‹ La photographie appliquée aux recherches micrographiquesChapitre 1 sur 21 · LILRAIRES DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

LILRAIRES DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE

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LA

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Parmi les moyens qui ont le plus puissamment contribué aux progrès récents des sciences naturelles, il n’en est pas qui ait eu une part plus large et plus utile que l’emploi du microscope; ce n’est pas cependant sans rencontrer les plus vives oppositions que cet instrument a fini par conquérir, dans les études scientifiques, la place importante qu’il y occupe aujourd’hui. Quelques savants, peu initiés à ce nouveau moyen d’observation, se refusèrent à accepter les découvertes nombreuses qui

MOITESSIER. — Photogr.

INTHODUCTION.

surgissaient clc tous côtés, et n’hcsitaicnt pas à considérer comme des illusions les faits les mieux avérés, qui sont aujourd’hui vulgaires dans la science. Cependant, grâce aux efforts persévérants de quelques esprits convaincus, la micrographie n’a pas tardé ù s’élever au rang des sciences positives; mais, à la défiance qu’elle avait d’abord inspirée succéda, dans bien des cas, l'exagération, dont les natures trop enthousiastes ne peuvent toujours s’affranchir. Les idées théoriques n’ont pas tardé à devancer les résultats de l’expérience; une fois guidé par un esprit de système, l’observateur le plus sérieux exagérait de bonne foi l’importance de ses découvertes , et l’iconographie elle-même devait se ressentir de ce défaut. Que de fois, en effet, n’a-t-on pas représenté par des figures des objets hypothétiques, dont une étude mieux dirigée n’a pas tardé à faire justice !

En perfectionnant pour l’appliquer au microscope la chambre claire de Wollaston, Amici fit faire un progrès d’une importance réelle à l’iconographie des objets microscopiques. Il suffit, en effet, pour obtenir avec cet appareil un dessin des corps que l’on étudie, de calquer pour ainsi dire leur image sur un

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écran où elle vient se peindre, et il semble dès lors qu’il soit complètement impossible de mal interpréter la nature. Il ne faudrait pas croire cependant qu’une main inhabile puisse, à l’aide de la chambre claire, reproduire avec exactitude l’apparence d’un objet microscopique ; cet instrument n’est qu’un moyen d’abréger le travail du dessinateur en donnant plus de précision au résultat, mais il ne résout qu’une partie du problème. La principale difficulté qui se présente dans l’étude de la micrographie consiste avant tout à bien voir, et la chambre claire peut seulement aider à bien dessiner ; elle est donc incapable d’exclure, comme on l’a trop souvent pensé, la part qui revient toujours aux idées théoriques, et si, entre les mains exercées du savant, elle est souvent d’une très-grande utilité, elle ne fournit jamais que des résultats bien imparfaits entre celles d’un artiste sans éducation scientifique.

On comprend d’après cela quel prix devra attacher le micrographe à une méthode iconographique capable de représenter les objets qu’il étudie en faisant abstraction de toute cause d’erreur; l’admirable découverte de Daguerre était destinée à remplir cette lacune , et son application aux éludes

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micrographiques devait suivre de près sa vulgarisation. Les premiers travaux utiles effectués dans cette direction sont dus à M. Donné, qui présenta, en I8/1O, à l’Académie des sciences, la reproduction de plusieurs objets d’histoire naturelle et de quelques tissus obtenus à l’aide de son microscope daguerréotype. En 1845, ce savant publiait, avec M. Léon Foucault, un magnifique atlas relatif à l’étude des fluides de l’économie, et contenant un grand nombre de figures gravées d’après des images daguerriennes (1). Celte œuvre réalisait déjà un grand progrès dans la science; rien ne pouvait infirmer l’exactitude des dessins originaux, mais l’art du graveur devait encore intervenir dans le résultat définitif, et l’on sait combien il est quelquefois difficile de faire comprendre à l’artiste ce qui constitue le vrai caractère d’une image micrographique.

Les progrès récents de la photographie n’ont pas tardé à fournir de nouveaux moyens, bien préférables à l’emploi du procédé primitif de Daguerre; et la substitution du collodion ou de l’albumine à la

( I) Atlas du cours de microscopie , exécuté d’après nature au microscope daguerréotype, par A. Donné et L. Foucault. Paris, 1845, in-folio.

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plaque d’argent offrit aux expérimentateurs un champ nouveau qui fut bientôt exploité avec succès. MM. Bertsch et Nachet, en France, M. Mayer à Francfort, MM. Hodgson, Shadbolt, Wenham en Angleterre , et beaucoup d’autres micrographes, oblinrent par les nouvelles méthodes des épreuves sur papier de plusieurs préparations microscopiques qui faisaient pressentir toute l’importance de cette ulile application. Cependant, jusqu’à ces dernières années, les reproductions de celte nature étaient regardées plutôt comme une difficulté vaincue que comme des œuvres d’une utilité sérieuse. A l’exception de quelques résultats sortis des mains d’habiles expérimentateurs, ces images photographiques étaient loin, en effet, de répondre par leur perfection aux exigences des objels délicats qu’elles représentaient, et elles ont fait juger trop sévèrement une méthode qui avait le seul définit d’avoir été imparfaitement appliquée. Aujourd’hui, cependant,

1 impulsion toujours croissante que les diverses sciences impriment aux recherches micrographiques fait sentir la nécessité d’un si puissant auxiliaire ; des tentatives plus ou moins heureuses surgissent de toute part, et il est permis de penser que 1 usage de la photographie ne lardera pas à se

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généraliser et à remplacer d’une manière presque exclusive le dessin ou la gravure dans tous les travaux sérieux.

Le but que l’on se propose d’atteindre en reproduisant par la photographie les objets microscopiques consiste à obtenir un dessin de ces objets dans des dimensions suffisantes pour que les détails que l’on étudie deviennent visibles à l’œil nu. Si les perfectionnements récents apportés à la construction des microscopes permettent aujourd’hui de résoudre le problème d’une manière assez satisfaisante, on n’en rencontre pas moins encore dans la pratique des difficultés sérieuses, liées à l’imperfection relative des instruments; mais il n’est pas douteux que ces imperfections ne disparaissent bientôt devant les efforts réunis des micrographes et de nos habiles constructeurs.

La question est cependant assez avancée aujourd’hui pour qu’il nous ail paru utile de réunir dans ce volume la description des méthodes les plus convenables et les plus simples qui se prêtent le mieux aux expériences de celle nature.

Il serait superflu d’insister plus longuement ici

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sur les services que peut rendre la photographie comme simple méthode iconographique ; mais il est une application trop négligée jusqu’à ce jour, et qui, à notre avis, est destinée à acquérir une trèsgrande importance, nous voulons parler de la production des images stéréoscopiques. Tous les micrographes savent combien il est souvent difficile de se rendre compte de la véritable forme des objets microscopiques ; une foule de causes se réunissent pour produire de graves illusions qui, dans quelques cas seulement, peuvent être rectifiées par l’usage d’appareils spéciaux. Les microscopes binoculaires ont rendu sous ce rapport un grand service, mais leur emploi ne saurait s’appliquer à vaincre toutes les difficultés qui se présentent. La photographie, au contraire, peut, à l’aide de moyens bien plus simples, dépasser de beaucoup les limites qu’impose à ces études l’usage des microscopes binoculaires les mieux conçus, et sous ce rapport elle mérite d’une manière toute spéciale l’attention des micrographes. On verra d’ailleurs qu’avec les méthodes que nous proposons, un microscope, quel qu’il soit, suffit pour résoudre le problème: cette simplification était importante à réaliser pour que la stéréoscopic pût devenir d’une application facile et générale.

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Enfin, une des causes qui, dans le début surtout, ont apporté l’obstacle le plus sérieux à la vulgarisation du microscope, est sans contredit la difficulté qui se présentait pour les démonstrations publiques. L’emploi du microscope solaire, éclairé par de la lumière naturelle ou artificielle, ne s'applique en effet qu’à un nombre de cas bien limité, et aucun professeur n’ignore les sérieux embarras qui surgissent lorsqu’on doit porter le microscope sous les yeux d’un grand nombre d’élèves, en général inexpérimentés. La photographie peut encore ici rendre d’éminents services. 11 suffit en effet d’amplifier à l’aide d’une simple lanterne magique une épreuve obtenue dans des conditions convenables, pour projeter sur un écran une image qui, par son exactitude, possède tous les caractères de l’objet luimême et qu’un nombreux auditoire peut étudier sans difficulté. Cette méthode de démonstration nous paraît appelée à occuper un rang important dans les cours publics; nous l’avons déjà dans plus d’un cas employée avec succès.

Comme on le voit par ce court exposé, cette application de la photographie intéresse à plus d’un titre le savant ; mais jusqu’à aujourd’hui elle est

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trop rarement sortie des mains des photographes de profession, et ce n’est qu’en pénétrant d’une manière intime dans le laboratoire du micrographe que la photographie peut devenir un instrument d’une sérieuse utilité. L’intérêt qui s’attache à celte question nous préoccupe depuis un grand nombre d’années. Simplifier les appareils de manière à en rendre l’usage simple et pratique, réduire à un petit nombre d’opérations faciles à exécuter les manipulations photographiques indispensables : tel est le but que nous nous sommes proposé. Les appareils que nous allons décrire, déjà adoptés par plusieurs micrographes, ont produit dans leurs mains des résultats qui laissent peu à désirer, et il est permis d’espérer que les perfectionnements qu’ils demandent encore ne tarderont pas à se réaliser dès qu’on aura compris l’importance de ce précieux moyen d’étude.

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