CHAPITRE III
Les applications de la lumière polarisée à la micrographie présentent encore aujourd’hui un intérêt
assez médiocre et sont plutôt remarquables par la beauté des résultats qui se produisent que par leur utilité pratique. A l’exception d’un nombre de cas très -restreints , les observations microscopiques faites dans ces conditions n’ont pas en effet rendu à la science les services qu’elles semblaient lui promettre, et la photographie ne peut retirer qu’un plus faible profit encore de l’emploi de pareils • moyens. La plupart des phénomènes de polarisation consistent dans des colorations plus ou moins brillantes de certains objets ; or, dans l’état actuel de nos connaissances, la photographie est impuissante à reproduire de semblables effets et elle ne donnera le plus souvent à cet égard qu’une pale copie bien éloignée de la réalité. Dans quelques circonstances cependant, elle est appelée à rendre quelques services en signalant des différences trèsmanifestes qui, sans reproduire fidèlement les apparences, pourront jusqu’à un certain point rendre compte des phénomènes; d’autres fois, enfin, la reproduction sera assez exacte pour laisser peu de chose à désirer ; c’est ce qui arrive par exemple pour l’étude des différentes espèces de fécules dont les divers aspects sont indiqués parla photographie d’une manière très-satisfaisante. 11 est donc indis-
pensable de donner ici quelques détails pratiques sur l’emploi de la lumière polarisée.
Tout appareil de polarisation se compose de deux parties bien distinctes, le polariseur et l’analyseur. Le premier consiste toujours en un petit prisme de Nicol qui s’ajuste entre l’objet et le miroir, à la place de l’éclaireur de Dujardin. 11 est trèsavantageux de pouvoir installer au-dessus de ce prisme l’éclairage de Dujardin lui-même; il aidera à concentrer la lumière qui manque ordinairement dans les expériences de ce genre. La disposition de l’analyseur varie suivantes microscopes; dans les appareils dcM. Nachet, cette pièce consiste le plus souvent en un prisme biréfringent de spath d’Islande qui se place au-dessus de l’oculaire ; un petit écran ou un diaphragme permet d’éliminer une des deux images données par le prisme pour n’en faire arriver qu’une seule à l’œil de l’observateur. Cette disposition, qui présente quelques avantages pour l’étude, convient très-mal aux expériences de photographie, parce qu’elle rétrécit d’une manière considérable le champ de l’instrument. D’autres fois le même constructeur fait usage d’un second prisme de Nicol, également placé au-dessus de l’oculaire ; l’observation devient ainsi beaucoup plus aisée, et cet analyseur, placé
dans une position convenable, se prête parfaitement aux projections. Enfin, dans les microscopes de Oberhaueser et de quelques autres fabricants, l’analyseur, au lieu d’être ajusté sur l’oculaire, se trouve immédiatement au-dessus de l’objectif. Il consiste, comme le précédent, en un prisme de Nieol, dont la section pourra être d’autant plus petite qu’il sera plus rapproché de l’objectif; cette disposition est la seule applicable à la photographie. On conçoit en effet qu’il est, avant tout, nécessaire que les rayons émanés de l’objectif traversent en totalité l’analyseur pour que les phénomènes de polarisation se produisent d’une manière régulière; or, les rayons émergents formant un cône plus ou moins ouvert selon la puissance de l’objectif, il y aura tout avantage à rapprocher le plus possible l’analyseur de sa surface postérieure; sans cette précaution, on devrait faire usage de prismes de Nicol d’une très-grande dimension, ce qui serait aussi dispendieux qye difficile à réaliser.
La coupe représentée figure 17 indique la disposition de l’appareil. Le polariseur P porte à sa partie supérieure le concentrateur de Dujardin et reçoit de la lumière déjà rendue convergente par la première lentille de l’appareil d’éclairage. L’analy-
seur est situé en À dans le corps même du microscope. L’instrument sera ensuite, selon les cas,
Fig. 17. — Appareil de polarisation.
A. Analyseur. — B. Polariseur. — C. Éclaireur de Dujardin.
adapté à l’une des installations qui seront décrites plus loin.
Les effets de polarisation ne se produisent, comme on le sait, que lorsque le polariseur et l’analyseur occupent l’un par rapport à l’autre une position déterminée ; lorsque, par exemple, leurs sections principales font entre elles un angle droit;
toute lumière est éteinte et le ehamp du microscope paraît obscur. Si Ton place alors sur la platine un objet polarisant la lumière, tel qu’un cristal n’appartenant pas au système cubique, celui-ci apparaîtra vivement éclairé sur un fond complètement noir. Si l’on fait tourner l’un des deux prismes de manière à changer la position relative des sections principales, le champ s’illumine peu à peu pour atteindre son maximum d’intensité lorsque le plan des deux sections coïncide.
On ne devra jamais choisir pour une opération photographique le point d’extinction complète de la lumière; une épreuve obtenue dans dépareilles conditions serait toujours dure et indécise, mais il sera facile de trouver une position convenable où le fond aura une intensité suffisante pour détacher les contours de l’objet sans que l’effet produit par la polarisation en souffre d’une manière sensible ; l’inspection de l’image indiquera facilement le point où il convient de s’arrêter.
Comme on le voit par ce qui précède, il est indispensable de pouvoir changer facilement la position relative des deux prismes, ce qui rend assez nécessaire l’emploi des microscopes à platine tournante. Celle-ci entraînant, dans son mouvement
de rotation, tout le corps de l’instrument en laissant le polariseur immobile, il devient facile d’obtenir une orientation convenable des deux sections principales. On pourrait cependant suppléera cette disposition en faisant tourner le polariseur, ce qui est toutefois beaucoup moins commode, à moins que l’appareil n’ait été construit spécialement pour cet objet.
Enfin, on peut dans bien des circonstances tirer un très-utile parti de la lumière polarisée pour obtenir certains effets d’éclairage auxquels il serait difficile d’arriver par d’autres moyens. C’est ainsi que beaucoup de corpuscules calcaires ou siliceux qui, parleur nature même, possèdent la propriété de polariser la lumière , restent très-vivement éclairés sur un fond noir lorsque l’éclairage du fond est complètement éteint ; il en résulte une apparence tout à fait analogue à celle que produit un éclairage par dessus ou à celle que donne le petit cône dont il a été question à propos des objets opaques ; cette disposition est très-convenable pour la reproduction des spiculés calcaires des spongiaires et des polypiers, qui se dessinent souvent plus nettement sur un fond obscur que sur un fond lumineux ; elle se prête encore à d’autres cas qu’il est
impossible de préciser à priori, la constitution intime de l’objet jouant un rôle essentiel dans la question.