CHAPITRE IY
Les nombreuses méthodes qui ont été successivement employées pour la formation des images photographiques peuvent être rangées en deux catégories bien distinctes, selon les résultats qu’elles fournissent. Les unes donnent, directement et sans aucun intermédiaire, des images d’une grande perfection, mais à cet avantage se trouve nécessairement lié un grave inconvénient, celui de ne pouvoir reproduire un grand nombre de fois l’épreuve obte-
MÉTHODES OPÉRATOIRES
nue par une première opération. Parmi ces procédés se place au premier rang la photographie sur plaque métallique, qui a été le point de départ de celte admirable découverte, modifiée et perfectionnée de mille manières depuis son origine. Plusieurs autres systèmes, fondés sur des principes essentiellement différents, conduisent à des résultats analogues, mais sont presque entièrement abandonnés aujourd’hui à cause du vice radical qui vient d’être signalé.
Les secondes méthodes, sans être plus compliquées que les précédentes, se prêtent à la reproduction indéfinie d’une image, photographiée une première fois, avec autant de facilité que le permettent la gravure ou la lithographie. Ces procédés, généralement adoptés à cause de ce précieux avantage, reposent tous sur un même principe, et ne diffèrent entre eux que par des détails qui, cependant, ont le plus souvent une importance capitale.
L’image définitive ou positive exige toujours pour sa production une épreuve intermédiaire à laquelle on donne le nom de cliché ou d 'épreuve négative ; dans celle-ci, comme l’indique son nom, les ombres et les lumières ont une disposition inverse à celle du modèle; par une nouvelle série d’opérations, on obtient ensuite une épreuve di-
rccte ou positive sans une nouvelle intervention du modèle. Le négatif, ne jouant dans ces opéralions, comme on le verra plus loin, que le rôle d’un simple écran, peut servir au tirage d’un nombre infini d’épreuves sans subir la moindre altération, quelle que soit la quantité de positifs qu’il est destiné il produire.
La perfection d’une image photographique positive doit être intimement liée, on le conçoit, à celle du cliché qui lui sert d’intermédiaire ; aussi les efforts des photographes ont-ils eu surtout pour objet le perfectionnement de l’épreuve négative. Un grand nombre de procédés successivement proposés présentent tous des avantages spéciaux selon le but que Ton se propose d’atteindre ; quelques-uns cependant ont eu le privilège de primer tous les autres à cause de leur plus grande simplicité et de la perfection des résultats qu’ils fournissent. Sans entrer ici dans la description de toutes les méthodes photographiques qui sont aujourd’hui en usage, nous décrirons sommairement celles qui s’appliquent le mieux à la reproduction des objets microscopiques, en insistant d’une manière plus particulière sur les points qui intéressent plus directement la micrographie.
MÉTHODES OPÉRATOIRES
1° Éprouves négatives sur collodion humide.
Du collodion. — Le principe sur lequel reposent tous les procédés photographiques consiste à recouvrir une surface homogène et transparente d’une couche uniforme d’iodure et de bromure d’argent. Ces sels, exposés à l’action des rayons lumineux, éprouvent un ébranlement moléculaire particulier qui les rend susceptibles de noircir sous l’influence de certains corps, connus sous le nom général d’agents révélateurs. La nature de la matière qui sert de support à l’iodure d’argent est de la plus haute importance ; le papier, à cause du grain inhérent à sa texture, se prête mal à la reproduction d’objets très-délicats ; le collodion et l’albumine, au contraire, étendus sur une lame de verre, forment une couche d’une parfaite homogénéité qui remplit à tous égards le^ conditions les plus favorables.
Le collodion est, comme on le sait, une dissolution de pyroxyle dans un mélange d’alcool et d’éther. Il faut, pour le rendre photographique, y ajouter une petite quantité d’un iodure et d’un bromure, solubles à la fois dans ces deux liquides. Le
grand nombre de formules diverses, qui ont été indiquées pour la préparation du collodion photographique, indique suffisamment combien sont variés les moyens d’action dont dispose la photographie. Chaque opérateur préfère, à tort ou à raison, une formule qui lui est familière, mais ce qu’on ne doit pas oublier, c’est que, bien des fois, on accuse le collodion d’insuccès qui proviennent d’une autre cause, quelquefois difficile à apprécier.
Quoi qu’il en soit, on devra autant que possible ne faire usage pour la préparation de ce produit que de substances extrêmement pures. La nature de l’alcool a surtout une grande importance ; l’alcool de vin bien rectifié est celui qui convient le mieux, et l’on devra rejeter les alcools de marc ou de betterave, qui sont beaucoup plus difficiles à purifier. L’éther sera également aussi pur que possible ; celui du commerce renferme presque toujours de l’alcool , qu’il faut éliminer par un lavage à l’eau, suivi d’une rectification. Enfin la nature du coton-poudre exerce aussi une trèsgrande influence ; ce produit devra être récemment préparé, afin d’éviter la décomposition spontanée qu’il ne tarde pas à éprouver, et qui le rend impropre aux usages photographiques. Quant aux
250 MÉTHODES OPÉRATOIRES
proportions dans lesquelles doivent entrer ces divers éléments dans la composition du collodion, on adoptera avec avantage la formule suivante, qui donne un produit très-constant dans ses résultats, et conservant toutes ses propriétés plusieurs mois après sa préparation.
I Alcool à 90°
N° 1. j Éther
[ Pyroxyle
(Alcool à 90° . . . ,
Éther
^ Iodure de cadmium. . . .
I Iodure d’ammonium . . .
V Bromure d’ammonium. .
275 centimètres cubes.
10 grammes.
275 centimètres cubes.
5 grammes. h —
Les dissolutions n° 1 et n° 2 seront faites dans des flacons séparés et abandonnées au repos jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement limpides; elles se conservent indéfiniment sans altération; il suffit de les mélanger par parties égales quelque temps avant d’en faire usage pour obtenir un très-bon collodion photographique. Les proportions qui précèdent sont loin toutefois d’être immuables; il est, par exemple, avantageux d’augmenter la dose d’alcool pendant les chaleurs de l'été pour ralentir l’évaporation du liquide, de même qu’en hiver il sera utile d’augmenter la proportion d’éther; ce sont là
DES CLICHÉS PHOTOCRAPHIQUES.
de ees détails pratiques que l’expérience seule peut régler et qu’il est impossible d’indiquer avec pré-
cision.
Extension du collodiou. — J1 est avant tout né— cessai 1e de choisir avec soin les lames de verre qui doivent servir de support à la couche sensible. Ce choix est surtout d’une grande importance lorsque les négatifs sont destinés à une amplification ultérieure; un léger défaut, qui n’aurait aucun inconvénient pour des épreuves ordinaires, rendrait
inacceptable une reproduction d’ailleurs irrépro chable sous tous les rapports.
Les glaces minces conviendraient le mieux à cet usage, si leur prix élevé n était souvent un obstacle a leur emploi. Mais le commerce livre aujourd’hui des verres d’une très-grande pureté qui tes remplacent sans trop d inconvénients. Parmi ces lames de verre, les plus minces sont de beaucoup les meilleures; d’une part, elles sont généralement plus belles, et de plus, comme elles ne sont jamais parfaitement planes, elles fléchissent aisément sous une légère pression sans qu’on risque de les briser pendant le tirage des positifs. Leurs bords devront être uses a la meule, pour augmenter l’adhérence du
MÉTHODES OPÉRATOIRES
collodion et le rendre moins susceptible de se décliircr pendant les traitements ultérieurs.
Du nettoyage de la plaque dépend souvent le succès ou l’insuccès. Les glaces ayant déjà servi doivent être débarrassées du collodion adhérent et lavées avec de l’eau acidulée d’abord, puis à l’eau pure. On évitera surtout de les laisser séjourner longtemps dans l’eau ordinaire, qui recouvre leur surface d’un dépôt calcaire; elles exigeraient alors un nouveau traitement par l’eau acidulée. Après les avoir parfaitement essuyées, on les fixe entre les deux arrêts d’une planchette à polir et on les frotte avec un tampon de coton imprégné d’un mélange d’alcool et de tripoli très-fin. Enfin, la glace est essuyée à plusieurs reprises avec du papier de soie bien propre, et l’on termine l’opération en promenant à sa surface un blaireau spécialement destiné à cet usage. Beaucoup d’opérateurs se servent, afin d’enlever les impuretés qui peuvent encore y adhérer, d'un linge fin ou d’une peau de chamois en place de papier ; ce moyen a l’inconvénient d’électriser assez fortement le verre, qui attire alors les poussières qui voltigent dans l’atmosphère, et il faut attendre souvent assez longtemps pour que cet effet disparaisse entièrement.
L’extension du collodion est une opération plus
facile à exécuter qu’à décrire, et dont la difficulté est plus apparente que réelle. La méthode la plus simple consiste à tenir horizontalement la glace par l’angle inférieur gauche et à verser le collodion sur l’angle opposé. On amène alors le liquide, par un léger mouvement, vers la gauche, puis vers le bas, et enfin on le laisse écouler par l’angle inférieur resté libre, en redressant complètement la plaque. Pendant cet écoulement, on voit le collodion former à la surface du verre une série destries parallèles, que l’on fait disparaître sans peine en imprimant à la glace de légères secousses de droite à gauche, qui rendent la couche parfaitement unie.
La seule difficulté que l’on éprouve au début consiste à ne verser que la quantité de collodion nécessaire et suffisante pour couvrir toute la surface du verre, mais un peu d’habitude rendra bientôt maître de cette opération. 11 est bon de recueillir, dans un flacon spécial, l’excès de collodion qui s’écoule de la glace, afin de ne pas accumuler, dans celui dont on fait usage, les impuretés qui se trouvent encore sur les plaques. Ce liquide, abandonné au repos, servira sans inconvénient à de nouvelles opérations.
MOITESSIER. — PllOtogr.
254 MÉTHODES OPÉRATOIRES
Sensibilisation de la couche de collodion . — La plaque collodion née ne devient sensible à l’action de la lumière qu’après que l’on a transformé en iodure et bromure d’argent les sels qui entrent dans sa constitution. Cette opération s’effectue en plongeant la glace dans une dissolution aqueuse de nitrate d’argent d’une concentration convenable (1). Le bain le plus généralement employé est composé de la manière suivante :
Eau distillée 300
Nitrate d’argent fondu 20
On ajoute à la dissolution une seule goutte d’acide azotique, de manière à rendre sa réaction aussi peu acide que possible. L’emploi du nitrate d’argent cristallisé doit être banni de la photographie parce qu’il contient toujours une certaine quantité d’acide libre, qu’il est impossible d’apprécier, et généralement trop considérable pour donner au bain une acidité
(1) Celte opération, ainsi que toutes celles qui suivent, doit être faite dans un laboratoire obscur, éclairé seulement par la flamme d’une bougie ou par la lumière extérieure transmise à travers un verre jaune orangé. Il faut veiller avec le plus grand soin à ce que toute lumière photogénique soit entièrement éliminée ; l’éclairage produit par une lampe à huile ou à pétrole aurait, par exemple, de graves inconvénients, si l’on n'en modérait l’action par l’interposition d’un écran.
convenable. La dissolution doit être filtrée avec le plus grand soin et conservée dans un flacon bouché à l’émeri, afin d’éviter les matières organiques qui pourraient provenir d’un bouchon de liège.
L’immersion de la glace dans le bain d’argent exige des précautions particulières, et beaucoup de méthodes ont été indiquées pour exécuter cette opération. Quelques personnes se servent exclusivement de cuvettes verticales en verre ou en guttapercha dans lesquelles on plonge la plaque à l’aide d’un crochet qui la soutient par son bord inférieur ; d’autres fois on fait usage de cuvettes à recouvrement qui doivent être un peu plus grandes que la glace à préparer. La cuvette étant inclinée, de manière à rassembler tout le liquide d’un côté, on pose la glace à plat, le collodion en dessus, sur la partie du fond que n’atteint pas le liquide, en la retenant par un crochet d’argent ou de baleine; il suffit ensuite d’abaisser brusquement la cuvette dans une position horizontale pour que le bain d’argent mouille d’un seul trait la surface collodionée.
Tous ces moyens sont bons lorsqu’on est habitué à leur emploi, mais la méthode suivante est beaucoup plus simple et donne d’aussi bons résultats, en exigeant une bien moindre quantité de liquide
MÉTHODES OPÉRATOIRES
argentifère. Celui-ci est versé dans une cuvette plate en porcelaine ou en gutta- percha, de manière à occuper environ un demi-centimètre d’épaisseur ; la plaque collodionnée est placée verticalement dans la cuvette contre le bord le plus voisin de l’opérateur, de façon que la couche de collodion regarde le bain d’argent; à l’aide d’un crochet qui saisit la glace par sa partie supérieure, on l’abaisse régulièrement et sans temps cl3 arrêt sur la surface du bain et l’on abandonne alors le crochet, qui s’oppose à ce que le fond de la cuvette n’arrive au contact de la couche impressionnable. Enfin, après quelques instants, on relève et on abaisse la glace à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement mouillée ; * elle est alors prête à être soumise à l’impression lumineuse. Il est inutile d’ajouter que le bain d’argent doit toujours être propre et qu’on devra le filtrer très-souvent pour le débarrasser de toute impureté.
Quel que soit le système que l’on adopte, il est important d’apprécier le moment précis où la couche de collodion est suffisamment sèche pour être soumise à l’action du bain d’argent. Quelques instants après l’extension du liquide, la plaque prend un aspect opalescent dû à une eon-
densation de la vapeur d’eau occasionnée par le refroidissement que produit l’évaporation; c’est en général ce point qui doit être saisi. Elle blanchit alors lentement et uniformément sous l’influence du nitrate d’argent. Trop humide, la couche se sépare en lambeaux ; trop sèche, elle blanchit presque instantanément.
Après la sensibilisation, la plaque sera placée pendant quelques secondes sur un coussin de papier buvard, afin d’absorber l’excès de liquide qui la mouille, et sa face postérieure sera rapidement essuyée. Enfin, on la dispose dans le châssis de l’appareil , en ayant soin de maintenir celui-ci constamment incliné dans la position qu’il doit occuper dans la chambre noire.
Impression de la couche sensible. — L’impression de la glace collodionnée doit succéder immédiatement à l’action du bain d’argent; quant au temps pendant lequel on doit laisser agir la lumière, il est subordonné à un si grand nombre de circonstances, qu’il est impossible de rien préciser à cet égard. Le seul guide à suivre, en pareil cas, consiste dans la manière dont l’image se développe sous l’influence des agents révélateurs. Tout ce
MÉTHODES OPÉRATOIRES
qu’on peut dire de général ici, c’est que l’emploi du collodion humide constitue le procédé le plus rapide dont dispose la photographie, et que de la durée de l’impression dépend en grande partie la perfection des résultats ; un paragraphe spécial sera d’ailleurs consacré à cette importante question, à la suite de la description des méthodes photographiques.
Développement de l'image. — Après l’exposition à la chambre noire, l’image n'est pas encore visible sur la glace impressionnée, mais elle apparaît rapidement si l’on verse à sa surface une solution d’un agent réducteur quelconque. Parmi les substances capables de produire ce résultat, deux seulement sont usitées dans le procédé au collodion : ce sont le protosulfate de fer et l’acide pyrogallique. Le premier de ces révélateurs, presque exlusivement employé aujourd’hui par les photographes de profession, a l’avantage d’exiger une pose plus courte que le second, mais il possède plusieurs inconvénients pour la reproduction des objets microscopiques.
Une image développée au sulfate de fer présente toujours , lorsqu’on l’examine avec une simple loupe, un réseau extrêmement fin qui
en couvre toute la surface et qui provient des mailles du collodion rendues très-apparentes par l’action de cette substance. Ce défaut, n’a aucune importance pour la reproduction des portraits ou des paysages, mais peut devenir très-grave dans les applications à la micrographie. On conçoit, en effet, que si une épreuve doit subir une amplification ultérieure un peu considérable, ce réseau deviendra extrêmement visible, et l’image semblera alors recouverte d’une espèce de tissu réticulé qui en altère beaucoup la netteté. Ce mode de développement cependant est très-utile dans quelques cas où il est nécessaire de recourir à une pose trèscourte, mais il sera exclu d’une manière absolue toutes les fois que l’image devra être soumise à une amplification.
Un grand nombre de formules ont été proposées pour la composition du bain de fer; toutes sont susceptibles de fournir de bons résultats dans des conditions déterminées. La suivante donne des épreuves d’une grande intensité qui se développent d’une manière très-régulière.
Eau distillée 1000
Sulfate de fer du commerce 50
Alcool 30
Acide acétique cristallisable 30
260 MÉTHODES OPÉRATOIRES
Au sortir de la chambre noire, la plaque impressionnée est arrosée rapidement avec une quantité de ce liquide, suffisante pour en mouiller complètement la surface (1). L’image ne tarde pas à apparaître, et en peu d’instants elle a acquis son maximum d’intensité ; il faut avoir soin, pendant le développement, d’agiter d’un mouvement continu le liquide qui baigne la couche, afin de rendre bien homogène son mélange avec le nitrate d’argent qui se trouvait libre à la surface de la glace. Il est également nécessaire de verser, au début, le révélateur sur le bord de la plaque le mieux égoutté, c’est-à-dire sur celui qui occupait la partie supérieure du châssis pendant l’exposition à la lumière ; si l’on agissait d’une manière inverse, on obtiendrait infailliblement des taches opaques d’argent réduit, dues à l’excès de nitrate qui s’est rassemblé sur la portion inférieure de la lame de verre.
Lorsque la durée de la pose a été convenable, l’image atteint une vigueur suffisante sous la seule action du bain de fer. Il arrive quelquefois ce-
(I) Celte opération s'effectue en tenant la glace à la main par un de ses angles, ou mieux en la plaçant sur un cadre à manche, en bois ou en gutta-percha; on évite ainsi de se tacher les mains.
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dant que les noirs sont trop transparents, il faut alors la renforcer par un moyen quelconque. Le meilleur consiste à continuer le développement à l’aide de l’acide pyrogallique additionné de nitrate d’argent, en observant les précautions qui seront décrites plus bas, et après avoir, bien entendu, parfaitement lavé le col lodion sous un filet d’eau. L’intensité de l’épreuve augmente alors rapidement, et il suffit de laver de nouveau pour arrêter l’action du révélateur.
La manière dont se comporte l’épreuve pendant son développement, peut seule servir à apprécier si la durée de l’exposition à la lumière a été convenable. Dans une image bien réussie, doivent exister entre les parties opaques et transparentes des oppositions harmonieuses en rapport avec celles de l’objet qui a servi de modèle. Si le temps de l’impression a été bien déterminé, les portions les plus éclairées de l’objet se manifestent par des noirs presque entièrement opaques sur lesquels se détachent en clair les détails les plus obscurs, les demi-teintes conservant une intensité moyenne ; il faut d’ailleurs une assez grande habitude pour juger avec précision l’instant où l’on doit arrêter l’action du révélateur, et pour apprécier si l’exposition
MÉTHODES OPÉRATOIRES
à la lumière n’a été ni trop longue ni trop courte. Celte opération, qui est d’ailleurs la plus délicate de celles de la photographie, exige une très-grande pratique.
Si l’impression a été trop longue, l’image se développe très- rapidement sous l’action du bain de fer, et acquiert en quelques secondes une teinte uniformément rouge sur laquelle se dessinent d’une manière confuse les détails de l’objet. Ce défaut est sans remède, et l’épreuve est perdue sans qu’il soit possible d’en tirer parti.
Si, au contraire, la pose a été trop courte, l’image apparaît avec lenteur, et les noirs n’arrivent qu’avec peine à l’intensité voulue; les demiteintes du modèle manquent le plus souvent, et le résultat définitif, dur et heurté, ne pourrait fournir que des positifs sans aucune harmonie. Aussi, n’est-ce que dans certaines limites que l’on aura recours au renforcement , et Ton devra toujours être sobre de ce moyen, qui n’a quelque valeur que lorsque l’épreuve est venue presque à point.
Le développement par l’acide pyrogallique s’effectue d’une manière tout à fait semblable, quant aux détails pratiques, à ce qui vient d'être dit pour
le sulfate de fer. Le bain révélateur est composé de la manière suivante :
Eaux distillée 250 grammes.
Acide pyrogallique 1 —
Acide acétique cristallisable. . . 20 —
Cette liqueur brunit au bout de quelques jours en absorbant l’oxygène de l’air, et ne doit être préparée que peu de temps avant son emploi. La plaque impressionnée est recouverte, rapidement et sans temps d’arrêt, de la solution révélatrice qui, en quelques secondes, fait apparaître l’image. Celle-ci se développe cependant plus lentement qu’avec le bain de fer et met plus de temps pour acquérir toute son intensité. On jugera si le temps de pose a été convenable en se guidant sur l’aspect que présente l’épreuve quand on l’examine par transparence; comme dans le cas précédent, on devra éviter plutôt un excès qu’une insuffisance de pose, car une épreuve trop faiblement impressionnée peut toujours être légèrement renforcée, pourvu que l’insuffisance ne soit pas trop prononcée.
Le renforcement s’effectue de la même manière, que l’image ait été obtenue par le bain de fer ou par l’acide pyrogallique. On verse à la surface de la plaque une petite quantité d’acide pyrogallique ad-
MÉTHODES OPÉRATOIRES
ditionnée de la solution suivante, dont on ajoute environ un cinquième au révélateur au moment d’en faire usage :
Nitrate d’argent h grammes.
Acide citrique h —
Eau distillée 100 —
L’image acquiert bientôt, surtout dans les noirs, une puissante intensité, et l’on peut très-souvent utiliser ainsi une épreuve qui sans cela aurait été perdue. Cette opération est même ordinairement utile dans les cas où la pose a eu une durée suffisante ; en augmentant l’opacité des fonds elle facilite le tirage des positifs. Mais ce n’est qu’avec la plus grande réserve qu’on doit y avoir recours,
car il y a toujours plus de ressources dans une épreuve un peu trop faible que dans un négatif trop intense.
Lorsque le développement de l’image est terminé, on lave rapidement la plaque à l’eau ordinaire de manière à éliminer l’acide pyrogallique retenu à sa surface; il ne reste plus ensuite qu’à la fixer, pour enlever fiodure d’argent qui n’a pas subi l’influence de la lumière.
Fixage de V épreuve. — Parmi les substances
capables de dissoudre l’iodure d’argent, il en est deux qui sont d’un fréquent usage dans les manipulations photographiques, ce sont l’hyposulfite de soude et le cyanure de potassium. La première s’emploie à la dose de /i0 à 50 grammes pour 100 grammes d’eau; quant à la seconde, il suffit d’une dissolution au centième (1). Ces deux moyens sont également bons, mais le second possède cependant quelques avantages qui doivent le faire préférer. D’une part, en effet, le fixage s’effectue plus rapidement, et de plus, l’épreuve exige, après cette opération, un lavage moins parfait que lorsqu’on fait usage de l’hyposulfite. Enfin, ce dernier est souvent la cause d’un grand nombre d’insuccès lorsqu’il s’en mélange accidentellement des traces avec quelques-uns des produits photographiques, de sorte que toutes ces raisons rendent bien préférable l’emploi du cyanure.
Quel que soit le moyen dont on hisse usage, il suffit de verser sur l’épreuve une des liqueurs
(I) La concentration du bain de cyanure est subordonnée à la pureté du produit dont on fait usage. Tous les échantillons commerciaux renferment, en effet, de très-grandes quantités de carbonate de potasse, substance qui n’a aucune action sur l’épreuve, et dont la présence force souvent à doubler la dose indiquée.
précédentes pour qu’elle soit fixée en peu d’instants; on voit disparaître rapidement la couleur laiteuse du collodion , et lorsque les blancs de l’image sont devenus tout à fait transparents, il ne reste plus qu’à laver à grande eau et à laisser sécher spontanément la plaque, en la posant verticalement contre un mur ou dans un support à rainures spécialement destiné à cet usage.
Vernissage du négatif. — La couche de collodion est, comme on peut le prévoir, extrêmement fragile et s’éraille avec une grande facilité sous l’influence d’un léger frottement. On évite cet inconvénient en la recouvrant soit d’un vernis, soit d’une solution de gomme arabique. La gomme protège assez bien l’épreuve lorsqu’elle n’est destinée à produire qu’un petit nombre de positifs; on l’emploie en solution aqueuse à 5 pour 100, soigneusement filtrée, et l’on y ajoute un peu d’alcool, pour s’opposera la production des moisissures. Cette opération peut être effectuée avant la dessiccation de l’épreuve, après le dernier lavage qui suit l’action du fixateur.
Quand un négatif doit fournir un grand nombre de positifs, il devient indispensable de le recouvrir
d’un vernis plus résistant qui le mette complètement a 1 abii de toute alteration. Le meilleur vernis est, sans contredit, celui qui est composé d’ambie fondu, dissous dans la benzine. Il s’applique à fioid comme le collodion, seche très— vite et ne se ramollit pas au soleil. On peut aussi faire usage d’une solution alcoolique de gomme laque, mais il
est alois nécessaire de chauffer légèrement la glace avant de la vernir.
Enfin, si l’épreuve est spécialement destinée à produire des positifs par amplification, il est préférable de ne pas la vernir du tout; on évite ainsi les petits grains de poussière qui s’attachent infailliblement à la surface, et qui produisent les effets les plus désagréables sur le positif amplifié. Le cliché, n’étant d’ailleurs soumis dans ce cas à aucun frottement, n’est exposé à aucune cause d’altération.
Le procédé qui vient d’être décrit présente des avantages et des inconvénients selon les conditions au milieu desquelles on opère; compliqué en apparence lorsqu’on n’en connaît que la description, il est dans la pratique d’une simplicité extrême ; cinq à six minutes suffisent ordinairement pour exécuter la série des opérations qu’il exige, mais dans ses applications à la micrographie il a cela d’incom-
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MÉTHODES OPÉRATOIRES
mode, qu’une plaque préparée doit être immédiatement employée, et c’est là bien souvent un obstacle sérieux pour la reproduction de certains objets qu’il faut saisir à un moment donné. De plus, le peu de temps qu’exige l’impression de la couche sensible rend souvent assez difficile l’appréciation exacte de la durée de la pose, et ce n’est que dans le cas où l’on fera usage d’une lumière peu intense qu’il conviendra d’avoir recours à celle méthode. La description qui précède ne sera pas cependant superflue, car le procédé suivant, d’un usage beaucoup plus général, n’est qu’une modification de celui qui vient d’être indiqué.
2° Du collodion sec.
Une glace collodionnée préparée par la méthode précédente doit être, comme on l’a vu, employée immédiatement après sa sensibilisation ; si on la laisse sécher, même après avoir enlevé par un lavage le nitrate d’argent qui restait libre à sa surface, elle devient complètement insensible à la lumière, quelle que soit la durée de son action. Après de nombreux essais, dirigés dans le but de conserver à la couche de collodion sa sensibilité, longtemps
après sa préparation, on a reconnu que ce résultat pouvait être atteint de diverses manières. 11 suffit, en effet, de recouvrir sa surface d’une substance déliquescente qui l’empêche de se dessécher, ou mieux encore, d’une matière incristallisahle dont le mode d’action est plus difficile à expliquer. De tous les procédés qui ont été successivement proposés, le plus parfait et le plus pratique est celui qui a été indiqué par le major Russel, et qui repose sur l’emploi du tannin comme matière conservatrice. Les plaques n’exigent pour leur préparation que des moyens aussi simples que ceux qui s’appliquent aux glaces humides, et elles présentent sur celles-ci l’avantage de conserver pendant plusieurs semaines toutes leurs propriétés, en permettant d’opérer avec beaucoup plus de certitude.
Les diverses phases de la préparation des glaces ne diffèrent en rien de celles qui ont été précédemment décrites, et ce n’est qu’après la sensibilisation qu’interviennent quelques nouvelles opérations d’une extrême simplicité. Après le nettoyage parfait de la lame de verre, on étend le collodion sans précautions spéciales et l’on plonge ensuite la glace dans le bain de nitrate d’argent; celui-ci doit
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avoir toutefois une acidité plus forte que pour le procédé humide, un bain neutre donnant quelquefois des épreuves voilées ; à la formule déjà indiquée, on doit, pour cette raison, substituer la suivante :
Eau distillée 300 grammes.
Nitrate d’argent 20 —
Acide acétique cristallisable. . 2 —
Au sortir du bain de nitrate, la glace est lavée avec le plus grand soin, car c’est dans ce lavage que réside la principale condition de succès. La meilleure manière d’opérer consiste à placer les plaques dans une cuvette plate contenant de l’eau distillée, où on les laisse séjourner pendant quelques minutes. Après ce premier lavage, on les introduit dans une seconde cuvette où elles doivent rester au moins un quart d’heure, mais on peut les y laisser plusieurs heures sans inconvénient. Il est trèsavantageux de se servir pour cette opération d’une auge verticale en gutta-percha, munie intérieurement de rainures disposées comme celles d’une boîte à plaques; le lavage est ainsi beaucoup plus parfait, l’eau chargée des sels qu’elle dissout gagnant constamment le fond du vase à cause de sa plus grande densité. Enfin, au sortir de ce bain, les plaques sont
lavées une dernière fois à l’aide d’une pissetle et recouvertes de la solution conservatrice de tannin composée de la manière suivante:
Eau distillée 100 grammes.
Tannin 4 —
Cette liqueur, préalablement filtrée, est étendue sur la couche sensible à la manière du collodion ; l’excès est recueilli dans un verre et verse de nouveau a deux ou trois reprises sur la plaque afin d’entraîner l’eau adhérente; on termine l’opération en versant une petite quantité de liquide n’ayant pas encore servi. Il est presque inutile d’ajouter que le tannin qui provient d’une première glace peut être employé pour commencer la préparation de la suivante et ainsi de suite.
Il ne reste plus ensuite qu’à sécher la glace à l’abri de la lumière, en la posant sur sa tranche sur un coussin de papier buvard. Il est important que cette dessiccation s’opère le plus régulièrement et le plus promptement possible ; aussi, est-il souvent nécessaire de chauffer assez fortement le laboratoire afin d’accélérer cette opération. Les plaques sèches sont garanties, dans des boîtes parfaitement closes, de la lumière et de l’humidité ; elles se
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conservent ainsi pendant fort longtemps. Il est cependant préférable, si l’on veut être certain du résultat, de ne pas les employer après plus d’un mois de préparation.
L’exposition à la chambre noire est en moyenne cinq à six fois plus longue que par le procédé humide ; ce défaut de sensibilité, qui constitue un inconvénient de la méthode dans ses applications les plus ordinaires, est, au contraire, extrêmement avantageux pour la reproduction des objets microscopiques, au moins dans le plus grand nombre des cas; il permet, en effet, de régler avec plus de facilité la durée toujours très -courte de l’impression lumineuse et diminue beaucoup ainsi les causes d’insuccès.
La manière de développer l’image, bien qu’analogue dans ses parties essentielles à celle qui aétédécrite pour le collodion humide, exige cependant quelques précautions particulières qui sont d’une grande importance. La couche est d’abord lavée à l’eau distillée, à l’aide d’une pissette, dans le but de la débarrasser du tannin qui la recouvre; on verse ensuite à sa surface la dissolution d’acide pyrogallique, qu’on y laisse séjourner jusqu’à ce que le collodion soit bien uniformément mouillé. Le liquide recueilli
dans un verre est alors additionné du cinquième environ de son volume de nitrate d’argent mélangé d’acide citrique (page 10) et versé de nouveau sur la plaque. L’image ne tarde pas à apparaître en se renforçant peu à peu, et au bout de quelques minutes elle a ordinairement atteint toute son intensité; quelquefois cependant, il est nécessaire de renouveler l’acide pyrogallique pour arriver à un développement complet, mais cette précaution n’est indispensable que lorsque l’agent révélateur devient noir et boueux pendant l’opération.
Il arrive assez souvent que lecollodion a une grande tendance à se décoller et à se déchirer pendant le développement; on s’oppose en grande partie à cet inconvénient en chauffant légèrement les glaces avant de les soumettre à l’action de l’acide pyrogallique; on augmente ainsi l’adhérence de la couche de collodion, et les déchirures sont plus faciles à éviter. Un autre moyen consiste à recouvrir d’un vernis quelconque le bord de la glace sur une étendue de l ou 2 millimètres; le liquide ne pénétrant plus alors au-dessous du collodion, celui-ci est beaucoup plus résistant, et l’épreuve peut être maniée sans danger. Ces moyens sont toutefois inutiles quand il s’agit de glaces de petites dimen-
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