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La photographie des commençants

dans mon petit livre élémentaire, je ne vous ai pas tout fait voir, vous aurez un pied dans le domaine scientifique, c’est tout ce qu’il faut pour que, de votre propre mouvement, vous y mettiez l’autre, et marchiez à de nouvelles découvertes à vos risques et périls.

5. — Car la photographie est une science déjà si vaste, elle présente tant de matériaux épars dans les traités spéciaux, les journaux, les revues, que j’ai pu en extraire la matière d’un Répertoire encyclopédique qui vous sera utile après ce livre -ci quand vous serez plus savant.

Malheureusement pour vous, parmi tous ces traités dont je viens de parler, pas un n’est véritablement élémentaire, pas un ne dit à l’homme du monde par où il doit commencer : par le commencement!

4. — Cette phrase semble digne de M. de la Palisse, mais en y réfléchissant on s’aperçoit bien vite que rien n’est plus difficile à indiquer que le commencement , car pour chacun il varie. Pour le lecteur qui se souvient du cours de chimie qu’il a plus ou moins bien suivi au collège, ce commencement est déjà assez loin dans la science; pour celui que l’âge n’a pas encore amené à ces cours ou qui ne les a jamais suivis, le commencement est tout autre.

Il faut cependant, ami lecteur, que je trouve un commencement qui s’adresse à tous ; à vous comme aux autres, et encore au voisin. Plaignez-moi si je ne réussis, mais ne m’en veuillez pas. Souvenez-vous, je vous prie, que la tâche est ardue pour le pionnier

qui fraye la route, et que la nôtre est encombrée. Réfléchissez que la science que nous allons apprendre ensemble n’est pas homogène et d’une seule pièce; elle est formée d’une série d’emprunts à d’autres sciences complètes; emprunts qui, s’appuyant sur un phénomène fondamental, sont appelés à créer un ensemble de procédés constituant la photographie.

15. — Supposez donc qu’en bons camarades nous cherchions à faire provision pour la dure saison d’hiver et que nous cueillions ensemble tout en marchant une branche à chaque arbre du chemin; au repos du soir, c’est à la fin de notre livre, nous aurons notre faix acquis.

Mais de même que pour compléter notre charge nous aurons commencé par une brindille qui est indispensable puisqu’elle est la première , Fa, le point de départ de notre travail, de même nous irons du simple au composé, du facile au compliqué, toujours amassant et complétant nos connaissances acquises.

6. — Ami lecteur, savez-vous dessiner? si oui, bon; si non, passable encore.

Si oui , vous aurez plus de facilité que les autres à comprendre l’harmonie des lignes et à sentir les mille beautés de la nature. Si non , vous vous habituerez, au moyen des images si fidèles que donne la photographie, à cette intuition particulière qui fait démêler le beau et le gracieux au milieu du banal qui vous entoure.

Ainsi donc, il est admis que nous pouvons faire de la photographie sans dessiner comme Ingres, Ary

Scheffer ou Delaroche. C’est un fait important mais qui ne suffit pas; au contraire, nous voici arrivé au point délicat; je vous en préviens d’avance, il vous faut faire preuve d’une ou deux qualités immatérielles mais volontaires, et ne sortant nullement de la plus vulgaire banalité : je les nomme; ce. sont : l’intelligence et la persévérance.

7. — La première, tout le monde en a plus ou moins; le moins suffit. Quant à la seconde, c’est une autre affaire, tout le monde en a plus ou moins, mais le moins (c’est hélas ! la grosse part) ne suffit pas ici ; il nous en faut le plus. Cette qualité représente en quelque sorte le sel nécessaire à notre nourriture ; c’est l’aiguillon de notre appétit, ce sera aussi le soutien de notre marche.

Ainsi donc, ô élève, faites-en provision.

Car, voyageur novice, vous butterez souvent avant de marcher droit; vous ferez même des chutes; il faut que je sache d’avance que vous vous relèverez plus fort et plus enthousiaste que jamais. D’ailleurs, ne suis-je pas là? ne vous prêterai-je pas, à chaque faux pas, le bâton secourable de l’expérience ?

Ceignez donc vos reins, sursum corda ! et en marche !

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