DEUXIÈME PARTIE
Fhototirsgess polychromes
Observations préliminaires
Les trois méthodes de photo tirages — méthode À* méthode B et méthode C — qui vont être décrites, sont greffées sur le procédé aux mixtions colorées bichromatées connu, même aujourd'hui, dans le langage des praticiens, sous la dénomination de Procédé au charbon ; cette dénomination manque d'exactitude, mais elle a le mérite de la brièveté.
Le problème qui consistait à approprier ce procédé à la production des trois monochromes constitutifs de la synthèse polychromique, ainsi qu'à la formation mécanique de cette synthèse elle-même par voie de superposition ou incorporation respective des trois épreuves, fut considéré à bon droit, dès l'origine, comme un problème des plus ardus, et, on ne saurait le dissi-
muler, les solutions publiées jusqu'à ces derniers temps ont paru insuffisantes ou peu pratiques.
Mais il est certain que cette opinion ne persistera pas en présence des résultats que permettent d'atteindre les trois méthodes dont il est maintenant question, particulièrement la méthode C.
La mise en œuvre se trouve en effet simplifiée au delà de tout espoir, et la sûreté du travail, grâce à de précieuses innovations jusqu'à ce jour inédites, est devenue complète.
Entre plusieurs autres procédés de phototirages polychromes, celui-ci justifie donc, tout au moins à partir d'à présent, les études très spéciales qui lui ont été consacrées.
Par la délicatesse du détail, l'harmonie de l'ensemble, la vérité et le charme du coloris, les photopeintures qu'on en obtient commandent le plus souvent l'admiration. S'il est exact de dire que ce mode d'impression ne peut lutter avec Vimprimerie dès qu'il s'agit d'une grande multiplication d'exemplaires, il est indéniable par contre que, dans beaucoup de cas, l'auteur d'une œuvre d'art, qu'elle s'appelle du nom de photographie ou de tout autre nom, ne tient nullement à faire foisonner les fac-similés de son travail ; car, dans un sens, l'œuvre d'art perd singulièrement de sa valeur en cessant d'être rare. Quoi qu'il en soit, n'a-t-il pas la ressource de confier à
l'imprimeur en photocollographie ou en phototypogravure, etc., le chromogramme négatif qui vient de faire merveille entre ses mains?
Méthode A
Elle consiste à former, à demeure fixe, en recourant au susdit procédé au vharbon, chacun des trois monochromes hleu, rouge, jaune, sur un feuillet transparent et rigide, de mince épaisseur, tel que mica, verre pelliculaire, pellicule suffisamment consistante de celluloïd, etc., en appliquant, dans le châssis-presse, contre le phototype voulu le côté du susdit feuillet qui est opposé à la couche mixtionnée, et, une fois les trois images développées, à les superposer, maintenues qu'elles sont par leurs inextensibles et irrétrécissables supports, en assurant de Tune à l'autre les coïncidences des lignes du dessin : si les trois monochromes constitutifs ont été amenés, parle dépouillement à l'eau chaude, à un même degré corrélatif dé légèreté de teintes, 3a synthèse polychrome ne laissera rien à désirer, et cette synthèse, on l'obtiendra à volonté ou réflexe ou transparente, suivant le plus ou moins d'intensité qu'on aura laissé au trio des monochromes.
Les moindres notions de photographie au char- 715 5
bon suffisent comme préparation à ce genre de travail. On remarquera qu'il supprimel'opération, parfois périlleuse, connue des praticiens sous le nom de transport ou transfert de la couche impressionnée : les détails précis qui vont être donnés serviront d'ailleurs de gouverne aux amateurs les moins familiarisés avec la technique des mixtions colorées bichromatées.
Les opérations sont les suivantes :
Composition des trois mixtions colorées. — On fait gonfler à froid dans 100 centimètres cubes d'eau ordinaire 6 grammes environ de gélatine ( gélatine appropriée aux usages photographiques), et on ajoute une quantité de sucre égale ou presque égale au poids de la gélatine. Ce mélange étant chauffé, on délaie dans le liquide mucilagineux le principe oolorant, soit rouge, soit bleu, soit jaune. On peut adopter, comme présentant des conditions très satisfaisantes en ce qui concerne tout à la fois la nuance, la transparence et la solidité de la couleur, les pigments ci-après :
1° pour le rouge, la laque de garance ;
2° pour le bleu, le bleu de Prusse ;
3° pour le jaune, la laque jaune.
Ces pigments se trouvent manufacturés sous forme de tablettes d'aquarelles. Les couleurs ainsi préparées que fournit le commerce offrent
cet avantage qu'elles ont été une première fois finement broyées et que le délayage dans le liquide mucilagineux ne donne lieu à aucune difficulté.
On met à part, pour y effectuer ce délayage, une faible quantité de ce liquide dont on ajoute le restant par petites portions.
Les préparations des tablettes dont il s'agit sont trop variables pour qu'il y ait possibilité de déterminer, une fois pour toutes, par des chiffres les quantités de matière colorante à introduire dans les solutions. Pour se diriger en pareille affaire, la règle la plus simple consiste à verser, à titre d'essai, sur une lame de verre quelques gouttes du liquide coloré sirupeux, et à les étaler jusqu'à ce que la couche, examinée horizontalement, moote environ à un derai-millimètre, ce qui est à peu près la hauteur du liquide qui doit recouvrir les micas ou autres feaiîlets : on peut alors apprécier par transparence, dès que la couche s'est figée, le plus ou moins d'intensité que la couleur a acquise; on l'amène ainsi au degré qui convient pour les ombres du dessin à créer, et on conserve comme échantillon le résultat qui paraît le plus vrai. Il n'y a aucune utilité à dépasser ce point, comme aussi il n'y aurait pas d'inconvénient appréciable à, le dépasser quelque peu.
Le rôle du sucre dans la mixtion est de corriger la rétractilité de la couche gélatineuse, qui, sans ce correctif, se séparerait inévitablement, une fois sèche, du feuillet transparent, tel que mica, qui lui sert de support. Quelques opérateurs ont
; remplacé, dans les mixtions colorées, le sucre par la glycérine; mais cette dernière substance tend à donner des images dures.
On peut, si on le préfère, opérer d'avance le délayage à froid de la tablette de couleur dans de l'eau ne contenant que le sucre en dissolution, au titre voulu, et non la gélatine. On conservera en réserve une provision de ce liquide coloré, et on ajoutera, au fur et à mesure de l'usage, à
■ une portion dudit liquide, la quantité proportionnelle de gélatine.
Filtration des mixtions colorées. — La mixtion chaude se filtre soit à travers une pièce de
; soie ou de flanelle, soit à travers du coton hydrophile.
Versement et diffusion de la mixtion colo~ rée sur les surfaces de mica, verre pelliculaire9 celluloïd, etc. — Il importe en premier lieu d'assurer l'horizontalité et la planité de chaque mica (ou feuille transparente) en lui donnant pour support une glace calée, c'est-k-dire reposant de niveau sur trois pieds à vis calantes. On trempe dans de l'eau le bout du doigt et on le
promène sur la portion de ladite glace qu'occupera chaque mica ; on y trace ainsi des bandes ■ humides entre lesquelles on laisse des espaces à ; sec. Au-dessus de ces menues nappes d'eau on rapplique le mica ; une légère pression qu'on [ exerce en quelques endroits fait que l'eau s'étale ; sur presque toute l'étendue ; cela suffit.
Une fois que la glace est garnie du mica ou | des micas où la mixtion doit être étendue, on \ verse celle-ci au centre d'un premier mica en ^quantité telle que, d'elle-même, elle s'étale en ; un cercle qui équivaut au tiers ou à la moitié de \ la superficie à recouvrir. Aussitôt après, on aide | avec le doigt le liquide à s'étendre presque jus- \ qu'aux bords. La mixtion, sans être très chaude, doit l'être suffisamment pour que cette opération ait le temps de s'accomplir avant que la couche commence à se coaguler par le refroidissement.
On reconnaîtra que le moment est venu de soulever les micas lorsque la coagulation se constate soit au toucher (pratiqué sur les bords), soit par l'apparition de quelques légères dépressions de la surface. On les place alors, comme on ferait pour les plaques au gélatino-bromure, sur des chevalets à rainures, en les espaçant suffisamment pour que l'air puisse avec facilité circuler entre eux.
La dessiccation demande d'ordinaire plusieurs heures.
Opération complémentaire : bordure des micas. — Les micas, ou feuillets équivalents, une fois que la mixtion qui les recouvre a séché, sont bordés, à l'aide d'un pinceau, d'un vernis imperméable à l'eau, tel que le vernis à la gomme laque. On empêche par ce moyen les bords de la couche d'absorber les liquides où les micas seront plongés. Sans cette précaution, la couche se détacherait à partir des bords.
Sensibilisation. — La sensibilisation desdites feuilles se fait par immersion dans une cuvette horizontale contenant un bain de bichromate de potasse, ou d'ammoniaque, ou de soude, préférablement de soude, à un titre qui peut varier, suivant les circonstances, entre 1 pour 100 (pendant les grandes chaleurs) et 3 pour 100 (pendant l'hiver). Ne pas perdre de vue que, à température égale, le titre du bain a une influence très réelle sur l'image : plus il est faible, comme aussi plus l'image est vigoureuse, plus la pose à la lumière doit être prolongée ; inversement, plus s'élève le titre "du bain, plus l'image sera douce et la pose devra être courte. D'autre part, l'élévation de la température commande, elle aussi, une moindre durée de pose.
11 convient d'ajouter au bain sensibilisateur
un peu de sucre (3 ou 4 pour 400), afin de compenser, dans la couche mixtionnée, les pertes de sucre qu'elle ferait si ce nouveau liquide n'était pas sucré.
Louis Ducos du Hauron a adopté pour règle d'introduire également dans le bain de sensibilisation une petite quantité d'orangé d'aniline (de 1 à 2 décigrammes pour 100 centimètres cubes de liquide). Cette substance, qui se dissout rapidement dans le bain en le colorant fortement, s'insinue, en même temps que le bichromate, dans la couche mixtionnée. Sa fonction est de créer un obstacle à la trop grande pénétration des rayons photogéniques dans la couche, surtout dans la couche bleue et la couche rouge, et d'assurer de la sorte aux images la même douceur que si on avait recours à un bain concentré de bichromate. Le moyen dont il s'agit est absolument exempt du grave inconvénient que présente l'emploi de ce bain concentré : nous voulons parler des rapides insolubilisations de la couche gélatineuse, insolubilisations qui se produisent avant même qu'on ait le temps d'exposer à la lumière la couche mixtionnée. Cette couleur étrangère, cet orangé d'aniline qui ne joue dans les opérations qu'un rôle purement optique, disparaîtra ensuite dans le bain de dépouillement à Teau chaude ; l'eau chaude éliminera à la fois
les restes de bichromate et l'orangé d'aniline, ne respectant que la couleur insoluble constitutive du monochrome (1).
Au sortir du bain, les micas sont posés verticalement sur un séchoir à rainures, où ils s'égouttent et sèchent dans l'obscurité ou bien à une lumière jaune ou rouge. On favorise cet égouttement en adaptant à l'angle inférieur une petite bandelette de buvard qui, d'elle-même, se maintient adhérente tout le temps voulu.
La dessiccation s'aecompîira donc sur le susdit séchoir, à moins que, pour l'activer, on ne fasse usage, ce qui est bien préférable, de la boîte bien connue à chlorure de calcium. (On obtient d'excellentes boîtes pour chlorure de calcium en imprégnant de paraffine en fusion l'intérieur des boîtes de carton qui ont contenu des plaques photographiques.)
Lorsque les micas ont séché, il importe d'en nettoyer le verso ; car il contient des traces de bichromate, d'orangé d'aniline et de sucre.
(1) L'inventeur breveta le 18 décembre 1885, sous le n° 173102, cette innovation, très précieuse aussi pour la pratique courante de la photographie au charbon. Mais il abandonna presque aussitôt au domaine public le brevet en question, intitulé : Nouveau mode de papiers mixtionnés ou produits analogues pour la photographie au charbon y caractérisé par V incorp or atioh provisoire d'une teinture*
En conséquence, on pose le mica, couche en dessous, sur un matelas de papier buvard et, avec un petit chiffon simplement humecté de quelques gouttes d'eau, on nettoie doucement d'une main le verso tandis que les doigts de l'autre main le maintiennent. On termine cette opération en se servant d'un chiffon sec.
Exposition à la lumière. — Le phototype om négatif étant placé dans le châssis-presse, on met en contact avec l'image non pas le côté mixtîonné, mais, bien entendu, le côté nu du mica : l'impression s'effectuera sans déperdition de finesse à travers son imperceptible épaisseur.
La durée de l'exposition se règle, en toute sécurité, au moyen d'un de ces instruments, appelés photomètres, si usuels en photographie.
Dépouillement des monochromes dans le bain d'eau chaude. — Tout d'abord c'est dans de l'eau froide, non dans de l'eau chaude, que chaque mica est plongé. La majeure partie du bichromate et de l'orangé d'aniline abandonne alors les pores de la gélatine,, qui se gonfle et devient plus apte a se dépouiller ultérieurement à l'eau chaude des épaisseurs variables de couche restées solubles.
On change l'eau de la cuvette et on installe celle-ci sur un trépied au-dessous duquel est placé un petit fourneau ou une lampe à alcool
dont on règle la flamme ; on chauffe l'eau graduellement en évitant le contact de la feuille de mica ou de verre avec le fond du récipient et en la soulevant au milieu du liquide à l'aide du crochet spécial qui sert à manœuvrer les plaques dans les bains.
L'image, lorsqu'on commence à la distinguer, est encombrée de gélatine soluble. Il y a lieu d'agiter constamment, au moyen du crochet, la plaque dans le liquide, afin d'assurer l'égale venue de toutes les parties de l'image. Il faut bien veiller à ce que la température de l'eau ne monte pas au-dela de la chaleur nécessaire, et, jusqu'à ce que l'épreuve soit à peu près dépouillée, il est prudent de baisser la flamme. Si, à ce moment, on apprécie que le monochrome est trop intense, on élève peu à peu la température du liquide jusqu'à ce qu'il soit suffisamment affaibli.
Voilà pour la partie mécanique de l'opération, qui est des plus simples.
Quant au côté artistique et relevé du travail, il consiste k affaiblir au point voulu chacun des monochromes d'un trio, de telle sorte qu'il fasse équilibre aux deux autres. A quel instant le travail doit-il s'arrêter ? C'est ici que, secondés par un peu d'expérience, le discernement et le goût de l'amateur artiste exercent un pouvoir souverain. Du reste, une première image qui se-
rait peu satisfaisante, ne laisse pas d'être fort précieuse comme pièce de comparaison pour obtenir, a le seconde fois, une polychromie sans reproche.
Si l'image synthétique qu'on veut créer est de celles qu'on destine non pas à des effets de transparence, mais à une vision réflexe sur fond blanc, il va de soi que le travail d'affaiblissement des monochromes doit être poussé notablement plus loin. En pareille affaire, le meilleur maître, c'est l'expérience.
Les riches colorations d'une polychromie s'obtiennent par des monochromes nerveux, ce qui veut dire que les demi-teintes en sont légères et bien éclaircies par l'eau chaude. Sans cette légèreté des demi-teintes l'image synthétique qu'ils fournissent est fade et monotone.
Finalement on lave un instant l'épreuve à l'eau tiède ou froide, et on la met sécher sur le chevalet à rainures.
Superposition et mise à effet des monochromes. — Nous supposerons en premier lieu qu'on veuille constituer une polychromie transparente (diaphanie), utilisable soit comme vitrail soit comme épreuve à projection. Il importe, dans ce cas, de donner au triple étage de micas, ou de verres peliiculaires, etc., une base consistante : elle ne sera autre qu'une plaque de verre, taillée
d'une dimension un peu plus grande que les monochromes.
On appliquera un premier monochrome, celui du bleu, par exemple, contre la plaque et on l'y fixera momentanément aumoyen deplusieurs pinces, telles que pinces à cravates, pressan te la fois le bord du mica et celui de la plaque. On consolidera définitivement cette position au moyen de bandelettes de papier enduites de seccotine.
Les pinces étant enlevées, on fait glisser le second monochrome, le rouge par exemple, jusqu'à ce que la coïncidence des lignes, examinées par transparence, soit bien établie. S'il s'agit d'épreuves à projection, on ne saurait trop multiplier les précautions pour assurer une coïncidence parfaite : on s'aidera donc de la loupe, et on se bornera, au débuts à l'emploi d'une seule pince; cette pince permettra, vu le peu de pression qu'elle exerce, une légère correction par voie de glissement si la pose ultérieure des autres pinces en détermine la nécessité. La position étant bien réglée, on appliquera les bandelettes de ce second étage.
On procédera de la même manière pour constituer le troisième étage.
Si l'image est destinée aux projections, on appliquera sur ce troisième étage la cache de papier noir destinée à encadrer le sujet, et, au-
dessus du tout, un verre extramince ; le premier verre devra être également, dans ce cas particulier, un extramince, de telle sorte que l'épaisseur totale ait un jeu suffisant dans la rainure de l'appareil à projection. En tous cas, les deux verres, soit extraminces, soit ordinaires, qui emprisonnent la polychromie, sont fixés l'un à l'autre par une bande de papier noir gommé mise à cheval sur leur bordure. Elle s'applique aisément, si le tout est maintenu à l'état de pression soit par quelques pinces qu'on déplace au fur et à mesure des collages, soit par un petit appareil exerçant une pression centrale sur les deux côtés à la fois du vitrail (on trouve ce petit mécanisme chez les fournisseurs d'articles pour la photographie).
Si la polychromie transparente n'est pas destinée aux projections, on donne aux deux verres, soit minces, soit d'épaisseur ordinaire, entre lesquels on l'intercale, et on donne également aux micas eux-mêmes ou autres feuillets, de nature pelliculaire, des dimensions plus grandes que celles du sujet ; pour ce qui est des micas ou des feuillets, ce résultat s'obtient au moyen de trois caches identiques (rectangulaires, ou ovales, ou circulaires, etc.) identiquement disposées et fixées sur les trois négatifs. On aura de la sorte une polychromie à bords parfaitement limités, placée au milieu d'un cadre, et dont les marges
pourront être égayées par des arabesques ou autres ornements incrustés ou adaptés sur l'un des verres protecteurs. Le tout sera installé sur un fond dépoli. Si les trois caches sont dégradées, la peinture à fond dégradé qu'on aura créée, unira au prestige de la nouveauté un réel attrait un charme durable.
Enfin, ces mêmes assemblages de monochromes pelliculaires peuvent se constituer sous forme d'un tableau réflexe. En pareil cas, le montage de la triple image pourrait se faire directement sur le bristol ; mais on établira plus aisément les repérages si on leâ effectue provisoirement sur une plaque de verre en examinant les résultats à travers le jour comme il a été déjà dit, pour transporter ensuite l'image sur bristol. Pour opérer ce transfert, on aura taillé le mica support de la première image un peu plus large que les deux autres, de telle sorte que, la polychromie étant constituée, on la séparera du verre en incisant les bandelettes qui ont servi à y fixer le premier mica.
Les tableaux réflexes ainsi obtenus n'ont qu'un inconvénient, qui est d'ordre subalterne, c'est que, vus sous un certain angle, ils miroitent, comme du reste tous les tableaux vernissés. On en prendra aisément son parti, en présence des beaux résultats dont le spectateur jouit delà
plupart des points où il lui convient de se placer. La mise à effet de ces tableaux réclame que le contact respectif des trois monochromes soit assuré sinon par la pression d'un verre extérieur jouant le rôle de passe-partout, du moins par une pression venant du verso de la polychromie ; ce dernier moyen se réalise en installant sur le panneau, bois ou carton, qui sert de support aux épreuves, un coussinet élastique, de forme convexe, constitué par des superpositions de papiers étagés en gradins.
Recommandations spéciales: choix des micas, appropriation des diverses sortes de feuillets transparents, etc. — Parmi les micas qu'on trouve dans le commerce, il y a des micas de choix exempts ou à peu près exempts de défauts tels que stries, taches, bulles intercallées, etc. Evidemment ce sont ceux-là et ceux-là seuls qui conviennent pour l'usage dont nous nous occupons. Les micas se découpent très aisément aux ciseaux, sans le moindre risque d'avarie. L'épaisseur de ces pellicules minérales est très variable. On adoptera une épaisseur moyenne (comprise entre un dixième et un quinzième de millimètre).
Si, au lieu de mica, on emploie du verre peïliculaire, on aura un produit d'une pureté absolue, mais sa fragilité en rend le maniement
plus délicat. Le découpage soit aux ciseaux, soit même au canif, détermine, tout le long des incisions qu'on pratique, des brisures ou écailles d'assez grande étendue; mais ce genre d'accident peut s'éviter. Entre autres moyens de le prévenir, il en est un qui consiste à coller à la gomme, d'un seul côté ou mieux des deux côtés de la feuille, des bandelettes de papier sur le parcours que doivent suivre les ciseaux. L'opération une fois faite, il suffit, pour enlever la bandelette, de la mouiller légèrement.
Mode abrégé de formation des couches mixtionnées sensibilisées. — Au lieu de constituer, comme il a été dit plus haut, une collection de feuillets transparents recouverts des trois sortes de couches colorées, et de sensibiliser ces feuillets au fur et à mesure de l'usage, rien n'empêche de garnir de prime abord chacun d'eux d'une mixtion toute sensibilisée. Le travail fait sous cette forme n'a rien d'avantageux quand on procède sur des quantités, mais il favorise la petite production.
La mixtion colorée contiendra alors, indépendamment du sucre, la proportion voulue de bichromate de soude et d'orangé d'aniline.
En pareil cas, les calculs doivent être établis de telle sorte qu'il y ait dans le mélange une quantité de sel de chrome comprise entre un
dixième et un vingtième environ du poids de la gélatine, et une quantité d'orangé d'aniline comprise entre un vingtième et un quarantième de ce même poids.
Il sera avantageux, en vue d'une pronjpte dessiccation, de réduire autant que possible la quantité d'eau dans la mixtion sensibilisée. Alors, à raison de la plus grande concentration du sirop coloré, on en versera au milieu de chaque verre pelliculaire ou mica une quantité moindre qui, une fois étalée sur toute la surface, formera une nappe moins épaisse.
Méthode B.
Dans cette Méthode, au lieu de constituer séparément et à demeure fixe les trois monochromes sur autant de supports rigides et transparents, pour les superposer ensuite l'un à l'autre y compris leurs trois supports^ onjes développe a l'état pelliculaire sur un même subjectile où on les amène à coïncider après les avoir séparément insolés. Cette méthode se réalise à l'aide de papiers mixtionnés bleu, rouge, jaune.
On voit par cette définition que la Méthode B utilise, à son tour, la propriété d'une couche gélatineuse colorée, sensibilisée au sel de chrome, de traduire par une insolubilisation plus ou
moins profonde et au moyen de reliefs plus ou moins accentués, le travail différentiel de la lumière transmise, dans le châssis-presse, par les clairs et les ombres d'un cliché négatif. Naguère encore les papiers mixtionnés, c'est-à-dire recouverts d'une couche de gélatine teintée (ordinairement en noir, en bistre ou autre couleur sombre), étaient d'un grand usage pour les phototirages positifs ; les photographes amateurs, comme les professionnels, y avaient souvent recours. C'est surtout pour les agrandissements que servait ce produit manufacturé. Mais il est aujourd'hui d'un emploi beaucoup moindre, les papiers positifs au gélatino-bromure l'ayant remplacé dans la pratique la plus usuelle.
Cette même sorte de papiers mixtionnés, teintés non plus en noir ou en bistre, mais en bleu, en rouge, en jaune,, peut s'obtenir industriellement, à l'aide de procédés sûrs et expéditifs, pratiqués notamment, avec plein succès, par la maison Lamy, de Courbevoie.
Mais nous avons dû prévoir le cas où, pour une raison quelconque, l'amateur à qui s'adresse ce Manuel désirerait mixtionner lui-même les papiers bleu, rouge, jaune, servant aux attrayants travaux dont il va être question : cette fabrication, mise, comme on le verra, à la portée de tous, sera spécifiée ci-après. (Voir la partie
finale du présent Mémoire consacré à la Méthode B.)
Nous supposons donc, dans l'exposé qui va suivre, que l'amateur est pourvu d'une collection, petite ou grande, de papiers mixtionnés des trois sortes, et, sans autre préambule, nous entrons dans le détail des opérations à exécuter.
Sensibilisation de la couche mixtionnée. — Admettons, ce qui sera le cas le plus général, que l'opérateur veuille sensibiliser une feuille unique, d'assez grande dimension, par exemple une feuille rouge, sauf à la découper ultérieurement en autant de fragments rectangulaires qu'il s'agira de constituer de monochromes de la couleur de ce papier.
Cette sensibilisation s'effectue selon la méthode ordinaire applicable aux mixtions gélatineuses colorées. En d'autres termes, on immerge ladite feuille dans une cuvette horizontale contenant un bain abondant de sel de chrome : bichromate de potasse, d'ammoniaque ou de soude. Depuis quelques années on accorde volontiers la préférence au bichromate de soude, naguère encore peu connu, dont la dissolution se fait très rapidement et qui pourrait au besoin être employé h un titre élevé sans produire de cristallisation dans les couches gélatineuses.
Le titre peut varier, selon les circonstances,
de 2 à 4 grammes de bichromate pour 100 centimètres cubes d'eau. Dans la saison très chaude, on l'affaiblit sans inconvénient jusqu'à un pour cent ; on en est quitte alors pour prolonger quelque peu l'exposition à la lumière; par cela même que la température est élevée, la mixtion devient notablement plus sensible, circonstance qui compense dans une certaine mesure le ralentissement produit par la diminution du titre.
Ainsi qu'il a été dit précédemment et pour les raisons qu'on a expliquées (Voir, à la Méthode A, les indications groupées sous le titre Sensibili-, satiori), Louis Ducos a coutume d'introduire S dans le bain sensibilisateur une petite quantité d'orangé d'aniline. Ici^ comme dans le cas de la Méthode A, cette quantité est de 1 à 2 décigrammes pour 100 centimètres cubes de liquide.
Pour donner à la feuille la souplesse que réclament les manipulations ci-après décrites, il y a grande opportunité à additionner le bain d'une certaine quantité de sucre (de 3 à 6 grammes pour 100 centimètres cubes de liquide).
Le bain constitué comme il vient d'être dit s'altère en peu de jours, surtout pendant les chaleurs. Il sera donc renouvelé de temps en temps. A ce sujet, nous ferons remarquer le bon marché des substances indiquées.
La durée d'immersion peut se prolonger jusqu'à quatre minutes, suivant les circonstances, nous voulons dire si la température est froide et si le cliché est intense. En été, cette durée peut se réduire même à une minute. Au bout de quelques expériences, chacun sait là-dessus à quoi s'en tenir.
Opérations complémentaires afférentes à la feuille sensibilisée : collodionage et découpage. — La feuille mixtionnée retirée du bain est mise à sécher par suspension, à l'abri de la lumière blanche ou bleue.
Une fois sèche, on la plonge dans une cuvette verticale (par exemple, une très mince cuvette en zinc maintenue debout par un support) contenant un collodion alcoolique très fluide, dont les éléments peuvent se doser comme suit :
Alcool 75 cent. c.
Ether 25 —
Coton 4 décigr.
A peine plongée dans la cuvette, la feuille en est doucement retirée ; il faut éviter, pendant qu'on la relève, le contact de la couche gélatineuse contre lè rebord de l'étroit récipient.
Le froid déterminé par l'évaporation de l'éther ayant pour effet d'attirer quelque peu sur la feuille de papier, à sa sortie de la cuvette, l'hu-
midité de l'air, la siccité dudit papier ne se produira qu'un moment après cette évaporation.
Quand elle a séché, on la dépose., couche en dessous, sur une plaque de zinc, et on la découpe au canif (à l'aide d'un de ces calibres en glace qu'on trouve chez tous les fournisseurs de photographie) en autant de portions rectangulaires qu'elle peut fournir de monochromes du format qu'on a en vue. On se rendra compte, à la lecture de ce qui doit suivre, de la nécessité d'apporter à ce découpage, tout au moins pour certaines lignes, une rigoureuse correction.
On réduira au minimum la clarté diurne admise dans l'appartement où l'on procède à ce travail : en effet, les surfaces sensibilisées qu'on manœuvre sont sorties de l'état humide qui rendait inerte sur elles l'action lumineuse.
En fin de compte, on se trouvera avoir formé une collection de rectangles de papier m ixtionné sensible que nous supposons, pour fixer les idées, être le papier couleur rouge. Une collection de rectangles analogues sera constituée, par les mêmes moyens et dans les mêmes conditions, pour les phototirages bleus et pour les phototirages jaunes.
Ces trois sortes de papier sensibilisé collodionné doivent être, autant que possible, utilisées dans les vingt-quatre heures, c'est-à-dire exposées k la lumière et adaptées au support où, comme on le verra ci-après, se fera le développement. La solubilité de la couche mixtionnée bichromatée va diminuant de jour en jour à partir de la sensibilisation, surtout lorsque le temps est à la fois chaud et humide.
Application et calage des trois sortes de rectangles d'un même sujet sur leurs prototypes respectifs. — Le lecteur comprend qu'il s'agit de produire symétriquement sur les surfaces sensibles des trois rectangles, à partir des mêmes points pris pour repères dans le pourtour de ceux-ci, les trois empreintes respectivement fournies par les trois phototypes, lesdites trois empreintes étant identiques entre elles quant à la forme et aux lignes de chacun des objets représentés.
Un dispositif bien simple va permettre d'obtenir à coup sûr ce résultat.
On découpe finement, au canif, trois bandelettes identiques de bristol mince. On constitue, à la même extrémité de chacune d'elles* la saillie | angulaire que nous représentons. L'identité ab- \ solue, entre les trois bandelettes, et par suite l'absolue rectitude, n'est d'ailleurs nécessaire,
bien évidemment, que pour le côté A B et pour l'angle A.
Il va de soi que tout consiste maintenant k fixer dans une position identique, sur les trois
\ Bandelette de bristol mince. S
phototypes négatifs, les trois bandelettes coudées. Voici, pour accomplir la chose, un infaillible moyen :
On se procure du papier sensibilisé à noircissement direct. A Faide d'un calibre on taille d'équerre un de ces papiers en lui donnant une dimension un peu moindre que celle de chacun des négatifs. On tire alors, par contact, une image de l'un d'eux sur ce papier. On ne vire pas et on ne fixe pas cette image, afin d'éviter que le passage dans l'eau n'en modifie les dimensions. On en augmente la transparence, si c'est nécessaire, en passant sur le dos de l'image un pinceau imbibé d'un mélange, à parties égales, d'alcool et d'huile de ricin, ou bien on obtient, ce qui peut suffire., une transparence passagère en imbibant de benzine le verso de ladite image. Puis on applique le papier contre l'un des susdits phototypes négatifs et on l'y fait glisser jusqu'à ce que les ombres du positif dont
ce papier est porteur comblent exactement les transparences du négatif : cet exact comblement se reconnaît à la disparition des bordures lumineuses sur les contours des objets. On fixe, au moyen de quelques pinces, le papier dans cette position, puis on place sur le bord du négatif une des bandelettes coudées et on l'y fait glisser jusqu'à ce que l'angle qui existe en creux à l'extrémité de la bandelette (angle A) se loge exac-
Pourtour du phototype.
Les lignes ponctuées représentent les quatre côtés de l'image positive sur papier rendu transparent, amenée à coïncider avec l'image négative du phototype.
Bandelette de bristol mince.
tement dans l'angle correspondant du papier, amenée qu'elle est à affleurer deux des côtés de celui-ci. Par un peu de gomme, on colle la bandelette dans cette situation. Cela fait, on dégrafe
le positif, qui servira, de la même manière, à installer sur les deux autres phototypes les deux autres bandelettes contre le même angle du positif.
C'est à partir d'à présent que les trois phototypes au travers desquels doit se faire l'exposition à la lumière, se trouvent prêts à recevoir les trois cartes, de forme rectangulaire, découpées dans la feuille collodionnée : on aura eu soin, bien entendu, de les tailler un peu moins grandes que les phototypes eux-mêmes.
On applique donc, par le côté gélatiné, chacun de ces rectangles contre son phototype, en faisant affleurer le bord inférieur du rectangle contre le bord À B de la bandelette de bristol mince et en faisant butter contre le sommet de l'angle A de celle-ci l'angle correspondant de ce rectangle.
ïl est certain que les trois phototypes étant identiques par leurs lignes, les trois empreintes qui se formeront sur les trois cartes mixtionnées, -adaptées de la sorte, seront identiques de position et de lignes à partir de la ligne comprise entre A et B.
A l'instant décisif où cette juxtaposition bord contre bord et d'angle à angle vient d'être établie, il importe d'en assurer rigoureusement le main tien contre toute éventualité de dérange-
ment ; à cet effet, il suffira d'appliquer, en deux endroits éloignés l'un de l'autre, deux menus fragments de papier gommé solidarisant la bandelette avec le verso de la carte mixtion née sensible ; ce collage, pour faire prise, ne demande qu'un temps très court durant lequel on entretient la pression, soit par les doigts, soit au moyen d'un objet rectangulaire un peu lourd qu'on y dépose. Il ne faut qu'un peu d'attention et d'habitude pour garantir la précision de ces diverses opérations.
Finalement, on doit avoir soin de marquer au crayon, au verso de chaque carte, l'angle qui a butté contre l'angle A de la bandelette.
Installation des phototypes et des susdits rectangles dans les châssis-presses ; exposition à la lumière. — Chacun des phototypes, avec la carte mixtionnée qu'on y a momentanément soudée, étant posé sur la glace forte de son châssis-presse, on a soin d'installer un matelas de buvard, d'une dimension un peu inférieure à celle de ladite carte, dans le vide que laisse la saillie formée par la bandelette.
Il va de soi que, conformément à la pratique bien connue, le verso du phototype aura été garni de la mince cache de papier noir destinée à préserver de l'action de la lumière les extrêmes bords du papier mixtionné.
En ce qui concerne la durée de l'exposition, ne pas trop se fier aux évaluations qu'on croirait pouvoir faire du plus ou moins d'activité de la lumière, du moins lorsqu'on travaille à l'ombre, mais se diriger par les indications du photomètre.
Adaptation et développement des trois monochromes sur la plaque unique qui leur sert de support. — Après impression à la lumière, les trois cartes mixtionnées étant retirées des châssis-presses, il s'agit de les développer successivement, en assurant la coïncidence des lignes, sur une seule et même plaque de verre. A cet effet, voici la construction spéciale très simple qui doit être établie sur cette plaque.
On découpe au diamant trois petits rectangles de verre R, R', R". On les colle, ainsi que le représente la figure ci-après, sur ladite plaque d<e verre, de manière à amener successivement les trois plaques à une place identique. La position qu'elles viendront prendre l'une après l'autre est figurée par la ligne ponctuée.
Pour effectuer le collage de ces troits petits rectangles de verre, on peut, notamment, se servir d'une solution (de nature sirupeuse) de silicate de soude ou de potasse, telle qu'on la trouve dans les drogueries. Une goutte de ce liquide, étalée sur chacun d'eux avant son adaptation,
Jsera suffisante. On exercera alors une légère | pression. Elle sera suivie d'un repos de quelques
heures, qui peut être abrégé par Faction de la
chaleur.
Voici les préparations, il est vrai au nombre de quatre, mais toutes très simples, brèves et
Position de chacun des trois papiers impressionnés.
infaillibles, que doit recevoir la plaque pour être I rendue apte à servir de support au premier monochrome, celui du rouge, par exemple :
| 1° Cette plaque — nous la supposons d'une propreté sans reproche — est tout d'abord talquée (cette opération consiste à répandre sur la plaque un peu de poudre de talc et à frotter au
moyen d'un petit tampon, de forme arrondie, jusqu'à ce que toute apparence de talc ait disparu).
2° Elle est garnie, a l'aide d'un pinceau, d'une bordure (d'environ trois millimètres de largeur) qui a pour destination d'empêcher les séparations prématurées de la couche de collodion dont il va être parlé. Cette bordure peut être constituée par du vernis au caoutchouc, dont la benzine s'évapore rapidement, laissant un résidu gluant. La plaque doit être garnie du susdit vernis non-seulement sur les rebords, mais tout autour des petits rectangles de verre.
3° On recouvre alors la plaque d'un collodion alcoolique^ c'est-à-dire dans lequel la proportion d'alcool prédomine par rapport à Téther. Les éléments de ce collodion, qu'il ne faut pas confondre avec le collodion alcoolique très fluide dans lequel a été plongée la feuille sensibilisée, peuvent être dosés comme suit :
Ether 25 c. c.
Alcool absolu (ou simplement à 95°) 75 c. c. Coton -poudre 2 gr.
La mince membrane que fournit cette composition ne sera pas rétractile.
On étale le liquide sur la plaque, y compris les bordures de caoutchouc, et on en recueille
l'excès dans le flacon en le faisant écouler par un angle selon la méthode si généralement employée autrefois pour créer les clichés photographiques. On abandonne la surface à dessieation, ce qui demande un moment.
4° On étend sur ce collodion un vernis au caoutchouc très dilué, dont on vide immédiatement l'excès, et qui s'obtient en allongeant de plusieurs fois son volume de benzine le vernis épais du commerce ; au bout de quelques minutes, l'évaporation est faite, et il reste une imperceptible couche, légèrement poisseuse.
(La benzine et les collodions, ainsi que les vapeurs qui s'en dégagent, étant inflammables, celui qui procède au travail ci-dessus évitera de se rapprocher du feu ou des lampes, surtout s'il opère dans un local fermé.)
C'est contre cette couche poisseuse qu'il s'agit maintenant d'adapter et de faire adhérer, juste dans la position déterminée par les trois petites cales de verre, la carte mixtionnée rouge qui a été, on le sait, collodionnée, découpée et insolée.
Une solide adaptation s'obtient, grâce à la force adhésive très grande qui unit promptement Tune à l'autre une surface collodionnée et une surface caoutchoutée. Mais cette force, à elle seule,
ne donnerait pas un résultat eorrect; elle laisserait subsister des vides, et ces vides se traduiraient, tout au moins, par des aspects métalliques, si tant est d'ailleurs que, par la suite, ils ne dussent pas produire des dislocations partielles. Il faut, pour assurer la régularité et la solidité du travail, l'intervention d'un troisième élément, c'est-à-dire de Peau. C'est donc dans une cuvette contenant de l'eau ordinaire que va s'accomplir l'adaptation. En voici le mécanisme.
La plaque de verre étant déposée a plat au fond du liquide, on immerge le papier mixtionné, couche en dessous. Quelle doit être la durée de cette immersion ? D'une minute et demie au moins à deux minutes, selon la nature des papiers. On a, en effet, la certitude, au bout de ce temps, que le papier, qui se dilate, mais non pas indéfiniment, dans ce bain d'adaptation, a atteint le maximum des dimensions dont il est susceptible tant en hauteur qu'en largeur, et que, par conséquent, l'image rouge dont il est porteur aura atteint, elle aussi, son maximum d'agrandissement; d'où il suit que cette image sera apte à coïncider avec les deux images, la bleue et la jaune, dont seront porteurs les deux autres papiers mixtionnés, ceux-ci étant supposés de fabrication semblable à celle du premier
j et devant être soumis à leur tour à la même
| durée d'immersion (1).
Donc, au bout d'environ deux minutes, il n'y a aucun avantage à prolonger l'immersion en vue de mieux assurer les coïncidences. D'ailleurs, ce n'est pas impunément qu'on laisserait agir longuement le liquide sur le papier et sur la couche gélatineuse avant de procédera l'adaptation; divers accidents, tels que stries et saillies de la surface impressionnée, risqueraient de se produire, et les deux surfaces qu'on veut coller l'une contre l'autre perdraient de leur puissance adhésive.
Un tour de main bien simple assurera l'adaptation : On amène la carte mixtionnée, la couche étant toujours en dessous, à une position telle que l'angle marqué au crayon vienne se placer très exactement dans l'angle formé entre les deux cales de verre R, R', et qu'en même temps le bord inférieur du papier appuie contre la troi-
(1) L'auteur des méthodes dont nous faisons le compte j rendu, a constaté que la dilatation des papiers, dans les | bains d'adaptation, est beaucoup moindre lorsque l'eau § est additionnée d'une assez grande quantité de glycé- ! rine (par exemple, moitié eau, moité glycérine). Ce n'est là qu'une indication. L'introduction de ce nouvel agent dans les bains dont il s'agit n'est peut-être pas exempte d'inconvénients. Il y a là un sujet d'étude qu'il croit devoir signaler.
sième cale R". Cette position étant bien assurée par le mouvement des doigts et par une légère pression exercée sur ce bord inférieur, on relève hors de l'eau la plaque et le papier appuyés Fun contre l'autre de manière à ce que celui-ci s'adapte naturellement sur la surface du verre caoutchouté. L'adhérence ne tarde pas a devenir définitive : les surfaces caoutchouc et coliodion se touchent et se moulent par tous les points.
On maintient dans de l'eau froide, pendant environ un quart d'heure, le verre porteur du papier : cette eau. pénétrant le papier, va gonfler la gélatine, dont les parties solubîes deviennent aptes à se dissoudre aisément par l'eau chaude.
On installe alors la cuvette sur un trépied au dessous duquel est placé un petit fourneau à pétrole ou une lampe à alcool dont on règle la flamme ; on chauffe graduellement, en évitant le contact de la plaque avec le fond du récipient, et en la soulevant au milieu du liquide a Taide du crochet spécial qui sert à manœuvrer les plaques dans les bains. Il importe que la plaque soit agitée de temps en temps afin de bien égaliser la température de l'eau chaude.
A un certain moment, les bords du papier laissent « baver » la gélatine colorée, et il ne tarde pas k se soulever et se détacher. On peut
sans danger aider son départ en le saisissant par un angle. Ou commence alors à discerner l'image, qui est encombrée de gélatine soluble* S'il existe des bulles à sa surface, il est bon de les crever immédiatement en projetant sur elles un peu d'eau de la cuvette soit avec les doigts soit avec le crochet. Il y a lieu de mouvoir constamment, à l'aide de ce crochet, la plaque dans le liquide, afin d'assurer l'égale venue de toutes les parties du dessin. Mais il faut bien veiller à ce que la température de l'eau ne monte pas audelà de la chaleur nécessaire, et, jusqu'à ce que l'image soit à peu près dépouillée, il est prudent de baisser la Hamme.
Si, à ce moment, on apprécie — c'est ce qui a lieii dans la plupart des cas — que le monochrome est trop intense, on élève peu à peu la température de l'eau jusqu'à ce qu'il soit suffisamment affaibli.
Finalement, on lave l'épreuve en passant à sa surface un filet d'eau tiède ; en aucun cas ce filet d'eau ne doit être d'une température plus élevée que l'était celle du bain pendant que s'achevait l'épreuve.
On abandonne celle-ci à dessication sur un support à rainures ; puis on la recouvre de la dissolution de caoutchouc à titre faible qui a servi à recouvrir la plaque collodionnée.
— lGi —
Cette coucha de caoutchouc, si facile à créer, constitue un intermédiaire indispensable entre ce premier monochrome et la pellicule de coîlodion dont il reste à le recouvrir, pellicule qui doit être formée de coîlodion un peu épais dont on a garni primitivement la glace; à son tour, celle-ci est recouverte, une fois sèche, de la dissolution de caoutchouc à titre très faible qui a pour destination de rendre la surface poisseuse et adhésive.
La multiplicité de ces opérations n'a rien d'effrayant, vu la sûreté et la rapidité avec lesquelles s'obtiennent de telles alternances, cellesci ne laissant d'ailleurs, malgré le nombre des étages, qu'une couche de très peu d'épaisseur.
Les choses sont maintenant amenées au même point que lorsqu'on avait eu à constituer le premier étage, soit l'étage rouge de la polychromie; pour constituer l'étage bleu, puis l'étage jaune, on procédera par les mêmes opérations successives d'application, de callage et de dépouillement, chacun des nouveaux papiers mixtionnés ayant, comme le premier, reçu, même avant d'être découpé, sa couche imperméable de coîlodion léger.
En examinant par transparence, à travers la plaque de verre, les progrès du deuxième dépouillement, on voit se former une image violette fort curieuse à étudier, qui réalise déjà une
partie intéressante de la synthèse. L'amateur bien doué acquiert promptement le coup d'œil qui asçure l'équilibre entre les images.
La satisfaction sera complète à l'éclosion de la troisième image.
jj Cette troisième image, une fois constituée, doit
E être, tout comme les deux premières, caoutchou-
; tée, puis collodionnée.
Achèvement de la polychromie. — Si c'est une polychromie réflexe qu'on a voulu créer, on recouvre d'une dernière couche de caoutchouc léger la troisième image, et, au moyen de l'eau, on fait adhérer à cette surface poisseuse un papier blanc recouvert de gélatine incolore et d'une
* imperceptible couche de collodion faible.
Tel sera le support définitif. Il importe qu'il se moule librement, par une complète humectation préalable, sur les légères saillies de Pépreùve, la pression atmosphérique assurant ce moulage d'une manière plus parfaite lorsque la couche gélatineuse a été pleinement imprégnée et le papier pleinement ramolli.
Une fois accomplie la dessiccation finale, on constate que les reliefs de la triple image apparaissent au verso du papier par l'effet de la dépression de celui-ci dans les vides. Il n'y a plus qu'a séparer du verre la polychromie à l'aide d'une incision au canif sur le pourtour du pa-
I pier qu'on soulèvera par un angle. La polyehrof mie aura la belle surface glacée qui appartenait au verre même sur lequel elle était plaquée.
Au lieu d'une polychromie réflexe^a, méthode qui vient d'être décrite fournira tout aussi bien \V épreuve destinée à êïre vue par transparence. Rien n'est plus facile que de la réaliser à Vétat pelliculaire. Dans ce cas, la dernière couche de caoutchouc dont il a été question n'a plus de raison d'être, mais par contre il y aura avantage à donner plus de corps à la dernière couche de collodion. On pourra faire usage de ce même collodion alcoolique qui a été précédemment indiqué, mais au lieu d'incliner la plaque pour en recuillir l'excès, on mettra celle-ci sur une glace calée de niveau, puis on étendra au milieu une quantité assez abondante de collodion qui s'élargira en cercle et dont on aidera l'extension jusqu'au bord, soit avec le doigt, soit avec une feuille de papier repliée plusieurs fois sur ellemême. Tant que la couche n'aura pas fait fortement prise, on laissera sécher horizontalement. La dessiccation achevée, on incisera les bords au canif.
Il y aura avantage à additionner de quelques gouttes de glycérine le collodion alcoolique employé à former cette couche épaissô,; la glycérine supprime, en effet, ce qui pourrait rester de ré»
tractilité dans la membrane qu'on obtient, rétractilité déjà fort diminuée par cela seul que Téther a été réduit à la quantité minima. Il est à remarquer que la glycérine, à la différence de l'huile de ricin, ne jaunit pas à la longue et ne produit pas, par conséquent, les désastres qu'on a pu constater, au bout de quelques années, dans les œuvres photographiques ou picturales où Fhuile de ricin avait joué un rôle.
Les épreuves transparentes dont il vient d'être parlé veulent être appliquées contre un verre douci, sans quoi les objets situés au-delà troubleraient la vue de l'image elle-même. Mais l'effet produit par ce verre douci supplémentaire s'obtient également en créant la triple image non pas sur un verre poli, employé comme support provisoire, mais sur le côté graissé d'un verre douci.
Enfin, on peut également laisser sur le verre où on l'a développée la triple image rouge-bleujaune. Si, dès le début de l'opération, l'intention de l'opérateur a été de la laissera demeure sur le verre, le talcage de la plaque doit être remplacé par un albuminage, et, en outre, il n'y a pas lieu d'établir la bordure de caoutchouc. — L'aîbuminage s'obtient en battant en neige un mélange, à parties égales, d'eau et de blancs d'œufs, et en recueillant, au bout de quelques
heures, le liquide qui s'est formé au-dessous de la neige. Ce liquide est étendu sur la glace nue bien propre; on vide l'excès, et on sèche dans la position verticale. On étend alors le collodion ) épais et on en recueille l'excès. On laisse à la I couche le temps de faire prise (une demi-minute environ) et, au lieu d'attendre que le collodion ait séché, on immerge la plaque dans une cuvette d'eau jusqu'à ce qu'en relevant ladite plaque, elle ne présente plus d'apparence graisseuse. Le mélange passager de l'eau avec l'alcool du collodion a pour effet de coaguler l'albumine et d'en faire un puissant mordant, grâce auquel tous les étages successifs, soudés les uns aux autres, comme il a été dit ci-dessus, resteront adhérents au verre.
11 peut sembler superflu d'indiquer que, suivant qu'on veut créer une polychromie réflexe on une polychromie transparente, l'intensité à donner au trio des images composantes doit être bien différente. Dans 3e premier cas, comme les rayons traversent une première fois les trois monochromes pour aboutir au papier,, puis repartent de celui-ci pour les traverser une seconde fois, les intensités se trouvent par cela même doublées ; on affaiblira donc chacune des images bien au-dessous du degré qui convient le mieux pour l'état de transparence. Au second cas, le
— ICO —
raisonnement n'a pas à intervenir et aucune rectification n'est à opérer.
Dans les deux cas, une même sorte de papiers mixtionnés pourra servir. Seulement, surtout si I la polychromie doit être réflexe, il y a avantage à favoriser par la nature du bain sensibilisateur 1 la production d'images à la fois faibles et bien complètes dans leurs dernières demi-teintes. On arrive à ce résultat par deux moyens employés ; $oit isolément, soit en réunion. Le premier con- ! siste à élever le titre du bain de bichromate, en augmentant de moitié ou même en doublant la dose de celui-ci. Le second moyen, que l'inventeur proposa en 1886, consiste à ajouter, comme il a été dit, au bain de bichromate une couleur soluble antiphotogénique, telle que l'orangé d'aniline, qui crée un obstacle à la pénétration des rayons lumineux dans la profondeur de la couche. Grâce à cette coloration temporaire, qui disparaît dans le bain de dépouillement, chaque image aura peu d'intensité dans les ombres tout en conservant ses plus délicates demi-teintes.
Fabrication des trois papiers mixtionnés, bleu, rouge, jaune. — L'adoption de tel ou tel papier, pour le recouvrir ou faire recouvrir des mixtions voulues, ne saurait être livrée au hasard. I II faut faire choix à'nn^^^^^rteux, notable- * ment plus épais que ce qu'on "eippelTe le papier
écolier. Les feuilles dont on s'approvisionnera, I doivent être de la même pâte et du même poids, I en un mot d'une même fabrication, afin que les I bains par lesquels ils passeront, pôur former les 1 trois monochomes d'un sujet, ne produisent pas 1 d'inégalités appréciables dans leurs dilatations ? I respectives. En outre, l'expérience ayant démon- | tré que les papiers plongés dans Peau se dilatent, généralement plus dans un sens que dans l'autre, il est utile d'y tracer, sur le côté qui ne recevra, pas la mixtion, des traits au crayon, dirigés pa~ | rallèlement sur toutes les feuilles et. dans un 1 même sens, celui de la longueur ou celui de la largeur. Ces indications seront précieuses lorsqu'il s'agira de tailler le papier de grandeur pôur la production des trois épreuves d'une polychromie; on aura alors la certitude que tout le travail de dilatation s'accomplit d'une manière analogue, d'un monochrome à l'autre, en d'autres termes suivant les mêmes fibres du papier-sup- >port, semblablement dirigées.
| Cela dit, passons aux mixtions elles-mêmes. ; La lague de garance, le bleu de Prusse, la laque jaune, tels que les livre Te commerce sous îorme de couleurs d'aquarelle, sont les trois pigments a proposer, toute comparaison faite 1 avec nombre de substances colorantes. Ces trois couleurs sont douées d'une grande solidité à \%,
| lumière, savoir : la laque garance et le bleu de ' Prusse par leur nature propre, et là laque jaune par le fait de son union avec la gélatine. Elles sont toutes les trois transparentes, et elles fournissent avec une approximation bien plus que | suffisante les trois types voulus par le système,
On a lu, dans la description de 3a méthode A, I les moyens pratiques de doser les divers élé- ! ments, gélatine, substance colorante et sucre ; dont se composent les mixtions versées sur micas I ou feuillets transparents. Les indications fourr nies à ce sujet peuvent servir de gouverne pour la formation des couches à étendre sur les papiers dont il s'agit maintenant. Seulement, comme il importe, dans le cas actuel, que le travail insolubilisateur de la lumière, à partir de la superficie de la couche mixtionnée, n'atteigne jamais le papier, lequel, s'il était quelque peu atteint, refuserait de se séparer de la couche dans le bain de dépouillement, il importe, par j cela même, de donner à cette couche plus f | d'épaisseur qu'on n'en donne à la couche établie! /sur feuillets transparents, cette dernière rece-1 vant la lumière à travers les feuillets eux-' mêmes.
D'autre part, les préparations a effectuer pour mixtionner un certain nombre de feuilles, supposent l'emploi d'une quantité de matière colo-
rante trop abondante pour qu'il puisse être question de procéder par délayage, comme s'il s'agissait d'établir sur quelques feuillets transparents la couche mixtionnée ; ce délayage serait, dans le cas actuel, une opération interminable. Il faut donc recourir à un autre moyen.
En conséquence, on coupe et on brise en menus morceaux, par un ciseau à froid et à coups de maillet, les tablettes ou fragments de tablettes soit de laque de garance, soit de bleu de Prusse, soit de laque jaune. On met tremper ces morceaux et on les laisse reposer, pendant une douzaine d'heures, dans un mortier de verre où Ton a versé une très petite quantité d'eau froide, tout juste la quantité nécessaire pour gonfler et ramollir ces débris. On vide le léger excès d'eau qui n'aurait pas été absorbée. A la pâte qu'on a ainsi obtenue on ajoute, en premier lieu, une petite quantité de solution modérément chaude de gélatine, après avoir légèrement chauffé les parois du mortier; puis, à l'aide du pilon, on incorpore par broyage cette pâte avec la gélatine. On ajoute une nouvelle quantité de gélatine, on broie de nouveau, et on alterne plusieurs fois ces opérations jusqu'à ce que toute la pâte soit répartie dans le liquide mucilagineux.
Lu mixtion colorée est soumise alors à une
filtration, comme il a été dit dans la description
*de la méthode A.
Voici maintenant, en ce qui a trait à la manière d'étendre la liqueur colorée sur les papiers,
I les indications qui peuvent être nécessaires.
L'essentiel, tout d'abord, c'est d'assurer la planité et l'horizontalité parfaites de chaque feuille de papier pendant qu'on la recouvre de la gélatine colorée et jusqu'à ce que la nappe de gélatine s'y soit coagulée. Ce résultat s'obtient, comme dans la précédente méthode, au moyen de glaces posées sur des vis calantes. On aura donc deux ou trois glaces installées de la sorte et qui serviront alternativement de supports aux feuilles à recouvrir de mixtion. Il faut des glaces et non pas de simples verres, quelque plans et réguliers qu'ils puissent paraître.
Chaque feuille aura été taillée de la grandeur des glaces.
Dans une ciivétte plate, en zinc ou en fer-blanc, garnie d'eau ordinaire, on plonge l'une des glaces et au-dessus de cette glace, l'une des feuilles de papier, en ayant soin d'immerger celle-ci en son entier. Cette immersion doit se prolonger une ou deux minutes. On soulève alors, des deux mains, la glace et la feuille de papier appliquées l'une contre l'autre, et maintenues, aux deux angles d'en haut, par la pression des doigts. On laisse
quelques instants s'écouler l'excès de liquide, puis on pose à plat, sur une table, la glace recouverte de la feuille. Au moyen d'un premier buvard on pompe la nappe d'eau extérieure ; à l'aide d'un second buvard et même d'un troisième, et en exerçant quelques frictions de toute la largeur de la main, on obtient aisément le nivellement complet du papier, qui prend la planité de la glace. En cet état de parfaite adaptation, on les pose sur leur trépied, et on ajuste au-dessus du papier un cadre ou cbâssis, en bois ou en métal, destiné à lînïïter, sur chaque feuille
\ et tout près du bord de chaque feuille^ la nappe
' du liquide mucilagineux.
Les choses ajnsi installées, on verse la mixtion sur la superficie limitée par le cadre. On se sert, pour cette opération, d'un verre gradué mesurant exactement, pour chaque feuille, la quantité de liquide déterminée d'avance. On répartit promptement, au moyen d'un triangle de verre, la mixtion sur toute l'étendue de la surface à recouvrir. Avant que le liquide se prenne en gelée, on a soin de crever les bulles qui parfois se produisent à la surface et qui proviennent ordinairement de ce que la préparation a été versée trop chaude.
Une fois la couche coagulée, on soulève la feuille par deux angles, dans le sens de la lar-
geur, et on la transporte dans le local (chambre aérée ou étuve, suivant la saison), où elle est destinée à sécher. On la suspend dans le vide à l'aide d'un cordon tendu horizontalement (le plus près possible du plafond). Il faut faire en sorte que le séchage de la feuille s'achève dans une douzaine d'heures, vingt et quelques au plus.
Méthode C.
Dans cette méthode, les trois monochromes, successivement insolés, savoir le premier à travers son phototype, le second à travers son phototype et le premier monochrome, le troisième à travers son phototype et les deux premiers monochromes, se développent repérés l'un sur l'autre, sans altération possible dans leurs dimensions respectives, assujettis sur un même support mince, rigide, transparent et inextensible interposé entre chacun d'eux et son phototype, support dont on pourra les détacher, unis et confondus en une seule image, pour les transporter sur un définitif support opaque.
Malgré leur triplicité, les opérations sont loin d'être compliquées.
Sur un subjectile mince, rigide, transparent et inextensible, tel qu'une feuille de mica ou un verre pelliculaire, etc.. on étend une mixtion'
gélatineuse bleue sensibilisée : nous la supposons sucrée et additionnée d'une substance colorante antipbotogénique soluble dans l'eau, telle que l'orangé d'aniline; en d'autres termes, c'est, sans y rien changer, la mixtion pour monochrome bleu dont la composition a été indiquée à la Méthode A.
On insole, suivant la règle, par le côté du support, sous le négatif de la lumière rouge orangé.
Une fois le monochrome bleu révélé à l'eau chaude et séché, on le recouvre: 1° d'une couche de vernis au caoutchouc du commerce, dilué de plusieurs fois son volume de benzine (on incline la feuille pour recueillir l'excès par un angle et on laisse sécher) ; 2° d'une couche de collodion un peu épais.
Quel doit être ce collodion?
On peut se servir, soit de collodion ordinaire, à V alcool et à Uéther, additionné d'un peu de térébenthine de Venise, soit de collodion à l'acétate d'amyle. La térébenthine de Venise, introduite dans le premier de ces deux collodions, a pour effet de rendre imperméable aux dissolutions aqueuses colorées la pellicule qu'il dépose ; toutefois cette imperméabilité n'atteint pas le même degré que celle de la pellicule déposée par le -collodion à l'acétate d'amyle, mais il arrive que
| la couche préalable de caoutchouc, dont à la ri- I gueur on peut se passer avec l'emploi de Tacé- I tate d'amyle, constitue un rempart de plus 1 contre la pénétration des liquides, et qu'on n?a j plus rien à craindre (1).
Nous rappellerons que les collodions et les vapeurs qui s'en dégagent sont inflammables. Cette remarque s'applique au collodion à l'acétate d'amyle comme au collodion qui contient de i'éther. On ne doit jamais l'oublier, surtout quand on opère dans un appartement clos. Ne pas se tenir, en pareil cas. à proximité d'une flamme.
On verse lentement l'un ou l'autre collodion vers le milieu du support transparent, en aidant le liquide à s'étendre jusqu'aux angles par de
(1) Le collodion alcoolique et éthérique dont nous parlons peut être préparé dans les proportions suivantes : alcool, 75 c. c. ; éther, 25 c. c. ; coton-poudre, 1 gr. 1/2 ou 2 gr. — On introduit d'abord dans le flacon Féther et le coton ; on agite ; puis, en plusieurs fois, on introduit l'alcool en agitant (autrefois, dans les ateliers, ces opérations étaient usuelles). On ajoute enfin la térébenthine de Venise, selon la proportion d'environ 6 à 8 gouttes pour les quantités ci-dessus. On agite fortement le flacoi?, jusqu'à ce que la térébenthine soit bien dissoute.
Quant au collodion à l'acétate d'amyle, il se prépare simplement en faisant dissoudre un gramme et demi ou deux grammes de coton-poudre dans 100 c. c. d'acétate d'amyle.
Bien entendu, chacune de ces deux sortes de collodion doit être filtrée ou décantée.
légères inclinaisons de la surface, puis on vide l'excès dans le flacon même.
On met à sécher verticalement, puis on recouvre répreuve collodionnée d'une mixtion rouge sensibilisée, également conforme aux descriptions données à la Méthode À. La couche de collodion restée après évaporation du dissolvant étant absolument imperméable aux éléments contenus dans la deuxième mixtion, la première épreuve, en gélatine bleue, restera absolument | intacte.
Une fois séchée la couche rouge, on l'insole, toujours par le côté du support, sous le négatif de la lumière verte,, après avoir fait coïncider, 1 par les moyens qui seront ci-après spécifiés, les ! lignes de l'épreuve bleue avec les lignes de ce S dernier négatif!
Voici ce qui se passe :
Limage bleue, bien que très accentuée pour l'organe de la vue, n'est, phothographiquement parlant, qu'une quantité négligeable: en effet, îe sel de chrome contenu dans la couche rouge n'est réellement influencé que par les rayons bleus et violets que laissent passer soit les parties de l'image dépouillées de toute matière colorante (ce qu'on appelle les blancs), soit les autres parties, constituées par du bleu ; en somme, l'image bleue n'existe pas pour la seconde préparation.
ïl se formera donc une insolubilisation rouge différentielle, identique à celle qui se serait produite sans la présence de l'image bleue.
Après dépouillement à l'eau chaude et dessiccation de l'image rouge, on la recouvre à son tour d'une couche de collodion, et sur cette couche on étend la mixtion sensibilisée qui doit fournir le monochrome jaune. (Suivre également, en ce qui concerne cette mixtion, les indications de la Méthode A.)
Cette dernière préparation une fois sèche, on pratique la troisième et dernière insolation, toujours par le côté du support, sous le négatif de la lumière violette, après avoir fait coïncider les lignes de la double image précédemment obtenue avec les lignes de ce troisième négatif.
Le phénomène optique sera celui-ci :
La double image bleue et rouge-pourpré, c'està-dire violette, précédemment obtenue, ne peut apporter de trouble sensible à la formation du monochrome jaune. En effet, les rayons soit bleus, soit violets, c'est-à-dire les seuls ou à peu près les seuls actifs que laissent passer soit les blancs des deux monochromes superposés^ soit les parties colorées de ces deux monochromes, formeront l'image jaune sans qu'il y ait sur celle-ci une altération appréciable provenant de l'inégale répartition de la substance bleue et de
îa substance rouge pourpré. Y aurait-il en réalité une légère altération, elle serait d'autant plus insignifiante qu'il s'agit du monochrome jaune, bien moins important que les deux autres dans la synthèse.
D'ailleurs, pour plus de sûreté, et afin de barrer le passage à tout rayon qui ne serait pas bleu ou violet, la méthode se complétera par remploi d'un verre bleu violacé (le verre bleu au cobalt des vitriers), dont on recouvrira le châssispresse non seulement pendant la formation du troisième monochrome, mais même pendant la formation du deuxième. Il est inutile de se pourvoir d'un verre bleu foncé, puisque déjà, sans verre bleu, les résultats seraient suffisants : on fera choix d'un verre de moyenne intensité. La légère augmentation de pose, au châssis-presse, à laquelle on doit s'attendre, ne se produira que pour la troisième image, et, somme toute, elle n'est qu'un bien mince inconvénient si l'on songe à l'abréviation obtenue sur l'ensemble des opérations.
Il existe deux moyens d'assurer les coïncidences soit entre la deuxième épreuve et la première^ soit entre la troisième et les deux premières.
Le premier moyen consiste à établir sur les trois phototypes les trois bandelettes coudées^
de bristol mince, identiquement placées, qui ont été précédemment décrites (prière de se reporter à la Méthode B). Deux des côtés de la feuille de mica ou du verre pelliculaire ayant été taillés d'équerre, l'angle qui en résulte sera calé par trois fois dans la même position sur les trois négatifs a l'aide de ces trois bandelettes. On établira même, chaque fois, pour surcroît de précautions, les collages de fragments de papier gommé dont il a été question.
Le second moyen, qui est le plus simple, consiste dans des repérages à l'œil et par transparence. Voici comment on s'y prend :
Le mica garni de la mixtion qui fournira l'image bleue est mis en contact, dans le Ghâssispresse, sans précaution particulière, avec son phototype. On aura eu soin de le tailler un peu plus petit que les phototypes.
Une fois obtenue l'image bleue et celle-ci dûment recouverte de la couche de collodion, puis de la mixtion sensible rouge qu'on laisse sécher à l'abri de la lumière, on verra, par transparence, apparaître en noir le monochrome bleu à travers cette deuxième couche (qui est momentanément orangée puisqu'elle contient à la fois la substance rouge pourpré, le bichromate, qui est jaune, et l'orangé d'aniline). On fera alors glisser le mica sur le phototype qui doit fournir
le monochrome rouge et, par ce glissement, on amènera cette image positive noirâtre à combler les clairs dudit phototype négatif. Tant que la coïncidence n'est pas parfaite, les objets présentant une bordure lumineuse orangée. Une fois la position trouvée, on fixe le mica au négatif par quelques pinces et on l'y assujettit par queiques petits morceaux de papier gommé. On enlève alors les pinces et on procède à l'exposition dans le châssis-presse.
On s'y prendra d'une manière analogue pour assurer, dès avant qu'elle soit créée, le repérage^ de la troisième image, qui est l'image jaune, avec le bichrome violet. Ce bichrome ayant été recouvert de la troisième couche mixtionnée sensibilisée apparaîtra noirâtre par transparence. On fera alors glisser le mica porteur de ces divers étages sur le phototype correspondant à l'image jaune, et on arrêtera ce glissement lorsque les bordures lumineuses des objets représentés auront disparu par le fait d'une image positive noirâtre comblant exactement les clairs dudit phototype. Le maintien provisoire de cette position sera assuré comme il a été dit, et on créera la troisième image.
La polychromie qui aura été constituée, d'après les principes ci-dessus énoncés, sur le mica ou ^ autre support transparent rigide, sera, à vo-
lonté, maintenue sur ce support, qui fera une m belle surface polie si on applique l'autre côté de limage contre un bristol, par exemple, ou bien elle sera enlevée dudit support et transférée sur papier gélatine. On pourra, à cet effet, user du moyen indiqué à la Méthode B.
En pareil cas, avant d'établir sur le support dont il s'agit la première couche mixtionnée, on aura rendu isolante la surface du subjectile au moyen d'un taicage suivi d'une couche de collodion. On aura soin de n'étendre ce collodion qu'après avoir formé une bordure, telle que bordure de vernis au caoutchouc, et on recouvrira de collodion cette bordure elle-même, selon ce qui a été spécifié dans l'exposé de ladite Méthode.
Observation complémentaire, — Le double étage caoutchouc et collodion intercalé, comme il vient d'être dit, entre les monochromes, peut se remplacer par un étage unique ou cuirasse en celluloïd qu'on aura dissous par l'acétate d'amyle. A cet effet, on peut employer des fragments de feuilles de celluloïd ; la dissolution se fait au titre de 3 grammes pour 100 centimètres cubes d'acétate d'amyle. Ce procédé est très sûr.