PREMIÈRE PARTIE
lies trois prototypes
Le lecteur sait déjà qu'on trouve dans l'indns* trie, supérieurement appropriées à la production de ces trois phototypes, des plaques photographiques dont la composition correspond aux progrès les plus récents de risochromatisme.Par cela seul qu'un opérateur entre en possession de plaques de cette nature, on peut dire qu'une forte portion du travail, pour ce qui est des négatifs, se trouve accomplie : ce qui lui reste à faire ressemble énormément à de la photographie courante, si simplifiée elle-même par les nouveaux produits.
On s'explique dès lors que cette première partie de notre manuel sera très courte. Il n'y a de réellement spécial que la fabrication et l'emploi des écrans colorés.
Généralités : Mode de formation des écrans colorés, place qu'ils occupent dans l 'appareil photographique. — Généralement, la position
reconnue la plus favorable pour les milieux
transparents analyseurs ou écrans colorés dont il va être parlé, consiste à les appliquer contre la surface sensible ou très près de cette surface.
De tous les moyens, quelques-uns d'origine toute récente, dont on dispose pour former les écrans dont il s'agit, le plus simple est de débromurer par le passage dans un bain d'hyposulfite une plaque au gélatino-bromure, de la laver et de la plonger soit immédiatement soit après dessiccation dans une solution colorée aqueuse.
Si le châssis négatif employé ne comporte pas l'admission de deux plaques, l'une sensible, l'autre colorée, chacune d'une épaisseur ordinaire, on appropriera, par le débromurage et les imbibitions, non plus une plaque ordinaire au gélatino-bromure, mais une feuille très mince, telle qu'une pellicule Jougla, émulsionnée des deux côtés, ou une vitrose de la maison Lumière.
Nombre et nature des écrans colorés. — Comme le nombre et la nature des écrans varient suivant que,, pour la production des trois phototypes, on se sert de trois plaques de composition différente ou d'une seule sorte de plaque, nous allons spécifier successivement, pour les deux cas, les écrans dont il doit être fait usage.
1er cas: celui où l'on se sert de trois plaques
différentes pour produire les trois phototypes. — Dans ce premier cas, il y aura lieu d'employer non pas trois écrans, mais deux seulement, savoir : 1° un écran rouge-orangé pour la plaque spécialement sensible à la région du rougeorangé que la maison Lumière livre sous la marque B et qui est connue sous le nom de Ortho-B ; 2° un écran jaune pour la plaque spécialement sensible à la région verte (région qui s'étend jusqu'à la ligne jaune du spectre inclusivement) livrée par la maison Lumière sous la marque A et connue sous le nom de Ortho-A. Quant à la troisième plaque, spécialement sensible à la troisième région spectrale (qui comprend le bleu et le violet), cette troisième plaque, autrement dit la plaque ordinaire, non orthochromatique (marque jaune), elle ne comporte l'emploi d'aucun écran spécial, par la raison que, telle qu'elle est, elle fournit exclusivement l'emploi de la lumière bleu-violet.
Cette absence d'écran pour le phototype de la région bleu-violet ne donne lieu qu'à une seule remarque, d'ordre secondaire, c'est que, si les écrans sont établis non sur pellicules, mais sur plaques, il convient de remplacer l'écran violet, dont on n'a que faire, par un verre d'une épaisseur analogue, afin que le foyer de l'image pour les trois épreuves soit rigoureusement le même.
On comprend qu'une pareille précaution serait superflue si les milieux colorés étaient sans épaisseur notable, par exemple si l'on emploie des vitroses.
Il est avantageux, en ce qui concerne la plaque sensible employée, comme il vient d'être dit, pour le négatif de la région bleu-violet, de ne pas user des préparations les plus rapides, du moment qu'on applique un procédé où Ton renonce à l'instantanéité; telle est la raison delà préférence à donner aux plaques précitées, portant la marque jaune.
Comment se fait-il qu'un écran non pas vert, mais jaune, soit proposé pour l'obtention du négatif de la lumière verte ? L'explication se rattache à la théorie des couleurs, de laquelle il résulte, d'une part, que le milieu jaune ne coupe que les rayons bleus et violets, et, d'autre part, que les rayons de la région verte sont les seuls qui agissent sur la plaque marquée Ortho-ê. On voudra bien remarquer en outre qu'un écran jaune sans reproche est plus facile à constituer par les teintures dont on dispose que ne le serait un écran vert : les écrans verts qu'on produirait ralentiraient inutilement, loin de la favoriser, l'action lumineuse, par la raison péremptoire que la lumière verte passe en plus grande abondance à travers les écrans jaunes qu'elle ne
passerait à travers les meilleurs écrans de couleur verte.
Diverses teintures peuvent fournir au trempé, en d'autres termes par imbibition de la couche gélatineuse des plaques débromurées, soit l'écran rouge-orangé, soit l'écran jaune.
En ce qui concerne le rouge-orangé, on pourra faire usage d'une dissolution mixte de ponceau d'aniline et d'orangé d'aniline. L'intensité qui se produit dépend à la fois du degré de concentration de la couleur et de la durée de l'immersion. Il faut amener cette intensité à un degré tel que la plaque teintée de la sorte étant examinée de très près, par transparence, à travers un verre bleu violacé intense (verre bleu de cobalt des vitriers) placé contre l'œil, laisse voir le ciel à l'état de rougeur exempte de coloration violacée. Si l'on dépassait l'intensité qui donne ce résultat, on allongerait inutilement la pose; c'est pourquoi, dans le cas où, par le fait, l'intensité aurait été dépassée, on la ramènerait au degré voulu en agitant la plaque dans de l'eau pure pendant quelques instants. Les progrès de la coloration sont du reste faciles à suivre en relevant, de temps à autre, la plaque du bain. En toute hypothèse il est utile de passer la plaque dans l'eau pendant quelques secondes afin d'enlever l'excès de couleur qui coule à sa
surface ; car cet excès formerait par la suite un dépôt poudreux qui diminuerait la limpidité et la transparence de la couche. Les présentes recommandations s'appliquent également aux autres teintures dont il sera ci-après question.
En ce qui concerne le jaune, on pourra faire usage de jaune d'aniline, celui qui est soluble dans l'eau. On gouverne l'intensité de la manière qui vient d'être dite. On amènera cette intensité à un degré tel que la pellicule jaune, examinée par transparence et de très près à travers le verre bleu foncé dont il a été question, ne laisse passer qu'une lumière verdâtre très faible.
M. Léon Vidal, dans une communication faite à la Société Française de photographie le 7 janvier 1898 (Bulletin de la Société, numéro de février, page 85 et suiv.) a indiqué diverses autres teintures pour obtenir les écrans dont il s'agit (1). .
(1) Le mécanisme des divisions opérées sur le faisceau lumineux par les écrans colorés se rattache à la théorie des couleurs unirégionales, birégionales et trirégionales définie et exposée par Louis Ducos du Hauron dans les premiers chapitres de l'ouvrage la Triplice photo gr a* phique des Couleurs et l'Imprimerie, ouvrage publié par la librairie Gauthier-Villars et fils en 1897. M. Léon Vidal, dans la note qui vient d'être rappelée, a inséré une figure qui donne à ce sujet une idée très nette de l'étendue des zones spectrales que chaque écran transmet ou intercepte.
Le lecteur sait d'avance que la durée de pose, pour le phototype du rouge-orangé, est de beaucoup la plus longue. Somme toute, en les supposant successives, le total des trois poses, étant donné remploi des plaques Lumière précitées, ne dépasse pas, pour un paysage éclairé par le soleil, et en faisant usage d'un diaphragme de moyenne ouverture, une minute, y compris la manœuvre, que nous supposons rapide, de la substitution des châssis. Avec l'objectif rapide à portraits opérant à toute ouverture, le chromogramme d'un portrait pourrait être pris, à l'ombre, dans moins d'une minute.
2e cas : celui où Von se sert d'une seule espèce de plaque pour produire les trois phototypes.—-Dans ce second cas, il est rationnel de faire usage de la plaque panchromatique, qui est sensible à toutes les couleurs du spectre.
Trois écrans deviennent alors nécessaires : il faut un écran bleu-violet, un écran vert-jaune et un écran rouge-orangé.
Pourquoi l'écran bleu-violet, dont on s'était passé dans la première combinaison ? Parce qu'il peut y avoir maintenant utilité à atténuer, sur le phototype de la lumière bleu-violet, l'action des rayons verts et jaunes, qui s'exercerait quelque peu dans le temps nécessaire à la formation de l'empreinte du bleu-violet. Il n'y a rien
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de rigoureux dans la détermination de l'intensité à donner à cet écran, puisque c'est simplement un écran d'atténuation.
L'écran vert-jaune ne saurait être sans inconvénient, dans le cas actuel, remplacée comme il l'avait été précédemment, par un écran simplement jaune. L'insuffisance actuelle d'un écran jaune se comprend, la plaque panchromatique étant sensible non seulement aux rayons verts, mais encore, quoique à un moindre degré, aux radiations rouges que laisserait passer un écran simplement jaune.
Quant à l'écran rouge^orangé, son rôle est le même que dans la première combinaison, et cet écran ne peut donner lieu à aucune observation particulière.
En ce qui a trait aux teintures à employer pour l'écran bleu-violet et pour l'écran vertjaune, on peut, pour le premier, faire usage d'une solution de bleu méthylène, et pour le second, d'une solution de jaune d'aniline soluble dans l'eau et de vert sulfo.
Reste à régler l'intensité qui convient pour ce dernier écran. A cet égard, la règle est celle-ci : Il faut que, soumis à l'épreuve du verre bleu cobalt, l'écran vert-jaune ne laisse plus passer la lumière violette.
Enfin, et pour formuler une règle générale
s'appliquant aux diverses sortes d'écrans, celui qui désire en avoir plusieurs de chaque sorte pour garnir un certain nombre de châssis, les amènera, par simple voie de comparaison, à une intensité ou saturation identique en juxtaposant i 'étalon qui aura été formé avec l'écran en voie de formation.
Si les substances colorantes qu'on a employées n'offrent pas — tel est le bleu de méthylène — une longue résistance aux vives lumières, il va sans dire qu'en principe on maintiendra l'écran à l'abri de la grande clarté du jour.
Matériel photographique : — Pour ce qui est du matériel photographique, il est certain que l'amateur aura toute satisfaction à faire emploi, purement et simplement, de la chambre obscure ordinaire, pourvu qu'elle soit accompagnée tout au moins de trois châssis ou de deux châssis doubles. Tous les châssis que fournit le commerce ont une feuillure assez profonde pour qu'on y puisse loger à la fois une plaque sensible et un écran formé dans une pellicule Jougla ou dans une vitrose. Il est à remarquer que les couches colorées établies sur simples pellicules sont bien moins sujettes à s'érailler que celles qui ont pour supports des plaques de verre : toutefois, pour plus de précaution, rien n'empêche de protéger la couche pelliculaire colorée
par une pellicule ou vitrose incolore. Si Ton fait usage de plaques, il y a lieu d'en protéger la surface teintée par un verre extramince bien propre, qu'on a soin de coller à la plaque à l'aide d'une bordure de papier. La feuillure des châssis ordinaires pourrait, dans ce cas, n'avoir pas assez de profondeur pour contenir et la plaque sensible et l'écran. Il n'y aurait alors qu'une chose à faire, ce serait de placer en avant de la plaque sensible une rainure ad hoc.
Aux praticiens qui désireraient obtenir non pas les trois successives images que peut fournir un appareil photographique ordinaire, mais trois images dont la formation commencerait simultanément et se terminerait de même au moyen d'un instrument plus compliqué, il nous suffira d'indiquer ici que le principe de divers appareils répondant à ce désir a été établi par Louis Ducos du Hauron, qu'il les a exécutés pour son usage personnel, et qu'il en a donné de minutieuses descriptions au chapitre IX du livre La Triplice photographique des Couleurs et V Imprimerie. Mais il persiste à recommander aux photographes-amateurs la chambre obsciire usuelle. Dans un nombre considérable de cas (vues d'après nature, reproductions de tableaux et d'oeuvres d'art, sujets d'histoire naturelle, etc.), les changements d'éclairage qui peuvent
survenir sur le modèle, de Tune à l'autre des trois poses consécutives, ont trop peu d'importance pour être, au sens pratique du mot, un sujet de préoccupation. Il y a mieux : des portraits d'après nature fort réussis ont été faits dans les conditions ci-dessus définies. Qu'on veuille bien ne pas l'oublier, la simultanéité absolue des trois empreintes ne serait d'un haut intérêt que si toutes les trois pouvaient s'obtenir instantanément, ce qui n'est pas possible en l'état actuel de la science.
Nécessité de garnir d'un anti-halo les plaques employées aux phototypes du rougeorangé et du vert. — En photochromographie les accidents sont connus sous le nom d'auréoles et de halos sont beaucoup plus à redouter que dans la photographie ordinaire. Cela provient de ce que les radiations de la lumière verte et de la lumière rouge-orangé traversent bien plus abondamment la couche jaune de bromure d'argent, pendant la pose nécessaire à la formation de leurs phototypes respectifs, que la lumière bleuviolet ne traverse cette même couche dans le temps voulu pour l'empreinte qu'elle doit produire. Aussi l'usage d'enduits sombres appliqués sur le dos des plaques comme remèdes aux susdits halos s'impose dans le cas actuel d'une façon bien plus rigoureuse. Sans leur emploi, les objets
représentés sur l'image polychrome paraîtraient bordés de nuances disparates.
Les enduits noirs sont à recommander pour les négatifs chromographïques, parce qu'ils éteignent toutes sortes de radiations. Il n'en est pas de même d'un enduit rouge sombre, par exemple, qui équivaudrait à un enduit noir dans la photographie ordinaire, mais dont il faudrait se méfier dans le cas présent. Un mélange de glycérine et de noir de fumée remplit parfaitement le but. Le noir est ajouté à la glycérine jusqu'à consistance un peu épaisse, et on étend cette pâte sur le dos de chaque plaque à l'aide d'un pinceau plat. Avant de développer, on l'enlève avec un chiffon.
Nous ferons observer que l'emploi d'un antihalo devient inutile si l'on se sert coyime plaques sensibles des viîroses rigides orthochromatiques récemment créées par la maison Lumière : leur peu d'épaisseur empêche tout halo de se produire.