PROCÉDÉ DE MM. NIEPCE ET LEMAITRE
du dissolvant aussitôt qu’il aura produit son effet, en faisant couler un filet d’eau sur la plaque, qui sera ensuite séchée avec soin, soit à l’air libre, soit en chauffant doucement la planche.
L’opération héliographique est terminée, reste celle du graveur, qui doit attaquer le métal par les acides, pour lui donner le grain et creuser les lignes qui forment le dessin, et leur permet de retenir l’encre nécessaire pour fournir une bonne épreuve en taille-douce.
Le mordant se compose de :
Acide azotique à 56 degrés. ...... 1 partie.
Eau distillée . 8 —
L'acide ainsi préparé attaque le métal aussitôt son application ; on doit même veiller sur son action avec soin et laver la plaque aussitôt qu’elle sera creusée suffisamment, pour retenir le noir d’impression.
Lorsque le vernis ne présente pas une solidité suffisante pour supporter l’action énergique de l’acide, M. Niepce de Saint-Victor conseille d’exposer la plaque pendant quelques minutes aux vapeurs d’essence de lavande ou d'aspic, chauffées dans une capsule , puis enfin d’appliquer un grain d’aqua-tissta, qui permet d’encrer la planche d’une manière convenable pour produire un bon dessin par le tirage en taille-douce.
On pourrait obtenir le dessin en damasquinure, en plongeant la plaque dans un bain métallique, ou en la soumettant à faction d’un courant électrique. Le métal en solution dans ce bain se déposera partout où la plaque aura été attaquée par l’acide, les autres étant préservées par le bitume de Judée.
Procédé de M. Talbot.
On nettoie une plaque d’acier, de cuivre ou de zinc bien plane, en la frottant avec un tampon de toile trempé dans un mélange de blanc et de soude caustique, ou de vinaigre et d’acide sulfurique ; après l’avoir ensuite bien séchée, on la couvre d’une solution composée de :
Gélatine blanche 1 gramme.
Eau 30 —
Solution saturée de bichromate de potasse. 6 —
en la versant comme le collodion, pour en couvrir la surface d’une couche mince et uniforme; on sèche cette plaque ainsi préparée, et on l’expose sous une épreuve positive pendant quatre ou cinq minutes en plein soleil, ou quinze à vingt minutes à l’ombre. La plaque est ensuite rentrée dans le cabinet noir, et toutes les parties attaquées par la lumière étant devenues brunes, l’image apparaîtra en jaune sur un fond brun foncé; on saupoudre alors la surface bien uniformément d’une couche mince de résine copale en poudre fine, fondue à l’aide d’une lampe à alcool, afin de former une sorte de vernis. On prépare alors un mordant, en ajoutant à une certaine proportion d’acide chlorhydrique autant de peroxyde de fer que cet acide peut en dissoudre à l’aide de la chaleur.
Lorsqu’il est saturé, on filtre, puis on fait évaporer jusqu’à ce que le mélange se solidifie et cristallise par le refroidissement.
Cette masse brune, qui n’est autre que du perchlorure de fer, étant très-avide d’humidité, sera conservée dans des flacons bouchés à l’émeri.
On fera dissoudre uue partie de ce sel dans l’eau à satura-
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PROCÉDÉ DE M. ROUSSELON 489
tion, et on pourra préparer ainsi deux ou trois solutions d’une concentration différente, qui attaqueront la plaque, impressionnée avec plus ou moins d’énergie et de rapidité.
On étend sur la couche une quantité convenable de ce mordant, à l’aide d’un pinceau en poils de chameau. Il agit sur les parties de la plaque qui n’ont pas reçu l’action de la lumière, en respectant celles devenues insolubles sous son influence. Lorsque la morsure est jugée suffisante, on lave rapidement la plaque, en faisant couler dessus un filet d’eau; on essuie avec un linge propre et sec, et l’opération héliographique est terminée.
Procédé de M. Rousselon.
Les procédés que nous venons de décrire ont servi de point de départ aux recherches incessantes qui se sont poursuivies, depuis plus de vingt années, sans donner des résultats complets. Fort heureusement que le problème tant cherché de la gravure héliographique vient d’être résolu définitivement par M. Rousselon, l’habile directeur des ateliers de la maison Goupil et Ce, à qui la science est redevable d’une découverte qui est appelée à rendre d’immenses services aux arts et à l’industrie.
Le nouveau procédé de M. Rousselon ne donne pas seulement de bons résultats dans quelques cas exceptionnels, et dans certaines conditions particulières, comme ses devanciers, il s’applique avec la plus grande facilité et la plus admirable perfection à la reproduction de la nature.
Le spécimen que nous donnons ci-contre, exécuté sans aucune retouche sur une planche de cuivre, d’après un de nos clichés, et tiré en taille-douce, pourra donner une idée de la perfection de ce procédé, car nous avons eu soin de
faire tirer en photographie, pour servir de point de comparaison, une épreuve d’après le même cliché, qui figure page 32.
Les planches de très-grandes dimensions sont exécutées avec la même perfection par M. Rousselon et donnent, au tirage, des épreuves aussi complètement belles que les plus belles photographies, quel que soit le sujet reproduit, portraits d’après nature, paysages ou monuments, cartes ou tableaux.
Le procédé de M. Rousselon consiste dans l’incorporation à la gélatine, qui sert de moule, d’un produit chimique spécial donnant une surface sensible à la lumière et déterminant en même temps une granulation dont la grosseur est en raison de l’intensité lumineuse, c’est-à-dire que les points, qui sont en contact pendant l’insolation avec la partie la plus transparente du cliché, se trouvent granulés d’une manière beaucoup plus vigoureuse que ceux sur lesquels la lumière a agi avec moins de force. Après cette opération, l’épreuve en gélatine est placée sous la presse hydraulique, en contact avec une plaque de plomb, sur laquelle elle se moule avec toutes ses finesses et ses granulations.
Cette planche est alors transformée en plaque de cuivre par un dépôt galvanique qui la rend propre au tirage indéfini d’exemplaires imprimés en taille-douce.