CHAPITRE YI
MÉTHODES D’AMPLIFICATION
L’amplification des épreuves photographiques est une de ces questions appelées à un très- grand avenir, et qui préoccupent vivement, depuis quelques années, les photographes les plus sérieux. Un grand nombre d’instruments, plus ou moins compliqués, ont été proposés pour résoudre le problème, qui nécessite souvent, dans ses applications artistiques, des appareils d’une grande dimension. Mais pour les besoins de la micrographie, bien qu’il soit souvent utile d’obtenir une image très-amplifiée d’un négatif, il n'est jamais nécessaire que cette image ait une grande surface, et il suffira presque toujours de reproduire seulement, dans une épreuve, les objets principaux qui ont seuls un intérêt de quelque importance. C’est ainsi qu’une épreuve posi-
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tive de 15 ou 20 centimètres de diamètre sera toujours suffisante et souvent même il sera sans aucune utilité d’atteindre celte dimension. Réduite à ces limites, la question devient beaucoup plus simple, et le matériel affecté aux dispositions qui précèdent peut, avec quelques légères modifications, se prêter au grandissement des négatifs.
Disposition de V appareil. - — Tout appareil à grandissement se compose essentiellement d’un objectif à foyer très-court et d’une chambre noire dont la longueur, toujours considérable, est liée au grossissement que l’on désire obtenir. La mise au point s’effectue par le mouvement du négatif dont on règle la distance à l’objectif à l’aide d’une vis de rappel. La figure 10 indique une disposition trèscommode dans laquelle on a utilisé tout le matériel destiné la reproduction des objets microscopiques. Le cliché est fixé sur une planchette verticale A, entre deux règles à rainure qui peuvent être maintenues à diverses hauteurs au moyen de vis de pression. On met l’image approximativement au foyer en faisant mouvoir, à la main, cette planchette sur les coulisses qui la supportent, et l’on
achève l’opération à l’aide d’une vis de rappel C,
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qui prend son point d’appui sur la tablette horizontale D, fixée elle-même sur la partie mobile du pied de l’appareil.
Sur l’extrémité antérieure du tube E, se monte un objectif photographique ordinaire dont le choix a nécessairement une très-grande importance. Dans
Fig. 40. — Appareil pour l’amplification des épreuves.
A. Planchette mobile supportant le négatif. — C. Vis de rappel pour la mise au point. — B. Tube-rallonge supportant l’objectif photographique.
tous les cas, lorsqu'on fera usage d’un objectif à portraits, il est nécessaire de le retourner, de manière que la lentille qui regarde ordinairement l’objet soit dirigée vers l’intérieur de la chambre noire. Sa longueur focale doit dépendre de l’amplification que l’on désire d’obtenir, mais il est
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toujours utile que son foyer soit le plus long possible. Cela revient à dire que, pour produire une amplification déterminée, il vaut mieux employer une boîte très-longue et une lentille à long foyer qu’une boîte courte munie d’un objectif d’une petite distance focale. Cependant, comme dans les applications à la micrographie le négatif à amplifier possède presque toujours de très-petites dimensions, il est inutile d’exagérer ces conditions qui compliqueraient sans avantage la disposition déjà embarrassante des appareils. Avec une chambre noire de \ mètre de tirage et un objectif de 9 centimètres de foyer environ, on reproduit d’une manière très-parfaite, à une amplification de dix fois, les petites épreuves de 2 à o centimètres fournies par les appareils précédemment décrits.
Quant à la nature des objectifs elle dépend essentiellement du mode d’éclairage que l’on aura adopté. Dans certains cas, un appareil à verres combinés est d’un usage indispensable; d’autres fois un objectif simple analogue à ceux qui servent à la reproduction des paysages sera suffisant ou même préférable. On verra plus loin à quelles conditions est lié l’emploi de tel ou tel système et quels sont leurs avantages et leurs inconvénients. Dans tous les cas le diamètre
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de l’objectif n’a qu’une médiocre imporlance, et il suffit d’avoir recours à des verres de 3 ou 4 centimètres.
De l'éclairage. — Depuis que l’amplification des épreuves est entrée régulièrement dans le domaine de la photographie, il n’est pas de question dont on se soit plus vivement préoccupé que celle de l’éclairage qui convient le mieux au négatif à reproduire. Deux méthodes, essentiellement différentes parleurs principes, ont été proposées, l’une en France par M. Bertsch, la seconde en Amérique par M. Woodward ; l’une et l’autre présentent des avantages et sont egalement applicables aux grandissements photographiques, mais la seconde seule se prête d’une manière satisfaisante aux exigences de l’industrie, du moins avec les procédés de tirage dont elle fait actuellement usage.
M. Bertsch éclaire le cliché par de la lumière parallèle, soit en faisant usage des rayons solaires réfléchis par un simple miroir, soit en recevant ces rayons sur une large lentille convergente A et les ramenant ensuite au parallélisme par l’interposition d’un verre concave B d’une longueur focale convenable (fig. 41, n° 2). Cette seconde disposition,
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qui n’a d’autre but que d’augmenter l’intensité de la lumière, est plus gênante qu’utile pour les besoins de la micrographie. Le cliché n est interposé sur
Fig. 41. — Dispositions diverses pour l’éclairage des négatifs.
A. Lentille condensateur. — 0. Objectif. — n. Cliché photographique. — N. Image amplifiée du cliché. — S. Faisceau de lumière solaire.
le trajet du faisceau qui vient tomber ensuite sur l’objectif amplifiant 0.
On voit, d’après l inspection de la figure, que cet objectif doit nécessairement recevoir sur sa
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première lentille tout le faisceau lumineux qui traverse l’épreuve, el que, par conséquent, son diamètre doit toujours être au moins égal à la plus grande dimension du cliché. C’est là un grave inconvénient sous plusieurs rapports : d’une part, en effet, cette méthode exige des objectifs d’une grande perfection puisqu’ils agissent par une grande étendue de leur surface; d’autre part, elle ne se prête pas facilement à l’amplification de grands négatifs, qui exigeraient des objectifs à grande ouverture et à court foyer, conditions difficiles à réunir.
Lorsque cependant le cliché est d’une petite dimension et ne dépasse pas 2 ou o centimètres, ce système donne des résultats très-satisfaisants et se recommande par sa grande simplicité. Il suffit alors, pour remplir toutes les conditions désirables, de diriger dans l’axe de l’instrument les rayons solaires réfléchis par un simple porte-lumière disposé à une hauteur convenable. On obtiendra, par ce moyen, soit un positif sur eollodion si l’on reproduit directement le cliché, soit un négatif amplifié si l’on remplace le cliché par une épreuve positive sur verre produite par une des méthodes décrites plus haut. L’impression , toujours très-rapide de la
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plaque sensible, n’exige jamais que l’on (ouelie à la position du miroir réflecteur pendant la durée de la pose.
Dans la méthode de M. Woodward, les rayons solaires, d’abord réfléchis par un miroir plan, sont reçus sur une lentille convergente A (n° 1) d’un grand diamètre, dont le foyer coïncide avec le centre optique de l’objectif amplifiant O. Le cliché n se trouve placé dans une portion du cône lumineux, déterminée par la longueur focale de l’objectif et par la distance de l’écran qui reçoit l’image. Cette disposition possède, comme on le voit, l’avantage de n’utiliser pour la formation de l’image que la portion centrale de l’objectif dont la courbure est toujours beaucoup plus régulière que celle des bords; elle remplit, par conséquent, d’une manière plus satisfaisante, les conditions les plus favorables à la netteté, aussi peut-on se servir indistinctement d’objectifs simples ou combinés, quel que soit leur diamètre.
Quant à la grandeur du cliché que l’on peut reproduire, elle est liée au diamètre du condensateur, à sa distance focale et à celle de l’objectif amplifiant. Il faut, en effet, que le négatif se trouve compris en entier dans la section du cône de lu-
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mière réfracté dont le condensateur représente la base ; de sorte que plus la longueur locale de celui-ci sera petite, toutes choses égales d’ailleurs, plus sera grande la surface éclairée du négatif. Celte surface augmentera aussi avec le foyer de l’objectif, puisque le cliché se rapprochera alors du condensateur. Pour les besoins ordinaires de la photographie, où l’on est obligé de réaliser un éclairage très-intense, pour reproduire dans son ensemble un négatif d’une assez grande dimension, on est forcé d’avoir recours à des condensateurs énormes dont le diamèlre n’est pas inférieur à hO ou 50 centimètres; dans de pareilles conditions les appareils ne peuvent être que très-dispendieux et très-imparfaits, car l’achromatisme de l’éclaireur , indispensable à la beauté des résultats, ne saurait être obtenu qu’à des prix inabordables (1).
(1 ) Ces instruments, connus sous le nom de chambres solaires , sont construits dans le but d’obtenir directement, sur papier positif, des épreuves amplifiées d’après des négatifs ordinaires. Le peu de sensibilité du chlorure d’argent exige toujours une pose très-longue comprise entre une demi-heure et une heure avec les meilleurs appareils. Il en résulte de graves inconvénients, parmi lesquels le plus sérieux consiste dans la nécessité de suivre, à l’aide du miroir, la marche du soleil pendant un temps aussi considérable. C’est, à notre avis, s’engager dans une mauvaise voie que de compliquer ainsi les appareils pour les
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Heureusement que les exigences plus limitées des applications micrographiques, permettent d’avoir recours à des appareils du même genre à la fois moins volumineux et plus parfaits.
Une lentille achromatique de 8 centimètres de diamètre et de 30 à lx 0 centimètres de foyer éclaire d’une manière très-uniforme un négatif de 20 à 30 millimètres lorsqu’on fait usage, pour une amplification de 8 à 10 fois, d’un objectif de 9 centimètres de longueur de foyer. L’image est alors trèsvivement éclairée et nette dans toutes ses parties ; il ne faudrait pas croire cependant que l’intensité de l’éclairage soit suffisante pour permettre d’obtenir directement un positif sur papier préparé au chlorure d’argent, comme on le fait avec les appareils à grand condensateur. Une pareille méthode est loin d’être assez parfaite pour reproduire les
affectera un procédé déterminé qui est en lui-mêmeextrêmement défectueux ; il serait certainement plus rationnel de perfectionner les méthodes photographiques, afin de pouvoir se passer de ces complications. Nousne doutons pas que l’on n’abandonne rapidement ces instruments si peu pratiques dès que l’on sera en possession d’une méthode de tirage permettant d’obtenir sur papier une impression rapide jointe aux qualités nécessaires à un bon positif. Les nouvelles recherches de M. Van Monckoven peuvent faire espérer que ce problème recevra bientôt une solution satisfaisante.
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détails délicats des objets microscopiques , et , comme on Ta déjà vu, il est toujours préférable de faire usage du procédé au collodion. Aussi, quel que soit le mode d’éclairage auquel on donne la préférence, on sera toujours gêné par un excès de lumière plutôt que par sa trop faible intensité. Pour remédier à cet inconvénient, il est souvent nécessaire d’interposer sur le trajet des rayons lumineux une cuve verticale à sulfate de cuivre qui possède le double avantage de ralentir l’opération et de donner une plus grande netteté à l’image, en détruisant complètement le foyer chimique des lentilles.
Les deux moyens qui précèdent conviennent très-bien au cas le plus général où il s’agit d’amplifier un négatif de petite dimension ; mais il arrive très-souvent que l’on aura intérêt à reproduire une épreuve d’une assez grande surface, soit dans sa dimension normale, soit même en lui faisant subir une réduction. La méthode de M. Bertsch ne saurait s’appliquer à ces conditions spéciales. Quant à celle de M. Woodward elle exigerait des appareils trop
volumineux et trop dispendieux pour qu’on doive songer à en faire usage.
Un moyen très-simple, et qui n’exige l’emploi d’aucun appareil, permet d’obtenir d’excellents ré-
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sultats : il suffit, en effet, de plaeer derrière le cliché n (n° 3) et à une petite distance, un verre dépoli c que l’on éclaire vivement , soit par un simple rayon solaire, soit par de la lumière concentrée par une lentille A. Le verre dépoli devient alors la source lumineuse, et l’on peut se servir, dans ce cas, soit d’un objectif combiné, soit d’un objectif simple, muni d’un petit diaphragme. La seule condition importante à remplir consiste à éloigner suffisamment le négatif de la glace éclairée, pour que les deux images ne coïncident pas sur la couche impressionnable, ce qui troublerait nécessairement la pureté de l’épreuve. Cette méthode est très-générale et s’applique même fort bien au cas des amplifications considérables ; son seul défaut serait alors de donner à Limage un éclairage peu intense, mais il est bien rare que ce soit là un obstacle sérieux, surtout lorsqu’on fait usage de la lumière si active du soleil.
Enfin, il est quelquefois très-utile d’obtenir, non une épreuve photographique agrandie, mais la simple projection d’une image micrographique fortement amplifiée. Ce cas se présente très-souvent, par exemple, pour les démonstrations dans les cours publics, où il est si difficile de montrer à un grand
nombre d’auditeurs les objets que l’on décrit. Ce que l’on doit chercher avant tout dans de pareilles conditions, c’est l’intensité lumineuse, qui doit être d’autant plus puissante que l’écran qui reçoit la projection aura une plus grande étendue.
Quand on dispose des rayons solaires, le problème est de la plus grande simplicité ; la disposition de l’appareil de Woodward est alors extrêmement avantageuse, et l’amplification peut être facilement portée jusqu’à 100 diamètres sans que l’image cesse d’être très-lumineuse. Mais comme, dans le plus grand nombre des cas, on devra s’adresser à une source de lumière artificielle, il est préférable d’avoir recours à une bonne lanterne magique qui fournir d’excellents résultats. Un appareil de ce genre, éclairé par la lumière de Drummond et muni d’une demi-boule de 8 centimètres, projette un cercle très-lumineux de lm,50, en produisant un grossissement de cinquante fois. Si l’on songe maintenant qu’il est facile d’obtenir des épreuves très-nettes à un grossissement de trois à quatre cents fois, on voit qu’on peut atteindre, par ce moyen , l’amplification prodigieuse de 15 à 20 000 diamètres.
TABLE DES MATIÈRES
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Introduction 1