des cadres AA' et B', les points

que doivent occuper l'objectif AA' et la glace dépolie B'{'). »

Tout étant ainsi disposé, il ne reste plus qu'à faire poser la plaque sensible. Le procédé le plus

Fig. 57.

commode est le collodion humide, car on arrive facilement à régler l'effet par un temps de pose plus ou moins prolongé suivant le négatif. Un négatif gris, sans effet, donnera à volonté une positive grise si l'on pose trop, ou une épreuve dure si la

{') Pierre Peiri fils, Photographie industrielle, p. 7 et

pose est insuffisante ; quelques essais permettront de choisir une moyenne convenable.

Les procédés de coUodion sec que nous conseillerons pour les tirages par contact ne sont plus utilisables à la chambre obscure, à cause de leur peu de sensibilité. Les plaques au gélatinobromiire donnent de bons résultats, mais il faut toujours redouter avec elle un excès de transparence.

Nous n'employons guère cette méthode de tirage, à cause du temps trop long qu'elle nécessite, et nous préférons faire un nouveau 'cliché à la dimension voulue, en faisant poser devant la chambre obscure une épreuve positive sur papier. Pour obtenir un meilleur résultat, il faudrait faire ce négatif par transparence, en mettant en place du cliché négatif une épreuve positive transparente sur verre obtenue par contact, ainsi que nous allons l'indiquer maintenant.

Tirages par contact.

Les tirages par contact sont les plus faciles à exécuter et, avec un peu de pratique, ils permettent d'obtenir d'excellents résultats. Pour employer cette méthode, il faut donc posséder tout d'abord un cliché de la dimension voulue, ou, pour parler plus exactement, il faut que dans le négatif employé il y ait une surface utilisable de 7x7, ce qui n'implique nullement la dimension même du cliché.

Il n'est pas toujours possible de photographier les objets eux-mêmes, et souvent il faut se contenter de reproduire des dessins^ des gravures, etc.; mais, si Ton sait faire un choix convenable, si négatif et positif sont faits avec soin, l'illusion pourra être complète et l'image projetée sur l'écran paraîtra avoir été obtenue d'après nature.

Fiff. 58.

Une excellente disposition consiste à placer sur une table {^fig» 58) un écran mobile et une chambre noire de format moyen; on évite ainsi toute déformation, car il est facile de maintenir dans des plans parallèles la gravure appliquée contre l'écran et le verre sensible. On éprouve quelques difficultés à mettre convenablement en place les gravures intercalées dans un livre. Voici le système que nous employons à cet effet. Nous prenons une plan-

chetle à dessin de la grandeur du volume ouvert ; au moyen d'une cordelette nous cherchons à faire tenir le volume ouvert, et nous ramenons à une même épaisseur les deux moitiés, en mettant des coussins sous le côté le moins épais ; le tout forme un panneau que nous attachons contre l'écran.

Ces clichés de gravures doivent être opaques, blanc et noir, et surtout sans voile, conditions indispensables pour obtenir des positives à fond transparent; mais c'est, en somme, chose assez difficile, si Ton ne choisit pas son procédé : aussi allons-nous entrer à ce sujet dans des détails précis.

Le coUodion sec au tannin est, à notre avis, le meilleur de tous les systèmes; mais il faut encore modifier un peu les préparations précisément en sens inverse de ce que l'on fait ordinairement, car il faut avoir des préparations peu sensibles et des clichés opaques.

Les coUodions que l'on trouve dans le commerce ont presque tous besoin d'être ramenés à une teinte rougeâtre par l'adjonction de quelques gouttes de teinture d'iode.

Le bain d'argent à 8 pour i oo sera assez abondant pour sensibiliser à la fois plusieurs plaques, ce qui permettra de prolonger la sensibilisation pendant un temps suffisant (temps employé aux lavages d'une série de plaques), afin d'obtenir des couches d'une certaine opacité. Les lavages se feront dans une série de cuvettes remplies d'eau fil-

trée, et la première sera acidulée à 2 pour 100 environ par l'acide acétique cristallisable.

La solution préservatrice sera ainsi faite :

Eau distillée 1000

Tannin 1 . . . . 5o

Acide gallique i

Dextrine jaune 5o

Laissez en contact pendant quarante-huit heures au moins, en ayant soin d'agiter fréquemment et de chauffer légèrement; au bout de ce temps, une matière gommeuse brune se précipite au fond du flacon, et par une fîltration soignée on obtient un liquide brunâtre qui se conserve très bien.

Les plaques préparées par cette méthode sont peut-être meilleures huit jours après leur sensibilisation, car elles sont alors complètement exemptes de voiles.

Le temps de pose devra être calculé avec précision, et un essai préalable est presque toujours nécessaire.

C'est au développement que l'on reconnaîtra bien vite les qualités importantes de ce procédé, car avec un peu de pratique on fera monter à volonté le cliché.

L'épreuve, passée d'abord à l'alcool, est lavée avec soin, puis développée au moyen de la solution suivante :

Eau distillée 5oo

Acide pyrogallique 6

Acide citrique 6

à J^aquelle on ajoute quelques gouttes de :

Eau distillée 5oo

Nitrate d'argent lo

Acide citrique 4

Quand le développement paraît ne plus continuer, on lave abondamment et l'on fixe au cyanure de potassium et non à l'hyposulfite. On lave avec le plus grand soin à la lumière du jour, puis on verse sur la plaque une certaine quantité d'eau dans laquelle on a ajouté quelques gouttes de :

Eau 100

lodure de potassium lo

Iode a

Sous l'influence de cette solution iodée, on voit bientôt les traits du dessin devenir légèrement blanchâtres, par suite de la transformation en iodure d'argent de la légère couche d'argent réduit qui s'est précipitée pendant le développement. On lave abondamment et l'on soumet la plaque à un nouveau développement par l'acide pyrogallique et le nitrate d'argent. L'épreuve monte rapidement, et bientôt les noirs deviennent complètement opaques sans que les traits délicats s'eff'acent; on lave et l'on fixe de nouveau. Sous l'influence du cyanure de potassium, les traits se dépouillent complètement et deviennent d'une transparence parfaite, par suite de la dissolution de l'iodure d'argent produit par la solution d'iode.

On lave enfin et l'on recouvre le cliché d'une solution légère de gomme arabique, car au séchage le collodion pourrait éclater; il ne reste plus qu'à vernir à la manière ordinaire.

Je dois ajouter cependant que les plaques à la gélatine peuvent donner de bons clichés de gravures, à la condition de forcer un peu la quantité de fer du développateur. Les plaques Hutinet sont excellentes dans ce cas.

Les clichés faits d'après nature et ceux qui sont obtenus d'après des photographies seront le plus souvent sur couche de gélatine; dans ce cas, l'opacité que nous avons cherché à obtenir dans les reproductions de gravure serait au contraire un défaut; il n'y a pas ici de conditions spéciales : un cliché bon pour les tirages ordinaires le sera également pour les tirages sur verre.

Il est indispensable, avant le tirage, de masquer avec un papier opaque toute la partie du cliché qui ne doit pas être reproduite, car la lumière qui pourrait arriver de côté (même par la tranche de la plaque de verre) produirait des voiles. Cette cache sera appliquée au dos du cliché et non sur la face supérieure, car elle empêcherait alors un contact convenable avec la plaque sensible.

Les clichés ainsi préparés sont placés dans un châssis positif assez grand pour que l'un des côtés de la planchette puisse recouvrir dans son entier le cliché : c'est la seule manière d'obtenir un serrage uniforme.

La plaque de verre mince de lo x 8,5, couverte d'une préparation sensible, est placée bien exactement à la place voulue ; un morceau de drap noir est posé dessus, puis la planchette du châssis est abaissée et serrée convenablement, et le tout exposé à la lumière, puis développé comme un négatif.

Mais comment doivent être préparées ces plaques positives?

La meilleure méthode est celle à l'albumine : c'est ainsi que sont faites les excellentes épreuves de la maison Lévy, mais elle nécessite une installation toute particulière et une très grande habitude des manipulations.

Le coUodion albuminé peut remplacer l'albumine pure, etl'on évite alors la plus grande partie des difficultés de préparation : nous ne décrirons pas ici ce procédé, renvoyant à l'excellent Traité de M. Davanne : Les Progrès de la Photographie (^), page 45. Je recommanderai seulement d'ajouter toujours de la dextrine à l'albumine et une petite quantité de tannin à la solution préservatrice d'acide gallique. Voici une excellente formule :

Eau distillée 1000

Tannin îiio

Acide gallique 1

Acide acétique 5

(') Paris, Gautliicr-Villars. In-8", 6f%5o.

Les plaques préparées à la gélatine ne donnent pas toujours de bons résultats, elles manquent d'effet, deviennent grises ; je ne les conseillerai guère que dans le cas de clichés très opaques.

Mais le procédé le plus commode, celui qui réussit dans toutes les circonstances, est celui au coUodion sec préservé au tannin ; on n'obtient pas toujours la transparence et Teffet des préparations dans lesquelles il entre de Talbumine , mais on s'en rapproche beaucoup.

La préparation se fera d'après les formules que nous avons indiquées plus haut et on laissera vieillir les plaques avant de s'en servir.

La pose se lera toujours à la lumière diffuse et se réduira toujours à quelques secondes, ce qu'un essai préalable indiquera suffisamment. Le développement à l'acide pyrogallique donnera une épreuve dont la teinte variera du noir bleuâtre au brun rouge, suivant le temps de pose. Dans le premier cas, l'épreuve pourra servir telle. quelle; dans le second, il faudra lui faire subir l'opération du virage. Celui-ci s'obtient au moyen d'une solution de i^^ de chlorure d'or et de potassium dans doo^*" d'eau distillée. L'épreuve passe rapidement au violet et enfin au bleu; on arrête l'effet par un lavage abondant et l'on gomme légèrement avant le séchage.

Les épreuves au coUodion albuminé gagnent beaucoup au virage, mais leur couleur est différente ; elles deviennent brunes et conservent dans les noirs une transparence parfaite.

Mais il arrive quelquefois que ces positives sont voilées et, à la lanterne , elles manquent d'effet ; dans ce cas, avant le virage, il sera bon d'appliquer légèrement la solution iodée indiquée plus haut et surtout de l'enlever avant transformation en blanc d'une partie de l'image; l'iode ne doit agir que sur le voile général, et cet effet est inappréciable à l'œil : ce n'est qu'au moment de l'application du cyanure de potassium que l'on volt disparaître comme par enchantement le voile général, et l'épreuve sort transparente et nettoyée en quelque sorte.

D'autres fois, une partie seule de l'image doit être modifiée, le ciel, par exemple; dans ce cas, la solution iodée doit être appliquée d'une manière toute différente. On prend alors un pinceau doux en martre, on le trempe dans la solution concentrée d'iode, et on le passe légèrement sur les parties à enlever : tout aussitôt la couche devient blanche ; on lave au plus vite et l'on applique la solution de cyanure, qui n'attaque que les parties transformées. Mais il faut agir avec dextérité, car la teinture d'iode s'étend par capillarité au delà du point touché par le pinceau, et il faut calculer cette sorte de zone ainsi produite ; pour la rendre moins étendue , il faut laisser égoutter le cliché quelque temps et le tenir presque verticalement, en plaçant dans le bas la partie à modifier. Il suffira de quelques essais pour acquérir l'habileté nécessaire, et l'on arrivera ainsi à modifier

complètement une positive, à enlever même des parties entières de l'image ; l'important, je le répète, est d'agir rapidement et sans hésitation.

Les épreuves, convenablement sèches, sont montées en superposant à la couche un second verre mince, mais il est prudent d'interposer entre les deux une épaisseur de papier noir; celui-ci, découpé soit en rond, soit en carré, donne une certaine tournure à l'épreuve ; enfin il est bon de mettre une étiquette indiquant le sujet et la nature du cliché, s'il est exécuté d'après nature ou d'après dessin; dans ce dernier cas, il est important de noter l'origine de ce dessin.

On peut se procurer aujourd'hui, dans le commerce, des séries d'épreuves à projections de toute espèce, et le naturaliste trouvera de nombreux sujets aux adresses suivantes :

Molteni, 44> rue du Château-d'Eau, Paris.

Lévy, II 3, boulevard de Sébastopol, Paris.

James How and C** , 78 , Garringdon street , London.

Otto Wigand, Zeitz (Prusse).

Max Fritz, Wilhemplatz, 3, Gôrlitz (Prusse).

n 6 fm

iJ

Page 1