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CHAPITRE PREMIER

DU MICROSCOPE

La question qui doit préoccuper avant tout lorsqu’il s’agit de reproduire par la photographie les objets microscopiques doit être évidemment le choix d’un instrument capable de donner aux imagos la netteté et la perfection qu’exigent ces êtres infiniment petits pour apparaître avec leurs détails si délicats. Le premier appareil qui ait été affecté à ce genre de recherches est le microscope solaire, dont la construction semblait spécialement destinée à cet usage. Mais si, entre les mains d’opérateurs habiles, cet appareil a permis d’obtenir des reproductions assez satisfaisantes de préparations convenablement choisies, son insuffisance n’a pas tardé à se manifester lorsqu’on a voulu l’appliquer à des recherches

sérieuses qui exigeaient des ressources bien autrement étendues; aussi le microscope solaire n’a-t-il pas tardé à être complètement abandonné, et, à moins d’une installation tout à fait spéciale qui le mette en harmonie avec les exigences de la micrographie, il restera encore un instrument plus curieux pour les gens du monde qu’utile pour les travaux scientifiques. Reproduire par les procédés photographiques un objet, quelle qu’en soit la nature et dans les conditions qui se prêtent le mieux à son observation, tel est le problème compliqué dont la solution est subordonnée à un ensemble de circonstances parmi lesquelles l’instrument joue un rôle d’une grande importance.

1° Du microscope ordinaire.

L’appareil le plus convenable est le microscope composé, tel qu’il sert aux recherches ordinaires du micrographe, et qui, avec quelques modifications accessoires, pourra être facilement adapté aux exigences de la photographie. Tout microscope est formé de deux éléments bien distincts, un système optique destiné à la production de l’image, et un mécanisme dont le but est d’établir avec précision

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les rapporls variables qui doivent exister entre les diverses portions de l’instrument. Bien que la partie optique soit de beaucoup la plus essentielle, la seconde n’en a pas moins une grande importance, et il est utile d’indiquer ici les conditions qu’elles devront réaliser l’une et l’autre pour se prêter avec avantage aux reproductions photographiques.

La partie optique d’un microscope composé consiste en deux systèmes de lentilles : l’un, placé près de l’objet, a reçu le nom d’objectif; l’autre, rapproché de l’œil de l’observateur, constitue l’oculaire. Le premier forme, dans le corps du microscope, une image réelle et grandie de l’objet; l’oculaire amplifie à son tour cette image en agissant comme une simple loupe.*

Dans les applications à la photographie, l’oculaire devra toujours être supprimé ; car, s’il permet d’augmenter le grossissement du microscope, ce n’est qu’aux dépens d’une perte de netteté si considérable, qu’il n’est jamais avantageux d’y avoir recours. Tout se trouve ainsi réduit à l’emploi d’un simple objectif, et l’appareil ne diffère essentiellement de ceux qui servent aux usages ordinaires de la photographie qu’en ce que l’objet, toujours placé très-près du loyer de la lentille, donne une image amplifiée

dont la dimension varie avec la distance de l’écran qui la reçoit.

Objectifs. — La perfection de l’image sera donc intimement liée à celle des objectifs destinés à la produire, et l’on ne saurait être trop difficile dans leur choix (1). La condition la plus essentielle a laquelle doit satisfaire un objectif consiste dans une correction aussi complète que possible de l’aberration de sphéricité ; sans cette condition, il serait impossible de mettre simultanément au foyer les divers points d’un objet d’une surface un peu étendue , et l’on se trouverait obligé de restreindre d’une manière plus ou moins considérable le champ de 1* épreuve. Les inconvénients qui proviennent de l’aberration chromatique n’ont dans les applications à la photographie qu’une importance secondaire, car on verra plus loin qu’on est toujours forcé d’avoir recours à des corrections spéciales dans le but d’éli-

(1) On fait un fréquent usage, pour les études d’histoire naturelle, d’un instrument connu sous le nom de microscope simple, et qui consiste essentiellement en une série de loupes montées sur un support qui permet d’examiner l’objet avec facilité. Les lentilles qui constituent un microscope simple peuvent à la rigueur être utilisées comme objectifs amplifiants dans les opérations photographiques ; mais les résultats qu’elles fournis • sent sont toujours au-dessous de ceux que donnent les objectifs des microscopes composés.

DU MICKOSCOPE.

miner les différences qui existent entre les foyers visuels et les foyers chimiques, de sorte qu’à la rigueur, une lentille non achromatique pourrait encore produire des résultats satisfaisants. Il est à regretter que l’on ne construise pas des objectifs spéciaux achromatisés pour les rayons chimiques; leur usage apporterait des simplifications fondamentales dans les expériences de cette nature.

Une autre propriété importante des objectifs de microscope est ce que l’on nomme leur pouvoir pénétrant. Un système de lentilles peut donner en effet une image à contours parfaitement définis, mais être incapable d’indiquer les détails très-délicats situés à sa surface ou dans son intérieur. Cette qualité, liée à l’angle d’ouverture de l’objectif relativement à sa distance focale, a pendant longtemps exercé la sagacité des opticiens, et se trouve aujourd’hui réalisée d’une manière très-satisfaisante par beaucoup de constructeurs ; mais, à côté de ses avantages, elle possède un inconvénient quelquefois nuisible pour les reproductions photographiques, celui de séparer trop nettement les divers plans d’un objet, de sorte qu’on ne peut en voir qu’une section à la fois. Cependant comme cette propriété n’est à rechercher que dans les lentilles d’un pouvoir amplifiant considé-

râble qui ne s’appliquent qu’à l’observation de corps extrêmement petits, ce défaut disparaît devant la précieuse qualité de la pénétration.

Quoiqu’il soit possible d’augmenter à volonté la dimension d’une image en faisant varier la distance de l’objectif à l’écran, il ne faudrait pas croire que l’on puisse, par ce moyen, reproduire d’une manière satisfaisante des objets extrêmement petits, et obtenir par cet artifice leurs détails les plus délicats. Ce mode d’amplification est en effet loin de suppléer à la puissance des lentilles, et cela tient précisément à ce que leur diamètre ne croît pas dans le rapport de leur longueur focale; aussi est-il nécessaire d’avoir à sa disposition une série d’objectifs susceptibles de donner des grossissements variables et que l’on emploiera selon les exigences de chaque cas particulier.

Lorsqu’on est obligé d’avoir recours à des lentilles d’un foyer extrêmement court, il se présente généralement plusieurs inconvénients intimement liés à leur construction ; on voit en effet la netteté diminuer d’une manière notable, l’intensité lumineuse de l’image s’affaiblir de plus en plus à mesure que le grossissement augmente. Un grand perfectionnement à cet égard a été introduit dans

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ces dernières années par la construction des lentilles à immersion : dans de pareils objectifs la surface extérieure du premier verre plonge dans une goutte d’eau déposée sur la lamelle qui recouvre l’objet; cette modification, qui réalise à tous les points de vue des avantages considérables, est d’une trèsgrande importance dans les applications photographiques ou la lumière joue un rôle du premier ordre.

Enfin, un autre perfectionnement d’une trèsgrande valeur consiste pour la modification connue sous le nom de système de correction ou de compensation. Une des conditions les plus difficiles à obtenir dans les objectifs, est l’absence aussi complète que possible d’aberration de sphéricité. Pour éviter cette imperfection, on construit les objectifs de microscope en combinant ensemble plusieurs lentilles de courbure convenable et placées à des distances déterminées l’une de l’autre. Mais, comme dans le plus grand nombre des cas la préparation que l’on étudie est recouverte d’une lamelle de verre, celle-ci agit d’une manière variable, selon son épaisseur, sur la marche des rayons lumineux, et il en résulte qu’un système de lentilles sans aberration sensible pour une épaisseur de

lame déterminée donnera des résultats défectueux si celle-ci augmente ou diminue. Cet inconvénient, peu appréciable pour les objectifs à long foyer, devient extrêmement sensible dans ceux qui ont un pouvoir amplifiant considérable, et exigerait pour chacun d’eux l’emploi de couvre -objets d’une épaisseur constamment identique. On peut y remédier d’une autre manière beaucoup plus simple, en rendant mobile dans l’objectif une ou plusieurs des lentilles qui le composent; cela permet d’augmenter ou de diminuer leur aberration sphérique, et de compenser ainsi l’influence due à l’épaisseur de la lame de verre qui recouvre l’objet. La disposition particulière qui remplit ces exigences, désignée sous le nom de correction, est représentée par la figure 1. Une virole extérieure, mobile, entraîne

Fig. 1. — Objectif à correction.

dans son mouvement de rotation les lentilles postérieures du système; deux traits de repère, in-

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diqués sur le tube de l’objectif par les letlrcs G et D, marquent les positions qui conviennent le mieux , selon que l’objet est 'couvert d’une lamelle de verre ou qu’il doit être examiné à découvert. Les positions intermédiaires correspondent à des couvre-objcts de moindre épaisseur que ceux qui peuvent être employés pour la position extrême de l’appareil de correction. Sans utilité pour les objectifs faibles, ce système est presque indispensable pour ceux qui sont destinés à la reproduction des objets très-délicats, dont les détails ne deviennent souvent visibles que par une compensation exacte de l’épaisseur du couvre-objet.

Pour apprécier d’une manière rigoureuse les diverses qualités des objectifs de microscope, on a recours à l’examen de certains test-objets qui ne sont autre chose que des préparations de corps d’une texture extrêmement délicate et présentant des détails très-difficiles à apercevoir. Ceux qui sont le plus fréquemment employés sont les écailles de papillons, et surtout les navicules, dont la surface est recouverte d’un très-grand nombre de stries fines et rapprochées, qui exigent des instruments trèsparfaits pour être distinguées avec netteté. Le Pleurosicjma angulatum constitue un excellent test-objet

pour les objectifs puissants; la surface de celte navicule présente trois systèmes de stries qui se croisent sous un angle de 60 degrés et distantes les unes des autres de 5 dix-millièmes de millimètre. Le Grcimmatophora marina et surtout le Grammalophora subtilissima possèdent des détails encore beaucoup plus difficiles à résoudre. Enfin, on peut avec beaucoup d’avantage recourir à une sorte de test - objet artificiel , le micromètre de Nobert,qui consiste, comme on le verra plus loin, en plusieurs systèmes de lignes inégalement espacées. Un instrument sera évidemment d’autant plus parfait , qu’il permettra d’observer avec netteté les lignes d’un groupe d’ordre plus élevé. Les meilleurs microscopes résolvent, dans la lumière oblique, les lignes du vingt-quatrième groupe, distantes d’environ sôoïï de millimètre; mais il est complètement inutile qu’un instrument réalise une aussi grande perfection pour se prêter aux recherches qui intéressent le plus souvent le micrographe, et il est généralement préférable d’éprouver un microscope par l’examen de test-objets analogues par leur nature aux substances qui doivent faire le sujet des recherches plus spéciales qu’on se propose de poursuivre. C’est ainsi que dans les études

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d’histologie, les fibres musculaires striées des animaux vertébrés se voient quelquefois avec peine à l’aide d’objectifs qui montrent très-nettement les stries des navicules, etc. En un mot, bien qu’un bon instrument puisse se prêter avec succès à des recherches d’une nature quelconque, il sera quelquefois préférable de sacrifier, selon les cas, un avantage à un autre.

Enfin, on ne saurait trop insister sur les soins minutieux que l’on doit apporter à l’entretien des objectifs. Ces instruments seront préservés avec la plus grande attention des poussières extérieures, afin qu’il soit rarement nécessaire de les essuyer, lis sont ordinairement, en effet, fabriqués avec des verres très-tendres qui se laissent facilement rayer, et l’on devra seulement avoir recours à l’emploi d’un blaireau très-propre pour nettoyer leur surface. Les lentilles à immersion ne seront jamais essuyées après avoir servi ; en faisant usage d’eau distillée, il suffira de souffler fortement sur le verre pour chasser la goutte d’eau qui y adhère. 11 est également important de ne pas dévisser sans utilité les verres qui entrent dans la constitution d’un objectif (1). On s’expose ainsi à décentrer le sys-

(1) Dans beaucoup de microscopes, on obtient des grossisse-

lème et à perdre un des avantages les plus difficiles et les plus importants a obtenir. Un bon objectif est chose si précieuse, qu’on ne saurait mettre trop de soins à sa conservation.

Mécanisme du microscope. — La partie mécanique des microscopes offre des modifications nombreuses, selon les constructeurs ou d’après les usages spéciaux auxquels un instrument est destiné. Bien qu’elle n’ait qu’une importance relative, elle doit néanmoins remplir certaines conditions qui, sans être toutes indispensables, peuvent cependant rendre des services en facilitant, dans telle ou telle circonstance, la manœuvre de l’instrument. Les deux points principaux que ce mécanisme est appelé à remplir sont : d’une part, la mise au point rigoureuse de l’image, et, d’autre part, un éclairage convenable de l’objet. Ces conditions se trouvent réalisées de manières diverses, selon les modèles de microscopes; ceux qui sortent des ateliers de

ments variables à l’aide d’un seul objectif généralement composé de trois verres, dont on supprime un ou deux, selon les cas. Ce moyen, qui n’est acceptable que lorsqu’il s’agit de faibles grossissements, ne saurait être appliqué aux objectifs de précision, qui ne sont parfaits que par la combinaison des lentilles qui les constituent.

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M. Nachet sont à cet égard d’une perfection remarquable.

Dans les appareils les moins compliqués , la mise au point s’effectue au moyen d’une simple crémaillère qui permet par son mouvement d’abaisser ou de soulever le tube qui supporte les objectifs. Ce système peut suffire à la rigueur lorsqu’on fait usage de faibles grossissements, mais il devient complètement insuffisant pour les objectifs un peu puissants. Le microscope devra alors être muni d’une vis à pas très-fin destinée à faire mouvoir tout le corps de l’instrument en lui imprimant un mouvement très-lent et très-régulier. Ce système, indispensable pour obtenir une mise au foyer rigoureusement exacte pour les grossissements considérables, n’exclut pas cependant l’emploi d’un mouvement rapide pour placer l’objectif dans une position voisine de celle qu’il doit définitivement occuper; on devra préférer à cet égard la disposition qui consiste dans l’emploi de deux tubes entrant à frottement dur l’un dans l’autre, à l’usage d’une crémaillère, qui possède quelques inconvénients. Le premier système permet en effet d’enlever sans difficulté le corps du microscope, ce qui présente de grands avantages lorsqu’il s’agit de changer l’objeelif. La

disposition indicpiée par la figure 2 réalise d’une manière très-commode les conditions les plus favo-

Fig. 2. — Microscope droit grand modèle.

râbles à une mise au point rigoureuse. Enfin, dans quelques microscopes anciens, le corps de l’inslru-

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ment est fixe et la mise au point s’effectue par un mouvement ascensionnel de la platine. Cette disposition est complètement incompatible avec les exigences de la photographie, car elle change à tout instant les rapports de l’objet avec la lumière qui le traverse, et ce n’est que dans le cas tout particulier de la reproduction des corps opaques que l’on pourra y avoir recours avec quelques avantages.

11 est souvent nécessaire de pouvoir augmenter ou diminuer à volonté la longueur du tube de l’instrument. Cette condition est ordinairement réalisée de diverses manières dans la plupart des microscopes. Dans certains cas, le corps se dévisse en son milieu, de sorte qu’il peut être réduit de moitié environ par la suppression de la portion qui supporte les oculaires; d’autres fois il est composé de deux tubes entrant l’un dans l’autre à frottement, ce qui permet d’en faire varier graduellement la longueur. Chacune de ces dispositions présente des avantages et des inconvénients selon le but qu’on se propose d’atteindre. On verra plus loin quels sont les cas où l’on devra préférer tel ou tel système.

Dans presque tous les microscopes, la platine sur laquelle se placent les objets peut être animée d’un mouvement de rotation qui entraîne avec lui tout le

MOITESSIEK. — Photogr. 2

corps de l’appareil. Ce mouvement est extrêmement commode dans bien des cas, en permettant d’éclairer successivement l’objet de diverses manières, sans changer sa position: il rend aussi de grands services lorsqu’on fait usage de la lumière polarisée. Cette disposition est loin toutefois d’être indispensable, et, dans les microscopes qui ne la possèdent pas, on pourra toujours, à l’aide de quelques manœuvres moins commodes et moins sures, il est vrai, mais dans tous les cas peu compliquées, arriver à des résultats identiques avec ceux que peut produire la platine rotative.

La plupart des constructeurs de microscope adoptent aujourd’hui une disposition particulière dont le but est de donner à l’instrument tous les degrés d’inclinaison compris entre les positions verticale et horizontale. Cette modification, représentée par la figure 3, peut souvent offrir de très-grands avantages; elle est surtout extrêmement utile dans les cas où l’objet est éclairé par une source de lumière artificielle, car elle permet, comme on le verra plus loin, de supprimer tous les miroirs réflecteurs, et d’augmenter ainsi d’une manière très-notable l’intensité lumineuse de l’image.

Les moyens employés pour éclairer l’objet pré-

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sentent des modifications très-variables par leur complication, selon les constructeurs et les divers

Fig. 3. — Microscope inclinant de M. Nachet.

modèles de microscopes. Le système le plus simple consiste dans 1 emploi d’un miroir placé au-dessous

de l’objet et destine à diriger dans l’axe de l’instrument la lumière qu’il réfléchit. Cette disposition peu compliquée est dans bien des cas suffisante, mais il est cependant beaucoup plus avantageux d’avoir recours aux appareils d’éclairage qui se trouvent dans les instruments plus parfaits, et qui présentent des ressources bien autrement étendues. C’est ainsi qu’un miroir dont la monture possède plusieurs articulations, comme on le voit dans les figures 2 et 3, permet d’éclairer obliquement l’objet, en faisant varier à volonté l’incidence de la lumière; dans certains microscopes, l’axe horizontal du miroir peut s’élever ou s’abaisser, ce qui facilite beaucoup l’installation des appareils au point de vue de la photographie.

Dans la plupart des anciens modèles, tout l’appareil d’éclairage est contenu dans un tambour de cuivre, et le miroir ne possède qu’un seul mouvement autour d’un axe horizontal. Dans les modèles plus récents, le dessous de la platine est entièrement à découvert, et le miroir peut prendre toutes les inclinaisons. Bien que ces deux dispositions puissent se prêter l’une et l’autre aux exigences de la photographie , la seconde est cependant de beaucoup préférable, car elle se prête à éclairer plus

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facilement l’objet, quelle que soit l’orientation du microscope relativement à l’incidence de la lumière.

De toutes les modifications de l’appareil éclaireur, la plus importante est, sans contredit, celle qui permet de placer entre l’objet et le miroir divers systèmes d’éclairage , tels que le condensateur de Dujardin, un prisme polariseur, etc.; elle est même, dans bien des cas , complètement indispensable. On devra toujours préférer les microscopes pourvus, au-dessous de la platine, du mouvement à bascule, au moyen duquel on peut faire varier facilement la position des pièces destinées à l’éclairage, et modifier ainsi l’intensité ou la nature de la lumière, sans toucher aux autres parties de l’instrument.

Il est également fort utile de pouvoir placer entre l’objet et le miroir des diaphragmes de divers diamètres, soit pour modérer la quantité de lumière, soit pour produire certains effets spéciaux dont il sera question plus loin. Dans la plupart des microscopes , ces diaphragmes s’adaptent sur l’anneau même qui reçoit les divers systèmes d’éclairage, ce qui exclut l’emploi simultané des deux moyens ; d’autres fois un disque mobile au-dessous de cet anneau (fig. 3) peut présenter successivement dans l’axe

de l’appareil les ouvertures de grandeur variable dont il est percé. Cette disposition est la seule convenable pour les expériences photographiques ; car elle permet de faire varier, rapidement et sans rien déranger, le diamètre des diaphragmes, et de choisir ainsi facilement celui qui convient le mieux à chaque cas particulier.

L’appareil éclaireur, tel qu’il existe dans les microscopes d’observation, ne saurait toutefois suffire à la production d’images photographiques ; il doit subir quelques modifications indispensables qui seront décrites plus loin avec tous les détails nécessaires.

Enfin, pour la reproduction de certains objets à de très-faibles grossissements, il est souvent beaucoup plus commode de rendre l’objectif immobile, et de mettre l’image au foyer en faisant varier la position de l’objet ; c’est ce qui arrive, par exemple, pour la photographie des corps opaques, où il est trèsavantageux de rendre complètement libre l’espace compris entre l’objectif et la préparation. Dans ce cas, on se servira avec utilité de la monture d’un microscope simple, qui permet ordinairement de réaliser ces conditions; il est même beaucoup moins nécessaire d’avoir recours à l’emploi de la vis micro-

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métrique pour la mise au point ; car celle disposition ne s appliquant qu à des objets d’un volume relativement considérable, on obtient toujours une précision suffisante, bien qu’on ait recours à des moyens plus imparfaits.

2° Microscopes binoculaires.

Parmi les illusions qui peuvent naître de l’observation des objets microscopiques, il en est une qui embarrasse bien souvent les micrographes, et qui ne sauiait etre rectifiée par l’emploi des moyens 01 dinaii es. Lorsqu on étudié des objets d’une trèspetite dimension, il est toujours difficile, et le plus souvent même impossible de reconnaître si ce que l’on voit est un creux ou un relief, si tel détail trèsdélicat se trouve placé sur telle ou telle surface de 1 objet que 1 on considère. La sensation exacte du 1 elief ne peut en effet se produire, puisque l’on regarde avec un seul œil, et en outre la forme la plus 01 dinaii ement inconnue de l’objet ne donne à l’observateur aucun terme de comparaison qui puisse 1 aidei a se rendre compte des rapports qui existent entre la position des divers points qu’il examine. Celte incertitude se retrouve encore, on le conçoit, dans les images photographiques, qui ne sont que

la reproduction fidèle de ce qu’on voit dans le microscope.

M. Nachet a rendu, il y a quelques années, un véritable service à la science en la dotant d’un instrument qui peut, dans certains cas, faire disparaître ces inconvénients. Son microscope binoculaire, en pcrmetlant l’emploi simultané des deux yeux, se prête en effet à la vision stéréoscopique des objets, et montre avec la plus grande précision le relief des corps que l’on étudie.

Avant d’indiquer sur quel principe repose la construction des microscopes binoculaires, il est utile de rappeler sommairement ici les conditions d’ordre physique nécessaires dans l’acte de la vision binoculaire stéréoscopique (1). Quand les deux yeux regardent simultanément un objet, ces organes ne perçoivent pas, comme on pourrait le croire au premier abord, des sensations exactement identiques. Les deux images qui viennent se peindre sur chaque rétine présentent toujours entre elles des différences plus ou moins grandes, selon que l’objet

(1) Pour l’étude de tous les phénomènes relatifs à la vision binoculaire, consulter l’ouvrage de M. Giraud-Teulon (P/u/s/ologie et 'pathologie fonctionnelle de la vision binoculaire , Paris, 1861).

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que l’on considère est plus ou moins éloigné de l’observateur. On peut facilement se rendre compte de ce phénomène en examinant alternativement avec chacun des deux yeux un corps prismatique placé verticalement à une petite distance. L’œil droit embrassera une plus grande portion de la face qui lui correspond, tandis qu’un effet opposé se manifestera pour l’œil gauche. Mais ouvre-t-on simultanément les deux yeux, le fusionnement des images s’opère à l’instant, sans qu’il soit possible d’apprécier, dansl’effet qui en résulte, ce qui se produit isolément dans chaque organe. Les deux rétines reçoivent donc de la part de l’objet des impressions dissemblables, et c’est, comme l’a établi M. Wheatslone, a la sensation simultanée fournie par ces deux images confondues dans l’acte de la vision, qu’il faut attribuer la perception du relief.

On voit, d’après ce court exposé, le rôle important que joue l’action concordante de deux yeux dans la vision stéréoscopique, et l’on comprend les difficultés nombreuses qui devaient surgir lorsqu’on a cherché à appliquer ce principe à l’observation des objets microscopiques. La manière la plus simple en apparence de réaliser les conditions du problème consistait évidemment dans l’emploi de deux mi-

croscopes identiques, dirigés vers la préparation sous un angle égal à celui des yeux. Chacun d’eux, voyant ainsi l’objet sous une perspective différente, produirait des images dissemblables et dans des conditions convenables à l’effet stéréoscopique. Maison comprend combien un semblable instrument serait restreint dans son usage, puisqu’il ne serait applicable qu’à des objectifs d’une grande distance focale, susceptibles de fournir seulement une faible amplification. Aussi, les premières tentatives faites dans celte direction par Riddel en Amérique, Wenbam en Angleterre, sont-elles demeurées sans résultats pratiques, jusqu’à ce que M. Nachet soit parvenu, par un artifice aussi simple qu’élégant, à reculer les limites qui semblaient imposées aux observations de celte nature.

Plusieurs dispositions ont été imaginées pour atteindre cet important résultat, et la plupart peuvent s’adapter d’une manière plus ou moins commode aux exigences de la photographie. Il est cependant possible de produire des épreuves stéréoscopiques par des moyens beaucoup plus simples et sans recourir à l’emploi des microscopes binoculaires; la description de ces méthodes nouvelles trouvera plus loin sa place; mais il n’est pas sans utilité de décrire

nu MICROSCOPE.

ici Cil quelques mois ces appareils spéciaux, et de signaler les conditions qui doivent cire réalisées pour leur application à la photographie.

Microscope stéréoscopique. — Dans ses premiers appareils, M. Nachet a eu recours à la disposition suivante pour réaliser les conditions nécessaires a la vision binoculaire. Les rayons émanés de l'objectif O (fi g. 4) tombent sur la face horizontale d’un

l ie. h. — Disposition des prismes dans le microscope stéréoscopique.

prisme triangulaire A, et se divisent en deux portions qui se réfléchissent totalement sur chacune des deux autres faces. Les deux faisceaux réfléchis pé-

nètrent ensuite isolément dans deux autres prismes B, G, semblables au premier, mais présentant en haut leur face horizontale. Une seconde réflexion totale la dirige alors dans deux tubes parallèles munis d’oculaires qui constituent le double corps du microscope. Chaque œil reçoit ainsi une image vue par l’objectif dans des directions différentes, d’ou résulte la sensation du relief par l’impression simultanée qu’elles produisent.

p1G> 5, __ Microscope binoculaire stéréoscopique.

La figure 5 représente le microscope binoculaire

MJ MICROSCOPE.

construit d’après ce principe. Les trois prismes sont cachés dans une boîte de cuivre au dessous de laquelle se vissent les objectifs, et qui supporte supérieurement les deux corps parallèles du microscope. Une vis latérale sert à les écarter plus ou moins, selon la distance des deux yeux, variable chez les divers observateurs. Celte disposition présente, sur celle qui sera décrite plus loin, l’avantage d’une symétrie parfaite, qui donne aux deux images des dimensions complètement identiques et une égale intensité à la lumière qui les éclaire.

Microscope pseudo- stéréoscopique. — - L’appareil qui vient d’être décrit peut se prêter avec assez de succès à la formation des épreuves photographiques, mais son emploi est toutefois entouré de certaines difficultés pratiques qui en rendent l’usage peu commode. Une modification récente apportée par M. Nachet à la construction du microscope binoculaire s’accommode avec plus de facilité aux expériences de cette nature, en permettant de n’employer qu’un des tubes de l’instrument pour la production des deux images. La figure 6 indique la disposition des prismes qui constituent cet appareil.

Au-dessus de l’objectif O, se trouve un petit

MOITE3SIEU. — Photogl'. 3

prisme A (n° 1) dont une face inclinée réfléchit totalement, dans la direction AB, tous les rayons éma-

Fig. 6. — Disposition des prismes dans le microscope pseudo -stéréoscopique.

nés de la partie gauche de la lentille. Ces rayons éprouvent une seconde réflexion totale sur la face d’un deuxième prisme B, et sont ensuite transmis dans le tube du microscope correspondant à l’œil droit. Quant aux rayons provenant de la moitié droite de l’objectif, ils continuent leur marche sans éprouver de déviation dans la portion du prisme à faces parallèles et arrivent directement dans l’œil gauche. Les deux yeux perçoivent donc des images vues par l’objectif dans des directions différentes, ce qui produit la sensation du relief.

De plus, le prisme A peut, au moyen d’un bouton, glisser dans une direction horizontale, et prendre alors la position indiquée dans la fig. 6(n°2).

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Dans ce cas, cc sont les rayons émanés de la partie droite qui sont transmis directement à l’œil droit, tandis que les seconds arrivent à l’œil gauche après avoir subi deux réflexions totales. 11 y a donc interversion complète dans le rapport des images perçues par chacun des deux yeux, et l'effet stéréoscopique se trouve changé en effet pseudoscopique , c’est-à-dire qu’à la sensation du relief succède une sensation de creux des plus évidentes.

L’appareil qui réalise ces conditions est représenté fig. 7. Tout le système est renfermé dans une boite prismatique de cuivre, et un boulon qui sort à l’extérieur permet d’imprimer au prisme mobile le changement de position qui vient d’être indiqué. Comme on le voit par cette courte description, chacun des tubes peut recevoir à volonté, et successivement, par le simple mouvement du petit prisme, chacune des images correspondant, soit à l’œil droit, soit à l’œil gauche. On obtiendra donc ainsi avec facilité, par l’emploi exclusif de T un des tubes, deux images photographiques remplissant les conditions nécessaires à la vision stéréoscopique , et la disposition des appareils pourra recevoir d’importantes simplifications.

Les microscopes binoculaires ont encore été l’objet

de plusieurs dispositions différentes , également applicables aux opérations photographiques ; mais

Fig. 7. — Microscope binoculaire pseudo-siéréoscopique.

les deux modèles qui viennent d’être décrits sont les plus usités en France, et l’on verra d’ailleurs que ces instruments, toujours compliqués, peuvent être

ÉCLAIRAGE DES OBJETS MICROSCOPIQUES. Al

remplacés par des appareils d’une très-grande simplicité. qui permettent d’obtenir avec les microscopes ordinaires de très-belles reproductions stéréoscopiques.

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