CHAPITRE Y
DES ÉPREUVES STÉRÉOSCOPIQUES.
Divers moyens peuvent être mis en usage pour obtenir, par la. photographie, des reproductions stéréoscopiques des objets microscopiques. L’emploi des microscopes binoculaires, qui semblerait, au premier abord, réaliser les conditions les plus favorables aux expériences de celte nature, est loin de se prêter à tous les cas, et le plus souvent même ces instruments sont d’une insuffisance absolue: c’est ce qui arrive, par exemple, pour la reproduction des objets transparents à des grossissements un peu considérables. Il devient alors nécessaire d’avoir recours à une autre méthode qui ne partage pas les inconvénients de ces appareils. Il est toutefois utile de signaler ici les conditions essentielles qui devront être remplies, si l’on avait avantage à se servir des microscopes binoculaires.
1° Emploi (les microscopes binoculaires.
On a déjà vu dans le chapitre premier quelles étaient les dispositions générales de ces appareils.
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et parquet artifice on obtenait, à l’aide d’un seul objectif, deux images convenables pour la vision stéréoscopique. Parmi les deux microscopes qui ont été décrits, le premier est capable de produire seulement l’effet stéréoscopique; le second, par sa disposition spéciale, donne à volonté le relief ou le creux de l’objet que l’on examine. Ces instruments possèdent, pour la photographie, des avantages et des inconvénients, et l’emploi de chacun d’eux exige des modifications différentes dans les appareils destinés à recevoir l’image.
Microscope stéréoscopique. — La disposition primitive imaginée par M. Nachet présente, au point de vue photographique, l’avantage d’une parfaite symétrie. Les rayons émanés des deux moitiés de l’objectif parcourent un chemin complètement identique, de sorte que les deux images qui se forment sont égales dans leurs dimensions, et de plus elles sont transmises dans des directions parallèles. On peut, à l’aide de cet instrument, obtenir de trèsbonnes reproductions photographiques, ainsi que l’a démontré depuis longtemps M. Dubosc. Il suffit de recevoir simultanément ou successivement sur une plaque sensible les images qui traver-
sent chacun des tubes de l’appareil. La double épreuve ainsi obtenue produit, quand on l’examine à l’aide d’un stéréoscope, un puissant effet de relief.
Fig. 28. — Microscope stéréoscopique.
L’usage de ce microscope esl loin, toutefois, d’être commode dans la pratique; son installation exige, en effet, un double appareil photographique, et nécessite l’emploi de deux prismes pour diriger
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horizonlalement les deux images. On pourrait, il est vrai, avoir recours à une chambre noire verticale, et adopter la disposition décrite cl figurée page 1 27, figure 23. Dans ce cas, l’intérieur de la boite devrait être partagé par une cloison en deux compartiments, comme dans les appareils stéréoscopiques ordinaires. Enfin ce microscope, élan tsusceptible de s’incliner sur son pied, et d’être placé dans une position horizontale, se prête également à la disposition représentée figure 25, qui rend inutile l’emploi des prismes; mais ce moyen est très-souvent embarrassant, en ce qu’il ne convient, comme on l’a vu, qu’à des préparations spéciales. Une dernière manière d’opérer consisterait à photographier successivement chacune des images, en amenant alternativement les deux tubes devant l’ouverture de la chambre noire. Cette manœuvre exposerait malheureusement à un déplacement facile de l’objet; et dans tous les cas, il serait indispensable de modifier, pour chaque épreuve, la disposition de l’appareil éclaireur.
Il est beaucoup plus avantageux, pour faire usage de eet instrument, d’avoir recours au petit châssis double qui a été précédemment décrit, et d’amplifier ensuite les deux images ainsi obtenues. Il suffit, en
effet, de transporter le châssis d’un tube à l’autre, pour produire successivement les deux épreuves, en observant toutefois que les axes des deux images soient rigoureusement parallèles. Pour obtenir sûrement ce résultat, on fixe sur le tube qui supporte le châssis une goupille qui s’engage dans des échancrures convenablement disposées à la partie supérieure des deux corps du microscope. Tout mouvement de rotation devient ainsi impossible, et la coïncidence des axes se trouve nécessairement établie.
Microscope pseudo-stéréoscopique. — Le second modèle d’instrument binoculaire, adopté depuis quelques années par M. Nachet, bien qu’en apparence moins favorable aux reproductions photographiques, présente au contraire, sur le précédent, des avantages qui en rendent l’emploi plus facile et plus commode. Son principal inconvénient consiste dans l’angle que font entre eux les deux corps, ce qui rendrait déjà son installation très-embarrassante pour obtenir directement des épreuves de grande dimension; de plus, les deux images ne se forment pas à la même hauteur dans les deux tubes, à cause du chemin parcouru par une portion des rayons
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clans la partie horizontale de l’appareil (1). Il en
Fig. 29. — Microscope pseudo-stéréoscopique.
résulte que les deux glaces sensibles devraient être
(1) On corrige, pour l’observation, cette inégalité de longueur par l’emploi de deux oculaires d’une puissance différente, qui ramènent à des dimensions identiques les images perçues par les deux yeux.
M0ITES9IE1Î. — Pliotogl’.
placées sur des plans différents, condition fort difficile à réaliser dans la pratique.
Ces inconvénients, très-sérieux pour la production simultanée des deux images, disparaissent entièrement devant l’avantage que présente le système pseudoscopique dont est pourvu l’appareil. On a vu, en effet, qu’il suffisait de déplacer les prismes intérieurs au moyen du bouton latéral , pour intervertir la direction des rayons émanés de l’objectif, ce qui revient à amener alternativement devant chaque œil l’image droite ou l’image gauche. On pourra donc, en se servant d’un seul tube, photographier successivement chacune de ces images , et toutes les dispositions d’appareils précédemment indiquées seront alors indistinctement employées. Il est seulement nécessaire de veiller à ce que les axes parallèles des deux épreuves coïncident exactement avec l’arête du prisme qui partage l’objectif.
Malgré cet apparente simplicité, Jes microscopes binoculaires sont loin de rendre les services qu’ils paraissaient devoir promettre. Une des difficultés les plus sérieuses qui se présentent dans leur emploi
consiste dans l’éclairage des objets. Lorsqu’il s’agit d’un corps opaque, les résultats qu’ils fournissent
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ne laissent certainement rien à désirer; mais il n’en est plus de même pour l’étude des objets transparents. Dans ce cas, la disposition des ombres n’est plus la même pour les deux images, et il en résulte, surtout au point de vue photographique, des effets bizarres qui détruisent en grande partie la sensation du relief. Ce grave défaut restreint d’une manière très-notable l’emploi de l’instrument, en permettant seulement l’usage d’objectifs peu grossissants; de sorte que, jusqu’à aujourd’hui du moins, les microscopes binoculaires semblent plutôt destinés à figurer dans le cabinet du physicien que dans le laboratoire du micrographe.
11 était donc indispensable, pour tirer tout le parti possible de ce genre de reproductions, d’avoir recours a d autres moyens qui, sans compliquer d’une manière embarrassante les appareils dont on dispose le plus souvent, soient applicables à tous les cas qui se présentent dans les recherches micrographiques. Les deux méthodes suivantes semblent résoudre le problème d’une manière assez satisfaisante : la première, convenable seulement pour les objets opaques, consiste essentiellement dans une simplification de l’appareil pseudoscopique de
M. Nachet; la seconde est calquée sur celle que l’on emploie quelquefois dans la photographie ordinaire pour les reproductions stéréoscopiques, et peut être employée pour tous les objets, quelle que soit leur nature. Elles joignent l’une et l’autre, à une grande simplicité, l’avantage de n’exiger que des appareils peu dispendieux qui s’adaptent sur un microscope quelconque.
2° Emploi du dcmi-diaphraginc.
Le principe qui sert de base au microscope pseudo-stéréoscopique, consiste à produire deux images d’un objet avec les deux moitiés d’un même objectif; ces deux portions, agissant d’une manière tout à fait indépendante, voient l’objet sous deux angles différents. De là, la sensation du relief ou du creux, produite par la vision simultanée des deux images. Il est évident que l’on doit arriver à un résultat complètement identique , en produisant successivement deux épreuves avec les deux portions d’un même objectif, dont on cachera alternativement, à l’aide d’un demi-diaphragme, la moitié droite ou la moitié gauche. La photographie de ces images, examinée dans un stéréoscope ordinaire,
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devra fournir une impression stéréoscopique ou pseudoscopique, d’après la position relative * des épreuves, c’est-à-dire selon que l’épreuve produite par la moitié gauche de l’objectif sera placée sous l’œil droit ou sous l’œil gauche, et réciproquement. C’est, en effet, ce que l’expérience vérifie, et l’on obtient, par ce moyen extrêmement simple, de très-belles reproductions de tous les objets qui peuvent être éclairés par dessus ; mais l’emploi de la
Fig. 30. — Disposition du demi-diaphragme.
A. Tube s’adaptant au microscope. — B. Fente demi-circulaire. — D. Goupille limitant le mouvement du tube intérieur. — G. Demi-diaphragme.— E.E’. Positions symétriques de ce dernier.
lumière transmise donnerait lieu aux inconvénients déjà signalés pour les microscopes binoculaires, et ne produirait que des résultats très-imparfaits.
L’appareil qui réalise ces conditions consiste en un tube de cuivre (fig. 30), dont une extrémité A
est, fixée dans la partie inférieure du corps du microscope, ou mieux encore dans le tube vertical du prisme que supporte la chambre noire. ( La disposition représentée figure 26 se prête beaucoup mieux, comme on l’a vu, à la reproduction des corps opaques.) Le tube A reçoit, dans son intérieur, un second tube qui tourne à frottement très-doux, et dont le mouvement de rotation est limité par une goupille D, s’engageant dans une fente demi-circulaire B, de façon qu’il accomplisse exactement une demi-révolution. La partie C qui reçoit les objectifs est munie d’un demi-diaphragme métallique qui en obture la moitié, comme on le voit en E. De cette façon, l’objectif fixé en C ne transmettra que les rayons qui pourront émerger par la moitié droite de sa surface. Mais si l’on fait tourner d’une demi-révolution le tube intérieur, le demi-diaphragme se présentera dans une position inverse Er, et l’objectif agira alors par sa portion gauche. Les deux images produites dans chacune de ces positions seront donc dans les conditions nécessaires a la vision stéréoscopique (1).
(1) Celle disposition peut être réduite encore à une plus grande simplicité, lorsqu’il s’agit surtout d’une faible amplification. Il suflit, en effet, de placer contre la lentille posté-
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La position du demi-diaphragme, relativement A la plaque sensible, est loin d’être indifférente, comme on devait d’ailleurs s’y attendre. Elle doit être telle, que la ligne qui partage l’objectif en deux portions égales coïncide avec l’axe vertical des images que l’on veut obtenir. Si cette condition n’était pas observée , les épreuves ne seraient pas perdues pour cela, mais il serait indispensable alors de les orienter de manière à satisfaire à cette exigence, ce qui est toujours difficile ou incommode.
Cette méthode s’applique non-seulement aux cas où l’on fait usage des objectifs d’un microscope, mais elle donne encore d’excellents résultats, lorsqu’on se sert d’objectifs photographiques ordinaires, comme dans la disposition représentée par la figure 27. Dans le cas où l’on emploierait un objectif A plusieurs verres, il y aurait un avantage réel A placer le diaphragme le plus près possible de la première lentille, soit en avant, soit en arrière. L’effet stéréoscopique est alors plus prononcé qu’en le
rieure de l’objectif un demi-diaphragme de papier noir, et de dévisser l’objectif d’un demi-tour, pour lui faire occuper les deux positions indiquées. Ce moyen, quoique imparfait en apparence, est le plus souvent suffisant. 11 est inutile d’ajouter qu’il change un peu la mise au foyer, qui devra être rétablie après chaque manœuvre.
fixant contre la lentille postérieure. Cette disposition fournit de très-beaux reliefs avec des objectifs qui n’ont pas moins de 15 centimètres de longueur focale, pour des grossissements de deux à trois diamètres (1).
Un des reproches que l’on pourrait adresser à cette manière d’opérer, consiste dans la perle de lumière qui en résulte nécessairement. L’objectif, n’agissant en effet que par la moitié de sa surface, ne transmet que la moitié de la lumière qu’il reçoit, et la durée de la pose doit, par conséquent, être double de ce qu’elle serait dans les conditions ordinaires. Cependant, comme on fait constamment usage de faibles grossissements pour la reproduction des corps opaques, le diamètre des objectifs est toujours assez grand pour impressionner rapidement la plaque sensible. Cet inconvénient se retrouve d’ailleurs dans tous les microscopes binoculaires, quelle que soit leur construction, les rayons lumineux émanés de l’objet se partageant toujours en deux portions égales qui
(1) Il ne faudrait pas croire cependant que cette méthode permette d’obtenir avec les mêmes objectifs des épreuves stéréoscopiques d’objets placés à une grande distance. Dans de pareilles conditions, l’angle sous lequel seraient vues les deux images serait évidemment beaucoup trop faible pour produire dans le stéréoscope un relief appréciable.
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viennent former deux images distinctes. Si toutefois, pour une raison quelconque, on avait intérêt à diminuer le plus possible la durée de l’exposition, on aurait recours à la méthode suivante, qui donne des résultats aussi parfaits, en utilisant pour la formation de l’image la totalité de la lumière émise par l’objet à reproduire.
3° Bascule stéréoscopique.
On a déjà vu quelles sont les raisons qui s’opposent à l’emploi des appareils précédents pour la photographie des corps transparents. Les images de l’objet, produites par l’objectif dans ses diverses positions, se trouvent éclairées dans des directions souvent complètement opposées, de sorte que leur superposition par le stéréoscope donne lieu à des effets que l’œil ne peut comprendre, et qui détruisent d’une manière plus ou moins complète la sensation du relief. Bien qu’il soit assez difficile de se rendre compte de ce phénomène, il n’en existe pas moins de la manière la plus évidente, ce qui rend indispensable l’emploi d’autres moyens pour arriver à des résultats satisfaisants.
Pour que deux images soient dans des conditions
convenables à la vision stéréoscopique, il faut, comme on l’a déjà vu, qu’elles représentent les deux perspeclives d’un même objet telles que les voit isolément chacun des yeux. Pour réaliser ces exigences par la photographie, on est dans l’habitude de prendre simultanément deux vues avec deux inslruments faisant entre eux un angle convenable, ou avec un seul instrument que l’on amène successivement dans la position des deux premiers. Les résultats ne changeraient pas d’une manière sensible si, l’appareil photographique restant immobile, on faisait tourner l’objet sur son axe, de manière à lui faire décrire un angle égal à celui des deux appareils. Cette manière d’opérer, adoptée dans plusieurs circonstances pour les reproductions photographi ques, donne des images stéréoscopiques aussi parfaites que la première méthode, mais elle n’est applicable qu’aux cas très-limités où l’on peut faire varier à volonté la position du modèle.
Pour la photographie des objets microscopiques, il est impossible d’avoir recours à l’usage de deux objectifs à cause de leur petite longueur focale, et cet inconvénient ne se présenterait-il pas, on conçoit combien il serait difficile de construire des
objectifs assez identiques pour fournir deux images
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nu même grossissement. Le second système peut, au contraire, être employé avec avantage, et donne des résultats de beaucoup supérieurs à ceux que fournissent les microscopes binoculaires. L’appareil destiné à présenter l’objet sous des angles différents est d’ailleurs peu compliqué, et s’adapte aisément sur tous les microscopes. La figure 31 en montre une coupe verticale; il est représenté en perspective figure 32, fixé sur la platine du microscope.
Fig. 31. — Coupe verticale de la bascule stéréoscopique.
A. Platine fixe porlant deux oreilles verticales E. — B. Bascule mobile aulour de l’axe horizontal H. — C. Platine à mouvement ascensionnel. — F. Tube s’adaptant sur l’ouverture du microscope. — D. Porte-objet.
Une plaque circulaire A est percée d’une ouverture centrale munie d’un tube F qui est exactement ajusté dans le trou de la platine. Cette plaque porte deux oreilles verticales E, placées aux extrémités d’un même diamètre, et entre lesquelles
est disposée une deuxième plaque B, plus petite que la première et munie comme elle de deux oreilles G. Celle-ci est mobile autour d’un axe horizontal, déterminé par la position de deux pivots H. Un troisième disque C porte, au centre, un tube qui s’engage par le moyen d’un pas de vis dans celui de la plaque intermédiaire. Ce disque supporte la plaque de verre sur laquelle se trouve l’objet, et remplace par conséquent la platine du microscope. Deux ressorts, qui ne se voient pas sur la figure et placés entre les deux plaques inférieures, maintiennent la bascule B inclinée d’une manière constante. Enfin, deux petits valets, fixés sur la plaque B, assujettissent la lame de verre sur la platine, comme on le voit dans la figure o2. Tout l’appareil doit être fixé sur le microscope par un moyen quelconque, afin qu’il ne puisse tourner sur son axe pendant les opérations (1).
Tout étant ainsi disposé, il est clair que la plaque de verre et, par conséquent, l’objet qu’elle supporte
(1) Le moyen le plus commode de le fixer consiste à percer la plaque inférieure d’un trou convenablement placé pour coïncider avec un de ceux qui, sur la platine du microscope, sont destinés à recevoir les valets. Une simple goupille réunissant ces deux ouvertures suffit pour empêcher l'instrument de tourner.
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se présentent à l’objectif sous un angle dont l’amplilude dépend de la hauteur de l’axe de rotation et
Fig. 32. — Bascule stéréoscopique en place sur un microscope.
A. Platine du microscope. — B. Platine inclinée de la bascule. — C. Platine à mouvement ascensionnel portant la préparation. — E. Oreille verticale portant l’axe de rotation.
de la longueur de la bascule. Une première épreuve
étant faite clans cette position, il suffira de fixer la platine mobile dans une direction inverse de celle qu’elle occupait primitivement, pour faire décrire à l’objet un mouvement angulaire qu’il est facile de calculer. La seconde image obtenue dans ces nouvelles conditions reproduira l’objet sous une autre perspective, et, si l’angle a été convenablement déterminé, les deux épreuves satisferont parfaitement aux exigences de la vision stéréoscopique.
Une condition indispensable pour que cet instrument fonctionne d’une manière régulière, consiste dans la position de l’axe de rotation, qui doit coïncider rigoureusement avec la surface de l’objet à reproduire. Sans cette précaution, l’objet se déplacerait par le mouvement de la bascule; il arriverait même, si le grossissement était un peu considérable, qu’il sortirait complètement du champ du microscope, et toute opération deviendrait alors impossible. C’est pour obvier à ce grave inconvénient que la platine C est munie d’un tube à vis qui permet de l’abaisser ou de l’élever au-dessus de la bascule, selon que la lame de verre est plus épaisse ou plus mince. Un trait de repère, tracé sur la face interne des oreilles, indique la hauteur de l’axe de rotation, et l’on doit avant tout, en vissant ou dévissant la platine, faire
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coïncider parfaitement avec ce trait la surface supérieure du porte-objet, la bascule se trouvant placée horizontalement.
Quant au moyen de fixer la bascule dans ses diverses positions, le plus simple consisle dans l’emploi d’une lame épaisse de cuivre taillée en forme d’escalier, et qui fait l’office d’une cale. Sa plus petite épaisseur doit être telle que, placée sous la bascule du côté des ressorts, elle la maintienne dans une situation parallèle à la plaque inférieure. Dans sa plus grande épaisseur elle l’inclinera au contraire dans une direction opposée, de manière à détruire l’action des ressorts.
Enfin, l’amplitude du mouvement angulaire que l’on imprimera à l’objet n’est pas indifférent. Un angle total de 7 à 8 degrés environ est celui qui paraît le plus convenable comme moyenne. Les épreuves obtenues dans ces conditions donnent la sensation d’un relief très-suffisant, sans être exagéré. La grandeur de l’angle ne doit pas d’ailleurs être la même pour tous les objectifs ; elle doit être d’autant plus faible, que ceux-ci ont un foyer plus court, et il est souvent utile de l’augmenter d’une manière notable, quand on fait usage de très-faibles grossissements. C’est ainsi que pour une lentille seule de
l’objectif n° 0 de M. Nachet, il y a avantage a élever jusqu’à 12 degrés la grandeur de l’angle, tandis qu’il suffit de la réduire à 4 ou 5 degrés pour l’objectif n° 5. On pourra d’ailleurs, avec un même instrument, produire toutes ces variations, en plaçant sous les deux côtés de la bascule des cales d’épaisseur convenable pour régler son mouvement. On pourrait aussi faire usage de deux vis disposées au-dessous de la plaque inférieure, mais c’est là une complication peu commode dans la pratique et dont il
est préférable de s’affranchir (1) .
La mise au point exige, avec cet appareil , quelques précautions particulières. Après avoir disposé la
(1) La grandeur de l’angle décrit par l’objet doit varier nécessairement avec les dimensions de l'appareil et les rapports nui existent entre ses diverses parties. 11 peut d’ailleurs se déterminer par quelques calculs trigonométriques assez simples. Nous doserons ici, à titre de renseignements, les dimensions d’un instrument construit pour un angle maximum de 1 2 degrés.
Longueur de la bascule
Hauteur de l’axe au-dessus de la plaque
inférieure
Hauteur de Taxe au-dessus de la bascule
68 millim.
14mm,5 8 millim.
En supposant à la bascule et à la platine une épaisseur de 2 millimètres, on peut faire usage de lames de verre dont l’épaisseur pourrait atteindre 4 millimètres.
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bascule horizontalement, on choisit d’abord le point de la préparation qui doit être photographié; il faut ensuite s’assurer que ce point coïncide bien avec b axe de rotation ; l’inégalité d’épaisseur des lames de verre peut, en effet, donner lieu à des différences, selon le point de la surface qui se trouve sous l'objectif. L’erreur, s’il y en a une, se corrige aisément en cherchant, pendant que l’on examine, la hauteur la plus convenable de la platine pour que l’objet ne se déplace pas d’une manière sensible pendant le mouvement de la bascule.
L’instrument étant ainsi réglé, on met l’image au point pour une première inclinaison, et l’on impressionne la plaque sensible. Il est rare qu’après avoir fait basculer l’objet pour produire la seconde épreuve, l’image reste encore au foyer ; cet inconvénient ne devrait pas se manifester avec des appareils d’une construction irréprochable ; mais le jeu inévitable des axes, et surtout l’ébranlement occasionné pendant cette manœuvre, produisent presque toujours un léger changement. 11 faut alors mettre le plus grand soin à effectuer la seconde mise au point sur la même partie de l’objet que la première ; sans cette précaution , chaque épreuve vue isolément pourrait être satisfaisante, mais leur
superposition clans le stéréoscope donnerait lieu à des effets désagréables qu’il est important d’éviter.
Les limites de grossissement que comporte cette manière d’opérer sont suffisamment étendues pour se prêter à tous les cas qui se présentent. Depuis le n° 0 de M. Nachet jusqu’à l’objectif n° 3, on ne rencontre aucune difficulté. Le n° 5 peut même être employé avec succès, à la condition de recouvrir la préparation d’une lamelle de verre extrêmement mince. Quant aux objectifs supérieurs, la largeur de la monture de cuivre s’oppose généralement à leur usage, en venant butter contre la préparation pendant son mouvement angulaire ; on pourrait, il est vrai, obviera cet inconvénient en diminuant le diamètre de cette monture, mais il est bien rare que l’objectif n° 5 ne suffise pas à tous les cas, si l’on emploie surtout le système des amplifications successives, qui présente ici de très-grands avantages.
Cette méthode, bien que donnant des résultats supérieurs à toutes les autres, est loin cependant d’être à l’abri de certains reproches. Un de ses plus sérieux inconvénients consiste dans l’obliquité sous laquelle l’objet se présente à l’objectif. 11 en résulte qu’on ne peut mettre exactement au point qu’une petite surface de la préparation, d’autant moindre,
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que le grossissement est plus considérable. Mais il est vrai de dire que, dans ces conditions, il est le plus souvent inutile d’embrasser un champ trèsétendu, et les exigences de la micrographie dépassent rarement les limites auxquelles l’appareil peut satisfaire.
Une seconde objection, en apparence aussi fondée, provient du mode d’éclairage de la préparation. La direction des rayons lumineux restant constante pour les diverses positions de l’objet, celui-ci doit présenter successivement ses différentes faces à la lumière, ce qui semble au premier abord devoir nuire au succès de l’opération. L’expérience démontre cependant que les différences qui existent entre l’éclairage des deux images ne sont pas appréciables, et c’est même en cela que consiste l’avantage incontestable de cette méthode sur les premières.
En résumé, ce système se prête également bien à la reproduction stéréoscopique des objets microscopiques, quelle qu’en soit la nature ; et si, dans le cas des corps opaques, on doit donner la préférence à l’emploi des demi-diaphragmes, cela tient uniquement à la plus grande simplicité des appareils, les résultats fournis par chacune des deux méthodes étant absolument identiques.
4° «es stéréoscopes.
Les dessins stéréoscopiques obtenus par l’une ou l’autre des méthodes qui viennent d’être indiquées peuvent, dans tous les cas, être directement examinés à l’aide d’un stéréoscope ordinaire , analogue à ceux qui sont aujourd’hui généralement répandus dans le commerce. L’emploi d’un pareil instrument présente cependant quelques inconvénients qui le rendent insuffisant pour les observations de cette nature; un des plus sérieux consiste dans la petite étendue des images qu’il permet d’observer.
Lorsque l’objet qu’on étudie possède une épaisseur très-faible, par rapport à ses deux autres dimensions, il est en effet nécessaire, pour que le relief devienne sensible, de le reproduire à des grossissements très-considérables, condition toujours facile à réaliser, comme on l’a déjà vu, par des amplifications successives ; mais dans ce cas, les épreuves ont , souvent , une trop grande largeur pour qu’un stéréoscope ordinaire se prête bien à leur observation. On pourrait, il est vrai, remédier à cet inconvénient en exagérant la grandeur de l’angle sous lequel ont été obtenus les deux dessins, mais on
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comprend sans peine les nombreux inconvénients inhérents à l’emploi d’un semblable moyen, qui serait d’ailleurs incapable de reproduire la nature avec la fidélité que l’on est en droit d’exiger. Aussi, doit-on se préoccuper avant tout de réaliser les conditions qui conviennent le mieux à la reproduction des objets microscopiques ; il sera toujours facile d’appliquer à l’examen des épreuves un appareil stéréoscopique qui soit à l’abri du défaut qui vient d’être signalé. Sans entrer ici dans l’examen critique des dispositions nombreuses qui ont été imaginées pour la construction des stéréoscopes, il ne sera pas sans utilité de donner, sur ces instruments, quelques indications sommaires que nous empruntons à l’excellent ouvrage de M. Giraud-Teulon.
On a déjà vu, page 32, par quel mécanisme physiologique se produisait la sensation du relief. Il est évident, d’après ce qui a été dit à cet égard, que, si les yeux sont fixés harmoniquement sur un objet à trois dimensions, l’impression éprouvée par l’observateur ne serait pas modifiée, si l’on substituait à l’objet lui-même ses traces sur un plan de perspective; cette substitution est précisément le but que l’on se propose par l’emploi du stéréoscope. Deux images photographiques d’un même corps obtenues, comme
on l’a vu, sous un angle égal à celui que forment les deux axes optiques, représentent les Iraees en question; mais au lieu d’être placées dans la direclion même de ces axes, elles sont disposées en face
Fig. 33. — Stéréoscope par réfraction de Sir D. Brewstcr.
de chacun des yeux; il s’agit de rapprocher par un artifice quelconque ces deux images, de manière qu’elles paraissent situées sur le chemin des axes visuels.
Dans le stéréoscope ordinaire par réfraction, on
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fait usage de deux prismes P Pr (fig. 33) se regardant par leurs sommets et disposés au-dessus des dessins ABC, AfBrCr. Les rayons émanés de ces derniers éprouvent, en se réfractant, une déviation qui les confond en une seule image a[ 3 , dont la position est déterminée par l’angle que forment les axes optiques. On voit, de plus, par l’inspeclion de la figure, que le fusionnement des points AB, A'B, se fait «j 3, surle’plan des dessins eux-mêmes, tandis qu’il n’en est plus ainsi pour les points C et Cr, qui se croisent en 7, en avant des deux premiers.
Si, au contraire, on transpose de droite à gauche les groupes de lignes ÀCB, A'C'B', comme le montre la figure 34, les rayons, émanés de C et Cf se croiseront en 7, en arrière des points a|3. On comprend aisément, d’après ces constructions géométriques, comment se produit l’effet stéréoscopique ou pseudoscopique par la simple transposition des deux deSsins dans l’appareil.
Il résulte de cette disposition, que la largeur maximum des épreuves photographiques a nécessairement pour limite la distance qui sépare les deux yeux, c’est-à-dire 6 à 7 centimètres au plus. Pour obvier à cet inconvénient, on grandit les dessins stéréoscopiques par l’interposition d’une loupe
qui reporte les images virtuelles à la distance de la vision distincte. Ce sont ordinairement les prismes eux-mêmes qui remplissent celte fonction ; il suffît en effet de donner à leurs laces des courbures con-
Fig. 34. — Stéréoscope par réfraction de Sir D. Brewster.
venables, pour qu’ils soient susceptibles de jouer simultanément les deux rôles auxquels ils sont destinés.
L’application de ce moyen ne réalise malheureuse-
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ment les exigences du problème que pour des cas déterminés: c’est ainsi qu’un appareil construit pour une vue normale, par exemple, ne se prêle qu’imparfaitement aux conditions de l’accommodalion pour les personnes myopes ou presbytes. A cct inconvénient, il faut en ajouter un autre également assez grave, celui d’exagérer les imperfections du dessin photographique en même temps qu’on amplifie ses dimensions. Aussi les épreuves ordinaires sur papier produisent-elles toujours un effet des plus désagréables, à cause du grenu fort apparent de leur surface, et les photographies sur verre possèdent seules assez de perfection pour subir sans désavantage ce grandissement artificiel.
Cette cause d’infériorité ne se retrouve pas dans les stéréoscopes par réflexion, qui permettent de voir les images sans amplification, et se prêtent à l’examen d’épreuves d’une grandeur quelconque. Parmi les diverses dispositions qui ont été proposées, la suivante réalise les conditions les plus favorables à la vision binoculaire régulière. L’appareil représenté fig. 35, imaginé par Helmholtz pour rendre sensible le relief des objets situés à une très-grande distance, a été introduit par M. Giraud-Teulon dans le domaine de la stéréoscopie ordinaire, et peut rendre à
MOITESSIER. — Photogr.
cct égard de très-grands services par Ja perfection de ses résultats. Il consiste essentiellement dans la combinaison de quatre prismes égaux, à réflexion
Fig. 35. — Stéréoscope à réflexions totales.
totale, dont les deux extrêmes, wr, sont placés à l’aplomb des épreuves AB, A'B', les deux autres étant disposés en face des yeux.
Après deux réflexions sur les hypoténuses des
DES ÉPREUVES STÉRÉOSCOPIQUES.
prismes, les rayons émanés des dessins se trouvent ramenés parallèlement à eux-mêmes dans les directions O/, O/; il suffit ensuite, pour les faire converger vers un point unique r, de placer en p et p' deux nouveaux prismes se regardant par leurs sommets et d’un angle convenablement déterminé. Cet instrument élimine, comme on le voit, l’influence qui résulte de l'accommodation pour divers observateurs ; l’absence de toute loupe détruit aussi les inconvénients qu’amène l’exagération des défauts du papier ou du dessin; il se prête, de plus, à l’examen des épreuves d’une grandeur qui n’a, pour ainsi dire, pas de limites, puisqu’il est toujours possible de faire varier, à l’aide d’une coulisse, la distance qui sépare les deux prismes extrêmes.
Enfin, dans le cas où, pour une cause quelconque, on aurait intérêt à amplifier les épreuves stéréoscopiques, il faudrait avoir recours à une modification de l’appareil précédent, proposée encore par M. Giraud-Teulon, et qui se prête à des grossissements bien autrement considérables que ceux que fournissent les stéréoscopes ordinaires. Il suffit d’interposer entre les dessins et les prismes extrêmes (fig. 06) des objectifs d’un foyer convenable, et de placer, entre l’œil et les prismes moyens, des oeu-
laires concaves on convexes pour transformer l’instrument de Helmholtz en une jumelle stéréoscopique , appelée à rendre d’utiles services. Il est
Fig. 3G. — Jumelle stéréoscopique deM. Giraud-Teulon.
seulement nécessaire d’excentrer plus ou moins les oculaires, selon la distance de vision distincte de l’observateur. Un stéréoscope ainsi construit ne saurait toutefois être d’un usage avantageux que
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dons quelques cas très-spéciaux, lorsque, par exemple, on aurait intérêt à grossir quelque détail d’une reproduction micrographique. La disposition indiquée figure 35 se recommande au contraire par sa grande simplicité et par la généralité de ses applications.