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CHAPITRE IV

Le microscope, considéré comme instrument photographique, n’est autre chose, comme on l’a déjà vu, qu’une chambre noire munie d’un objectif à très-court foyer, près duquel se trouve placé l’objet. L’image qui se forme au foyer conjugué est nécessairement agrandie, et le grossissement est d’autant plus considérable que l’objet se rapproche davantage du foyer de la lentille. On voit, d’après cela, que, pour un objectif déterminé, l’amplification augmentera avec la longueur de la chambre noire; ou que celle-ci restant constante, elle variera inversement à la longueur focale de l’objectif. Il semble donc, au premier abord, qu’il ne doive pas y avoir de bornes au grossissement que l’on peut atteindre, et la solution du problème paraît de la plus grande simplicité. 11 est toutefois une limite que Ton ne saurait dépasser sans compromettre la netteté

des images photographiques. Leurs contours deviennent de plus en plus confus à mesure qu’on augmente la longueur de la chambre noire, et en même temps l’intensité de la lumière diminue, de sorte qu’il devient impossible de produire une image nette lorsqu’on veut exagérer l’amplification. C’est à une pareille cause qu’il faut attribuer les reproches immérités dont a été si souvent l’objet la photographie dans ses applications à la micrographie; ces reproches ne sauraient s’adresser qu’à des épreuves mal réussies, dont il eût été facile d’éviter les défauts, si l’on n'eût voulu aller au delà de la puissance des appareils.

On peut cependant, par un artifice bien simple, reculer d’une manière très - notable les limites qu’impose l’emploi des appareils ordinaires, et joindre à une très -grande netteté les avantages d’une amplification considérable. Cet artifice consiste à obtenir d’abord un dessin photographique d’une très-petite dimension que l’on amplifie ensuite par des procédés spéciaux qui tendent aujourd’hui à s'introduire d’une manière générale dans les ateliers de photographie. On arrive aisément ainsi à produire des images dont la netteté surpasse de beaucoup celle que donnerait une amplification

directe., et le materiel nécessaire au

micrograplic

se trouve réduit à quelques instruments peu volumineux , dont le maniement ne présente aucune

difficulté sérieuse.

La disposition des appareils doit varier, on le conçoit, selon qu’on adoptera l’un ou l’autre de ces systèmes, et il est nécessaire d’indiquer ici avec détails les divers modes d’installation qui doivent être adoptés dans chacun de ces cas. Dans les instruments qui vont être décrits, on a cherché à réaliser avant tout les dispositions les plus simples et les plus pratiques, mais chacune d’elles pourra être l’objet de bien des modifications difficiles à prévoir, et liées aux ressources particulières qui seront à la portée de chaque opérateur.

On supposera, dans tout ce qui va suivre, que l’objet à reproduire a déjà été convenablement éclairé pour ne s’occuper que du jeu des appareils et de la mise au point de l’image. On fera également abstraction pour le moment de tout ce qui est relatif aux procédés photographiques. Cette dernière question sera traitée d’une manière complète dans un des chapitres suivants.

1° Appareils à petites épreuves.

La disposition la plus simple, peut-être même la plus parfaite et la plus eommode, est celle qui permet de photographier la préparation à une distance de l’objectif ne dépassant pas la longueur du tube du microscope. Tout l’appareil se réduit alors à un petit châssis destiné à recevoir la plaque sensible, et qui se fixe sur l’instrument à la place de l’oculaire. Ce châssis , représenté figure 18, ne diffère pas essentiellement, dans sa

Fig. 18. — Châssis à deux épreuves.

A. Porte à couli se. — B. Platine de cuivre recevant le châssis. — C. Porte postérieure munie d’un ressort.— E. Tube s'engageant dans le corps du microscope.

(construction, de ceux qui servent a la production des épreuves stéréoscopiques ordinaires. 11 se compose d’un cadre de bois, ou mieux de cuivre, qui reçoit intérieurement une glace de 9 centimètres

MOITliSSIEH. — Photogr.

DES A PDA U El LS ET DE LEUR DISPOSITION.

do longueur sur h de largeur (1). Sa (ace antérieure porte deux plaques de cuivre A, glissant à frottement doux dans des coulisses métalliques, et qui ont pour usage de découvrir séparément les portions de la plaque sensible qui doit recevoir l’image. Une lame de cuivre mince C, munie d’un ressort , s’ajuste derrière le châssis de manière à mettre la plaque à l’abri de la lumière, et à la maintenir dans une position invariable contre quatre taquets d’ivoire.

Ce châssis s’engage entre deux coulisses métalliques fixées sur une platine de cuivre B, parfaitement dressée. Celle-ci est percée au centre d’un trou circulaire de 2 centimètres de diamètre, et porte inférieurement un tube E, dont les dimensions sont celles des oculaires du microscope. Enfin, un petit ressort F, fixé sur la platine, s’engage par

(l) La grandeur de cette glace n’a pas été adoptée d'une manière arbitraire. Elle présente une dimension commune avec les verres qui se trouvent dans le commerce sous le nom de quarts de plaque ( 0 ,n , 0 9 sur 0m,12) et de plaques stéréoscopiques (0m,09 sur 0n’,18). Il suffit donc de les couper par bandes de 4 centimètres de largeur pour se procurer les glaces de cet appareil. Celte division peut même, dans certains cas, se faire après la préparation photographique de la plaque, ce qui abrège beaucoup la durée des opérations.

son extrémité dans des ouvertures ménagées sur une des faces latérales du cadre, ce qui permet de

faire coïncider exactement les ouvertures du châssis avec celle de la platine.

Fig. 19. — Appareil complet à deux épreuves.

A. Châssis substitué à l’oculaire. — B. Appareil d'éclairage. — C. Position du collier dcsliné à fixer le corps du microscope.

La figure 19 montre l’appareil photographique en place sur un microscope. L’instrument est main-

tenu dans une position invariable sur une planchette qui peut être fixée elle-même sur la table au moyen d’un boulon. Une règle horizontale B reliée à la planchette reçoit les diverses pièces de l’appareil éclaireur.

Dans le cas où l’on ferait usage d’un microscope à tambour , le pied circulaire de l’instrument devrait s'engager dans un anneau métallique, fixé au centre de la tablette de manière qu’on puisse imprimer facilement à l’appareil un mouvement de rotation autour de son axe vertical. Enfin, il est tà peu près indispensable que le corps du microscope soit d’une seule pièce, afin d’éviter le défaut de stabilité d’un corps composé de tubes à coulisse, ce qui pourrait modifier la mise au point pendant les diverses opérations. 11 est également essentiel que le corps entre à frottement dur dans le tube fixe G; si le glissement se faisait avec trop de facilité, il faudrait placer en ce point un collier de cuivre, muni latéralement d’une vis de pression, afin de le maintenir dans une position invariable après la mise au foyer.

Une des plus grandes difficultés qui se présentent dans la photographie des objets microscopiques est, sans contredit, la mise au point de

Limage. Dans cet appareil, celte opération délicate, s’effectuant à l’aide d’un oculaire, comporte, on le comprend, une très-grande précision. Dans un microscope composé, l’objet que l’on étudie donne une image réelle qui se forme entre les deux lentilles de l’oculaire; cette image est ensuite amplifiée par la lentille supérieure qui remplit , par rapport à l’œil, le rôle d’une simple loupe. 11 s’agit donc, pour obtenir une image photographique d’une grande netteté, de donner à la couche impressionnable une position telle que sa surface coïncide exactement avec le point où se fait l’image dans l’oculaire, ou, ce qui revient au meme, de chercher quelle position doit occuper l’oculaire pour que l’image coïncide avec la plaque. On pourrait arriver à ce résultat par quelques tâtonnements, mais il est plus simple d’opérer avec méthode : on atteindra ainsi le but plus rapidement et avec plus de sûreté.

La plaque sensible est remplacée dans le châssis par une lame de verre présentant des traits extrêmement fins, un micromètre divisé en dixièmes de millimètre par exemple (1). On dispose provisoire) Une glace collectionnée sur laquelle on a produit de légères éraillures à l’aide d’un pinceau un peu rude convient assez bien pour cet usage.

renient alors au-dessus de tout l’appareil une forte loupe, ou mieux un microscope grossissant vingt fois environ, de manière à pouvoir mettre exactement au point les divisions du micromètre. On place ensuite sur la platine de l’instrument un objet présentant quelques détails très-délicats, et on les met au foyer en les observant avec le microscope supérieur. Après quelques tâtonnements, on trouvera toujours une position des deux instruments pour laquelle on verra nettement à la fois l’objet et les divisions ; on est alors certain que l’image coïncide exactement avec la surface du micromètre. Après cette première opération, on enlève le microscope supérieur et l’on remplace le châssis par un oculaire. L’image n’est généralement pas nette dans la situation normale de celui-ci, mais en le soulevant un peu, sans toucher à la vis du microscope, on trouvera un point qui est celui qu’il devra définitivement occuper; il suffit alors de fixer par un moyen quelconque l’oculaire dans cette nouvelle position, qui sera déterminée une fois pour toutes. Il faut cependant remarquer que cette hauteur ne peut convenir â tous les oculaires, et l’on devra la déterminer pour chacun de ceux qui devront servir â la mise au foyer.

La disposition suivante, à la fois simple et commode, permet de faire avec facilité celte détermination, et de retrouver avec exactitude les positions qui conviennent à chacun des oculaires. Ceux-ci sont reçus dans un tube de cuivre AB (fig. 20) de 2 centi-

Fig. 20. — Oculaire disposé pour la mise au point.

mètres de longueur environ, où ils entrent à frottement dur. Ce tube porte inférieurement un rebord C qui repose sur le corps du microscope; de plus, il est percé dans sa partie moyenne d’une fenêtre dont l’un des bords porte une graduation. Enfin, un trait de repère tracé sur l’oculaire indique la hauteur qu’il doit occuper dans le tube. Il s’agit donc de déterminer, par l’expérience précédente, à quelle division de la graduation doit correspondre la ligne de repère pour qu’on puisse toujours se placer dans des conditions identiques.

Il arrive cependant que la mise au point, effec-

tuée par les moyens qui viennent d’être indiqués, ne donne pas toujours à la photographie une image d’une netteté absolue. Gela ne tient pas, comme on pourrait le croire, à un défaut de précision dans l’emploi de cette méthode, mais bien à un vice quelquefois inhérent à la nature des objectifs microscopiques. Ces derniers sont construits, en effet, dans les conditions les plus favorables à l’observation, sans qu’on ait eu à se préoccuper de celles qui convenaient le mieux aux opérations photographiques ; en un mot, ils sont achromatisés pour les rayons les plus lumineux, au lieu de l’être pour ceux qui possèdent la plus grande activité chimique. 11 en résulte qu’ils possèdent presque toujours ce que l’on nomme un foyer chimique ou actinique , c’est-à-dire que l’image susceptible d’impressionner la plaque sensible ne se fait pas au même point que l’image lumineuse. Cette différence entre les foyers chimique et visuel est d’autant plus grande, que la longueur focale de l’objectif est plus considérable, de sorte qu’elle deviendra d’autant plus sensible, que l’on opérera à un moindre grossissement.

L’oculaire mobile qui vient d’être décrit permet d’effectuer par quelques tâtonnements cette correction*, mais il est beaucoup plus simple et plus ri-

goureux d’avoir recours à un nuire moyen qui sera indiqué plus loin, et qui repose sur l’emploi d’une lumière monochromatique. Dans tous les cas, on devra étudier à ce point de vue chacun des objectifs dont on se propose de faire usage; il n'est d’ailleurs pas rare d’en rencontrer dans lesquels les deux foyers coïncident d’une manière presque absolue.

Ces opérations préliminaires une fois effectuées, la manœuvre de l’appareil devient fort simple. Après avoir convenablement éclairé l’objet, on met son image au point, et l’on intercepte provisoirement par un écran la lumière qui tombe sur la lentille D (fi g. 19); on substitue ensuite à l’oculaire l’appareil photographique, et l’on découvre l’ouverture du châssis qui correspond au tube du microscope, en évitant de changer la mise au point par une secousse imprimée à l’instrument. Il suffit alors de supprimer l’écran, pour que l’image vienne impressionner la plaque sensible, et l’on arrête l’opération quand la durée de la pose a été jugée convenable. Quant au temps nécessaire à la production d’une bonne épreuve, il est impossible de le préciser ici; il peut varier depuis l’instantanéité absolue jusqu’à plusieurs minutes, selon l’intensité et la nature de la lumière,

la longueur focale de l’objeclif, le procédé photographique employé, etc. ; toutes ces questions seront traitées dans le chapitre consacré aux opérations photographiques.

On obtient par ce moyen deux épreuves négatives sur la meme glace, et si l’objet à reproduire présentait des détails extrêmement délicats, il est le plus souvent impossible de les apercevoir à l’oeil nu ; mais examinée au microscope, sous un grossissement de 20 à oO diamètres, l’image apparaît avec une netteté extraordinaire. C’est ainsi qu’une épreuve du Plcurosigma cingulatum obtenue dans cet appareil avec l’objectif n° 5 de M. Nachet présente, lorsqu’on l’examine au microscope, les diverses stries que se croisent à sa surface avec une netteté et une dimension de beaucoup supérieures à celles que sont susceptibles de fournir les meilleurs microscopes munis des objectifs et des oculaires les plus puissants.

Ces épreuves suffiront dans bien des cas, malgré leur petite dimension, aux micrographes qui ne tiennent qu’à conserver le souvenir de préparations microscopiques fugaces, qui ne sauraient se conserver sans altérations. Souvent même il sera avantageux d’obtenir des images encore plus réduites,

afin d’embrasser, en les examinant au microscope, une plus grande portion de la préparation dans le champ de l’instrument ; il suffirait, pour cela, de placer le châssis à une moindre distance de l’objectif, c’est-à-dire d’opérer avec un corps beaucoup plus court. On ne devra pas oublier que, dans ces nouvelles conditions, il devient indispensable de déterminer la position que devra occuper l’oculaire pour la mise au foyer.

Dans le plus grand nombre des cas cependant, il est nécessaire de transformer ces épreuves en images positives agrandies. Cette amplification s’effectue, comme on le verra plus loin, avec assez de facilité et à l’aide d’appareils peu compliqués. Mais comme les grandissements tendent à prendre tous les jours dans le domaine de la photographie une place de plus en plus importante, il sera souvent préférable, pour le micrographe peu initié aux manipulations photographiques, de s’adresser à des hommes de l’art qui sont aujourd’hui généralement au courant de ce genre de reproductions. En se bornant ainsi à la formation des images négatives, le micrographe pourra tirer le plus utile parti de cet appareil. Il est, comme on le voit, réduit à sa plus grande simplicité, et n’est

guère plus embarrassant que le microscope luimême; enfin sa manœuvre n’exige que peu de connaissances dans l’art de la photographie. Le commerce livre aujourd’hui des plaques sensibles toutes préparées, qui se conservent pendant plusieurs mois sans altération, de sorte que, à la rigueur, tout se réduit au développement de l’image, opération très-simple en elle-même et n’exigeant qu'un matériel insignifiant.

Quant au grossissement que possèdent les épreuves obtenues dans cet appareil, il est toujours peu considérable, et dépend essentiellement de la longueur du corps du microscope, variable avec les divers instruments; de plus, les objectifs d’un même numéro, construits par un même fabricant, ne possèdent pas toujours le même pouvoir amplifiant ; enfin, les numéros adoptés par les divers constructeurs sont loin de se correspondre, de sorte qu’il est impossible de rien préciser ici à cet égard. On indiquera plus loin la méthode à suivre pour mesurer avec exactitude les amplifications que produisent les divers objectifs, ainsi que les grossissements moyens correspondant aux microscopes les plus usités en France.

L’appareil qui vient d’être décrit, très-conve-

nable pour les exigences habituelles de la micrographie, peut subir une modification avantageuse, applicable aux cas où Ton aurait à exécuter un très-grand nombre de reproductions. Le petit châssis à deux épreuves sera alors remplacé par un appareil semblable, mais de plus grande dimension, permettant d’obtenir six ou huit images sur la même plaque.

La figure 21 montre la disposition d’un semblable châssis construit pour une glace de 9 centimètres

Fig. 21. — Châssis permettant d’obtenir six images sur même plaque.

sur 12, et qui peut recevoir six épreuves (1). Sa disposition ne diffère pas essentiellement de celle de l’instrument décrit plus haut. L’appareil peut être entièrement construit en bois, à l’exception des

( I ) Un châssis semblable construit pour une glace stéréoscopique reçoit aisément huit images.

six portes à coulisse A, qu’il est préférable de faire de cuivre, afin de diminuer son épaisseur. Enfin, les deux coulisses latérales BB, qui le fixent sur la platine, doivent également être de métal, pour se prêter à un ajustement plus parfait.

Ce châssis serait trop lourd , et surtout trop volumineux, pour qu’il soit possible de le fixer,

Fig. 22. — Appareil complet à six épreuves.

AA. Colonnes de bois ou de cuivre supportant la tablette B. — C. Cbàssis. —

D. Appareil éclaireur.

comme le précédent, sur le corps même du microscope. Aussi est-il indispensable d’avoir recours à

des précautions particulières, qui permettent d’effectuer toutes les manœuvres sans ébranler l’instrument et en compromettre la solidité. La figure 22 montre une des dispositions les plus commodes.

Quatre colonnettes AA, de bois ou de cuivre, supportent une planchette B, percée en son centre d’une

ouverture circulaire de 2 centimètres de diamètre.

Le châssis C vient s’appliquer sur cette platine, où il est maintenu par deux coulisses métalliques, disposées de telle façon que les six ouvertures du châssis peuvent se présenter successivement au-dessus de celle de la platine. Un ressort, dont l’extrémité s’engage dans des ouvertures convenablement disposées en assure la coïncidence.

A sa partie inférieure, la tablette est munie d’un tube de cuivre qui s’engage dans le corps du microscope. Ce tube est noirci intérieurement, et porte un diaphragme de 15 à 18 millimètres, fixé à son extrémité inférieure. Il est facile, par ce moyen, d’éliminer d’une manière complète la lumière extérieure , qui pourrait impressionner la plaque sensible. On adoptera ici avec avantage les corps de microscope à tube rentrant, qui rendent facile l’occlusion parfaite de l’instrument. Enfin, les colonnettes sont reliées inférieurement par

une planchette de bois qui supporte le microscope en même temps que les diverses pièces de l’appareil éclaireur.

Cette disposition peut être modifiée de bien des manières, au gré de chaque opérateur. C’est ainsi qu’il est aisé de la rendre complètement indépendante du microscope. Il suffit, pour cela, de percer la planchette inférieure d’une ouverture assez grande pour recevoir le pied de l’instrument. Tout l’appareil photographique s’enlève alors d’une seule pièce pendant les observations, et l’on en coiffe ensuite le microscope au moment de photographier l’image.

On peut aussi rendre sa hauteur variable, en construisant les colonnes avec des tubes de cuivre entrant l’un dans l’autre. Cette modification permet de faire varier à volonté, et dans certaines limites, le grossissement pour un même objectif. Mais une condition essentielle qu’il ne faut jamais perdre de vue, c’est la stabilité de l'instrument, qui devra, dans tous les cas, être solidement fixé sur la table de travail.

Quant à la manœuvre de l’appareil, elle est tout à fait identique avec celle du premier. La mise au point s’effectue à l’aide d’un oculaire qui s’ajuste

dans le trou de la plaline supérieure, en observant toutes les précautions déjà indiquées.

Cette disposition paraîtra , au premier abord , moins commode que la première qui a été décrite, mais elle possède le grand avantage d’établir une indépendance complète entre le microscope et l’appareil photographique, de sorte qu’on n’a jamais à craindre d’altérer la mise au point pendant les diverses opérations. Enfin , s’il suffit ordinairement de produire deux images sur la même plaque, il est quelquefois très-utile de pouvoir en obtenir un plus grand nombre. C’est ce qui arrive, par exemple, dans la reproduction des animalcules vivants que l’on doit photographier instantanément. Dans ce cas, la préparation se trouvant animée d’un mouvement continuel, le hasard joue, on le conçoit, un grand rôle, soit dans la mise au point, soit dans le choix de l’objet; il y a alors tout avantage à former très-rapidement un grand nombre d’épreuves, et cet appareil devient d’un usage presque indispensable.

2° Appareils à amplification directe.

Les deux instruments qui viennent d’être décrits ne peuvent servir, comme on l’a vu, qu’à la for-

million d’images extrêmement petites, qui doivent, dans le plus grand nombre des cas, être l’objet d’une nouvelle amplification. Il est cependant quelquefois préférable, lorsque l’objet à reproduire n’exige pas un grossissement supérieur à 200 ou à 300 diamètres, d’obtenir du premier coup ce grandissement définitif : on abrège de beaucoup ainsi les manipulations photographiques, puisqu’une seule épreuve suffit pour obtenir le résultat final; mais en même temps on complique les appareils, et l’on augmente, d’une manière souvent embarrassante, le matériel nécessaire à ces opérations. Aussi l’usage de cette méthode n’est-il à recommander qu’aux personnes déjà familiarisées aux manœuvres de la photographie. Les appareils ordinaires pourront, avec quelques légères modifications, être utilisées pour ces reproductions , qui sont fort belles lorsqu’on ne dépasse pas des limites convenables de grossissement.

La disposition la plus simple est celle qui est représentée figure 23. Analogue, dans ses parties essentielles, à celles qui ont été déjà indiquées, elle n’en diffère que par la plus grande dimension de l’appareil , et par la manière dont s’effectue la mise au foyer. Le microscope et l’ap-

DES APPAREILS PlIOTOGRAPmQliES. 127

pareil d’éclairage sont assujettis sur une table basse et solide ; trois règles de bois AA, portant

Fig. 23. — Appareil vertical.

AA. Règles à coulisse supportant la chambre noire. — B. Allonge à ouverture latérale. — C. Porte de la rallonge. — D. Glace dépolie.

une rainure dans les deux tiers de leur longueur, sont fixées sur cette table, et maintiennent dans une

position verticale une chambre noire à soufflet de petite dimension. Les boîtes désignées en photographie, sous la dénomination de demi- plaque, sont d'un usage très-commode et d’une grandeur plus que suffisante. La longueur de cette chambre noire devra nécessairement être proportionnée au grossissement que l’on veut obtenir.

A la place de la glace dépolie , s’ajuste une rallonge de bois de 20 centimètres de hauteur environ, et munie latéralement d’une porte qui doit, lorsqu’elle est fermée, s’opposer d’une manière complète à l’entrée de toute lumière extérieure. Les châssis et la glace dépolie s’engagent dans une rainure ménagée à l’extrémité de la rallonge.

L’objet â reproduire étant convenablement éclairé, son image se peindra sur la glace dépolie, et l’on pourra la mettre au foyer en regardant en D par-dessus la glace, en même temps qu’on tournera avec une des deux mains la vis du microscope. Celle manière d’effectuer la mise au point est cependant fort incommode, à cause de la longueur de l’appareil, qui se trouve ainsi limitée par la longueur du bras. On a proposé, il est vrai, pour remédier à cet inconvénient, l’emploi d’un système de tiges et de vis de rappel, permettant de manœuvrer à

distance la vis du microscope; mais c’est là une complication peu pratique, qui ne détruit d’ailleurs qu’une partie de la difficulté. L’obstacle le plus sérieux provient de la présence du verre dépoli, dont le grain donne lieu à des phénomènes de diffraction extrêmement gênants, et qui souvent empêchent d’apprécier avec précision la netteté des objets délicats.

Par l’emploi de l’allonge à porte CB, on remédie du même coup à ces divers inconvénients. La glace dépolie est alors remplacée par une feuille de carton blanc qui en occupe exactement la position, et l’opérateur observe l’image en regardant verticalement en haut dans l’intérieur de la boîte. Si l’objet est vivement éclairé, son image, trèslumineuse, est facilement visible; mais si la lumière est plus faible, il est souvent nécessaire de se couvrir la tète d’un rideau obscur : dans tous les cas, l'image paraît toujours beaucoup plus nette que quand on la reçoit par transmission à travers le verre dépoli, et, la mise au point s’effectue avec plus de précision et de commodité.

Celte manière de disposer les instruments est loin cependant de réunir toutes les conditions que l’on est en droit d’exiger dans la pratique. Il est

difficile, en effet, de réaliser ainsi la solidité si necessaire aux opérations de ce genre ; les moindres vibrations du sol ébranlent toujours plus ou moins l’appareil, ce qui compromet le résultat définitif. Malgré ce grave inconvénient, il est souvent nécessaire d’employer cette méthode, parce qu’elle reproduit la préparation dans son véritable aspect et sans renversement , ce qui est parfois très-important dans la photographie des objets qui ne sont pas symétriques, tels, par exemple, que les coquilles des mollusques. Mais ce n’est que dans le cas où l’on devra obtenir des épreuves sur papier par les procédés ordinaires, qu’il est nécessaire d’avoir recours à cette installation. On verra plus loin que par des procédés de tirage spéciaux, on peut à volonté renverser une image négative; et en adoptant cette méthode, il sera beaucoup plus avantageux d’employer la disposition suivante , qui se prête parfaitement à tous les cas qu’il est possible de prévoir.

La chambre noire est couchée horizontalement sur une table très-solidement construite (fi g. 2/i), où elle se fixe par quelques presses de fer. Elle se compose, comme la précédente, d’une boîte à soufllet demi-plaque, munie postérieurement d’une

allonge à porte, el reçoit antérieurement deux tubes de zinc B7 rentrant l’un dans l’autre, qui permettent d’augmenter sans embarras la longueur de

lie. 'là. — Microscope vertical adapte à une boite horizontale.

A. Allonge antérieure de la boîte. — B. Chevalet servant d’appui au tube A. — C. Tube de cuivre renfermant un prisme à réflexion totale. — D. Microscope. — E. Tablette de bois mobile. — F. Disque tournant supportant le microscope et l’appareil éclaireur. — II. Allonge à porte latérale.

l’appareil. Ces tubes, maintenus par un chevalet de bois B, fixé sur la table, contiennent dans l’intérieur plusieurs diaphragmes destinés à éliminer la

lumière réfléchie sur leurs parois, et portent en avant une pièce de cuivre C qui renferme un prisme à réflexion totale. Un tube vertical réunit le prisme avec le microscope D, dont il coiffe le corps de manière à intercepler complètement la lumière extérieure. La tablette de bois E, disposée sur le devant de la table, peut se fixer à diverses hauteurs par le moyen d’un boulon ; elle supporte le microscope et tout l’appareil éclaireur, assujettis eux-mêmes sur une planchette circulaire mobile F, dont l’axe de rotation coïncide avec celui du microscope.

Les rayons lumineux, après avoir traversé l’objectif, se réfléchissent sur l’hypoténuse du prisme, et donnent ensuite une image de l’objet sur un écran blanc substitué à la glace dépolie. Cette disposition rend extrêmement facile la mise au foyer, même avec une très-longue boite; dans certains cas cependant, lorsque l’objet à reproduire possède des détails extrêmement fins, il est avantageux de s’aider, pour celle opération, d’une lunette possédant un pouvoir amplifiant de deux à trois fois, et mobile sur un pied vertical fixé sur la table de l’appareil. Il suffit de jeter un voile noir entre l’extrémité delà lunette et l’ouverture delà rallonge,

pour que la mise au point puisse s’effectuer avec la plus grande exactitude. Mais, le plus souvent, celle complication est inutile, et l’œil suffit pour déterminer sûrement la netteté de l’image.

Quant à la disposition du microscope sur la tablette, elle doit varier selon la nature des préparations microscopiques. Celle qui est représentée (fig. 10) est de beaucoup la plus générale, et se prête surtout aux objets qui peuvent être éclairés par transparence. Une condition qu’il est fort important de réaliser ici, consiste à donner au corps de l’instrument la plus petite longueur possible ; sans cette précaution, le prisme ne recevrait qu’une portion des rayons émanés de l’objectif, ce qui réduirait beaucoup le champ de l’épreuve. La dimension de ce prisme pourra être d’autant plus faible, que le tube du microscope sera plus court. Avec les appareils de M. Nachet ou d’Oberhauser, dont le corps aura été réduit à la moitié environ de sa longueur normale, un prisme dont les faces perpendiculaires mesurent 18 à 20 millimètres de côté est plus que suffisant pour recevoir toute l’image. Cet instrument accessoire fait d’ailleurs partie d’un grand nombre de microscopes; et, dans tous les cas, il sera facile de se le procurer.

M0ITES5IER. — PllOlogr.

11 existe, comme on l’a vu, des microscopes qui s’inclinent et prennent toutes les positions comprises entre la verticale et l’horizontale. On peut souvent tirer un heureux parti de cette installation particulière, en disposant l’appareil comme

Fig. 25. — Disposition du microscope horizontal.

A. Chambre noire. — B. Microscope. — D, E, F, H. Appareil éclaireur.

l’indique la figure 25. Dans ce cas, on supprime le prisme à réflexion totale, pour le remplacer par une pièce de raccord de cuivre qui s’ajuste dans l’extrémité du corps du microscope, de manière à inter-

copier lû lumière extérieure. Celle modification a l’avanlage de reproduire les objets dans leur position normale et sans renversement, mais elle n’est applicable qu’aux préparations qui peuvent être placées sans inconvénient dans une direction verticale. Lorsque les objets sont simplement contenus dans un liquide, on ne saurait y avoir recours; la tendance du liquide à s’écouler produirait infailliblement un déplacement plus ou moins considérable de l’objet, et nuirait ainsi à la sûreté de l’opération.

Un avantage plus sérieux de celte disposition consiste dans l’emploi d’une seule réflexion pour éclairer l’objet; la suppression du prisme et du miroir du microscope, en augmentant d’une manière notable l’intensité lumineuse de l’image, abrège beaucoup la durée de la pose, ce qui est souvent d’une assez grande importance, surtout dans l’emploi des lumières artificielles.

Quand l’objet à reproduire n’exige qu’un trèsfaible grossissement, et spécialement pour la photographie des objets opaques qui doivent être éclairés par-dessus, il est préférable de fixer l’objectif dans une position invariable, et de faire mouvoir l’objet pour la mise au foyer. Ces conditions sont réalisées par l’appareil représenté figure 56.

L’objeclif csl vissé sur le tube vertical A qui se trouve au dessous du prisme, et l’objet est placé

Fig. 2G. — Appareil pour la reproduction des corps opaques.

A. Objectif de microscope monté sur le tube vertical du prisme. — B. Tige à crcmaillcre et à vis micromctrique supportant la platine. — E. Miroir destiné à éclairer le fond. — G. Tablette mobile.

sur le support à crémaillère B. La tablette C est d’abord fixée à une hauteur convenable que l’on détermine une fois pour toutes, et la mise au point s’effectue par le jeu de la crémaillère à mouvement rapide B, et par celui d’un bouton qui fait mouvoir une vis micrométrique.

Celte installation laisse complètement libre, comme on le voit, tout l’espace compris entre l’objet et l’objectif, ce qui permet de manœuvrer avec facilité

les appareils destinés à l’éclairage des corps opaques ; mais elle se prête seulement aux cas qui ne demandent qu’une faible amplification.

Enfin, il arrive quelquefois que les objectifs de microscope, même les plus faibles, ont un foyer trop court pour la reproduction de certains objets : ce cas se présente, par exemple, pour la plupart des corps que les micrographes étudient à l’aide de microscopes simples, munis des plus faibles grossissements : tels sont les injections vasculaires, certains insectes qu’il est intéressant d’observer dans leur ensemble, etc. De semblables objets, dont l’amplification ne doit pas dépasser h à 5 diamètres, ne sauraient être photographiés à l’aide des objectifs de microscope, et l’on devra alors avoir recours aux instruments usités pour la reproduction des objets ordinaires. Un objectif double à portrait, de petite dimension, est très-convenable pour cet usage (1). L’instrument sera alors disposé derrière

(I) Les objectifs désignés dans le commerce sous la dénomination de 1/4 ou 1 /6e de plaque sont ceux qui conviennent le mieux. Il est utile, mais non indispensable, de placer dans l’intérieur un diaphragme de 15 à 20 millimètres de diamètre. Quant au choix de l’instrument, on 11e saurait y apporter trop de soin ; les objectifs orthoscopiques allemands donnent des résultats très-parfaits.

le prisme, comme le montre la figure 57. La hauteur de la tablette mobile sera déterminée d’après la

Fig. 27. — Disposition pour les grossissements très-faibles.

A. Objectif photographique à portraits place dans l’intérieur du tube. —

B. Prisme à réflexion totale. — P, C, M. Appareil d’éclairage pour les corps opaques.

longueur focale de l’objectif, et l’objet, placé sur le support, sera mis au point comme dans le cas qui précède.

L’emploi de ce moyen permet d’appliquer la photographie à la reproduction d’objets relativement très-gros, et que le microscope est impuissant à montrer dans leur ensemble. C’est ainsi que des préparations n’ayant pas moins de 15 millimètres

dans leur plus grand diamètre, donnent de trèsbelles épreuves à un grossissement -de trois ou quatre fois. On peut encore reculer ces limites en faisant usage d’appareils à plus long foyer, et reproduire avec une très-grande netteté, à grandeur égale, des objets de plusieurs centimètres, pourvu toutefois que leur épaisseur soit peu considérable par rapport à leurs autres dimensions.

L’ensemble des moyens qui précèdent satisfait, d’une manière complète, à toutes les exigences qui se présentent dans la photographie des objets microscopiques. Ils permettent d’obtenir des amplifications directes d’une grande perfection, dans des limites comprises entre 300 diamètres et la grandeur normale de l’objet, en faisant usage des moyens d’éclairage les plus variés. Chacune des dispositions décrites ci-dessus remplit des indications spéciales, et devra être employée de préférence , selon la nature de l’objet à reproduire. On comprend qu’il est difficile de tracer des règles absolues à cet égard : le meilleur guide sera la pratique et l’expérience; elles permettront en peu de temps à l’opérateur, de choisir le système le plus favorable à chaque cas particulier.

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