HÉLIOGRAPHIE, GRAVURE PHOTOGRAPHIQUE SUR MÉTAL
Malgré la perfection des procédés photographiques employés aujourd’hui, surtout depuis la découverte du collodion, chacun, voulant remédier à la fragilité de ses œuvres, et assurer en même temps la régularité du tirage, s’est préoccupé des moyens de reproduire par la gravure les images formées par la lumière.
Un fait curieux, c’est que l’inventeur de la photographie, M. Nicéphore Niepce, est le premier dont les recherches se soient portées dans cette voie; c’est lui qui, le premier, a indiqué l’action chimique de la lumière sur certains corps dont elle modifie les propriétés en raison de la durée ou de l’intensité de son action. Ce savant, auquel notre siècle est redevable de la plus merveilleuse des découvertes , s’occupait, dès 1814, de produire des planches sur plaques métalliques devant servir, par la gravure, à la reproduction dun grand nombre de dessins inaltérables ; il employait le bitume de Judée et l’huile essentielle de lavande pour former une couche qui devenait insoluble partout où la lumière l’avait pénétrée.
MM. Niepce de Saint -Victor, Talbot, Fizeau et autres savants ont modifié depuis et perfectionné les moyens indiqués par le célèbre inventeur.
Procédé de MM. Niepce de Saint-Victor et Lemaître.
La planche d’acier, de cuivre ou d’étain, sur laquelle on
doit opérer, est d’abord bien planée, dégraissée et nettoyée avec un mélange de craie blanche et d’alcool, puis on verse sur ia surface polie une solution faible d’acide chlorhydrique étendue de vingt fois son volume d’eau; la plaque est ensuite bien lavée à l’eau pure, puis séchée. Ainsi préparée, on la couvre d’une couche régulière et mince du vernis sensible, composé de :
Benzine sèche (I) 90 grammes.
Essence pure de zeste de citron .... 10 —
Bitume de Judée pur 2 —
Ce vernis, très-fluide, s’étend à la surface de la même manière que le collodion; on peut le faire sécher à la chaleur artificielle ou spontanée , en préservant la plaque de l’action de la lumière. Lorsque le vernis ne poisse plus , on applique une épreuve positive sur papier ou sur verre, et on expose à la lumière, en faisant usage d’un châssis à reproduction.
L’exposition varie selon l’intensité de la lumière , l’épaisseur du papier de l’épreuve positive servant de type, et selon la sensibilité du vernis qui couvre la plaque. 11 suffit généralement d’un quart d’heure à une heure. Au sortir du châssis, l’image ne doit pas être visible, car dans ce cas le dissolvant n’agirait pas ; mais elle apparaîtra sous l’action d’un mélange composé de :
Huile de naphte rectifiée 3 parties.
Benzine pure t —
qui a la propriété de dissoudre le vernis partout où l’action de la lumière ne l’a pas rendu insoluble. On arrêtera l’action
(I) Pour dessécher la benzine, on met dans le flacon qui la contient quelques morceaux de chlorure de calcium ; le liquide agité est ensuite abandonné au repos pendant deux jours, avant d etre employé.