‹ La photographie appliquée à l'histoire naturelleChapitre 11 sur 19 · MANIPULATIONS · texte numérisé non relu

MANIPULATIONS

PHOTOGRAPHIQUES

Le naturaliste décidé à faire usage des procédés photographiques fera bien de s'exercer d'abord à obtenir des clichés sans se préoccuper du sujet, et simplement pour s'habituer aux manipulations. A mon avis, le meilleur système à employer pour éviter trop de perte de temps est de faire son apprentissage dans un atelier; quelques jours de pratique en apprendront plus que des mois -de travail isolé. Mais, une fois au courant de la marche générale des manipulations, il est indispensable de travailler seul, afin d'apprendre à remédier aux difficultés, aux accidents qui peuvent se présenter. Il serait fort imprudent de se lancer dans une expédition lointaine sans être rompu à la pratique, et, je répéterai ici ce que j'écrivais à ce sujet dans mon Traité de Photographie sur papier :

« Il n'est plus actuellement une mission scientifique qui n'emporte avec elle un matériel photographique, et il serait long d'énumérer les résultats

'si nombreux déjà que nos savants ont ainsi obtenus.

Mais, il faut bien en convenir, on peut espérer mieux encore et je pourrai peut-être indiquer les côtés défectueux de la plupart des missions au point de vue photographique; car j'ai eu, à plusieurs reprises, l'occasion de suivre, au départ et à l'arrivée, plusieurs expéditions de ce genre. En général, c'est après coup, c'est presque au dernier moment que les promoteurs d'une expédition s'avisent des services que pourrait rendre la Photographie; ils désignent alors, au hasard, l'un des explorateurs qui, sans aucune expérience, sans étude préalable, devra s'exercer en quelques jours au maniement des appareils, apprendre quelles sont les manipulations nécessaires à l'obtention d'un cliché, en un mol, être en état de rapporter des photographies, soit d'accidents du sol, soit de monuments, soit de types humains.

y> Aussi qu'arrive-t-il le plus souvent? C'est que, le jour où la mission s'embarque^ celui qui est chargé de la Photographie n'est encore qu'un élève dont l'instruction est à peine ébauchée 5 et, il faut bien le dire, comme nous avons affaire à un véritable savant, il regarde toujours un peu comme au-dessous de son mérite cet apprentissage et part convaincu que ses connaissances sont suffisantes ; ce n'est que plus tard, lorsqu!il se trouve aux prises avec toutes les difficultés de la Photographie en voyage, qu'il s'aperçoit, trop tard, qu'il est incapable de parer au moindre accident et de résoudre la moindre difficulté.

» Toutes les fois, au contraire, qu'un manipulateur rompu à la pratique accompagne une expédition, il rapporte des documents parfaits, et qui ne laissent rien à désirer, mais aussi il ne néglige aucune des précautions minutieuses qui seules permettent de les obtenir. Chose remarquable, un opérateur habile rapporte toujours moins de photographies qu'un apprenti ; en effet, il opère toujours à coup sûr, ne démasque pas son objectif quand il sait d'avance que le résultat sera mauvais ; au contraire, lejdébutant opère toujours, dans toutes les circonstances, par tous les temps ; de la sorte, il arrive à obtenir un nombre considérable de clichés ; mais, exécutés dans de pareilles conditions, la plupart seront défectueux, et c'est par hasard que quelques-uns pourront posséder les qualités désirables. »

Je ne chercherai point à enseigner ici les éléments de la Photographie ; je les supposerai connus du lecteur, et je le renverrai aux ouvrages spéciaux, qu'il trouvera à la Librairie Gauthier-Villars. Je me' contenterai seulement de donner quelques conseils plus particulièrement applicables aux travaux du naturaliste.

Produits chimiques.

Les réactions photographiques sont toujours entourées de difficultés, à cause de leur extrême sensibilité : elles demandent des produits purifiés tout spécialement.

II est donc important de s'adresser à des fabricants spéciaux, et ils ne manquent pas à Paris ; sans vouloir éliminer les maisons que nous ne nommerons pas, nous citerons en toute confiance :

1** Audouin, cité Bergère, 5.

a^ Billault-Billaudot, rue de la Sorbonne, 22.

3° Carette, rue du Château-d'Eau, 12.

4® Poulenc, rue Neuve-Saint-Merri, 7.

5® Puech, place de la Madeleine, 21.

6° Schaeffner, passage du Buisson-Saint-Louis, II et 12.

En demandant à ces maisons des produits spécialement préparés pour la Photographie , on pourra être certain d'obtenir de bons résultats.

Appareils.

Les appareils photographiques que doit employer le naturaliste peuvent être divisés en deux catégories : ceux qui seront employés à l'atelier et ceux qui doivent être transportés au dehors, appareils de voyage.

Nous avons déjà décrit les dispositions spéciales aux diflférenles reproductions que demandent les diverses branches de l'Histoire naturelle ; nous ne parlerons ici que des dispositions générales applicables à l'ensemble des manipulations photographiques.

On trouve actuellement chez les fournisseurs spéciaux de nombreux modèles d'appareils, et, à

la conditioa de s'adresser à une grande maison, on peut être assuré de trouver à Paris d'excellents instruments.

Des constructeurs spéciaux fabriquent des cham-

bres obscures d'une infinité de modèles, nous citerons les principaux par ordre alphabétique :

Gilles, rue Fromentin, ^ bis.

JoDte, rue Lal'ayette, 124 et 126.

Mackenstein, rue Saint-Jacques, 71.

Martin, rue Lacépède, 45 et 47-

Pour l'atelier, il sera nécessaire d'avoir un appareil assez grand, 21X27 ou 24 X 3o à soufïlet

cairé, pouvant se fixer sar un. pied d'atelier à crémaillère tel que le représente la fig. 42- La plan-

Fig. 43.

chelte porte-objectif O pourra s'enlever facilement, afin d'adapter celui des instruments dont le foyer conviendra le mieux à l'objet à reproduire.

Si l'on a plus particulièrement à photographier des études d'Anatomie, l'appareil Donnadieu sera delà plus grande ulilité. Sa construction est telle qu'il pourra être employé dans presque toutes les circonstances, et le modèle perfectionné que re-

présente \^fig. 43 est d'un emploi des plus faciles.

Les accessoires ordinaires de l'atelier, fonds, appuie-tête, rideaux, n'ont rien de particulier, et je n'aurai rien à ajouter à ce que j'ai déjà dit à ce sujet pour les photographies anthropologiques.

1) est bon d'avoir à côté de l'atelier une terrasse

sur laquelle on puisse opérer en plein soleil; car il est certaines reproductions qui demandent le maximum de lumière possible.

Nous avons déjà indiqué les conditions requises pour les appareils de voyage. Une disposition excel-

Fig. 45-

lente pour les appareils de grandes din celle que représente \a,Jig, 44- Le pied à six branches est complété par deux jambes de force, fixées à la base de l'appareil.

Le soufflet tournant est presque toujours appliqué aux appareils à paysages ; il permet la mise en long ou en hauteur des appareils ; mais il a un inconvénient grave, c'est d'empêcher un relève-

ment suffisant de l'objectif. Je préfère donc les appareils à soufflets rectangulaires qui s'accrochent à une base libre ; c'est le système adopté par M. Gilles, et par M. Garpentler, de Lyon,

La glace dépolie doit être reliée à la chambre noire {fig. 45 et 46) par une charnière double, car

Kig. 4S.

trop souvent le verre dépoli, posé à terre, était cassé par inadvertance; enfin je recommanderai la double crémaillère £ qui assure te maintien du parallélisme pendant la mise au point.

Le volet des châssis D devra être à double brisure, de façon à pouvoir se rabattre en arrière de la chambre obscure.

Enfin une bascule B devra permettre de renverser le devant de l'appareil, afin de reotifier le parallélisme des lignes verticales.

Tbotat. — La Phot. appliq. à l'HUl. nal. l6

iseilterai moins les appareils à canne

Fig- 47.

{/ig. 47); cependant ils peuvent encore servir, ;

la condition de ne pas dépasser la grandeur cartealbum (i I X i5).

GoUodion humide.

Le procédé le plus commode à employer à l'atelier est celui au coUodion humide, et, malgré les avantages réels des plaques au gélatinobromure, le naturaliste doit pouvoir, à un moment donné, se servir de collodion, car sa provision de plaques peut être épuisée, et bien rarement son installation sera suffisante pour lui permettre de se livrer à la fabrication de ces préparations, tandis qu'il lui sera toujours possible de faire un bain de nitrate d'argent et de se procurer un flacon de collodion.

On trouve maintenant dans le commerce des coUodions photographiques à des prix inférieurs à celui de l'éther et de l'alcool qui les composent, résultat qui paraît inexplicable au premier abord et qui provient de ce fait, que le mélange d'éther et d'alcool est exonéré, en tant qu'alcool dénaturé, des droits énormes qui pèsent sur l'alcool pur.

Il suffira donc de s'adresser à l'un des fabricants de produits chimiques cités plus haut; j'ajouterai cependant que M. Morgan (^) fabrique un collodion qui paraît supérieur à tous les autres.

Je n'ai rien de particulier à dire sur les manipu-

(') Batilevard des Italiens, 29, à Paris.

lations du collodion humide ; je renverrai donc simplement auxTraités spéciaux, en recommandant seulement de faire toujours des lavages prolongés. Il ne peut jamais y avoir d'exagération, surtout après le fixage à l'hyposulfite de soude. Rien n'est plus désolant pour l'opérateur que la vue d'un cliché qui se couvre de taches et disparaît peu à peu faute de lavage suffisant. Sous ce rapport, il n'y a pas de substance donnant moins de .sécurité que l'hyposulfite; aussi je me sers ordinairement de cyanure de potassium, malgré ses propriétés toxiques; en ayant soin de prendre quelques précautions, il est facile d'éviter tout accident.

Il arrive quelquefois que l'on ne peut installer convenablement un laboratoire dans lequel puissent s'effectuer les manipulations photographiques : l'exiguïté ou la disposition des locaux rend souvent la chose impossible. Pour remédier à cet inconvénient, M. Enjalbert a fort ingénieusement combiné une armoire-laboratoire, qui peut se placer comme un meuble dans un appartement et qui est si bien aménagée que sous un petit volume se trouvent installés tous les appareils nécessaires.

La Jig, 48 représente l'armoire fermée ; elle ne peut se distinguer alors d'une bibliothèque que par la couleur rouge de ses carreaux.

Dans la Jig. 49, les côtés sont développés et la porte ouverte permet de voir les étagères intérieures et les flacons, cuvettes, appareils rangés méthodiquement.

EnfÎD \Ajig. 5o montre l'armoire développée et fermée et dans laquelle l'opérateur, assis commodément, peut se livrer à l'aise à toutes les opéra-

tions de préparation ou de développement des plaques.

Comme complément de cette armoire photographique, M. Enjalbert fabrique une malle de voyage dans laquelle sont ingénieusement aménagés les produits et les ustensiles nécessaires au développement (fig. 5i ).

Cette nouvelle boîte, très avantageuse en voyage^ estdivisée en deux compartiments. Le premier est à rainures, pour contenir 5o glaces de iS X i8 et

Fig- 49-

5o dé 9 X 12, ou bien pour yS glaces ^, en enlevant la séparation mobile du milieu. Le second est garni de flacons bouchés à l'émeri pour le développemenl, d'une cuvette en gutta dei3 x i8 et d'une

lanterne de voyage à verre rouge. Ces deux compartiments sont capitonnés, ont leur couvercle indépendant, leur serrure distincte, et, pour plus

de garantie, sont assujettis au moyen de deux crochets, dont un intérieur, et de deux courroies. Rien de plus commode que celte malle de voyage, car on peut se dispenser d'emporter les produits en solution, si l'on a fait préalablement chez soi

les diverses pesées nécessaires pour la contenance des flacons, que l'on remplit d'eau au fur et à mesure des besoins.

CoUodion sec.

Les collodions secs, à peu près abandonnés maintenant, présentent cependant de réels avantages, et leur grande régularité rachète souvent leur peu de sensibilité. Nous parlerons tout particulièrement des plaques préparées au tannin ou à l'albumine, dans le Chapitre consacré aux projections.

Les collodions bromures permettent d'obtenir des plaques d'une sensibilité plus que suflisante, qu'elles aient été faites au bain ou par émulsion.

Les plaques préparées par M. Dorval appartiennent à cette première catégorie; elles sont

excellentes et donnent des clichés intenses, au moyen desquels on évile facilement les épreuves grises; enfin leur développement est facile et il suffit de se conformer à l'instruction qui accompagne chaque boîte de plaques.

Les émulsions au collodion ont cet avantage que l'on peut en voyage préparer la veille au soir et en quelques minutes les plaques nécessaires à une excursion, et qu'en enlevant la couche sur un support de gélatine ou de papier, on évite le transport d'un nombre trop considérable de glaces. Je ne conseillerai pas de tenter la fabrication de toutes pièces des émulsions, car c'est là une opération délicate. Il vaut mieux les demander toutes faites à un fabricant consciencieux; nous avons toujours été satisfait de celles que nous fournit M. Puech(*).

Gélatinobromure.

Les plaques préparées au gélatinobromure tendent de plus en plus à détrôner tous les autres procédés photographiques. Leur extrême sensibilité permet à Topérateur qui les emploie d'obtenir des effets presque impossibles à réaliser avec les coUodions : vues instantanées, vues .d'intérieurs. Aussi, de toutes parts, annonce-t-on des fabriques de plaques à la gélatine sensible.

(') Pour plus de détails, voir le Traité de Photographie par émulsion sèche au bromure d'argent, par M. Chardon (Paris, Gauthier-Villars. Grand in-8; 4^',5o).

C'est probablement à ce procédé que s'arrêtera le naturaliste, car il évitera de la sorte tous les ennuis de la préparation des glaces et parviendra à obtenir des clichés avec une somme très restreinte de travail.

Quelles sont les meilleures plaques? C'est là une question embarrassante, car les marques sont nombreuses maintenant, et je ne voudrais porter tort à aucun des fabricants dont j'ai essayé les produits; ce que je vais dire sera incomplet, en ce sens que je ne parlerai que des plaques dont j'ai fait usage.

La plus ancienne fabrique est celle de M. Garcin, de Lyon ; pendant longtemps j'ai employé ses glaces à l'exclusion de toutes les autres : d'une sensibilité moyenne, elles m'ont donné d'excellentes vues de neiges et glaces, grâce au développement aux sels de fer. Aujourd'hui M. Garcin, en vue de l'obtention des portraits, a augmenté de beaucoup la sensibilité de- ses préparations, mais elles ont besoin d'être développées à l'acide pyrogallique. C'est là, à mon avis, un défaut pour le paysagiste, car on n'est plus aussi certain de l'effet à obtenir, et Ton tombe facilement dans les deux défauts opposés : clichés gris ou clichés durs. Mais, si l'on veut une grande rapidité, les glaces extra-rapides de M. Garcin sont excellentesu A la condition de lui en demander une certaine quantité à la fois, cet habile manipulateur fabrique des glaces à sensibilité moindre pour développement au fer.

Les glaces à rémulsion Monckhoven, que fournit M. Carette, ont depuis longtemps une grande réputation, et je dois dire qu'elle est méritée. Leurs couches épaisses permettent de prolonger assez longtemps le développement au fer pour obtenir des clichés vigoureux; eniin leur fabrication est d'une grande régularité. On pourrait seulement leur reprocher la qualité souvent défectueuse du verre sur lequel est étendue la couche sensible; de plus, les bords n'étant pas rodés, il faut prendre quelques précautions pour ne pas se blesser.

M. Dorval fabrique également des plaques à la gélatine qui forment le complément de ses glaces au coUodion; celles-ci sont d'une rapidité plus que suffisante et supportent parfaitement le développement au fer; les verres rodés et bien choisis ne laissent rien à désirer.

M. Hutinet, un des derniers venus, mérite cependant un des premiers rangs, et ses plaques sont de tous points excellentes.

M. Thiébault s'est acquis déjà une réputation méritée et ses préparations sont faites avec un soin extrême. Ghez lui ,se trouvent des plaques dans lesquelles la couche peut s'enlever pour obtenir des clichés pelliculaires; seulement il faut avoir le soin de renforcer la couche première par une nouvelle épaisseur de gélatine, ainsi que nous l'indiquerons en parlant des clichés retournés.

M. Stebbing, un des premiers qui se soient adonnés à la fabrication des plaques sèches, a mis

dans le commerce des feuilles de gélatine sensibles qui permettent d'éviter l'emploi du verre : ces pellicules sensibles sont d'une manipulation délicate; mais, employées avec soin, elles donnent de bons résultats.

On trouvera encore, dans les annonces des journaux de Photographie, d'autres fabriques de plaques; elles sont en général bonnes, mais il est indispensable de faire quelques essais préalables avant de se mettre en campagne, car les temps de pose peuvent varier du tout au tout, suivant le mode de préparation.

Nous ne dirons rien ici des méthodes de préparation des plaques au gélatinobromure; elles nécessitent une installation compliquée et demandent beaucoup de temps et encore plus de pratique. Cependant ceux de nos lecteurs que cette question intéresse trouveront un excellent guide dans le Traité de M. Audra, Le gélatinobromure (Vargent (*), et c'est à cet ouvrage que je renverrai également pour les manipulations de développement, de fixage, etc. ; je ne ferai que deux recommandations : développez toujours aux sels de fer, et lavez à outrance les clichés.

Faute de prendre des précautions suffisantes, on risquerait fort de perdre tous ses clichés sur gélatine; au bout de quelques mois l'image disparaîtrait et toute l'épreuve se transformerait en une

(') Paris, Gauthicr-Villars. In-i8 Jésus, iS?^.

couche d'un jaune uniforme. Le meilleur moyen de lavage consiste à faire passer un courant d'eau sur les plaques pendant cinq ou six heures ; il faut alors employer une cuvette à rainures {Jig-- 5») : un robinet A donne un courant d'eau continu, et un robinet de décharge A', convenablement réglé,

permet de maintenir l'eau au niveau nécessaire pour que les plaques soient constamment immergées,

M. Joute fabrique une cuvette à lavage dans laquelle les plaques sont placées dans un panier mobile en zinc : disposition excellente et qui permet d'enlever les plaques suffisamment lavées sans crainte de les érailler.

Les clichés convenablement lavés seront mis à '7

égoutter sur UD chevalet (^^. 53), en évitant de les placer à un soleil trop ardent ou devant le feu, ce qui pourrait amener la fusion de la gélatine.

Clicbés retonrnés.

Les tirages au charbon, ou par un procédé photomécanique, nécessitent l'emploi de clichés retournés; le plus souvent, c'est là le mode de reproduction que le naturaliste doit employer. De plus, l'enlevage des clichés sur pellicule permettra de se débarrasser des glaces lourdes et encombrantes : aussi allons-nous donner quelques formules simples et faciles.

Lorsqu'un cliché doit être enlevé, il convient de prendre certaines précautions ponr empêcher que

le coUodion n'adhère trop fortement à la glace qui le supporte. Le meilleur moyen consiste à frotter la plaque avec du talc, et, lorsque cette opération est faite avec soin, il est rare de manquer une épreuve.

Les plaques, préalablement nettoyées, sont légèrement saupoudrées de talc porphyrisé ; avec un tampon de coton on frotte rapidement la plaque, de façon à obtenir une surface égale sur laquelle le tampon glisse d'une manière uniforme. Ce premier talcage suffirait dans le cas où le collodion devrait rester fixé à la glace, et c'est le moyen le plus rapide et le meilleur de nettoyage, mais il serait insuffisant si la couche devait être enlevée ; il faut, dan« ce cas, renouveler l'opération une seconde fois. Ce second talcage se fait avec un pinceau rond en martre (pinceau à deux ou trois plumes pour l'aquarelle) que l'on trempe dans un flacon contenant du talc, dont il emporte une certaine quantité ; on l'étend sur toute la surface de la glace, de façon à laisser une couche très mince. Au moment de coUodionner, il suffit d'enlever au blaireau, ou mieux au pinceau de martre plat, l'excès de talc.

Les couches de collodion versées sur une glace ainsi préparée s'enlèveront toujours avec facilité.

Cependant, lorsque le collodion est très adhérent à la glace, il convient de prendre certaines précautions, ainsi que l'a indiqué M. Jeanrenaud (*).

( ' ) Bulletin de la Société française de Photographie, t. XXII, p. i3 et suiv.

« Après avoir passé le cliché, terminé, fixé et lavé, à Teau acidulée par 7*^*^ d'acide chlorhydrique ordinaire pour 100" d'eau, on le laissera séctier, puis on couvrira là glace de la solution suivante, successivement par chacun de ses angles, la recueillant à l'angle opposé :

Alcool >. 75"

Eau 20

Acide chlorhydrique 5

On laisse sécher sans laver. Le cliché est alors prêt à recevoir la couche de gélatine. La solution ci-dessus peut servir indéfiniment, surtout si l'on a eu soin de passer la glace à l'eau acidulée, comme il est dit ci-dessus, opération qui empêchera ensuite le liquide alcoolique de se colorer en brun. »

Lorsque les clichés auront été déjà vernis, il faudra employer l'excellente méthode de M. Rousselon :

« Faire dissoudre S^"* de potasse caustique et 4^*^ de carbonate de potasse dans 170^*^ d'eau distillée, et verser ensuite sur cette dissolution 5oo*^*^ d'alcool à 4o^

» Le vernis à la gomme laque disparaît facilement au moyen de cette liqueur; le vernis Shœné et d'autres demandent un' peu plus de potasse.

)) Lorsque le cliché est complètement déverni, le laver et le mettre baigner un instant dans de l'eau distillée contenant 2 pour 100 d'acide chlorhydrique; le retirer aussitôt qu'on aperçoit un des

coins du collodion se soulever, puis le laver et le mettre à égoutter » (*).

Le cliché, ainsi préparé, est prêt à subir l'opération de Tenlevage; ici encore deux méthodes peuvent être employées ; l'une consiste à verser sur la couche une solution chaude de gélatine, l'autre à appliquer sur le collodion mouillé une feuille de gélatine préparée à l'avance.

Nous décrirons successivement les deux méthodes. Il faut d'abord entourer le cliché de bords en papier pour empêcher la gélatine de couler de tous côtés ; il suffît de coller des bandes de papier de o™, o3 ou o°%o4 de largeur sur l'envers du cliché, en laissant déborder environ moitié de la largeur de la bande de papier. Ces bandes, collées à la colle de pâte ou à l'empois d'amidon, sont retournées, les angles collés de façon à obtenir une sorte de cuvette dont le cliché forme le fond.

Lorsque le tout est sec, les clichés sont posés sur une grande glace posée horizontalement au moyen de vis (^fig* 54) calantes.

La gélatine se prépare ainsi pour une glace de 27 X 33 :

Gélatine 20^"^

Ëau 100

Glycérine 4

Il est bon d'ajouter à cette préparation 4o^^ d'une

( ' ) Bulletin de la Société française de Plwto graphie y t. XX, p. 182.

solution d'alun à 2 pour 100. Celle solution doit être au titre exact, car quelques centimètres cubes de plus rendraient la solution de gélatine insoluble et la mettraient en pâte; si cet accident se produit, une vive agitation ramène la gélatine à l'état fluide. Le bain de gélatine doit être versé très chaud

Fig. 5,î.

sur la glace, chauffée préalablement et humectée en la plaçant au-dessus d'un vase d'eau bouillante. Cette addition d'alun rend la gélatine insoluble et imputrescible après dessiccation; elle ne se pique plus de moisissures, même après un séjour dans un endroit humide.

Il est également fort important d'éviter de former des bulles d'air en versant la gélatine sur le cliché. Pour cette opération, rien n'est plus commode que de faire usage d'une capsule en verre; le bec permet de verser facilement, et la transparence du verre laisse voir ce que l'on fait; il est bien entendu que la solution de gélatine doit éire

soigneusement filtrée avec une flanelle ou un tampon de mousseline.

En hiver, quand la dessiccation est longue à obtenir, il est prudent d'ajouter à la dissolution de gélatine quelques gouttes d'acide phénique; on écartera ainsi toutes les causes de moisissures.

Lorsque la gélatine est complètement sèche, les bandes de papier sont enlevées avec soin, et on la recouvre d'une couche de coUodion ainsi composée :

Éther 200**

Alcool loo"

Coton 5^'

Glycérine 5^

Cette couche de coUodion étant parfaitement sèche, et pour cela il faut au moins vingt-quatre heures, il ne reste plus qu'à couper avec un canif les bords de la couche à quelques millimètres des bords de la plaque, et la feuille s'enlève avec la plus grande facilité.

Les plaques au gélatinobromure, préparées pour l'enlevage, doivent être traitées de même, car l'image formée par la seule pellicule sensible serait trop mince.

Négatifs sur papier.

Nous avons déjà signalé dans les Chapitres précédents l'avantage qu'il y a pour le naturaliste voyageur à faire ses négatifs sur des feuilles de papier et non sur du verre •

Le poids du matériel nécessité par l'emploi de cette dernière méthode est considérable, principalement celui des feuilles de verre sur lesquelles sont étendues les préparations sensibles, coUodion ou gélatine. A ce grave inconvénient il faut encore ajouter les accidents, inévitables dans un voyage de longue durée et qui peuvent réduire à néant le travail de plusieurs années.

Dans les premiers temps de la Photographie, l'usage des clichés sur papier supprimait cette difficulté, et il serait facile d'énumérer nombre de missions qui ont rapporté, il y a quelque vingt ans, de superbes collections photographiques. Mais ce procédé a été impitoyablement mis de côté, et le coUodion, avec ses finesses microscopiques, a fait repousser le papier, à cause du grain qui enlevait aux épreuves cet aspect tout particulier que lecollodion a donné à la Photographie et qui est entré complètement dans le goût du public. Enfin la lenteur extrême des préparations sur papier a totalement achevé de condamner cette méthode.

Cependant c'était là une faute et, grâce à la rapidité des émulsions à la gélatine, il a été possible d-e rajeunir les procédés négatifs sur papier en leur donnant une sensibilité égale à celle des glaces.

On arrive par ce système à supprimer les plaques de verre, en les remplaçant par des feuilles de papier recouvertes d'une couche de gélatinobromure; on produit ainsi des clichés légers, incassables, et dans lesquels le grain du papier est inappréciable

lorsque l'on ne néglige aucune des précautions voulues : de plus, la sensibilité des couches est telle qu'il suffît de quelques secondes de pose. Enfin le matériel se réduit à quelques châssis de carton, ne mesurant pas plus de o",oo3 d'épaisseur.

Dernier avantage en voyage, un portefeuille de quelques centimètres à peine d'épaisseur peut contenir des centaines de clichés; il devient donc facile de garder toujours avec soi le résultat de son travail, de le mettre à l'abri des indiscrets et même de lui épargner la visite de la douane. C'est ainsi que j'ai pu parcourir l'Algérie, traverser l'Espagne, en ayant dans la poche de mon habit aoo feuilles clichés, de la grandeur demi-plaque, dont le poids et le volume n'étaient guère supérieurs à celui d'un portefeuille ordinaire ; ces clichés n'ont nullement souffert : au retour, j'ai pu développer tout à l'aise dans mon laboratoire sans qu'aucun d'eux ait eu le moindre accident.

Disons enfin que, par l'emploi de papiers pelliculaires de Thiébault, on atteindra plus complètement le but cherché : suppression du support de verre et finesse absolue. Mais, au delà de dimension demi-plaque, les manipulations deviennent délicates, et il n'est pas facile de manier sans accident ces légères pellicules de gélatine lorsqu'elles ont été enlevées du papier support.

Nous n'entrerons pas ici dans le détail de la fabrication du papier au gélatinobromure ni dans les manipulations qu'il demande ; nous renverrons au

Traité que nous avons publié chez M. Gauthier- Villars (^) et dans lequel on trouvera toutes les indications nécessaires.

Tirage des poûtives.

Les tirages aux sels d'argent devraient être proscrits d'une manière absolue, et cependant c'est encore à ce procédé que l'on a recours le plus souvent, surtout lorsqu'on demande quelques épreuves seulement à -un négatif.

Évidemment c'est là le mode le plus simple et le plus commode, car on trouve maintenant dans le commerce des papiers tout sensibilisés qui se conservent pendant un temps suffisant. Nous devons ajouter qu'en fixant dans des bains d'hyposulfite neuf et lavant avec soin, les épreuves aux sels d'ar^ gent se conservent encore assez bien, surtout si elles sont enfermées dans des albums.

Le naturaliste essayera donc toujours ses clichés avec du papier sensible à l'argent, et ce n'est que lors des tirages définitifs qu'il usera des autres méthodes.

Les tirages au charbon sont assez faciles maintenant, grâce aux bonnes préparations que l'on trouve dans le commerce : papier Lamy surtout.

Les manipulations très simples sont décrites dans

( • ) Trutat, Traité pratique de Photographie sur papier négatif (PdiTiSj Gauthier-Villars, in-i8 Jésus, i883; 3 fr.).

les Traités spéciaux (*) ; je n'en parlerai pas ici.

Les procédés de Photogljptie {^) donnent des résultats semblables au précédent; ils sont aujourd'hui à la portée de l'amatear, car on est parvenu à supprimer la presse hydraulique dans la fabrication des matrices. Mais c'est toujours de la gélatine colorée qui forme l'image, et de là une cause réelle d'altérabilité dont il faut tenir compte.

Les tirages aux encres grasses sont de beaucoup préférables à tous les autres; l'inaltérabilité est absolue, et si l'on sait convenablement manier le rouleau, les résultats sont parfaits. Un amateur ne fait guère de tirages photomécaniques et il doit chercher à confier le soin de ces tirages à un spécialiste. A l'étranger il existe un certain nombre de maisons de phototypie ou de photogravure, tandis qu'en France, pays d'origine de tous ces procédés, le nombre des imprimeries photographiques est encore très restreint.

L'atelier qui tient la tête dans notre pays est sans contredit celui de M. Quinsac, et de magnifiques planches d'Histoire naturelle sont déjà sorties de ses presses; les spécimens qui accompagnent ce travail ont cette même origine et prouveront, je l'espère, l'exactitude de mes assertions.

Tirage aux sels de platine, — H y a déjà

( ' ) Voir surtout les ouvrages de MM. Monckhoven, Liebert^ Lamy, L. Vidal.

(' ) L. Vidal, Traité de Photoglyptie ( Paris, Gauthier-Villars, in-i8 jésuS) 1881; 7 fr.).

longtemps que Ton a proposé de substituer aux sels d'argent des composés de platine, et cette méthode a Timmense avantage de donner des épreuves inaltérables ; mais^ jusqu'à présent, ce mode de tirage avait été peu employé, car ces procédés étaient garantis par des brevets et. les composés sensibles difficiles à préparer.

Aujourd'hui, toutes les manipulations que nécessite ce procédé sont connues, grâce au Traité spécial publié par MM. Pizzighelli et Hûbl, et traduit en français par M. Henry Gauthier-Villars(*).

Enfin la maison Poulenc livre maintenant des papiers sensibles qui ne laissent rien à désirer.

Les épreuves au platine ont une teinte noir bleuté d'un excellent effet; de plus, elles n'ont pas ce vernis si peu artistique des tirages à l'albumine : aussi donnent-elles d'excellents effets pour les sujets scientifiques.

J'engage vivement les naturalistes à tirer leurs épreuves aux sels de platine ; ils seront assurés d'une conservation indéfinie et d'un aspect qui se rapprochera beaucoup des dessins au crayon ; ajoutons que les images ainsi obtenues permettront de très faciles retouches.

( • ) La Platinotypie. Exposé théorique et pratique d'un procédé photographique aux sels de platine, permettant d'obtenir rapidement des épreuves inaltérables. In-S*», avec planche spécimen (Paris, Gauthier-Villars, io-S**, i883 ; 3*^', 5o).

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