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CHAPITRE VI

DU COLLODION

Maniéré de faire le coton-poudre et le papyroxyle. — Gollodion normal. Liqueurs sensibilisatrices. — Diverses formules de collodions, leur nature et leurs propriétés. — ■ Moyen de purifier le collodion et de le décolorer pour lui rendre ses qualités perdues. — Appréciation des collodions. — Filtration sur le chanvre.

On nomme collodion un fluide transparent et glutineux qu’on obtient par une dissolution de pyroxyle ou cotonpoudre dans une certaine proportion d’éther sulfurique et d’alcool réunis.

Le succès dépend surtout de la qualité du coton-poudre qui entre dans la fabrication du collodion.

Quoique nous préférions, pour taire notre collodion, nous servir de coton-poudre fabriqué par quelques maisons spéciales qui ont la réputation de ne livrer que de bons produits, à raison des difficultés que présente cette opération et de l’impossibilité d’obtenir toujours des substances de première qualité, nous allons donner la manière de fabriquer soi-même cette substance importante (1).

Le coton-poudre s’obtient en plongeant du beau coton blanc cardé, fin et pur, dans un mélange d’acide sulfurique et

(1) Nous pensons rendre service a nos lecteurs en leur faisant connaître une maison de* Paris, celle de M. Guilleminot, chimiste, qui, après des essais longuement répétés, a trouvé le moyen de préparer du coton azotique ne laissant rien à désirer, car d’après notre propre expérience il est de beaucoup supérieur, comme finesse et comme rapidité, au coton de la maison Mann, de Saint-Pétersbourg, si justement renommé.

d’acide nitrique, ou bien encore, d’acide sulfurique et de nitrate de potasse (salpêtre).

Lorsqu’on veut faire une grande quantité de coton-poudre on emploie généralement de préférence le mélange des deux acides ; pour la photographie, et pour de petites quantités, il est préférable de se servir du sel de nitre et de l’acide sulfurique.

Voici comment on procède :

Le nitrate de potasse, étant bien pulvérisé et séché avec soin, est mis dans un vase en porcelaine placé sous le manteau d’une cheminée qui tire bien; on ajoute l’acide sulfurique en mêlant ces deux substances avec une baguette en verre, jusqu’à ce qu’elles forment une sorte de bouillie et que la température du liquide soit arrivée à 60 degrés centigrades ; on immerge alors promptement le coton bien divisé et on agite pendant dix minutes pour l’imprégner de ce liquide dans toutes ses parties.

Il n’est pas avantageux de préparer une trop grande quantité de pyroxyle à la fois, parce que si quelque partie du coton non baigné dans la solution restait en contact avec l’air, il pourrait se décomposer. La quantité de 30 grammes est facile à mouvoir et donnera des résultats définitifs satisfaisants.

Lorsque le coton prend une apparence fibreuse, et que ces fibres se cassent facilement en les séparant, on doit retirer la masse et la plonger dans l’eau pour la dégager de l’acide qu’elle contient; il faut la laver avec soin en renouvelant l’eau continuellement, jusqu’à ce qu’elle ne présente plus de réaction acide, ce dont on devra s’assurer au moyen de quelques gouttes d’une solution de chlorure de barium, qui troublera l’eau du lavage si elle contient encore de l’acide sulfurique ou du sulfate de potasse. Le dernier lavage devra se faire dans l’eau chaude, surtout en hiver, puis dans l’alcool, pour enlever toute trace d'eau, après quoi on tordra le coton

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dans une serviette propre, puis on l’étendra sur une feuille de papier blanc, pour le faire sécher à l’ombre et à l’abri de la poussière.

Lorsque le coton est bien sec, on peut en prendre quelques parcelles qu’on place sur un papier bien blanc. Si, en y mettant le feu, il brûle promptement sans laisser de résidus noirs, il sera dans de bonnes conditions, car il se dissoudra complètement dans le mélange d’éther sulfurique et d’alcool.

Les précautions suivantes devront être observées :

1° Que la température du mélange des acides ne soit pas sensiblement au-dessus ni au-dessous de 60 à 70 degrés centigrades, car, dans le premier cas, il s’opérerait une décomposition qui s’annoncerait par le dégagement de vapeurs rougeâtres ; dans le second, le coton n’étant pas assez modifié, ne se dissoudrait que partiellement dans ce mélange d’éther alcoolisé.

La température du mélange des acides lors de l’immersion a une très-grande influence sur la nature du coton-poudre et sur son action dans l’alcool éthérisé.

Le coton fait à haute température est d’une nature poudreuse, à fibre courte et laineuse, sa couleur est jaunâtre; il produit un collodion mince et pulvérulent qui donne des images d’une grande intensité. Ce collodion est éminemment propre aux procédés à sec.

A une température moyenne, le coton conserve sa couleur blanche et le même aspect qu’il avait avant sa tranformation ; le collodion qu’il donne est plus épais et plus rapide que le précédent, tout en produisant des images moins intenses et plus harmonieuses; ce coton doit être choisi de préférence pour les portraits faits dans un atelier.

2° Une cause fréquente d’insuccès est, soit l’humidité du nitrate de potasse ou du coton lorsqu’on le plonge dans le mélange, soit encore un acide sulfurique trop fort ou de mauvaise qualité.

La proportion que nous employons pour notre coton azotique est de :

Nitrate de potasse sec 540 grammes.

Acide sulfurique 450 c. c.

Coton cardé 30 grammes.

Il est indispensable d’employer des produits de premier choix. Le nitre raffiné de Dsipont, et l’acide sulfurique d’une gravité spécifique de 1,860, capable d’élever la température du mélange à -f- 60 degrés centigrades, nous ont donné d’excellent coton-poudre. Dix minutes d’immersion sont généralement suffisantes pour obtenir un coton bien soluble dans l’éther alcoolisé ; néanmoins, par une température trèsbasse, on pourra sans inconvénient augmenter le temps de quelques minutes. Une immersion trop courte donne un coton peu soluble, mais susceptible néanmoins de produire de bons résultats ; il y aurait un inconvénient plus grave si le coton était resté trop longtemps dans un mélange abondant, car, devenant plus soluble, il produirait un collodion maigre et dénué de ténacité sur la glace.

La fabrication du coton-poudre est une opération délicate et difficile, qui présente plus d’une chance d’insuccès, outre l’inconvénient des exhalaisons malsaines qui se dégagent du mélange des acides ; aussi engageons-nous les opérateurs à se procurer le coton tout préparé par les maisons qui en font une spécialité. Il est bon, dans ce cas, avant de l’employer, de lui faire subir un nouveau lavage dans une solution d’ammoniaque liquide pure, coupée par moitié d’eau distillée, afin de neutraliser l’acide s’il en restait dans le coton, puis de le laver dans plusieurs eaux, et finalement dans l’alcool avant de le faire sécher définitivement.

Le coton peut conserver ses qualités indéfiniment lorsqu’il est parfaitement neutre, mais on doit l’enfermer dans des

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tubes en fer-blanc percés de petits trous pour aérer l’intérieur, et le maintenir dans un endroit sec, à l’abri de la poussière.

Il faut, comme la poudre, le tenir éloigné du feu, car il est éminemment combustible.

Depuis quelques années on fabrique du papyroxyle, ou papier azotique, qui remplace très-avantageusement le fulmicoton, car il donne, lorsqu’il est fait dans de bonnes conditions, un collodion plus sensible que son devancier ; la couche iodurée est également plus homogène et exempte de structure, l’image qui en résulte est plus fine et plus harmonieuse, elle a beaucoup plus de détails dans les ombres et plus de demi-teintes dans les clairs.

Malheureusement, nous devons avouer, après maints essais, qu’on trouve rarement ce produit à l’état parfait, et qu’on est obligé de s’adresser aux fabriques étrangères pour avoir les meilleures qualités. Celui que nous employons est fait d’après la formule du docteur Liéseganz, que nous donnons ici :

Acide sulfurique (de 66 degrés) . .... i litre.

Acide nitrique (de 1,40 gr. spécifique). . 1 litre.

Papier de soie blanc coupé en bandes. . . 126 grammes.

On laisse tremper le papier de soie dans ce mélange jusqu’à ce qu’une petite partie bien lavée et séchée se dissolve parfaitement dans un mélange égal d’éther et d’alcool. La durée de l’immersion varie, scion la température et la qualité du papier, depuis quinze minutes jusqu’à plusieurs heures. La proportion des acides indiquée plus haut peut également changer avec certaines qualités de papier pour arriver au même résultat.

Le papyroxyle se prépare en bandes de 17 sur 45 centimètres, on peut se servir de cuvettes en porcelaine sem-

blables à celles qui sont employées pour les bains d’argent. Le lavage se fait dans de grandes cuves en bois ; et, pour sécher les bandes de papier, on peut les suspendre sur des cordes. Le séchage se fait très-vite, vingt minutes environ ; tandis que le coton nécessite une installation spéciale pour éviter le danger du feu.

Le papyroxyle se dissout facilement dans toute proportion d’alcool éthérisé , la quantité est la même que celle du coton azotique.

Il peut arriver que, malgré tous les soins qu’on aura apportés à se procurer un bon coton ou du papyroxyle irréprochable, on ne soit pas arrivé à ce résultat tant désiré d’où dépend surtout la bonne ou la mauvaise qualité dû collodion; dans ce cas, nous allons donner un moyen peu connu, mais sur, de transformer tous les mauvais cotons azotiques et papyroxyles en un produit «nouveau possédant toutes les qualités du coton ou du papyroxyle le plus parfait. Le prix de revient augmente, il est vrai, de plus de moitié, mais comme la quantité à employer de ce produit est relativement très-minime, le surcroît de dépense devient insignifiant.

Coton précipité.

Faites dissoudre tous vos mauvais cotons ou papyroxyles dans un mélange d’éther et d’alcool à raison de 3 à 4 0/0; laissez reposer pendant quelques jours, puis décantez la partie limpide seulement; versez alors ce collodion bien lentement dans un grand baquet très-propre rempli d’eau distillée bouillante, en ayant soin que le filet de collodion tombe sur l’eau et non sur le précipité, afin d’obtenir non une masse compacte , mais de légers flocons ; lorsque tout est versé, remuez convenablement avec une baguette en verre ; versez fe tout sur un tamis de crin en recueillant le liquide si vous voulez redistiller l’éther et l’alcool; renouvelez l’eau distillée

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trois ou quatre fois et laissez séjourner dans la dernière pendant vingt-quatre heures au moins; renouvelez l’eau une dernière fois, et alors faites bien sécher à l’abri de la poussière : vous aurez un produit blanc mat, ayant l’apparence de petites parcelles de gomme laque.

Ce produit très-léger, qui a perdu sa qualité explosible, est soluble dans une partie d’eau et d’éther, et il s’altère plus ou moins à l’air, étant légèrement hygrométrique.

A quantité égale il produit un collodion plus épais que le coton azotique de bonne qualité, la proportion à employer doit donc être diminuée d’un dixième au moins ; il se dissout complètement, mais plus lentement que le fulmi-coton, dans le mélange d’alcool éthérisé.

Préparation du collodion normal.

Le collodion normal éthérique se compose d’éther sulfurique à 62 à 65 degrés, d’alcool rectifié à 40 degrés et de coton azotique, dans la proportion suivante :

Ether sulfurique concentré à 62 degrés. . 300 c. c.

Alcool rectifié à 40 degrés 250 c, c.

Coton azotique, environ 5 grammes.

Versez d’abord l’alcool dans un flacon bien propre, ajoutez le coton, et remuez jusqu’à ce qu’il soit bien saturé de liquide; versez alors l’éther et secouez fortement le mélange, jusqu’à ce que le coton soit entièrement dissous; ce liquide sera glutineux , on devra le laisser déposer pendant deux jours, puis le décanter dans un second flacon, où il repos.era jusqu’au moment où on voudra le sensibiliser.

L’expérience nous a démontré qu’il est préférable de préparer le collodion en le sensibilisant au fur et à mesure des besoins, au moyen d’une liqueur iodo-bromurée qui se conserve indéfiniment sans s’altérer ; on mélange alors

l’éther et l’alcool que l’on sensibilise, et le coton azotique ou papyroxyle n’est ajouté qu’en dernier lieu.

L’éther sulfurique ne devra être ni acide ni alcalin, car dans ces deux cas il ne vaudrait absolument rien; il doit donc être parfaitement neutre pour donner une couche transparente et homogène, sa densité sera au moins de 62 degrés.

La plupart des éthers provenant des fabriques du nord de la France contiennent des huiles empyreumatiques qui enlèvent au collodion une grande partie de sa sensibilité ; on doit donc rechercher l’éther redistillé surThuile, comme le fabriquent depuis peu de temps quelques maisons de Paris qu’on ne saurait trop encourager pour les efforts qu’elles font afin de livrer des produits chimiquement purs.

Quant à l’alcool, on peut indifféremment se servir de celui qu’où extrait du grain, ou de l’alcool de vin ; la rectification à 40 degrés est suffisante, car si elle était portée plus loin, les sels [photographiques qui servent à la sensibilisation se dissoudraient difficilement.

Certains cotons fournissent un collodion plus épais que d’autres, aussi la quantité indiquée n’est-elle qu’approximative; on pourra s’assurer que la proportion est bonne en étendant sur une lame de verre un peu de ce collodion normal après qu’il sera parfaitement reposé ; si, après l’évaporation de l’éther, une couche égale couvre la glace, et que celte couche ait assez de consistance pour se maintenir sans se fendiller, le collodion pourra servir ; s’il ne remplissait pas cette condition, ajoutez du coton pour le rendre suffisamment consistant.

Si, au contraire, il était tout d’abord trop épais, et qu’il ne pût pas s’étendre sans stries et sans donner une couche inégale, on ajouterait de l’éther et de l’alcool dans la même proportion relative que nous indiquons plus haut.

La proportion d’éther que nous indiquons est celle qui convient le mieux dans la plupart des cas ; cependant elle

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pourra être modifiée selon la température , et surtout en raison de la dimension des épreuves et du genre de travail qu’on se propose d’exécuter. Un collodion contenant beaucoup d’éther par rapport à l’alcool fait prise trop promptement et peut en outre donner des épreuves trop heurtées.

L’alcool retarde la prise et donne plus d’harmonie à l’image, mais le collodion devient moins fluide, en raison de la proportion qu’il contient. La fluidité dépend aussi de la nature des sels photographiques employés pour la sensibilisation , et dont nous parlerons dans le chapitre suivant.

Nous sommes partisan des collodions très -chargés en coton et donnant par conséquent une couche aussi épaisse que possible, autant toutefois qu’il s’étendra bien sans stries ou rides, parce que, en employant un bain d’argent à 8 pour 100 et une proportion d’iodure et de bromure convenable, les clichés auront rarement besoin d’être renforcés ; ils seront alors plus purs et plus harmonieux que ceux sur lesquels on est obligé de revenir plusieurs fois pour leur donner une intensité suffisante, et qui souvent sont empâtés et heurtés ; ils gagneront également en rapidité.

Sensibilisation du collodion négatif.

Ce collodion ainsi préparé, il ne reste plus qu’à y ajouter les substances qui , combinées avec l’azotate d’argent , doivent former une couche sensible à l’action de la lumière.

Ces substances sont : les iodures et bromures solubles, alcalins et métalliques.

Ceux qu’on emploie le plus généralement sont : les iodures et bromures d’ammonium, de cadmium, de lythium, de manganèse, de potassium, de zinc, etc., etc.

L’iodure et le bromure d’ammonium sont solubles dans l’alcool à 36 degrés.

L’iodure et le bromure de cadmium sont solubles dans l’alcool pur.

Les iodures et les bromures doivent être dissous isolément, puis on ajoutera le bromure à l’iodure; on verse alors cette double solution dans le collodion normal, par petites quantités à la fois, en agitant le flacon pendant quelques minutes. Le collodion ainsi préparé et bien bouché avec un bouchon de liège devra rester au moins deux ou trois jours au repos avant d'être employé.

L’iodure et le bromure de potassium, lorsqu’on les ajoute au collodion avec d’autres iodures, forment un précipité blanc qu’on devra décanter après que le dépôt des impuretés se sera formé au fond du flacon, et que les réactions diverses se seront effectuées librement.

L’iodure de patassium employé isolément est le plus lent à recevoir l’impression lumineuse, mais il rachète ce défaut par une grande intensité dans les noirs du cliché qu’il produit, et par une grande finesse de détails dans l’image ; cette finesse tient surtout à la lenteur avec laquelle l’argent, se réduisant pendant le développement, vient se fixer sur les parties impressionnées. Combiné avec des bromures, il acquiert une plus grande sensibilité, surtout en présence des couleurs vertes.

Le collodion préparé à l’iodure de potassium est le plus propre aux reproductions de plans, de lettres-autographes, d’imprimés, etc., etc., en un mot de tout ce qui exige de l’opacité dans les blancs et de la transparence, dans les noirs.

L’iodure d’ammonium, un peu plus sensible que le précédent, donne des clichés moins intenses que ceux obtenus avec l’iodure de potassium, mais les images qu’il fournit sont remarquablement harmonieuses.

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Enfin, l’iodure de cadmium, qui domine comme rapidité, donne des noirs très-peu intenses, et l’image résultant de son emploi isolé est uniforme et plate, souvent voilée. C’est pourquoi nous employons de préférence cet iodure combiné avec les iodures d’ammonium et autres. On verra plus loin les formules que nous indiquons et le moyen de tirer un parti avantageux des différentes qualités particulières des iodures en les réunissant.

Le collodion sensibilisé avec l’iodure de potassium et d’ammonium prend en très-peu de temps une couleur rouge foncé, provenant de l’acidité du pyroxyle qui réagit sur les iodures et les décompose ; c’est alors l’iode mis en liberté qui communique cette couleur rouge au collodion. Arrivé à ce degré, il a perdu une grande partie de ses qualités, et surtout de sa sensibilité.

Avec l’iodure de cadmium, le collodion reste incolore et conserve ses qualités très-longtemps; mais cette préparation étant moins fluide que celle obtenue avec les autres iodures, il faudra mettre une moins grande quantité de coton azotique dans le collodion normal.

Il est rare du reste que les collodions préparés avec chacun de ces iodures et bromures pris séparément donnent de bons résultats : la pratique démontre qu’un mélange de plusieurs collodions préparés chacun avec des iodures différents, ou un mélange de plusieurs iodures et bromures réunis, formant une liqueur alcoolique, offre de meilleures conditions de stabilité et possède des qualités supérieures.

Le collodion sensibilisé avec l’iodure de potassium par exemple, donnant souvent des épreuves trop intenses lorsqu’on opère par une forte lumière, peut être modifié et rendu excellent avec une certaine proportion de collodion préparé avec l’iodure de cadmium, dont les couches ont trop de transparence lorsqu’il est employé isolément.

Les collodions neufs ne s’harmonisenf pas aussi bien géné-

râlement avec un bain neuf qu’avec un vieux bain ; dans ce cas, on peut ajouter une quantité de vieux collodion à celui nouvellement préparé.

Presque tous les collodions opèrent mieux lorqu’ils sont faits et reposés depuis quelques jours que lorsqu’ils sont neufs ; mais s’ils se bonifient pendant une période croissante, qui peut varier de un à deux mois, les réactions, d’abord favorables, changent entièrement leur nature après un temps trop prolongé ; la sensibilité alors va en diminuant, la ténacité se perd, la couche n’a. plus de consistance et se soulève pendant les opérations ; l’image résultant d’un pareil collodion est criblée de trous, grise et terne dans tout son ensemble.

Nous allons donner quelques formules de collodions pour négatifs, avec les indications des mélanges.

On observera que les proportions d’iodures et de bromures que nous indiquons peuvent varier selon la température et la saison ; par de fortes chaleurs, la quantité sera évidemment moindre que lorsque le thermomètre sera très-bas ; la force du bain d’argent lui-même devra suivre la proportion des iodures contenus dans le collodion.

Il existe plusieurs moyens de sensibiliser le collodion normal. Quelques opérateurs ajoutent immédiatement les iodures et les bromures, suivant les formules que nous indiquerons; d’autres préfèrent opérer le mélange de ces iodures et bromures au moment de se servir du collodion, au moyen d’une solution alcoolique saturée de ces différents sels réunis.

Dans les latitudes chaudes , comme le collodion sensibilisé se décompose facilement, cette dernière méthode est préférable ; dans tous les cas, lorsque cette solution, aussi bien que le collodion normal, est parfaitement reposée, il est toujours facile par ce moyen de se procurer immédiatement un bon collodion ayant, selon la température, un degré d’ioduration convenable.

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Il est facile de comprendre, par ce qui vient d’être dit, qu’il est toujours utile d’avoir sous la main un flacon contenant une de ces solutions, dont on peut ajouter quelques gouttes à n’importe quel collodion déjà sensibilisé, lorsque la température baissant tout à coup, la couche d’iodure d’argent qui se forme est trop transparente pour donner un cliché vigoureux.

Les solutions alcooliques d’iodures et de bromures que nous allons indiquer ont peut-être le défaut de produire un collodion un peu moins sensible que quelques autres préparations, surtout celle à l’iodure et au bromure de cadmium ; mais, en raison de sa lenteur même, les clichés auront d’une part plus d’intensité, et d’autre part plus de modelé et de détails dans les ombres ; en un mot, l’image sera plus harmonieuse, plus douce et plus brillante en même temps.

Quelle que soit du reste la proportion d’éther et d’alcool dans le collodion normal, il pourra être sensibilisé au moyen de celte liqueur iodo-bromurée.

Solution alcoolique iodo-bromurée pour sensibiliser le collodion.

Formule n° 1.

Iodure d’ammonium

grammes.

— de cadmium

— de potassium

— de zinc

Bromure d’ammonium

— de cadmium

— de potassium

litre.

Faites dissoudre chacun des iodures dans une partie de l’alcool, en ayant soin de les broyer d’abord dans un mortier

en verre ; après dissolution complète, réunissez ensemble tous les iodures; ajoutez-les aux bromures préalablement dissous de la même manière dans l’autre partie d’alcool ; remuez bien le flacon pour opérer le mélange, et laissez reposer cette solution pendant quelques jours. Pour sensibiliser un collodion normal, il suffira d’ajouter 10 centimètres cubes de cette solution à 90 centimètres cubes de collodion, et de remuer \e flacon pour opérer le mélange convenablement.

Cette proportion de 10 pour 100 pourra varier selon la température et les circonstances dans lesquelles on voudra opérer. Pour le paysage sur collodion humide, par exemple, la proportion pourra être réduite à 6 ou 7 p. 100.

Nous ferons remarquer que llodure et le bromure de potassium étant très-peu solubles dans l’alcool à 40 degrés, on devra faciliter la dissolution en humectant légèrement les cristaux de quelques gouttes d’eau distillée avant de verser sur l’alcool.

Formule n° 2.

Iodure d’ammonium

— de cadmium

— de lythiuin

— de manganèse ....

— de zinc

— de strontiane. . . . .

Bromure d’ammonium ....

— de cadmium ....

Iode pur en paillettes ....

Alcool à 40 degrés 1 litre.

Cette dernière formule est celle qui nous a toujours donné les résultats les plus satisfaisants et les plus constants, aussi l’employons-nous presque exclusivement ; dans certains cas cependant, il sera préférable d’employer ensemble les solutions n° 1 et n° 2 mêlées ensemble, mais alors on com-

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prendra que la quantité de chacune d’elles sera réduite de moitié pour obtenir une ioduration de 10 p. 100 environ.

Ces solutions se conservent très-longtemps en bon état, le temps les fait rougir sans altérer leur qualité; dans cet état, lorsqu’on les réunit au collodion normal, celui-ci prend une teinte dorée d’huile d’olive, dont il doit avoir la consistance lorsqu’on l’étend sur la glace.

On devra, chaque soir, après le travail de la journée, sensibiliser la quantité de collodion présumée nécessaire pour les opérations du lendemain, afin qu’il puisse reposer pendant la nuit ; de cette façon on aura généralement des résultats constants, que ne donnent pas toujours les collodions plus rapides sensibilisés au moment de leur fabrication.

Le collodion dont nous nous servons journellement est fait ainsi qu’il suit :

Éther sulfurique 550 c. c.

Alcool à 40 degrés 350 c. c.

Coton azotique ou papyroxyle .... de 8 à 9 grammes. Liqueur sensibilisatrice n° 2 100 c. c.

Dans un flacon d’une capacité d’un litre, on met d’abord l’éther, puis l’alcool, et on sensibilise en ajoutant 10 p. 100 de la liqueur sensibilisatrice; le coton azotique neutralisé, ou le papyroxyle, est mis en dernier, et le mélange est fortement secoué; lorsque le coton est parfaitement dissous, on laisse reposer pendant quarante-huit heures au moins, le collodion est alors prêt à servir.

Comme les résultats constants que nous obtenons en France, depuis dix ans, avec cette formule, sont aussi satisfaisants que possible, nous la recommandons spécialement.

Nous donnons néanmoins, plus loin, différentes formules préconisées par des praticiens très-distingués, afin que l’opérateur puisse choisir celle qui convient le mieux à la lumière de son atelier et au genre de travail qu’il a à exécuter.

Formules de collodions sensibilisés pendant la fabrication.

Formule n° f.

Éther sulfurique à 62 degrés 750 c. c.

Alcool absolu 450 c. c.

Coton purifié ou papyroxyle 12 grammes

Alcool à 30 degrés 1 50 c. c.

Iodure de cadmium ... 5 grammes.

— de stron liane 5 —

Bromure de cadmium . . 4 —

Formule n°

Éther sulfurique à G2 degrés 500 c. c.

Alcool à 40 degrés . 500 c. c.

Iodure d’ammonium. . . 6,5 grammes.

Bromure de potassium 3,5 —

Coton azotique neutralisé ou papyroxyle . de 8 à 10 —

Formule n° 3.

Éther sulfurique à 62 degrés. 500 c. c.

Alcool à 40 degrés 500 c. c,

Iodure de cadmium 6,5 grammes.

Bromure d’ammonium 3,5 —

Teinture d’iode 12 gouttes.

Coton azotique ou papyroxyle 8 h 9 grammes.

Collodions pouvant être mélangés en proportions plus ou moins importantes , selon le genre de travail à exécuter et les effets à produire.

Formule n 4.

Éther sulfurique à 62 degrés 550 c. c.

Alcool à 40 degrés 450 c. c.

Iodure d’ammonium 7 grammes.

Bromure d’ammonium 3 —

Colon azolique ou papyroxyle 8 à 10 —

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Formule n» S*

Éther sulfurique à 62 degrés. ..... 550 c. c.

Alcool à 40 degrés. . 450 c. c.

Iodure de cadmium 8 grammes.

Bromure de cadmium . . 3 —

Teinture d’iode 20 gouttes.

Coton azotique ou papyroxyle 7 à 8 grammes.

Formule n° 6.

Éther sulfurique à 62 degrés ...... 550 c. c.

Alcool à 40 degrés 450 c. c.

Iodure de potassium 6 grammes.

Bromure d’ammonium 4 —

Acide hydrobromique 60 gouttes.

Coton azotique ou papyroxyle 8 à 10 grammes.

Pour tous ces collodions, faites dissoudre lesiodures et les bromures dans la quantité d’alcool indiquée, en ayant soin de les broyer dans un mortier en verre; ajoutez cette solution bromo-iodurée à l’éther sulfurique, puis faites dissoudre dans le tout la proportion voulue de coton ou de papyroxyle; laissez reposer quarante-liuit heures avant de les employer.

Sous les latitudes chaudes, on emploiera de préférence le collodion préparé à l’iodure de cadmium, selon la formule suivante :

Formule n° ï.

Collodion normal . .

Iodure de cadmium .

Bromure de cadmium Iodure de potassium.

— de sodium. .

Teinture d’iode. . .

Ce collodion conserve très-longtemps ses qualités, qui semblent augmenter avec l’âge ; on peut le mélanger à quantité égale avec le n° 6, lorsqu’il ne donne pas une inten-

1 litre.

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